Pieyre-Alexandre Anglade - Le Barbier du matin du 19/12/23
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Alexandre Anglade, bonjour, député des Français de l'étranger, on l'a dit, président de la Commission des Affaires Européennes aussi. On va en parler, mais on va commencer par cette commission mixte paritaire qui devait hier signer l'accord entre Renaissance et LR pour débloquer cette loi immigration. Ben non, ça continue, elle se retrouvera ce matin. Vous êtes pessimiste ce matin, c'est fichu, quand une CNP n'aboutit pas vite, généralement...
Non, vous savez, une CNP, c'est un moment de négociation. Et donc une négociation, elle peut être longue, il y a près de 100 articles sur ce texte de loi, mais donc il y a une discussion article par article, point par point, pour voir là où nous sommes capables de nous mettre d'accord avec les députés des Républicains. Et on n'est pas habitués à ça en France, mais c'est au fond ce qui se passe dans beaucoup de démocraties européennes ou dans le monde. Regardez, les Américains, ils négocient pendant des mois pour avoir un budget, nos amis allemands, belges, néerlandais, des semaines sur chacun des textes.
Donc ça, c'est la norme partout ailleurs en Europe, il faut qu'on s'habitue aussi à ça en France, en situation de majorité relative.
Avec des Républicains qui poussent leur avantage, ils savent bien que vous ne pouvez rien sans eux, donc ils essayent de gratter chaque minute un accord supplémentaire.
Oui, mais les Français ont fait les choix au printemps 2022 de nous placer en situation de majorité relative, c'est-à-dire qu'ils ne donnent pas de majorité absolue. Cette situation de majorité relative, elle nous donne une responsabilité à nous, particulière, nous la majorité, mais elle donne aussi une responsabilité absolue aux oppositions. Et donc, il faut que les députés et les Républicains qui sont dans l'opposition assument leurs responsabilités et soient capables de travailler de manière constructive. Il y a eu des discussions pendant le week-end, pour s'entendre sur un certain nombre de points.
Les LR ont fait valoir leurs priorités, la majorité a dit ces lignes rouges, nous étions entendus sur certaines de ces priorités, ils sont venus hier avec d'autres exigences. Et donc, il faut que chacun se respecte dans cette négociation, et c'est ce que doivent faire les députés et les Républicains.
Vous leur demandez de retirer ces nouvelles exigences et de revenir à l'accord de dimanche ?
En l'occurrence, ils souhaitent que le conditionnement ou l'attribution des APL, des aides pour le logement aux personnes immigrées qui sont en France, mais qui travaillent, soient retirées de l'accord. C'est-à-dire que ces personnes ne pourront plus percevoir les APL avant un certain nombre d'années, 5 ans en l'occurrence. 5 ans de travail sans APL. Ce qui n'est pas acceptable pour nous. Moi, je considère qu'un étranger qui est en France, qui travaille, il doit pouvoir bénéficier des prestations sociales. Je suis d'accord avec un délai de carence, comme nous sommes en train de le construire, c'est d'ailleurs le cas pour une partie des Françaises et des Français de l'étranger.
Quand vous partez à l'étranger et que vous revenez en France, il y a un délai de carence avant de retrouver vos prestations. Que ça s'applique aux étrangers, ça peut paraître... Initialement, ce n'est pas mon idée, si vous voulez, mais dans une négociation, il faut être capable de l'accepter. Mais il y a des lignes rouges. Et sur les aides pour le logement, ce n'est pas acceptable.
Vous soupçonnez, les LR, de vouloir instaurer une sorte de préférence nationale quand on est étranger, qu'on travaille ou qu'on ne travaille pas, on n'a droit à rien ?
Non, ce n'est pas ce qu'ils disent. D'ailleurs, ce n'est pas ce qui est dans le texte, puisque les prestations sociales, vous pouvez les avoir au bout de 30 mois dans la négociation en cours, pour ceux qui travaillent et 5 ans pour ceux qui ne travaillent pas. Donc, in fine, vous les avez. Il n'y a pas de préférence nationale. D'ailleurs, moi, je réfute très fermement cette idée qui est propagée par la France insoumise, par toute la gauche en général, d'idées selon lesquelles la majorité sera en train de basculer sur les idées qui seraient celles des Républicains ou celles du Rassemblement national. Nous n'avons pas de majorité absolue, nous avons cherché à construire avec la gauche.
