Gérald Darmanin : "Il faut baisser la dépense publique avant de baisser les impôts"
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Et l'invité du grand entretien de France Inter est donc ce matin le ministre de l'Action et des Comptes Publics. La parole à Léa Salamé dans une dizaine de minutes. Intervenez au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et via l'application France Inter. Gérald Darmanin, bonjour. Bonjour. Le gouvernement a présenté hier un ensemble de dispositions pour lutter contre la fraude fiscale, police fiscale, plaider coupable, j'en cite quelques-unes, obligation de publier le nom du fraudeur en cas de condamnation pénale pour lui infliger une honte publique, une honte aux yeux de tous. Vous voulez une administration implacable, la fraude fiscale est estimée à 60 milliards d'euros.
Vous pensez en récupérer combien sur le total ?
Alors le chiffre de 60 milliards, voire parfois de 80 milliards avancés par des ONG n'est pas vérifié. D'ailleurs je proposais que nous vérifions tous ensemble ce chiffre avec des ONG.
Vous diriez quoi alors ?
En tout cas c'est plusieurs dizaines de milliards, c'est toujours difficile de savoir la partie cachée de l'iceberg. La France l'année dernière a réclamé 20 milliards à des contribuables, particuliers comme entreprise, pas simplement de la fraude, également des rectifications d'impôts. On en a récupéré 12, ce n'est pas assez. Il est évident qu'il y a plus de fraude que 12 milliards en France.
Et donc vous escomptez quelle somme quand le dispositif sera en pleine charge ?
Je ne fais pas d'économie d'alouette sur un budget qui doit lutter contre un déficit et contre une dette publique. Donc je ne vais pas dire qu'on a 20 milliards l'année prochaine de récupérer parce que je l'aurai annoncé sur votre antenne. C'est beaucoup plus compliqué. Mais je souhaite que nous augmentions effectivement les 12 milliards que nous recevons à peu près chaque année. Nous savons qu'il existe plusieurs dizaines de milliards d'évasion ou de fraude fiscale en France. Il faut lutter évidemment avec beaucoup d'énergie contre ça.
Et alors justement une partie de ce dispositif ne sera prête qu'en 2020. C'est à partir de là vraiment que cette nouvelle politique aura des vertus ?
Alors j'espère que d'ici la fin de l'année la loi sera bien sûr adoptée et amendée par les parlementaires. Le dispositif de 2020 c'est la police fiscale. C'est-à-dire une deuxième police en complément de ce qui existe déjà au ministère de l'Intérieur et qui fait un grand travail. Une police fiscale à Bercy sous l'autorité d'un magistrat avec des moyens de police. C'est-à-dire des interceptions, des écoutes, ce qui nous manque aujourd'hui pour lutter contre les grands fraudeurs. Et il faut 9 mois de formation de ces agents. Donc c'est à peu près fin 2019 effectivement qu'on met trop en place cette police.
Amazon c'est un grand fraudeur ?
Je n'ai pas l'occasion, je vais peut-être que ça vous décevoir, de donner ou de révéler des secrets fiscaux. Je suis tenu au secret fiscal. Ce qui est sûr c'est que de très grandes entreprises, notamment étrangères, ne payent pas le juste impôt en France. Et soit nous l'avons essayé de régler, le cas d'Amazon a été réglé depuis que je suis ministre. Ils ont payé ce qu'ils devaient payer au fisc. Et on sait combien ? Le patron d'Amazon lui-même le dira s'il le souhaite. En tout cas ça compte en plus d'une dizaine de millions puisqu'il l'a évoqué lui-même dans la presse. Mais pour le reste, de grandes entreprises doivent payer leur juste impôt. Il est évident que ce n'a pas été assez fait.
Mais dans certains cas, je prends l'exemple d'un grand moteur de recherche. Nous avons perdu, c'est le gouvernement précédent, qui a perdu au tribunal administratif. Donc parfois la loi ne nous donne pas raison. Donc il ne faut pas en vouloir au gouvernement, de préférer un accord, plutôt qu'une loi qui manifestement de temps en temps ne nous donne pas raison. Il faut sans doute changer la loi. C'est ce que nous allons faire avec Bruno Le Maire au niveau européen.
