Etudiants et jeunes salariés de plus en plus précaires
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
On parle des jeunes qu'on entend si peu dans le débat public, ils sont étudiants, jeunes salariés. Ils ont passé un peu de temps avec les équipes de "C dans l'air". - Comme un air de légèreté...
Ce matin, peu importe l'actualité, pas de flash à la radio. - On met la musique le matin pour se mettre dans sa journée, pour mettre de la joie et de la bonne humeur. Mais c'est angoissant quand on regarde ce qui se passe à l'extérieur, à Paris. - Tous les jours, cet animateur jeunesse voit défiler les briques rouges du Nord.
Il fait plus de 45 minutes de voiture pour aller travailler. - On ne peut pas toujours traverser la route pour trouver un emploi. Je dirais même plutôt qu'il faut faire de la route pour trouver un emploi, souvent. - A 24 ans, Logan est un passionné qui ne compte pas ses heures.
Il travaille à temps plein dans ce centre social pour gagner à peine plus que le Smic. Il sourit quand il entend dire que sa génération traîne des pieds. - J'ai commencé à l'âge de 16 ans en tant que bénévole.
J'ai très vite passé le Bafa et d'autres diplômes...
Pour moi, je n'arrête pas, j'enchaîne. C'est même une fierté de construire ma carrière. - Il ne s'arrête jamais.
Il a peut-être pris 10 jours de vacances. Toute l'année, il est en action. Il est toujours force de proposition, plein d'idées de projets. - Une jeunesse qui bataille et qui compte en permanence.
A Rouen, Anaïs est étudiante. Ce soir-là, elle est venue se faire plaisir grâce à une association qui donne des vêtements aux jeunes en situation de précarité. - J'ai trouvé une robe.
Même si c'est la fin de l'été, ça peut me servir pour l'an prochain. Ca fait du bien de rentrer dans un endroit et de regarder des vêtements sans faire attention aux prix. - A 20 ans, elle habite avec son copain, Quentin. - Tiens, encore du linge... - Ce sont leurs parents qui financent leurs études.
Pour réduire la facture, le couple vient de déménager dans un appartement plus petit et non meublé. - C'était une table à mon grand-père. Pareil pour les chaises.
Pareil pour à peu près tout! - Les 2 étudiants se serrent la ceinture au quotidien et bénéficient parfois de paniers repas distribués par une association. - On a quoi? - Je ne sais pas trop.
Les restes d'hier... - Les 2 futurs experts-comptables maîtrisent leur budget et voudraient bien que le gouvernement fasse de même pour enrayer la dette. - C'est un trou à combler.
On ne sait pas si on est ceux qui vont payer pour eux, faire les frais de ce trou à boucher. On est comme tout le monde. On est dans l'incompréhension. - On a l'impression qu'il faut toujours garder un peu d'argent, par sûreté, à n'importe quel moment.
Plus tard, quand on aura notre boulot, ce sera mettre de côté pour nos enfants, peut-être...
Et puis la retraite, aussi. - Mettre de l'argent de côté, au prix de sacrifices. Dans le Nord, Logan est retourné vivre chez ses parents pour économiser un loyer. - Je ne t'ai pas entendu... - Un retour à la maison à 24 ans qui n'étonne pas vraiment son père. - Le pouvoir d'achat a baissé.
Ca devient de plus en plus compliqué. Vous voyez les taxes augmenter, l'électricité, la TVA...
On se demande quand ils vont s'arrêter. - On n'a pas le même niveau de vie qu'à l'époque. On le voit, on parlait des prix, ça impacte notre vie.
La qualité est différente. On tend vers la survie plutôt que profiter. - Loin de l'insouciance qui anime souvent la vingtaine, selon un récent sondage, le pouvoir d'achat est la principale source d'inquiétude des jeunes de 20 ans aujourd'hui. - C.Roux: J.Fourquet, votre réaction? - J.Fourquet: Les enquêtes montrent que 50 % des étudiants travaillent en parallèle de leurs études.
On est dans ces situations. On voit comment le pouvoir d'achat est central pour eux. Le reste à vivre est très faible.
On voit aussi comment cette question de la guerre des générations est contrebattue dans la sphère familiale. On parle des boomers... - C.Roux: C'est la table du grand-père! - J.Fourquet: Et c'est Logan qui revient vivre chez ses parents.
Le couple rouennais dit: "C'est nous qui aurons à boucher le trou." Mais les boomers qui ont laissé ce trou, c'est une abstraction. C'est leurs parents et leurs grands-parents, qui les aident au quotidien.
On voit les coups de pouce. C'est aussi un amortisseur social très important, ces relations intergénérationnelles dans la sphère familiale. C'est compliqué pour cette population.
A.Leclerc parlait tout à l'heure des salariés de la logistique. Le père de Logan travaille dans la restauration collective.
On voit ce que c'est, 2 années de plus à travailler dans ces métiers-là, avec des niveaux de rémunération très faibles. - C.Roux: C'est cette France-là qui n'a peut-être pas apprécié quand F.Bayrou a dit: "La dette, c'est vous, vous en avez profité." - J.Fourquet: On voit aussi les trajets en voiture, l'essence, toutes ces dépenses contraintes qui pèsent sur le quotidien. - C.Roux: La crise politique se passe aussi dans ce contexte.
Question. Est-ce que ça fait retomber la pression, son départ? - J.Jaffré: Non.
C'était déjà acté depuis un moment. C'était souhaité massivement. Ca ne change rien à la situation politique et certainement rien à la situation personnelle, telle que votre reportage le montre.
On voit l'extraordinaire tension dans le pays, entre la problématique de la dette que Bayrou a essayé d'imposer...
Vous avez raison, ce qui n'est pas passé, c'est le "la dette, c'est vous" dit aux Français. Pour les Français, c'est la gabegie, le mauvais fonctionnement de l'Etat. Pour la gauche, c'est qu'on ne taxe pas assez ceux qui ont beaucoup d'argent.
Pour l'extrême droite, ce sont les étrangers qui nous coûtent. Mais il y a quand même des déficits majeurs chaque année, 160 milliards entre les dépenses et les recettes. Les intérêts de la dette montent de façon exponentielle et nous étranglent en partie.
C'est de plus en plus difficile de faire un budget. Et la demande de pouvoir d'achat, c'est le grand débat de 2027. La campagne de 2027, ce sera entre ce qu'on peut faire pour le pouvoir d'achat des Français, ce que les Français peuvent faire pour améliorer leur pouvoir d'achat, et comment gérer le problème de la dette, des emprunts.
Est-ce que nous aurons une bataille frontale ou une recherche d'équilibre entre ces 2 choses? C'est pour moi le grand débat. Le problème des jeunes...
François Bayrou