En "demi-retraite", Alain Duhamel continue d'analyser et commenter la vie politique française
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France Inter, 8h21. France Inter, Ali Badou, Marion Lourdes, le 6-9. Face à Duhamel, un grand entretien ce matin avec Marion Lourdes, nous avons le bonheur de recevoir un éternel jeune homme, mémoire vive de la Vème République. Il est devenu, à en croire, le documentaire qui lui est consacré une institution. Il a couvert pas moins de 11 élections présidentielles, interrogés, rudoyés parfois, ces 8 présidents, des présidents et des politiques. François Hollande, Emmanuel Macron, mais aussi Jean-Luc Mélenchon rendent hommage dans un documentaire absolument passionnant à celui qui a annoncé sa retraite, mais qui ne la prendra jamais. Alain Duhamel, la retraite, moi, jamais.
C'est le titre de ce doc diffusé ce soir à 23h sur France 5 qui est réalisé par Fabrice Pierrot. Alain Duhamel qui publie les politiques, portraits et croquis aux éditions L'Observatoire. Ce sera en librairie la semaine prochaine, le 22 janvier. Bonjour Alain Duhamel. Bonjour. Bonjour. Et bienvenue. Questions, réactions, chers auditeurs, au 01 45 24 7000 ou sur l'application Radio France. Il y a déjà de nombreux auditeurs au standard qui veulent dialoguer avec vous, Alain Duhamel. Mais on va commencer avec une allocution solennelle, celle du président de la République. C'est impossible d'avoir des souvenirs de la vie politique contemporaine sans qu'il y ait la présence d'Alain Duhamel.
Une allocution courte, probablement la plus courte depuis le début de son premier quinquennat, Alain Duhamel. Qu'est-ce que ça vous évoque, cette idée qu'on ne vous identifie ou qu'il n'identifie la vie politique française à votre présence, vous qui vous êtes invité dans des millions de foyers à travers la télévision, la radio, la presse écrite ?
On se dédouble un peu à force, c'est-à-dire qu'à la fois on écrit, on parle, on s'exprime. Et puis au bout d'un certain temps, on se regarde et d'une certaine manière, on se compare à soi-même et à ce qu'on a été. Et c'est vrai que ça implique une part de modestie dans ces cas-là.
Ça implique une part de modestie, ça implique aussi de notre part, en tout cas, une forme de respect. Vous savez qu'il y a plus d'archives de vous à l'INA que pour Michel Drucker ?
Oui, on m'a dit ça, on m'a dit ça. Il faut dire que j'ai fait un certain nombre d'émissions, alors lui aussi.
Lui aussi, mais lui dans un registre plus populaire en tout cas, dans un registre moins polémique parfois. Oui, bien sûr.
Il y a quand même quelque chose d'inhabituel dans la position qui vous offre ce documentaire qui est diffusé ce soir sur France 5 parce qu'habituellement vous êtes l'observateur, vous êtes le journaliste, et là tout d'un coup c'est vous qu'on observe. Comment vous l'avez vécu ça ?
Heureusement, comme je ne suis pas du tout exhibitionniste, et qu'en plus j'ai toujours essayé de préserver au maximum tout ce qui était vie privée, donc déjà le fait qu'on voit mon appartement, enfin mon appartement, une pièce, mon épouse, sa sœur jumelle, d'ailleurs c'est la même chose, et puis la maison de Monoblé ou l'Île-Dieu, bon, c'est vrai que je ne suis pas du tout habitué à ça.
Non, c'est la première fois qu'une caméra est entrée d'ailleurs chez vous à l'Île-Dieu.
Oui, oui, absolument. Bon, ça fait bizarre. Honnêtement, quand on le revoit après, sur le moment, pas du tout, sur le moment c'était très naturel, mais en le revoyant après, je me suis dit un petit peu, mais celui-là il s'exhibe.
Il s'exhibe, alors que vous restez malgré tout pudique. Alain Duhamel, la retraite, moi jamais, c'est donc le titre de ce documentaire qui retrace votre vie. 60 années de vie politique, d'interview, de moments devenus cultes, et on va y revenir, ils sont nombreux. Vous qui avez annoncé cet été seulement que vous preniez votre retraite de la vie médiatique, vous êtes toujours sur BFM. Bon, une fois par semaine seulement, j'allais dire. La retraite, c'est quand l'actualité cesse d'être fascinante, je vous cite, c'est-à-dire jamais. C'est ce que vous dites dans le documentaire. Elle est impossible, la retraite, quand on est un passionné d'actualité comme vous ?
