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Podcast / conversationC à vous (sur YouTube)· 3 décembre 2020 27 minComplaisantPortrait personnelInstitutions & électionsSolidarités & familleEurope & internationalJustice

Au revoir, Valéry Giscard d’Estaing - C à Vous - 03/12/2020

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:55OuverteRéponse directe

    Michel Cotta, on se souvient que vous avez animé le débat du second tour en 1981 entre François Mitterrand et Valéry Giscard d'Estaing.

  • 2:15OuverteRéponse directe

    Un mot sur ce fameux au revoir.

  • 3:13OuverteRéponse directe

    Cet homme qui s'en va, quelle impression il vous a faite, Michel Cotta, en 1981 ?

  • 3:49OuverteRéponse directe

    – Cet homme qui s'en va, quelle impression il vous a faite, Michel Cotta, en 1981 ?

  • 4:53OuverteRéponse directe

    Vous disiez, on ne sait pas s'il faut réunir ou…

  • 6:16OuverteRéponse directe

    Quand il disait au début, je me rappelle, j'étais à l'Express avec un patron qui se disait réformateur.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:18PrésentateurFait
    « C'était le 19 mai 1981, il y a bientôt 40 ans, quand le troisième président de la Vème République faisait ses adieux aux Français. »
  • 0:27PrésentateurFait
    « le premier président moderne, celui des 70's, qui pensait que la postérité ne retiendrait rien de lui. »
  • 2:49InvitéFait
    « Le 21 mai, il y a la passation des pouvoirs à l'Élysée. Il sort de l'Élysée, il est conspué, hué par une foule qui est hostile et on peut l'avoir. »
  • 8:33PrésentateurFait
    « Et il a été animé parce que Le Monde décrit comme une double obsession depuis cette défaite, plaider sa cause pour que les Français à nouveau l'aiment, mal compris, mal aimé. »
  • 9:50InvitéFait
    « Quand le ministre de De Gaulle, écarté par Georges Pompidou, Premier ministre, il invente la formule célèbre « oui mais » qui était un « oui conditionnel » au général De Gaulle et qui dénonçait en 67, en août 67, l'exercice solitaire du pouvoir. »
  • 10:20InvitéFait
    « Pompidou disait de lui, mais à quelques-uns, à Alain Perfitte par exemple, ce qu'il a fait dans ce très beau livre sur ces deux gaules, il dit « Giscard, un faux frère ». »
  • 15:51InvitéFait
    « Comme chef de l'État, je donne et je reçois des cadeaux officiels. La seule vraie question, c'est celle que vous m'avez posée, c'est qu'est-ce que j'en fais ? Je ne demande de cadeaux à personne. »
  • 16:15InvitéFait
    « Et enfin, à la question que vous m'avez posée sur la valeur de ce que j'aurais reçu comme ministre des Finances, j'oppose un démenti catégorique. Et j'ajoute méprisant. »
  • 19:25InvitéFait
    « Il fut le premier président à nommer une secrétaire d'État à la condition féminine, la journaliste Françoise Giroud, dès son arrivée au pouvoir en 1974. »
  • 19:35InvitéFait
    « C'est aussi sous son septennat que furent adoptées un certain nombre de lois du remboursement de la pilule par la Sécurité sociale en 1974 à la loi de 1980 relative à la répression du viol, en passant par la réforme du divorce par consentement mutuel en 1975 ou encore la légalisation de l'avortement. »
  • 20:07InvitéFait
    « Dans la loi d'amnistie, et ceci, à mon initiative, a figuré pour la première fois l'amnistie de toutes les condamnations de femmes qui avaient été prononcées pour fait d'avortement. »
  • 20:20InvitéFait
    « mais je souhaite qu'il tranche dans un sens qui soit libéral et non répressif. »
  • 24:47InvitéFait
    « il aurait, je le cite, probablement maintenu la peine de mort. »
  • 25:03InvitéFait
    « si je suis élu, j'abolirai la peine de mort, alors que le matin même, il y avait 63% des Français qui disaient, on ne veut pas l'abolition. »

Temps de parole

  • Invité36 %
  • Invité 228 %
  • Présentateur12 %
  • Invité 37 %
  • Invité 46 %
  • Invité 54 %
  • Invité 63 %
  • Invité 72 %

1,5 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Invité

Je souhaite que la Providence veille sur la France pour son bonheur, pour son bien et pour sa grandeur. Au revoir.

0:18
Présentateur

C'était le 19 mai 1981, il y a bientôt 40 ans, quand le troisième président de la Vème République faisait ses adieux aux Français, le premier président moderne, celui des 70's, qui pensait que la postérité ne retiendrait rien de lui. Pourtant, la mise en scène de son départ, un silence de 7 secondes avant de dire au revoir et un plan fixe sur une chaise vide est resté dans toutes les mémoires. Édition spéciale se sort dans cet avou consacré à Valéry Giscard d'Estaing, qui s'est éteint hier, entouré des siens, victimes à 94 ans de l'épidémie de Covid.