Lancement aujourd'hui, Gérald Darmanin, de la concertation sur la fonction publique. Les syndicats semblent déjà désabusés quant aux perspectives de cette concertation. Vous avez promis une hausse des salaires pour les plus petits salaires, justement. Les plus petits revenus de la fonction publique. Ça va concerner quel métier ?
On va travailler cela avec les syndicats. Ils vont nous proposer, ça a déjà été le cas d'une partie d'entre eux, les métiers dans la fonction publique, effectivement, où les gens gagnent peu ou mal leur vie. Ce n'est pas le cas partout dans la fonction publique, parmi les 6 millions d'agents. Et plutôt que de faire l'augmentation du point d'indice généralisé pour tout le monde, quelques euros pour tout le monde, on préfère se concentrer sur certains métiers. Mais quel métier, vous n'en avez pas idée ? La ministre de la Santé et les syndicats évoquent évidemment le cas des infirmières. C'est effectivement, pour une partie d'entre elles, extrêmement important de faire ce ressort budgétaire.
Et ça a été le cas pour l'administration pénitentiaire. Vous l'avez vu pendant la crise des prisons. Il y a des ouvriers d'État qui sont évoqués par certains syndicats. Bref, avec Olivier Dussopt, toute cette année, nous allons travailler à ces métiers, à ce rehaussement de pouvoir d'achat. En complément d'une mesure que nous mettons sur la table, je reviendrai dans quelques instants, qui est le salaire au mérite, à savoir si ce mérite, c'est un mérite individuel ou collectif.
Et les instituteurs ?
En ce qui concerne l'éducation nationale, nous travaillons avec Jean-Michel Blanquer, et notamment dans le cadre de la réforme des retraites, puisque vous savez que ces fonctionnaires de catégorie A n'ont pas les primes qu'ont les autres agents, mais parfois ont des heures supplémentaires. C'est une autre façon de leur augmenter le pouvoir d'achat. Nous essayons avec Jean-Michel Blanquer de remettre à plat tout ça pour aider justement les instituteurs. et leur belle vocation pour la République. Pour ces faibles revenus, l'augmentation sera de combien ? On a un an de négociation. Je la commence avec Olivier Dussopt aujourd'hui et demain, si j'ose dire.
On connaît la méthode du gouvernement aujourd'hui. Vous arrivez dans les concertations avec des idées bien arrêtées, et vous essayez de faire consensus à partir de là. Donc vous devez bien, si elle n'est pas arrêtée, vous devez bien avoir une petite idée de la fourchette d'augmentation.
Il vaut mieux arriver avec des idées bien arrêtées, quitte à en changer quelques-unes suite à la négociation.
Ok, donc l'augmentation de combien à vue de nez ?
Non, mais on ne peut pas répondre comme ça. D'abord, ça dépend des métiers, et nous aurons une discussion plus globale avec les syndicats sur le nombre de contrats dans la fonction publique, sur la question du statut et de son amélioration, sur le salaire au mérite, sur les plans de départ volontaires. Donc je ne peux pas détailler les choses ainsi. Je respecte la démocratie sociale, comme l'a fait Mme Pénicaud auparavant sur les ordonnances de travail.
Quand allez-vous enclencher le mouvement de baisse du nombre des fonctionnaires ?
Nous avons commencé un nombre de suppressions de postes de 1 600. Le gouvernement précédent avait créé 14 000, donc on n'arrête pas un paquebot qui va vite. Mais je ne souhaite pas être le petit comptable qui sur un cahier d'écolier supprime le nombre de postes pour faire plaisir à une promesse que nous avons pu faire collectivement. Il faut d'abord qu'on réforme le pays. On va d'abord réformer la politique publique, c'est le cas d'Action publique 2022, et ensuite on en tirera des conséquences en nombre d'agents. Si nous décidons de fusionner des services, il est évident que nous ferons des propositions de plans de départ volontaires.
Et c'est d'abord la condition de la réforme qui permettra le nombre d'agents et pas l'inverse. 100 000 en moins, c'est ça le... Le président de la République s'est engagé sur 120 000, 70 000 dans les collectivités locales et 50 000 dans l'État.
Les prélèvements obligatoires, Gérald Darmanin, ont atteint des sommets, 45% du PIB. Le gouvernement avait promis une baisse de pression fiscale de 1 point du PIB sur le quinquennat. Est-ce que vous revoyez cet objectif à la hausse ? Est-ce qu'il faut viser, par exemple, 1,5 de baisse, considérant le chiffre que je viens d'énoncer, 45% ?