Oui, alors d'abord sur le principe, et puis oui sur les circonstances. Parce qu'on est quand même dans une période tellement atypique, révulsive, dangereuse, qu'on n'a pas envie de prendre un verre en regardant un vieux film. On a le nez sur ce qui se passe. Et si on est journaliste, en tout cas, je pense que c'est difficile. Et puis moi j'ai toujours été fasciné.
Non mais avouez, vous avez une passion étonnante, une passion rare, on va dire, même en voie de disparition. Cette passion pour la politique, à une époque où on est aujourd'hui face à la désaffection par rapport à la vie publique. Vous vous êtes encore attaché à la chose publique plus que jamais aujourd'hui.
Ben oui, alors d'abord parce que c'est plus nécessaire que jamais. Donc c'est aussi pour ça que j'ai un côté défense des intérêts publics. Bon, et puis bon, je ne vais pas raconter d'histoire. Depuis que j'ai dix ans, je suis passionné par les affaires publiques. Quand j'avais dix ans, j'avais une arrière-grand-mère qui était née sous Napoléon III et qui avait été une de ces femmes qui, avant la guerre de 1914, revendiquait le droit de vote, etc. et qui avait été en retraite juste à côté de la maison. Et quand j'avais dix ans, tous les dimanches, je devais aller lui faire un résumé de l'actualité politique. Pas de l'actualité, l'actualité politique.
Alors, on l'a dit, au cours de vos 60 ans de carrière, il y a eu plein de grandes dates. Il y a eu, par exemple, ce débat entre Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand. Il y en a eu beaucoup d'autres. Vous avez reçu Georges Marchais aussi. Quel est le moment, vous diriez, aujourd'hui, qui vous a le plus marqué ? Le moment le plus important ?
Alors, politiquement, je ne vais pas vous faire une réponse de Normand, bien que je sois Normand. Politiquement, c'est le premier duel télévisé entre Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand.
En 1974.
C'est ça, parce que c'était Michel Bassier et moi qui l'avions quasi imposé. C'est-à-dire qu'on avait été demander à Giscard s'il était d'accord. Comme il considérait qu'il était le meilleur, il avait dit tout de suite oui. Puis, j'avais été voir François Mitterrand, que je connaissais bien. Je vais faire un livre avec lui, etc. Et je lui ai dit, de toute façon, lui était réticent. Ne serait-ce que parce qu'à l'époque, il était très mauvais à la télévision. Il arrivait comme un avocat avec des gros dossiers, comme s'il allait plaider.
Pour l'année dernière, ce débat a eu lieu ici, à la maison de la radio.
Absolument. Et je lui ai dit, de toute façon, vous ne pouvez pas dire non. Parce que comme il a dit oui, si vous dites non, on dira que vous vous dérobez. Donc, on l'a fait. Et notre rôle a été nul pendant le débat, parce que c'était la condition des deux côtés pour que ça ait lieu. Maître des horloges, vous étiez. Voilà, c'est ça, exactement. On était des huissiers. Mais, en revanche, on est arrivé à organiser le premier débat contradictoire, libre, avec une écoute gigantesque. Et c'est ça qui est passionnant. La veille du débat, il y avait eu un ultime sondage qui donnait 50-50. Donc, si peut-être un débat, un jour, a vraiment eu un impact sur l'élection, c'est celui-là.
Oui, parce qu'on se dit toujours que les débats présidentiels n'influent pas sur le résultat final. Voilà, qu'ils arrivent trop tard.
Quand les gens sont déjà faits leur opinion et, au fond, sont pour leur candidat et contre l'autre, sans jamais changer. Mais là, d'abord, c'était la première fois. Et puis, ensuite, 50-50.
Alors, dans ce documentaire, on entend votre femme qui dit que c'était simple. C'était ou il quittait BFM ou c'était moi. C'était. Elle le dit en souriant, d'ailleurs.
Mais elle accepte la situation actuelle qui est, selon qu'on veut être gentil ou méchant, soit une demi-retraite, soit une fausse retraite.