Moi, je rappelle que dans ce texte, il y a aussi la régularisation des travailleurs. Ce n'est pas la proposition des LR ou du Rassemblement national. Avec ce texte, nous n'aurons plus de mineurs enfermés dans les centres de rétention administratives. On ne croit pas que ce soit le programme du Rassemblement national. Dans ce texte, nous sortons l'AME, c'est-à-dire que l'AME, qui est l'Aide Médicale d'État, qui est les soins qui sont donnés à ceux qui sont sur le territoire en situation régulière... Le Sénat voulait la supprimer. Le Sénat voulait la supprimer.
Donc, celles et ceux qui nous expliquent aujourd'hui que c'est un texte qui est en train de devenir celui de l'extrême droite, c'est faux.
Même le RN dit ça. Il dit qu'on est en train de gagner culturellement. On est en train de l'EPNiser, ce texte.
Le RN, c'est son fond de commerce de venir raconter des histoires aux Français. C'est les plus gros escrocs de la vie politique française. Ils changent d'avis comme de chemise. Un jour, ils sont contre l'IVG. Le lendemain, ils sont pour. Un jour, ils nous disent que ce texte ne va pas. Le lendemain, ils sont pour. Donc, il faudrait qu'ils soient cohérents. Et la vérité, c'est que dans ce texte, il y aura la régularisation. Pour celles et ceux qui travaillent dans les métiers en tension, l'article 4 bis, il y aura une mesure de régularisation. C'est-à-dire que le Sénat n'en voulait pas. La majorité le voulait.
Nous sommes en train d'avancer vers un dispositif qui fera que celles et ceux qui travaillent dans les métiers en tension, c'est-à-dire celles et ceux qui viennent nettoyer nos bureaux tôt le matin, quand on n'est pas encore là. Ceux qui travaillent dans les arrières cuisines des restaurants. Tous ceux qui travaillent dans les exploitations agricoles qui font tourner le pays. Moi, je souhaite qu'ils puissent être régularisés. C'est le sens aussi de ce texte. Et ce sera présent dans le texte. Et c'est le préfet qui aura le dernier mot. Oui, mais ça ne me dérange pas que le préfet puisse examiner au cas par cas à qui on attribue un titre de travail sur le territoire national.
Le préfet, c'est une personnalité éminente de la République. Donc il n'y a pas de problème avec ça.
Certains s'offusquent de voir Elisabeth Borne hier recevoir les députés renaissances de cette CMP. Le président de la République prendre son téléphone. Comme si l'exécutif se mêlait du législatif. Vous le ressentez comme ça ?
Vous connaissez le système institutionnel de notre pays. Les pouvoirs sont séparés de manière extrêmement claire. Mais en même temps, dans une majorité, c'est le travail conjoint des députés de la majorité et du gouvernement, évidemment en lien avec le président de la République, puisque ça faisait partie du projet présidentiel que nous avons porté. Donc c'est normal que tout le monde discute. Mais à la fin, les députés, ils sont enfermés dans une salle qui est comme celle du... Grande comme le studio dans lequel nous sommes ce matin. Et ils travaillent avec les sénateurs. Et c'est eux qui décident. Et c'est pas la première ministre ou qui que ce soit.
C'est les députés et les sénateurs présents dans la salle.
Le scénario peut être le plus probable, mais pas le plus favorable pour la majorité. C'est une commission mixte paritaire qui aboutirait aujourd'hui. Mais derrière, une Assemblée nationale qui rejetterait ce texte. Parce que l'aile gauche de la majorité, vos amis renaissances de sensibilité de gauche,
n'en voudront pas. Oui, mais moi, vous savez, les histoires de sensibilité de droite et de gauche, sur un texte comme celui-ci, j'ai du mal à en comprendre les sens. Si vous voulez, quand on propose d'expulser les étrangers délinquants qui perturbent la vie des gens, 4000 sur le territoire national, qui sont dans les quartiers, qui sont dans les villes, qui sont parfois dans les campagnes. Quand on propose de les expulser pour rendre un peu de quiétude à nos concitoyens, est-ce que c'est de droite ou c'est de gauche ? Je ne suis pas sûr de voir. C'est utile aux Français.
Quand on propose de régulariser celles et ceux qui bossent, qui font tourner le pays, qui légitimement ont le droit de pouvoir vivre de manière régulière dans notre pays, est-ce que c'est de droite ou est-ce que c'est de gauche ? Moi, je crois que c'est juste du bon sens et que c'est utile là aussi au pays. Donc, les états d'âme des uns et des autres, je pense que ça va. Il y a un texte qui est important, qui s'il aboutit, sera utile au pays. Et cet esprit de responsabilité que j'évoquais pour l'opposition, il est aussi valable pour la majorité.