Non, nous tiendrons les engagements du président de la majorité, c'est-à-dire une baisse de la dépense publique, une baisse de la dette et une baisse, effectivement, des prélèvements obligatoires. A ceci près que dans les prélèvements obligatoires que nous avons tous constatés en 2017, vous avez les chiffres de 2017 que nous avons partagés à moitié avec le gouvernement précédent, qui n'était pas connu pour sa baisse de fiscalité quotidienne. Les recettes fiscales sont plus importantes parce que l'économie est plus importante. Chacun comprend que quand l'économie repart, il y a plus de TVA, par exemple, et plus d'impôts sur les sociétés.
Quelque part, c'est bien, c'est moins de déficit, et puis en même temps, statistiquement, c'est plus de prélèvements obligatoires. Mais avec Bruno Le Maire, nous allons tenir la promesse du président de la République, nous avons supprimé l'ISF, nous avons supprimé la taxe d'habitation, et nous allons continuer la baisse des impôts pendant tout le quinquennat. Mais la baisse des impôts n'est possible lorsqu'on baisse la dépense. Je serais un bonimenteur si je vous disais qu'on baisserait les impôts et qu'on ne toucherait pas à la dépense. On va baisser la dépense publique.
Dans ce contexte, Gérald Darmanin, faut-il aller plus vite sur la défiscalisation des heures supplémentaires ?
Je crois qu'il faut aller le plus vite possible. Et le plus vite possible, ça a été décidé à la trajectoire des finances publiques, comme on dit techniquement, et qu'on a présenté au Parlement, c'est-à-dire 2020. En 2018, nous baissons les charges salariales. Les Français l'ont vu en janvier et ils le verront beaucoup plus en octobre. En 2019, les Français qui sont chefs d'entreprise verront la baisse des charges patronales, la transformation du CICE en baisse de charges. Avec zéro charge sur le SMIC, ce sera la première fois dans notre pays.
Retourner vers le travail pour la plupart des Français qui aujourd'hui en cherchent et qui ont des cotisations patronales qui empêchent d'être justement rémunérés. Et en 2020, la défiscalisation, mais plutôt, pour être plus précis, on retire des cotisations sociales. C'est une mesure différente de celle de Nicolas Sarkozy en 2020 pour les heures supplémentaires.
Gérald Darmanin, Bruno Le Maire s'est dit favorable à de nouveaux gestes fiscaux pour les entreprises, pour l'industrie, pour défendre l'industrie française. Y êtes-vous favorable ?
Moi, je suis favorable en général à la baisse des impôts, mais je suis aussi favorable à la baisse de la dépense. Et le ministre de l'Économie et des Finances, c'est bien lui qui porte le budget que je prépare à Bruxelles, mais les Français le savent. D'abord, il faut baisser la dépense publique. Et nous avons fait un travail important de maîtrise de la dépense publique, mais nous ne l'avons pas encore baissé. C'est difficile de baisser la dépense publique. Il y a de la bonne et de la mauvaise dépense publique, comme il y a des bons et des mauvais chasseurs. Il faut la distinguer, il ne faut pas être paramétrique, idiot, budgétaire un peu tatasse, comme dirait l'autre.
Mais en même temps, il faut savoir être courageux et baisser la dépense publique. Donc, je souhaiterais d'abord que nous baissions la dépense publique et ensuite, on verra comment on baisse ses impôts.
Voilà, donc vous dites à Bruno Le Maire « Attends, je ne sais pas si vous vous tutoyez. »
D'abord, je tutoie. J'aime beaucoup Bruno. Il le sait très bien puisqu'il est le premier à le répéter au Conseil des ministres. Et il a bien raison.
L'impôt va donc être prélevé à la source, Gérald Darmanin, mesure moderne qui existe dans bien des pays. La disposition a une logique. On ne va pas entrer dans ce débat-là. Mais quand les salariés qui payent des impôts vont voir leur faille de paye amputée, vous ne redoutez pas un choc psychologique que vous allez payer politiquement ?