Une demi-retraite, une fausse retraite. Et il y a un style du Hamel. Et ce style du Hamel, celui qui en parle peut-être le mieux dans le documentaire, c'est quelqu'un que vous connaissez bien, Jean-Luc Mélenchon.
Il a une forme de bonhomie qui vous met à l'aise. Bon, maintenant, attention à la bonhomie du personnage. C'est un cobra dans une peau de loutre.
Un cobra dans une peau de loutre. L'expression est jaunie.
Mais j'aime bien débattre avec Mélenchon. Je crois qu'il aime bien débattre avec moi. Et comme, en règle générale, il n'aime pas tellement débattre avec les journalistes, je considère que c'est plutôt un privilège. Vous dites débattre et non pas interviewer. Ah oui, non, avec lui, je débats là. Mais il faut dire que j'ai eu... Quand je parle comme ça, c'est comme si j'étais un peintre connu. Mais j'ai eu une période interviewer, qui a été la plus longue de loin. Et maintenant, l'âge venu, etc., je suis une période débatteur.
Et c'est vrai qu'on vous a vu débattre, et à de nombreuses reprises, sur des radios, des télévisions. Et puis, il y a donc ce style du Hamel. Il y a un moment très important. On vous voit, journaliste tout gamin, vous avez 22 ans à Sciences Po. Vous rentrez au service politique du Monde. Vous avez créé des émissions qui ont été de grands succès, cartes sur table, l'heure de vérité. 60 ans que vous observez la vie politique. Et puis, il y a un moment, un moment véritablement important. C'est lorsque vous demandez à François Mitterrand, en 1981, sa position sur la peine de mort. Et c'est tout le paradoxe.
Vous lui posez la question de savoir, à la toute fin d'une émission, ce qu'il pense de la peine de mort. Et il vous annonce qu'il l'abolira. Et qu'est-ce qui se passe quand vous sortez du studio ? Son équipe de campagne vous tombe dessus, Alain de la Mel.
C'est vrai, parce qu'il y avait un public. Et les trois premiers rangs, c'était ses collaborateurs, ses amis, etc. Et quand je suis descendu, se sont rués vers moi, quand je dis ils, une dizaine. En me disant, c'est un scandale, c'est un piège que vous avez gardé pour la fin. On voit bien de quel côté vous penchez, etc. C'était assez véhément. Mais lui, il vous a remercié. Et lui, on était sur une petite estrade. Enfin, quand je dis estrade, il y avait deux marches. Mais il est venu à ce moment-là, il m'a mis la main sur l'épaule. Et il m'a dit, je vous remercie de m'avoir posé cette question. Et là, je n'en rajoute pas.
Ceux qui, 30 secondes avant, me traitaient de tous les noms, se sont précipités les mêmes. Et pour me dire, c'est formidable, quel courage. Il n'y avait aucun courage à poser la question. Mais enfin, peu importe. Mais c'était de la comédie à l'arté.
Mais ça a été un moment de bascule pour le coup, puisque c'est effectivement un engagement. Ça l'a obligé à répondre. Et ça a été un engagement tenu en 1981 avec Robert Malinter.
Et j'ai toujours pensé que ça n'avait probablement pas modifié beaucoup de votes, mais que parmi ses adversaires un peu cultivés, ça lui avait donné une respectabilité qu'il n'avait pas avant. J'ai pensé ça.
Il y a une autre grande date qui marque votre carrière, qui marque aussi la vie politique française. C'est la première émission avec Jean-Marie Le Pen. Vous dites d'ailleurs dans le documentaire que c'est une des personnalités les plus charismatiques que vous ayez croisées. L'invitation, elle fait débat. Parce qu'en fait, l'équipe de l'ordre de vérité est divisée. Est-ce qu'il faut l'inviter, alors qu'il ne représente pas tant que ça dans les votes ? On vote pour, on vote contre. Vous, vous votez pour, à trois contre deux.
Oui, exactement.
Voilà, ça se décide comme ça. Rétrospectivement, alors que ce parti était marginal à l'époque, est-ce qu'il fallait le recevoir ? Parce que par exemple, en Belgique, il y a un cordon sanitaire. On ne reçoit pas le Rassemblement national de l'extrême droite.