Donc, si la CMP est conclusive, vous demandez à tous les députés de la majorité,
Renaissance, Horizon, Modem, de le voter. Ce n'est pas de mandat impératif, chacun est libre. Mais je pense que le moment dans lequel on se trouve, dans cette situation de majorité relative, qui ont choisi les Français. Les Français nous ont dit, on ne donne pas de majorité absolue au président de la République et au gouvernement, et on met en situation de contre-pouvoir, quelque part, les oppositions, et on vous donne la mission de travailler ensemble. C'est ça qu'ils nous ont dit. Et donc, il faut que nous, la majorité, on fasse un pas vers les oppositions. C'est ce qu'on essaie de faire depuis un an et demi.
Et d'ailleurs, ça marche, puisqu'on a fait passer plus de 50 textes, avec la droite et avec la gauche. Et il faut que les oppositions aussi fassent ce pas vers la majorité. Et c'est pour ça que le comportement des LR d'hier soir n'est pas acceptable. Il faut qu'ils reviennent rapidement à la raison.
Alors, on voit bien qu'un échec de ce texte entraînerait beaucoup de troubles politiques. Mais même avec un succès, compte tenu du scénario qui a été celui de ce texte, est-ce qu'il ne faudra pas à la rentrée, un redémarrage avec un nouveau gouvernement ?
Ça, honnêtement, je ne vais pas... Christophe Barbier, vous le savez, et les politiques ont l'habitude de le dire, ça ne relève pas du député qui est devant vous. C'est sûr, c'est le président de la République.
Est-ce que vous, vous auriez besoin, pour continuer votre travail de parlementaire, d'une nouvelle locomotive exécutive ?
Je crois qu'Elisabeth Borne a quand même démontré sa capacité à être capable de faire des deals politiques avec les oppositions. Ce que je vous disais à l'instant, elle a passé plus de 50 textes à l'initiative de la Première Ministre et de son gouvernement. Donc le gouvernement fonctionne, le Parlement fonctionne. Il y a un texte de loi qui est difficile parce que l'immigration, c'est toujours difficile parce qu'on parle de femmes et d'hommes et donc c'est la vie des gens. Ce n'est pas quelque chose d'abstrait, ce n'est pas des chiffres, ce n'est pas les impôts, c'est quelque chose de concret, c'est des femmes et des hommes.
Donc c'est normal que ce soit difficile, que ça renvoie à des sensibilités et je pense qu'Elisabeth Borne a bien repris en main le texte et je souhaite qu'elle réussisse.
Alors l'année 2024 va s'ouvrir avec un horizon européen, bien sûr les élections, on va en parler, mais l'année 2023 se termine avec cette candidature de l'Ukraine validée, ça y est, c'est parti. Quel sens ça a avec un pays en guerre et un pays qui ne remplit pour l'instant aucun des critères d'adhésion ?
Ou très peu ? L'Ukraine a beaucoup réformé, mais je pourrais revenir dessus, mais ça a du sens parce que nous sommes dans un temps de doute et de division, dans un temps où les menaces géopolitiques n'ont jamais été aussi grandes, où la guerre est revenue en Europe, où la guerre est à nos portes au Proche-Orient et c'est le conflit qui se déroule aujourd'hui entre Israël et le Hamas, et où nous avons des puissances extra-européennes, la Russie, la Chine, la Turquie, qui cherchent à nous diviser et à nous affaiblir.
Et l'Ukraine, comme la Moldavie, parce qu'on parle beaucoup de l'Ukraine, mais c'est aussi la Moldavie, ce sont deux États qui aujourd'hui, pour l'un, est attaqués par la Russie et pour l'autre, est déstabilisés la Moldavie. Donc ces deux pays, nous avons plutôt intérêt à les intégrer dans l'espace européen, au sein de l'Union européenne, pour stabiliser le continent, plutôt que de les laisser dériver à la merci de la Russie ou d'autres puissances extra-européennes.
Ça ne crée pas une ligne de front pour l'Europe ? On va être au contact avec la Russie ?
De fait, aujourd'hui, nous sommes dans une situation de guerre sur le continent européen, parfois qu'on oublie parce qu'il y a d'autres crises à travers le monde. Mais nous sommes déjà dans cette situation de guerre. Et moi, je rappelle que l'Ukraine, elle n'est pas attaquée pour ce qu'elle fait. C'est un pays qui n'a agressé ni menacé personne. Elle est attaquée pour ce qu'elle est, c'est-à-dire un pays libre, démocratique, qui a fait le choix de se tourner vers l'Europe. Et donc les Ukrainiens, moi, je considère qu'ils ont toute leur place au sein de la famille européenne et de l'Union européenne.