Alors, absolument pas. C'est une mesure pro-salariée. Que des chefs d'entreprise puissent y trouver d'ailleurs de l'énervement ou de la dépense, je peux les comprendre. Mais c'est une mesure pro-salariée. Il y a 7 millions de personnes en France qui voient tous les ans leur revenu changer de 30%. D'abord parce qu'on multiplie des CDD et des intérims. Moi, dans ma commune à Tourcoing, les gens font chômage-boulot, chômage-boulot. Les gens qui partent en retraite, ceux qui deviennent malheureusement veufs ou veufs, ceux qui se marient, ceux qui divorcent, beaucoup de gens voient leur revenu changer d'une année à l'autre.
Et nous avons un système archaïque où on paye son impôt un an après, avec des drames parfois social et du surendettement pour payer cet impôt. L'impôt contemporain, le fait que vous soyez prélevé à la source, c'est une grande modernisation sociale pour les salariés. Et c'est une mesure qu'il faut prendre, que beaucoup de gouvernements souhaitaient prendre avant nous et que forcément, la transformation, c'est parfois un peu compliqué à mettre en place. Allez, une dernière question. J'explique en français que c'est un avantage social pour eux que l'impôt à la source au mois de janvier prochain.
Une dernière question avant de donner la parole à Léa Salamé. La grève démarre lundi à la SNCF. L'État va-t-il reprendre une partie de cette dette ?
Ce n'est pas un préalable. D'abord, la SNCF va faire les réformes. Le Parlement va voter, je l'espère, le projet de loi. Et une fois que nous aurons vu tout ça, nous regarderons et nous prendrons nos responsabilités dans la mesure où chaque année, la SNCF crée 3 milliards de dettes supplémentaires. Donc même si nous reprenions la dette aujourd'hui, dans 10 ans ou dans 15 ans, le ministre du Budget constatera qu'il y a 30 à 35 milliards de dettes encore. Ce n'est pas une solution de fonctionner.
Le ministre de l'Action et des Comptes Publics, Gérald Darmanin, est dans le grand entretien de France Inter. 8h33, Léa Salamé.
La CGT appelle à 3 mois de grève et de mobilisation dans le secteur de l'énergie. Donc pas seulement la SNCF, l'énergie maintenant. Est-ce que vous craignez que le mouvement s'étende et se durcisse ?
Non, je ne le crois pas. Je respecte la CGT, je respecte le droit de grève et le droit de manifester. Je considère cependant que nous avons été élus sur un programme clair de transformation du pays. On n'est pas en 95. Les choses ont changé. Je pense que l'opinion publique a compris que la France devait se moderniser. Je n'ai pas de crainte particulière.
Vous n'avez pas de crainte que ça se durcisse et que ça s'amplifie ? Non. Jean-Michel Blanquer avait dit cette phrase « On n'a pas besoin de grève en France ». Vous êtes d'accord avec lui ?
Oui, si je devais choisir mon opinion, je ne ferais pas grève si j'étais à la place aujourd'hui des salariés, notamment de la SNCF, mais je ne suis pas à leur place. Donc je pense qu'on n'a pas besoin de grève en France. On n'a pas besoin de pouvoir limiter cette énergie transformatrice qui a été la suite de l'élection présidentielle d'Emmanuel Macron. Maintenant, je respecte le droit de grève et je respecte le droit de manifester.
Le déficit français est passé sous la barre des 3% à 2,6%. C'était la bonne nouvelle de la semaine dernière. La croissance est donc plus forte qu'anticipée. Ça veut dire que les rentrées fiscales vont être plus fortes qu'anticipées. Est-ce que ce n'est pas le moment de redistribuer ?
Ah non, ce n'est pas le moment. D'abord parce qu'on le fait déjà. Quand on supprime la taxe d'habitation pour des millions d'habitants, lorsqu'on supprime des cotisations pour des millions d'habitants, lorsqu'on augmente au mois d'avril le minimum vieillesse de 30 euros, ce qui n'a jamais été fait auparavant, on redistribue déjà.
Vous répétez ça, pardon, vous répétez ça inlassablement, mais c'est vrai que le ressenti des Français, ils voient surtout la hausse de la CSG. La base des cotisations, ce sera en octobre. Le calendrier, ils ne le sentent pas encore.