À l'époque, c'était un énorme sujet de bagarre. D'ailleurs, l'émission a eu lieu avec des CRS pour protéger, avec des menaces d'attentats. Et ça a été un sujet, c'était même plus du débat, c'était à la limite de la bataille. Bon, et moi j'ai été pour, avec un argument que je réutiliserai aujourd'hui, qui est, il se passe un phénomène nouveau, un phénomène politique nouveau, qui était qu'à chaque élection partielle, il y avait eu des élections municipales partielles qui s'égrenaient autour de Paris en particulier, et il y a eu une poussée, une poussée inédite. L'extrême droite n'existait plus depuis la guerre, et là il y a eu une poussée.
Et moi, j'ai défendu l'argument en disant, il y a un fait politique nouveau. Notre travail, c'est, on traite les faits politiques nouveaux.
Mais est-ce que ça ne lui offrait pas une légitimité aussi ?
Mais bien sûr.
Mais c'est intéressant parce que vous dites qu'il y avait deux superstars qu'il fallait avoir à l'époque sur un plateau. C'était Georges Marchais et lui, il y avait des hommes d'État plus importants qu'eux. Mais c'était avec eux que les interviews étaient les plus intéressantes et les plus difficiles. Et les plus difficiles. Les plus sportives, dites-vous, vous l'amateur de sport. Oui, oui. Et on va filer au standard d'Inter justement, retrouver Nicolas qui a une question pour vous. Bonjour Nicolas.
Bonjour Ali, bonjour Marion. Bonjour.
Et bienvenue dans le grand entretien avec Alain Duhamel.
Oui, bonjour M. Duhamel. Bonjour. Bravo pour cette carrière. Je voulais savoir, au temps de l'ORTF, est-ce que le pouvoir politique vous a imposé des personnalités que vous ne vouliez pas interviewer ? Ou au contraire, vous a interdit d'interviewer certaines personnalités politiques ou non ? Je pense par exemple à l'interview de Bokassa Premier ou d'autres personnalités. Et je voulais dire aussi... Oui, allez-y, allez-y. Je voulais dire qu'il y a eu une demi-heure, il y a eu une interview, bien sûr, qui était très glaçante pour moi. Je pense que beaucoup d'éditeurs ont trouvé cette...
Avec l'ambassadeur de la République et Samy Guirant.
Voilà, merci beaucoup.
Merci à vous en tout cas Nicolas. Est-ce qu'on vous a imposé des invités, Alain Duhamel, même à l'époque de l'ORTF ?
Non, on ne m'a jamais imposé d'inviter. En revanche, on a à plusieurs reprises essayé de m'empêcher d'inviter. C'est tellement vrai qu'à un moment, le ministre de l'Information, qui s'appelait Gorce, a voulu m'interdire d'inviter Krivine. Bon, Krivine à l'époque... Alain Krivine, qui était un représentant trotskiste de l'extrême-gauche à l'époque. Et il a voulu me l'interdire et il l'a fait par communiqué à l'AFP. Et moi, j'ai fait un communiqué à l'AFP pour lui dire qu'à ma connaissance, c'était nous qui décidions de nous inviter.
Alors, vous avez travaillé dans un nombre innombrable d'endroits, de lieux et notamment dans l'audiovisuel public. Vous avez connu l'ORTF à l'époque de Pierre Desgros, à qui vous rendez hommage dans le documentaire. Qu'est-ce que vous pensez aujourd'hui des débats qui ont lieu autour de l'avenir de l'audiovisuel public ? Certains qui voudraient le privatiser, d'autres qui voudraient le démanteler, les troisièmes, je ne sais quoi.
D'abord, je suis tout à fait conscient du fait que c'est un genre d'attaque qui n'est pas simplement français, mais qui, j'allais dire, qui est occidentale en ce moment, contre les télévisions et les radios publiques. Bon, ensuite, je trouve que c'est complètement débile. Complètement débile ? Mais oui, a fortiori venant de gens, ceux qui critiquent et attaquent, sont des gens qui se réclament en fait du libéralisme, et notamment du libéralisme économique. Quand on est un libéral en économie, on joue la compétitivité, le sport, la comparaison, la lutte, le match. Oui. Bon, eh bien, jouons-le. Et c'est ce que nous faisons. Oui, non mais pour moi, c'est absurde.
