Bertrand Besancenot: «Entre la France et l'Arabie saoudite, ce sont des relations amicales et des relations d'intérêt»
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Questions et réponses
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- 0:10OuverteRéponse directe
Qui Emmanuel Macron reçoit-il aujourd'hui ?
- 0:13OuverteRéponse directe
Un partenaire utile ou un dirigeant tout simplement devenu incontournable ?
- 1:19ComplaisanteRéponse directe
C'est à la fois le réformateur et l'autocrate, Mohamed Ben Salman.
- 1:42RelanceRéponse partielle
Est-ce qu'au nom des bonnes relations avec l'Arabie Saoudite et des intérêts de la France, il faut forcément fermer les yeux sur la question des droits humains ?
- 2:40RelanceRéponse partielle
Est-ce qu'on a oublié l'affaire Jamal Rashogji, ce journaliste saoudien assassiné dans l'enceinte du consulat d'Arabie Saoudite à Istanbul en octobre 2018 ? Est-ce que la France a tourné cette page ?
- 3:47OuverteRéponse directe
Qui a le plus besoin de l'autre entre Emmanuel Macron et Mohamed Ben Salman ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« la France et l'Arabie Saoudite ont depuis longtemps, notamment depuis le général de Gaulle et le roi Faisal, une relation amicale et fructueuse. »
- 0:29Invité politiqueChiffre
« l'Arabie Saoudite a été le premier client de notre industrie d'armement »
- 0:51Invité politiqueFait
« Mohamed Ben Salman, depuis 2015, depuis que son père est devenu roi, est en réalité le véritable gouverneur de l'Arabie Saoudite. »
- 1:55Invité politiqueFait
« un certain nombre de progrès ont été faits sur le plan sociétal. »
- 2:00Invité politiqueFait
« il n'y a plus de ségrégation entre hommes et femmes. »
- 2:04Invité politiqueFait
« Les femmes ont maintenant le droit de conduire. »
- 3:04Invité politiqueFait
« le prince héritier a reconnu sa responsabilité en tant que dirigeant dans l'opération, tout en niant d'avoir ordonné qu'il soit tué. »
- 5:14Invité politiqueChiffre
« la Chine, premier partenaire commercial, avec la Russie, grand partenaire pétrolier »
- 6:09Invité politiquePromesse
« nous avons l'intention de continuer, donc nous continuons à pousser ensemble pour qu'on passe à la phase 2 du plan à Gaza. »
- 7:49Invité politiqueFait
« Vous avez prochainement, en 2030, l'exposition universelle à Riyad. »
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Bonjour Bertrand Besancenot. Bonjour. Merci d'être en ligne avec nous ce matin. Le prince héritier saoudien Mohamed Ben Salman est en visite officielle à Paris depuis hier. Qui Emmanuel Macron reçoit-il aujourd'hui ? Un partenaire utile ou un dirigeant tout simplement devenu incontournable ?
Les deux à la fois, c'est-à-dire que la France et l'Arabie Saoudite ont depuis longtemps, notamment depuis le général de Gaulle et le roi Faisal, une relation amicale et fructueuse. Il ne faut pas oublier que pendant des années, l'Arabie Saoudite a été le premier client de notre industrie d'armement et que nous avons toujours été très actifs, que ce soit sur le plan énergétique, des transports, de l'urbanisme, etc. Donc si vous voulez, nous avons des relations qui sont des relations à la fois amicales et des relations d'intérêt. Mohamed Ben Salman, depuis 2015, depuis que son père est devenu roi, est en réalité le véritable gouverneur de l'Arabie Saoudite.
Et c'est quelqu'un qui a une vision moderniste de la façon dont il peut développer son pays, c'est-à-dire en diversifiant son économie, en diversifiant ses partenaires et en modernisant la société saoudienne. Ce qu'il a fait avec succès, mais avec une forme d'autoritarisme.
Oui, c'est à la fois le réformateur et l'autocrate, Mohamed Ben Salman.
Oui, c'est-à-dire qu'il fait partie effectivement de ce qu'on appelle les dirigeants à la fois inspirés par une certaine vision, mais également autoritaires parce qu'ils estiment que dans des périodes de grands changements, eh bien il faut tenir le gouverneur de façon ferme.