Ce n'est pas vrai, c'est tout à fait faux. Il y a 19 millions de salariés qui ont vu dès le mois de janvier une augmentation légère, bien sûr, leur pouvoir d'achat. Et au mois d'octobre, ils le verront beaucoup plus. Et au mois d'avril, excusez-moi, le minimum vieillesse augmente de 30 euros. Les indépendants, pour la première fois, ils ont vu la suppression du RSI, ce qu'ils réclamaient depuis des années, et ils vont voir une augmentation de pouvoir d'achat. Je comprends que ce ne soit pas assez, je comprends qu'il faut faire plus. Pourquoi vous ne redistribuez
pas davantage, par exemple, pour les retraités qui payent la CESG,
les plus modestes ? Mais attendez, je pense que vous devez constater qu'en France, nous avons depuis 40 ans un budget en déséquilibre. Nous dépensons 25% de plus ce que nous recevons. Chaque auditeur peut comprendre, qu'il soit chef d'entreprise ou contribuable, père ou mère de famille, que lorsqu'on dépense chaque année pendant 40 ans 25 de plus que ce qu'on reçoit, il y a un problème. Et ce problème s'appelle la banque. Nous, notre banque, c'est 2200 milliards de dettes. Si demain, il y avait une crise économique, vous savez, quand j'étais petit, il y avait la fable de la cigale et la fourmi.
Quand la cigale est trop cigale et que la bise arrive, eh bien, on est bien embêtés et on est obligés de remonter tous les impôts. C'est ce qu'ont fait tous les gouvernements précédents parce qu'ils n'ont pas été courageux.
Je comprends ce discours de bon père de famille, Gérald Darmanin, qui gère bien le budget. Mais vous ne pensez pas que c'est le moment aussi, avec ce surcroît d'argent, de redistribuer aux personnes les plus faibles, de donner un peu plus
aux gens qui en ont besoin ? Mais c'est déjà le cas. Les minimums VIS seront augmentés comme jamais nous n'avons été de 100 euros pendant ce mandat par mois. C'est pareil pour l'éducation adulte handicapée. Mais vous savez, quand on fait de la dépense publique, si jamais c'était la solution, nous serions le premier pays européen en croissance. Nous serons le premier pays européen où il n'y a aucun problème ni de transport, ni de ruralité, ni de quartier. Nous sommes à 57% de notre richesse nationale en dépense publique et nous sommes le plus mauvais des élèves de la classe de l'Union européenne. Moi, je suis patriote.
Je considère qu'il n'est pas tout à fait normal d'être le plus mauvais élève.
Vous venez de nous dire que vous ne craignez pas un durcissement de la grève à la SNCF. Est-ce que vous craignez ce qui est en train de se passer dans les universités, ce mouvement contre la sélection et la répression à l'université ? Une douzaine d'universités bloquées aujourd'hui ou occupées ?
Alors, je ne comprends pas très bien le lien entre sélection et répression. En ce qui concerne les événements qu'ils ont eu à Montpellier et je sais que récemment il y en a eu à Lille dans ma propre région, nous prenons des mesures et la ministre de l'enseignement supérieur a pris des mesures extrêmement fortes et la raison de le faire. L'université, c'est un lieu à la fois de liberté de république, il est hors de question de voir des polices personnelles se monter. C'est un scandale absolu.
Ça, c'est ce qui s'est passé à Montpellier. On apprend que les deux professeurs
vont être suspendus. Et voilà, je crois qu'ils ont été... D'ailleurs, il y a une enquête qui est ouverte. Cela me paraît tout à fait essentiel. En ce qui concerne, en revanche, le fait qu'à l'université on puisse faire une rentrée qui ne soit pas celle de l'année dernière, c'est-à-dire fondée sur le hasard et le tirage au sort, je crois que c'est plutôt bien pour la république et pour la méritocratie et le mérite en revient à mon avis à Mme Vidal. Est-ce que vous pensez que l'université ne s'est pas fait pour tout le monde ? C'est une question difficile. Moi, je pense que c'est fait pour tout le monde. Sociologiquement, il faut l'égalité des chances.
C'est pour ça qu'on travaille dès la maternelle et je trouve que la grande mesure pour que ce soit fait pour tout le monde à l'université, c'est faire ce qu'a fait le gouvernement, c'est-à-dire l'école obligatoire à trois ans.
Non, parce que c'est les propos d'Emmanuel Macron qui avait dit qu'il faut arrêter de faire croire aux gens que l'université c'est fait pour tout le monde.
Oui, mais dans le système actuel, le président de la République a évidemment raison puisque comme il y a une telle différence sociologique au départ de la vie, il faut changer ça au départ de la vie.