Et l'idée de dire, c'est les Français qui paient, etc. Ben oui, les Français reçoivent beaucoup et paient beaucoup, mais dans beaucoup de domaines. Puis franchement, de dire, parce qu'on paie tant par an, etc. Aujourd'hui, tout le monde, ou presque, enfin tous ceux qui peuvent en tout cas, s'abonnent à des choses qui leur coûtent beaucoup plus et qui leur apportent moins. Tout le monde a un abonnement internet ou Netflix. Qui leur coûtent plus et leur apportent moins.
Et les accusations de partialité de l'audiovisuel public ?
Ah oui, ça existe. Il y a des partialités. Vous trouvez ? Oui, mais quelquefois dans un... On entend tous les points de vue. Voilà, quelquefois c'est dans un sens et quelquefois c'est dans un autre. Et il y a des partialités que j'aime bien et des partialités que je déteste. Ben oui, mais c'est la vie, c'est une société. Et ça n'est surtout pas le propre de la radio ou de la télévision publique. C'est comme ça parce que c'est la vie qui est comme ça.
Bonjour Gérard et bienvenue sur France Inter. Vous aviez une question qu'on se pose tous à propos d'Alain Duhamel.
Bonjour Marion, bonjour Ali. Bonjour Alain Duhamel. Bonjour. Effectivement, la question est relativement simple. Alain Duhamel, fin analyste de la vie politique française en connaissant les arcanes, ayant, je dirais, une connaissance intime, n'avez-vous jamais caressé, je dis bien caressé l'idée, d'entrer dans l'arène et de combattre sur le terrain des mandats électifs et de la représentation de manière à faire évoluer la vie politique française.
Merci pour cette excellente question Gérard. Ça fait sourire Alain Duhamel.
Alors, comme j'aime bien, sincère, on me l'a proposé plusieurs fois. On m'a même proposé des circonscriptions, non seulement gagnables, mais gagnées. Qui ? Peu importe, ça a été plusieurs fois. On m'a même proposé une fois d'entrer au gouvernement. Et ceux qui m'avaient proposé une circonscription n'étaient pas du même camp que ceux qui m'ont proposé d'entrer au gouvernement. François Bayrou ? Bon, non, je vous dis, on m'a proposé d'un côté, on m'a proposé d'un autre. Il y a prescription. Mais non, d'abord, il n'y a jamais prescription. Il n'y a jamais prescription. François Mitterrand, que vous avez bien connu, vous l'aurez-tu proposé ? Oui, je l'ai très bien connu.
Ce n'est pas lui qui m'a proposé d'entrer au gouvernement, non. Lui, il m'a proposé, en revanche, d'entrer au Conseil constitutionnel.
Mais vous avez fait aussi preuve de choix que vous avez assumé publiquement. Je pense, par exemple, à l'engagement européen. Non seulement, je l'assume de plus en plus et il est de plus en plus nécessaire. Il est de plus en plus nécessaire. Et de plus en plus frustrant, d'ailleurs. Oui, probablement. Mais il vous imagine giscardien, Jean-Luc Mélenchon. « J'étais giscardien ». Cette phrase-là, Alain Duhamel, elle peut surprendre de la part d'un intervieweur politique.
Alors, d'abord, ce n'est pas la première fois de ma vie qu'on met une étiquette politique. Et ça n'est pas un monopole que je subis.
Non, mais vous l'a revendiqué.
Il y a eu un moment. Non, je revendique les deux plus belles années que j'ai connues, qui sont les deux premières années de Giscard. qui a été un moment de modernisation de la société sur un rythme accéléré, d'autant plus intéressant pour l'observateur que j'étais, que ça venait du camp conservateur. C'était les conservateurs qui modernisaient. Ça ne s'est pas produit tellement souvent dans notre histoire politique. Bon, et c'était, je le reconnais, j'étais très très pour les deux premières années.
Et d'ailleurs, en 1974, vous votez, non pas Giscard, mais... Mitterrand, oui. Mitterrand. Absolument.
Dans le documentaire. La politique, c'est quand même votre passion, ça reste votre passion. Ce n'est pas le cas de tous les Français. D'après le baromètre Sevipov, trois quarts des Français disent ne pas avoir confiance dans le personnel politique et c'est un chiffre qui ne cesse d'augmenter. Et puis, il y a des émissions comme, par exemple, l'émission Quotidien qui a décidé d'arrêter de recevoir des politiques parce que trop d'éléments de langage, ça c'est ce que dit Yann Barthès. Vous le regrettez, vous le comprenez, ce désintérêt, en tout cas ce désamour vis-à-vis de la politique ?