Et est-ce qu'au nom des bonnes relations avec l'Arabie Saoudite et des intérêts de la France, il faut forcément fermer les yeux sur la question des droits humains ?
Les droits humains, effectivement, l'Arabie Saoudite n'est pas un modèle en la matière. Simplement, un certain nombre de progrès ont été faits sur le plan sociétal. Comme vous savez, il n'y a plus de ségrégation entre hommes et femmes. Les femmes ont maintenant le droit de conduire. Elles sont de plus en plus actives sur le marché de l'emploi. La société s'est ouverte, si vous voulez, avec l'ouverture de cinémas, de grands événements sportifs, etc. Mais il est évident que l'Arabie Saoudite, en matière de droits de l'homme, n'est pas une démocratie, n'est pas un modèle. Simplement, il faut l'encourager à aller dans cette direction, plutôt que de se contenter, simplement, de critiquer.
Alors que c'est un pays qui, comme l'ensemble des pays du Golfe, va plutôt dans la bonne direction, alors que d'autres pays de la région ne vont malheureusement pas dans la même direction.
Puisqu'on parle de droits humains, Bertrand Besancenot, est-ce qu'on a oublié l'affaire Jamal Rashogji, ce journaliste saoudien assassiné dans l'enceinte du consulat d'Arabie Saoudite à Istanbul en octobre 2018 ? Est-ce que la France a tourné cette page ?
Disons que l'ensemble du monde a pris acte du fait que le prince héritier a reconnu sa responsabilité en tant que dirigeant dans l'opération, tout en niant d'avoir ordonné qu'il soit tué. L'idée était, en principe, plutôt de le capturer et de le ramener, comme un certain nombre d'autres dirigeants saoudiens. Oui, ce que contredisent beaucoup d'experts. Oui, mais enfin, apparemment, c'est quand même, quand on regarde même, si vous voulez, ce que disent les Américains qui connaissent bien les dossiers, et même les Turcs, eh bien, correspondent quand même assez largement à ce qu'il...
C'est-à-dire qu'il est responsable en tant que dirigeant du pays, qu'il a ordonné certainement de le capturer, pas forcément de le tuer. Maintenant, si vous voulez, vous avez parfois des gens beaucoup trop aidés, et apparemment, c'est le cas.
Alors, revenons à cette visite. Qui a le plus besoin de l'autre entre Emmanuel Macron et Mohamed Ben Salman ?
Je crois que nous sommes de véritables partenaires, en ce sens que l'Arabie Saoudite est sortie d'une forme de tutelle américaine, qu'elle s'émancipe, qu'aujourd'hui, elle défend ses intérêts propres, en diversifiant non seulement son économie, mais aussi ses partenaires. Et donc, le fait que nous ayons signé un partenariat stratégique avec elle, en 2024, et qu'aujourd'hui, il y ait la première réunion, justement, de ce partenariat stratégique, montre que les deux pays voient tout l'intérêt qu'ils ont à coopérer. Alors, c'est évident sur le plan politique.
Si vous voulez, aujourd'hui, dans la région du Golfe et au Moyen-Orient en général, il y a une véritable impasse, comme on le sait, du fait du conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran. Et donc, les pays du Golfe et l'Arabie Saoudite en premier, tient à conserver, bien entendu, un lien stratégique avec les États-Unis, mais elle a compris que les engagements du président Trump n'étaient pas toujours tenus et qu'elle avait intérêt à mieux défendre ses intérêts elles-mêmes en prenant plusieurs initiatives.
Alors, je prends l'exemple du fait qu'elle a signé un accord de défense avec le Pakistan et avec la Turquie, qu'elle a créé une coalition des pays alliés en mer rouge, et que, naturellement, elle a d'excellentes relations avec la Chine, premier partenaire commercial, avec la Russie, grand partenaire pétrolier, et qu'elle est très intéressée par l'Europe, qui est le premier voisin.
Donc, l'Arabie Saoudite diversifie ses partenaires, en quelque sorte. Absolument, tout à fait. Et du côté français, c'est parce que la diplomatie française au Moyen-Orient est faible qu'elle a besoin de l'Arabie Saoudite aujourd'hui ?