Donc il a raison mais vous n'êtes pas tout à fait d'accord.
Non, l'école obligatoire à trois ans.
C'est fait pour tout le monde mais ce n'est pas fait pour tout le monde.
Madame Salamé, c'était des propos, me semble-t-il, aussi de campagne électorale.
Non, c'était de l'interview au point après, une fois président. Pardon, excusez-moi.
Et de lendemain d'élection, la transformation de l'école telle que l'a fait Jean-Michel Blanquer, c'est-à-dire le dédoublement des classes dans les lieux difficiles plus, je le vois dans ma commune, plus l'école obligatoire à trois ans, ça permettra dans dix ou dans quinze ans à ceux qui rentrent aujourd'hui en maternelle d'avoir les mêmes égalités pour aller à l'université.
8h38 01 45 24 7000 intervenez. Vous avez la parole. Bonjour Denis.
Oui, bonjour. Merci de prendre ma question. Alors, M. Darmanin est toujours assez prolixe à citer des fables. Moi, je pourrais lui citer la fable du Corbeau et du Renard. Mais ma question est plus sérieuse. Pourquoi M. Darmanin se refuse à faire sauter le verrou de Bercy ?
Se refuse-t-il, donc ?
C'est une particularité qui permet à l'administration fiscale de décider seules des poursuites judiciaires contre les fraudeurs.
Merci Denis pour cette question. Gérald Darmanin vous répond.
D'abord, je voudrais dire que nous n'avons pas fini le débat parlementaire. Il y a une mission d'information aujourd'hui au Parlement. Deuxièmement, je crois que la présentation par monsieur est un peu fallacieuse. La justice peut tout à fait sans le ministère de l'Action des Comptes Publics poursuivre les fraudeurs par la possibilité de blanchiment de fausses fiscales. Le procureur de la République il ouvre des enquêtes sans rien nous demander. Et deuxièmement, je voudrais dire qu'il y a plus de 900 plaintes qui sont transmises par l'administration à la justice.
Alors, pourquoi ne pas le faire sauter ? C'est ça la question de Denis. Ce verrou.
Mais on aura cette discussion aussi avec les parlementaires parce que lorsque vous êtes dans l'administration fiscale, de l'administration morale, c'est tout à fait vrai, parfois de peine de prison, ce qui n'est pas toujours appliqué. Nous le verrons peut-être dans quelques semaines avec monsieur Cahuzac, mais en tout cas, aujourd'hui, ce n'est pas le cas. Il n'y a pas de peine de prison effective pour les fraudes fiscales seules caractérisées. Et en même temps, le ministre des Comptes Publics et l'État a intérêt à récupérer cet argent.
Et vous avez une grande efficacité à le récupérer, à le repérer, à le récupérer lorsque l'administration fiscale demande l'argent directement à ces personnes.
Donc, c'est un principe d'efficacité le verrons.
Aujourd'hui, ce qui se passe, c'est que, exactement, aujourd'hui, ce qui se passe, c'est que les plus grandes plaintes, les plus médiatiques, les plus importantes sont transmises à la justice et les choses les moins importantes, en général, moins de 100 000 euros. Eh bien, il y a un monopole, effectivement, par l'administration fiscale qui réclame cet argent avec parfois 100% de pénalité, ce qui n'est pas une petite peine.
Maurice, bonjour.
On va le lui demander.
Merci beaucoup, Maurice, pour cette question, Gérald Darmanin.
Oui, parce que si, Maurice, pardon, si je peux comprendre et qu'on n'est pas effectivement riche quand on a 4 000 ou 5 000 ou 6 000 euros de retraite, mais à 600 euros par mois, je pense que vous avez... Il voulait dire par an. Non, non, mais j'entends bien, mais je crois qu'il l'a dit par mois. Non, je ne sais pas, il ne s'est peut-être pas trompé.
Ce que j'ai sous les yeux, c'est par an.
Alors, si jamais, M. Payet 600 euros de CSG par an, il aura, au mois d'octobre, il le constatera, j'espère qu'il nous rappellera, la suppression de la taxe d'habitation. Donc, je voudrais aussi lui dire que, bien sûr, les ministres sont bien payés et je ne demande aucune augmentation, mais je ne suis pas né de la cuisine de Jupiter, comme dirait Coluche. Je suis né dans un milieu populaire, j'ai été maire d'une ville populaire, j'y habite toujours d'ailleurs. Je sais très bien ce que c'est que la difficulté, y compris des retraités. Et dans ma commune, les petites retraites, c'est des gens qui touchent 600, 700, 800 euros. Et eux ne sont pas concernés par l'augmentation de la CSG.
