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interviewLe Média (sur YouTube)· 14 mai 2022 7 min

MANUEL VALLS : LE VRAI "PERE" DU MACRONISME

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Eh bien même si vous n'en voulez pas, je vais vous donner des nouvelles de Manuel Valls. Je sais que vous aimez qu’on vous parle de lui en fait. Je vous connais, le soir des résultats, vous allez d’abord regarder les scores nationaux, ensuite les résultats dans votre circonscription, et ensuite si Manuel Valls a perdu.

Si ça se trouve vous allez même commencer par ça. Car celui qui est dans la vie politique française l’équivalent du sparadrap du capitaine Haddock est de retour. Il a été investi par LREM-Renaissance dans la 5e circonscription des Français de l’étranger.

Mais le député LREM sortant, Stéphane Vojetta entend maintenir sa propre candidature dissidente, soulignant l’impopularité de Valls auprès des Français de sa circonscription. Allez on sort ce petit dossier bien collant. Autant dire que le roi du forçage en politique fait grincer des dents y compris dans son propre camp.

Enfin, pour autant que l'expression “son propre camp” ait un sens avec Manuel Valls. Bref il lui faut justifier son retour dans la politique française, et il s’y est employé dimanche dernier au micro du Grand Rendez-Vous Europe-1 CNEWS. Avec une formule qui sent bon la modestie.

L’interviewer lui demande si l’alliance Renaissance-Ensemble, allant du centre-gauche à la droite peut tenir. Je le répète ce sont des phénomènes que nous connaissons partout en Europe et dans les grandes démocraties occidentales, basés sur quelque chose... moi j'étais d'accord là-dessus...

Je faisais du macronisme avant Macron quand j'étais Premier ministre : j'étais pour le dépassement du PS, pour qu'il change de nom, je considérais qu'il fallait rassembler les bonnes volontés de gauche et de droite, que des gens qui pensaient la même chose ne pouvaient pas être séparés, etc. “J’ai fait du macronisme avant Macron”. J’étais macroniste avant que ce soit cool.

Alors déjà on va fact-checker ce truc. Les réformes néolibérales, check. Le forçage du Parlement à coup de 49-3, check.

La brutalisation policière des manifestants, check. Sur le fond, c’est plutôt correct. Je faisais du macronisme avant Macron.

Sur la forme maintenant. Il fait de la lèche, évidemment, mais tu sens quand même le gros melon. Parce que d'autres prétendants se contentent de dire "j'ai quelque chose à apporter, je me sens en phase avec le macronisme".

Manuel Valls, avec lui c’est : “le macronisme, en fait c’est moi !”. À vrai dire, il avait déjà fait le coup en 2018, lors d’un entretien aux Mardis de l’ESSEC Déverrouillage des 35h, orientation et sélection à l'université, dédoublement des classes, service civique.

Non, il ne s'agit pas du programme d'Emmanuel Macron en 2017, mais de vos idées à vous disséminées au gré de multiples entretiens bien avant 2017 Il m'a piqué toutes mes idées ! C'est le sens de ma question...

Je vais réclamer des droits d'auteur ! Je mérite d’être investi par le macronisme, j’y ai toute ma place, car en un sens c’est moi qui l’ait inventé. Si on en croit les archives, les rapports entre les deux hommes n’étaient pas spécialement au beau fixe.

Mais il s’agit de reconstuire le passé pour légitimer sa position dans le présent. En s’inscrivant dans cette filiation ou plutôt, cette paternité, il veut tordre le cou à l’idée commune d’un Valls champion de l’opportunisme. Je ne suis plus maire, je ne suis plus député, et je ne pense pas que je le redeviendrai Vous ne serez pas candidat en juin aux législatives ?

Je ne crois pas, je ne crois pas Moi je m'appelle Manouel Vallche ! C’est vraiment le sparadrap qui passe de main en main, tu as les Espagnols et les Français qui espèrent égoïstement que Valls trouvera moyen de s’incruster chez l’autre. Mais là il a trouvé le moyen de faire d’une pierre deux coups.

C'est aussi pour ça, que je m'engage de nouveau pleinement dans cette vie politique Il a un concurrent sérieux dans cet art de s’autodésigner comme prédécesseur de Macron. C’est Nicolas Sarkozy, qui lui aussi cherche à se rapprocher de la macronie. Souvenez-vous, il avait déclaré en 2017 : “Macron, c’est moi en mieux”.

On y retrouve ce balancier entre la prétention et la flatterie. Je faisais du macronisme avant Macron. Bon, donc le macronisme est un vallsisme et un sarkozysme.

Ca donne envie, et ça renseigne sur la capacité de la Ve République à renouveler l’idéologie au pouvoir. Ce peuple nouveau, différent d'il y a cinq ans, a confié à un président nouveau, un mandat nouveau. On se moque, on se moque, mais il y a peut-être une leçon d’analyse politique à en tirer.

Valls nous livre une clé de compréhension des évènements récents. Je faisais du macronisme avant Macron quand j'étais Premier ministre : j'étais pour le dépassement du PS, pour qu'il change de nom, je considérais qu'il fallait rassembler les bonnes volontés de gauche et de droite, que des gens qui pensaient la même chose ne pouvaient pas être séparés, etc. Ce dépassement a eu lieu.

Il nous fait réviser en vitesse la constitution du bloc bourgeois, c’est-à-dire la réunion en un bloc (le bloc macroniste) d’électeurs de catégories sociales supérieures qui auparavant étaient répartis dans deux camps politiques différents. Mon adversaire dans cette campagne, ce sont les extrêmes, mais c'est le mélenchonisme. Parce que tout candidat, qu'il soit écolo, ex-écolo, socialiste, tout candidat de cette Union populaire, c'est un candidat mélenchoniste.

En se donnant pour adversaire le mélenchonisme, il avoue une chose : sa théorie des deux gauches irréconciliables a du plomb dans l’aile. C'est ce qu'est en train d'essayer de démontrer Mélenchon à travers sa NUPES. C'est voter pour un candidat qui est contre l'Europe, contre l'Alliance atlantique, qui change profondément notre diplomatie, c'est voter contre la police et la sécurité, nous l'avons encore entendu hier, c'est voter contre le nucléaire, c'est voter donc contre la croissance et l'emploi, et c'est sortir de la culture de gouvernement.

C'est ça le mélenchonisme : il n'y a pas de nuances dans cette campagne. Il n’y a pas deux gauches irréconciliables. Il y a une gauche, plurielle, parcourue de désaccords voire de contradictions, et une droite complexée, pour reprendre l'expression de Frédéric Lordon.

Grâce au coup stratégique de Mélenchon, cette dernière ne peut absolument plus se cacher, et elle est poussée soit à rejoindre le pôle libéral-macroniste, soit à ne plus exister politiquement. Alors revenons à l'investiture de Valls. L’hypothèse la plus probable, c’est que Macron en avait marre de le voir dormir devant sa porte.

Mais on peut aussi imaginer qu’en choisissant Valls, Macron pense trianguler, enfoncer un coin dans la gauche. Mais c’est une erreur de diagnostic. Personne ne veut garder Valls.

À la semaine prochaine. Au fond, qu'est-ce qui s'est passé ? Euh... quand je suis battu...

Manuel Valls, je vous propose : on marque une très courte pause...

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