Non, mais si vous voulez, nous prenons acte du fait, enfin, ce n'est pas tout à fait nouveau, mais c'est de plus en plus vrai que l'Arabie Saoudite est un acteur totalement incontournable dans la région. C'est une puissance naturellement énergétique, financière, politique, religieuse, et qu'aujourd'hui, si on veut stabiliser le Moyen-Orient, c'est l'intérêt de tout le monde. On voit bien que la crise actuelle est devenue une crise mondiale sur le plan énergétique. Bon, l'Arabie Saoudite est un pays qui compte, qui dialogue avec tout le monde, que ce soit y compris avec l'Iran, même si elle se méfie du régime.
Et donc, si vous voulez, nous avons pris des initiatives communes, par exemple, sur le dossier palestinien.
Sur la reconnaissance de l'État palestinien, il y a bientôt un an, oui, c'était une initiative franco-saoudienne, de fait.
Absolument, et nous avons l'intention de continuer, donc nous continuons à pousser ensemble pour qu'on passe à la phase 2 du plan à Gaza. C'est vrai aussi vis-à-vis du Liban, où nos deux pays sont un peu de véritables parrains de ce pays et entendent l'aider à se reconstruire alors qu'il est dans une situation très difficile. Donc, si vous voulez, nous avons des intérêts politiques qui sont tout à fait évidents, des vues qui sont très convergentes, et donc il est normal que nous nous consultions.
À un moment où les pays du Golfe, si vous voulez, s'interrogent justement sur la meilleure façon d'assurer leur sécurité et de diversifier leur partenariat, il est important, il n'est pas tout à fait indifférent que Mohamed Ben Salman ait choisi la France, qui est considérée comme le pays européen le plus actif sur le plan politique en Europe.
Mais est-ce que Paris a aussi besoin de Riyad pour peser davantage dans les crises au Moyen-Orient ?
Bien sûr, tout à fait, si vous voulez, nous avons intérêt, encore une fois, quand on essaye de mener une politique seul, on n'a pas toujours le poids suffisant. En réalité, quand on a de bons partenaires et qui eux-mêmes sont des gens écoutés tant à Washington qu'à Pékin qu'à Moscou et ailleurs, eh bien c'est important pour nous.
C'est un aveu de faiblesse de la France et de l'Europe que de se tourner vers l'Arabie Saoudite ou c'est juste de la réelle politique ? Bon, on fait avec ceux qui sont là et il faut bien essayer d'avancer.
C'est de la réelle politique et c'est nos intérêts. Il ne faut pas oublier que l'Europe reste en tant que telle le premier partenaire commercial des pays du Golfe. Nous avons beaucoup d'intérêts communs. Vous avez prochainement, en 2030, l'exposition universelle à Riyad. Ça intéresse énormément de sociétés françaises pour des raisons évidentes. Nous avons des technologies qui correspondent assez bien aux différents projets de développement, que ce soit le développement des transports, des énergies nouvelles, la culture, du tourisme, etc.
Donc je ne vois pas du tout pourquoi nous nous priverions de travailler avec un pays avec lequel nous avons des vues convergentes en diplomatie et où il y a un potentiel de coopération important.
Vous qui avez observé, vécu de près ces relations entre la France et l'Arabie Saoudite, je rappelle l'ambassadeur à Riyad durant 9 ans, qu'est-ce qu'il y a de plus changé, d'un mot, dans la manière dont Riyad regarde Paris aujourd'hui ?
C'est-à-dire que les Saoudiens ont connu une période où finalement, ils considéraient que la France était un partenaire traditionnel, important, membre permanent du Conseil de sécurité.
Une amitié classique, en quelque sorte.
Une amitié classique, mais disons que dans la période actuelle, les deux partenaires se rendent compte qu'ils ont un intérêt majeur, les uns et les autres, à coopérer pour peser plus sur les événements, que ce soit au Moyen-Orient ou que ce soit pour développer de nouveaux secteurs d'activité dans le monde, où nos entreprises sont assez complémentaires.
Merci à vous Bertrand Besancenot d'avoir été en ligne sur RFI ce matin. Je vous en prie, bonne journée. Bonne journée.