Je ne suis pas sûr qu'il n'y a pas un désintérêt. Et ne serait-ce que parce que les gens se plaignent tellement de la politique, ça signifie qu'ils considèrent qu'elle imprime et emprunte leur vie. Bon. Pour le reste, que la politique ait connu de meilleurs moments et que, bon, je m'en rappelle par exemple, alors vous allez dire que je suis vraiment vieux monsieur, mais je me rappelle un débat à l'Assemblée, ça a été au début des années 60, où successivement, et s'affrontant successivement, et longuement dans un cas comme dans l'autre, Georges Pompidou, Premier ministre, François Mitterrand, leader de l'opposition, se répondant.
C'était d'un niveau des deux côtés qui aujourd'hui est totalement inimaginable.
C'est à cause des réseaux sociaux ? Mais inimaginable. Parce que vous parlez des réseaux sociaux dans le documentaire, vous dites que la politique est mortelle, notamment à cause des réseaux sociaux.
Alors les réseaux sociaux ne la promeuvent pas, ils la baissent plutôt, enfin à mes yeux c'est certain, mais à l'époque c'était aussi une question de stature de ceux qui incarnaient la politique.
Non mais nos civilisations sont mortelles, disait Paul Valéry, et en l'occurrence dans le documentaire, vous dites oui, la politique est mortelle.
Bien sûr.
Elle est mortelle, mais elle est en danger de mort aujourd'hui ? Elle est mortelle,
mais elle a toujours une vie de plus. Oui ? Oui, c'est-à-dire qu'elle est mortelle, mais comme elle est inévitable, elle renaît. Alors elle a des bonnes périodes et des mauvaises périodes, et il est sûr que nous ne sommes pas dans une des meilleures périodes. D'accord.
Il faut dire un mot, puisque vous êtes intérieur ouvert, et vous êtes également écrivain, quasiment historien, puisque vous n'avez cessé d'écrire au cours de ces 60 ans de carrière. Vous allez donc publier un livre qui va paraître la semaine prochaine, Les politiques, portraits et croquis. Vous n'en finissez pas de faire ce travail-là, d'essayer de les comprendre de l'intérieur, quasiment psychologiquement ?
J'essaye d'alterner des livres qui sont plutôt des essais politiques et des livres qui sont plutôt des portraits politiques. Des caractères, comme dirait la brouillère ? Oui, exactement. Enfin, je ne me mets pas à sa hauteur, bien entendu. Mais j'ai fait un certain nombre de livres, effectivement, de portraits. Et d'abord, c'est un exercice très amusant, le portrait. Ensuite, c'est un exercice littéraire, et je manque un peu d'exercice littéraire dans la vie quotidienne. Donc, je suis heureux d'écrire un livre comme ça. Et puis, c'est un défouloir formidable. Parce que je dis ce que je pense de tous les politiques en exercice dont j'ai eu envie de parler. Donc, il y a un bonheur
à avoir eu cette carrière.
D'une certaine manière, c'est un défouloir.
Dernière question, vous êtes signeur ou Alcaraz ? Parce que vous êtes l'un des plus grands passionnés de tennis que connaissent la France.
Je suis Alcaraz de loin. Non pas parce qu'il est forcément meilleur, mais parce qu'il est tellement plus amusant. C'est vraiment d'un côté le tennis latin contre, de l'autre, le tennis germanique.
Voilà, et on aurait tellement de choses à vous dire.
Selon les stéréotypes.
Et beaucoup de sujets encore à aborder avec vous. Mais je recommande chaleureusement, en tout cas, de regarder ce soir, France 5, à 23h, Alain Duhamel, la retraite, moi jamais ! Il y a un point d'exclamation. Et de nombreux auditeurs vous disent j'aime encore et toujours sa lecture de l'actualité, sa distanciation face à ses interlocuteurs. C'est Cyril qui vous dit merci M. Duhamel, merci Alain Duhamel. Et donc, les politiques, portraits et croquis, ça sort la semaine prochaine aux éditions de l'Observatoire. Bon dimanche !
Merci, bonne journée !