Mais il faut aussi dire à nos auditeurs ce matin que l'Ukraine ne sera pas membre de l'Union européenne demain, ni même l'année prochaine, ni même dans deux ans. C'est très long. Ça peut prendre plusieurs années. Ça sera vraisemblablement, si ça aboutit, qu'ils mènent les réformes et que l'Union européenne, en parallèle, se réforme aussi parce que c'est important. Ça peut prendre une décennie.
Une décennie. C'est finalement assez rapide quand on voit l'évolution géopolitique du continent. Dans dix ans, Vladimir Poutine a bien l'intention d'être encore au pouvoir. Il veut aller jusqu'en 2036.
Oui, c'est pour ça que nous ne devons pas abandonner l'Ukraine et que nous devons donner tous les moyens possibles à l'Ukraine, non seulement pour résister, mais aussi pour remporter la guerre. Parce que qu'est-ce qui se passerait si l'Ukraine, demain, était définitivement battue par la Russie ? Moi, je vous parie que dans quelques années, Vladimir Poutine reprendrait son offensive plus à l'ouest pour lui et donc viendrait tester les limites, les frontières des États baltes, de la Pologne et d'autres États européens. Et donc, ce serait une situation d'instabilité et de guerre larvée sur le continent européen qui se rapprocherait de nos frontières, de la France et de tout l'espace européen.
Et donc, c'est un danger. Vladimir Poutine est un danger pour la paix, la liberté et la stabilité de l'Europe. C'est pour ça qu'il faut aider les Ukrainiens à résister et à gagner cette guerre.
Le 9 juin, nous voterons pour les élections européennes. Jordan Bardella a 10 points d'avance sur le candidat Renaissance, quels qu'ils soient dans les divers sondages. Est-ce qu'il n'est pas temps de commencer la campagne du côté Renaissance ?
Écoutez, nous sommes en train de préparer la campagne. et nous comptons bien amorcer la campagne dès le début de l'année prochaine. Nous allons mettre en place une commission nationale d'investiture pour définir nos candidats, la liste qui sera la nôtre.
Quand la connaîtrons-nous, cette liste, et notamment sa tête de liste ?
Eh bien, il n'y a pas de calendrier définitivement arrêté, mais pour le début de l'année prochaine, c'est ce que nous disons en fonction aussi des péripéties politiques. C'est vrai que ce qui se passe aujourd'hui sur le texte d'immigration nous empêche quelque part d'entrer en campagne.
C'est pour ça que nous voulons aussi terminer rapidement ce texte pour tourner la page de cet épisode, pour amorcer 2024 avec cet objectif des élections européennes qui est absolument central parce que c'est un combat absolument essentiel que nous aurons à mener pour défendre et renforcer l'Europe face au Rassemblement national qui ne le dit plus directement mais qui au fond a un programme d'affaiblissement et de démantèlement du projet européen, un Frexit caché.
Et Edouard Philippe, en 2019, avait pris sa part dans la campagne européenne. Vous attendez la même chose du Premier ministre quel qu'il soit ?
Il faudra que la Première ministre prenne sa responsabilité évidemment pendant la campagne et vous savez, la Première ministre elle n'a jamais éludé ses responsabilités à chaque fois qu'il a fallu monter au front. Elle le fait, elle le fait chaque semaine au Parlement et je peux vous dire que l'Assemblée nationale dans ce mandat si coincé entre la France insoumise qui vocifère et le Rassemblement national qui hurle, il faut avoir du courage politique à leur manche pas. C'est pas perdu les européennes ? Non, c'est pas perdu. C'est pas perdu et d'ailleurs, le Rassemblement national reprenait les sondages de 2019 et toujours très haut à six mois du scrutin et c'est normal qu'il le soit.
C'est aujourd'hui, hélas, la première force d'opposition et donc les Français le placent dans une élection qu'ils perçoivent parfois comme un mi-terme et c'est pas ça, l'élection européenne. C'est le choix pour l'avenir de l'Europe. Pierre-Alexandre Anglade, merci, bonne journée. Merci Christophe Barbier et une intuition masculine assez insensée me dit que vous avez un invité demain.
Oui, Pierre Jouvet, porte-parole du Parti Socialiste.
Merci.
Pieyre-Alexandre Anglade