Il est évident que ceux qui ont entre 1 200 et 2 500 euros de revenus qui ne sont pas des riches vont se voir contribuer. les habitations et au-dessus de 2 500 euros de revenus par mois, par personne, effectivement, il n'y aura pas de compensation. Mais ça, c'était déjà dit pendant la campagne électorale.
Sur l'application de France Inter, Laurent vous demande, me demande de vous faire remarquer que les instituteurs ne font pas d'heures supplémentaires comme dans le secondaire. Comment est-il possible de prendre en compte des heures qui ne se font pas en réalité sur le terrain ? C'est-à-dire combien le métier de professeur des écoles est méconnu par nos gouvernants. Que répondez-vous alors ?
Non, non, il a raison. C'est évidemment des professeurs. Je ne méconnais pas le travail très important des professeurs des écoles élémentaires et maternelles. C'est d'ailleurs, je crois, une priorité du gouvernement. Ça a été dit par Jean-Michel Blanquer et toutes les mesures qui ont été annoncées, hormis la réforme du bac, ont été pour l'école élémentaire et maternelle. Donc cela n'est pas méconnu et c'est un travail qu'il faut effectivement renforcer, y compris, pourquoi pas, avec M. Blanquer dans le pouvoir d'achat.
Léa Salamé ?
À l'instant, une réaction. On vient de la prendre. Sur le volailler Doux qui propose de reprendre près de 300 salariés sur 1 200. Une réaction ? Est-ce que c'est suffisant ?
Non, je travaille avec Richard Ferrand mais c'est surtout Bruno Le Maire qui le fait et tous les élus de la Bretagne pour aider à cette reprise, notamment par l'intervention de l'État. Je sais que la région Bretagne annonce, je crois, une quinzaine de millions d'euros à mettre sur la table pour la reprise et pour aider la reprise. Je sais qu'il y a plusieurs repreneurs. L'idée, effectivement, c'est qu'un maximum de salariés soit repris dans cette grande entreprise.
300 salariés sur 1 200, ça vous semble...
Je ne peux pas réagir à quelque chose que je ne connais pas et que vous m'annoncez, Madame Salamé. Je vous dis que M. Le Maire et M. Ferrand, ils travaillent beaucoup pour que la reprise soit le plus de salariés possible.
Une question sur les paradis fiscaux. C'est Manon qui vous la pose sur l'application France Inter. Vous avez considéré certains pays européens comme des paradis fiscaux dans une interview au Figaro ce week-end. Pourquoi se contenter de transposer la liste européenne de paradis fiscaux qui ne compte que 9 États et aucun grand paradis fiscal comme l'Irlande ou les îles Caïmans ? N'est-ce pas hypocrite, M. Darmanin ?
Alors, ce n'est pas hypocrite. Pour la première fois, nous allons transposer la liste européenne dans la liste française. C'est une première grande avancée. Pour la première fois, un ministre des Comptes publics dit qu'effectivement, elle n'est pas complète, cette liste, que ce n'est que du déclaratif.
Il manque qui à l'appel ?
Non, mais on ne peut pas faire des choses comme ça puisqu'aujourd'hui, c'est du déclaratif. Et Bermude, par exemple, aujourd'hui, il déclare qu'ils vont se mettre... Bon, maintenant, il faut constater, il faut arrêter des textes et des déclarations, il faut constater les choses. Et dans l'Union européenne, je l'ai déjà dit, je sais que ça ne fait pas plaisir, mais il y a des périls qui ne sont pas des paradis fiscaux, mais qui font une certaine forme d'évasion fiscale. Et M.
Moscovici l'a dit lui-même, c'est le cas de l'Irlande, c'est le cas de Malte, ce n'est pas normal et nous allons travailler avec eux pour que les choses avancent dans une Union européenne qui respecte chacun des pays comme la France qui lutte très fortement contre les paradis fiscaux et l'optimisation et l'évasion fiscale.
Gérald Darmanin, merci ministre de l'Action et des Comptes Publics. Merci encore d'avoir été au micro d'Inter ce matin.
Gérald Darmanin