Un président devenu immortel en 2004 en entrant à l'Académie française et qui, par deux fois, nous avait fait l'honneur de sa présence sur le plateau de cet avou. Sa dernière visite, c'était en 2014, l'occasion de commenter avec humour et autodérision ce fameux au revoir.

1:09
Invité

J'avais préparé mon départ. Au revoir. J'avais un texte, j'avais écrit moi-même, que je connaissais par cœur, que j'ai dit et qui, franchement, était un bon texte. Je me suis levé pour partir, mais je n'avais pas vu que la porte était très loin. Je m'aperçois qu'il faut que je marche pendant 15 ou 20 mètres. Et alors la caméra qui me prenait me suit et on résiste cette image. On a cru que c'était exprès. Oui, c'était une mise en scène. Alors c'était simplement, je le fais, vous n'avez pas très bien vu où était la porte.

1:50
Présentateur

Bonsoir, bienvenue dans cet avou en direct avec Marion, Pierre, Patrick et nos invités ce soir. Michel Cotta, on se souvient que vous avez animé le fameux débat du second tour en 1981 entre François Mitterrand et Valéry Giscard d'Estaing, Jean-Pierre Elkabach. Vous dirigez l'information de Radio France, puis celle d'Antenne 2 pendant toutes ces années Giscard à la tête notamment de Cartes sur table avec Alain Duhamel jusqu'en 1981. Un mot sur ce fameux au revoir. Cette sortie maladroite, douloureuse, moquée. C'est ce que vous avez ressenti le soir où vous avez vu, vous, ces images en direct à l'époque ?

2:25
Invité

C'était douloureux pour lui et pour nous qui le regardions. Et ce qui était frappant, c'est cette impression qu'il a très bien racontée avec beaucoup d'humour ici en grignotant, que la porte était loin entre le fauteuil et lui. Donc ça a cru à la fois la distance et le jugement critique qu'on pouvait avoir. Mais moi, ça c'était le 19 mai. Le 21 mai, il y a la passation des pouvoirs à l'Élysée. Il sort de l'Élysée, il est conspué, hué par une foule qui est hostile et on peut l'avoir. Il y en a qui lui ont craché dessus et je crois que François Mitterrand avait été même choqué par ces images-là. Donc il est sorti, puis il est rentré avec son fils après en voiture, en conduisant lui-même.

Et moi, j'avais été choqué par ces images et j'avais appelé sa secrétaire pour lui dire si un jour il veut nous voir, Alain Duhamel et moi, en septembre, octobre, on est là. Et on m'a dit non, le 26. Et donc, cinq jours après, je l'ai vu et j'ai vu un Valéry Giscard d'Estaing au bord des larmes qui ne comprenait pas la rupture avec les Français, qui ne comprenait pas la défaite et qui nous a dit en confidence, maintenant on peut le raconter, que peut-être il avait fait une erreur et que s'il avait nommé Simone Veil comme Premier ministre dans les derniers temps, les derniers mois, il aurait évité, peut-être, pensait-il, la défaite.

Mais c'était assez bouleversant de l'entendre à ce moment-là.

3:49
Présentateur

– Cet homme qui s'en va, quelle impression il vous a faite, Michel Cotta, en 1981 ?

3:55
Invité

– Moi, j'ai eu une impression de désolation parce que je me disais, c'est vrai qu'il aura tout fait pendant son septennat pour conquérir le peuple et d'une certaine façon, dans les deux premières années, il était arrivé et puis il l'a perdu, chemin faisant. Et je trouvais que c'était l'illustration même de voir cet homme s'éloigner et faire, vous savez qu'il y a un film comique comme ça où il y a deux portes et l'une est un placard. Et à un moment donné, j'ai eu peur qu'il se trompe et qu'il aille dans le placard. – Mais il a été dans le placard de l'histoire jusqu'à sa mort. – Oui, mais surtout, il n'en est pas sorti du placard de l'histoire. – Aujourd'hui, je ne sais pas s'il faut réunir.

– Et puis, on a l'impression d'une grande incompréhension quand même. Il ne comprend pas, il ne comprend pas pourquoi il a été battu. Et ça, moi, je trouve ça assez émouvant, même si sur le moment, l'autre moitié de la France était contente d'avoir élu quelqu'un d'autre. Mais il ne comprenait pas son échec.

4:53
Présentateur

– Vous disiez, on ne sait pas s'il faut réunir ou…

4:55
Invité

– Il a raison de dire d'abord qu'il ne comprenait pas d'avoir été si bien accueilli au début de son arrivée et sept ans après d'être mal aimé et rejeté. Alors qu'il a toujours cherché l'amitié ou l'amour du peuple.

5:09
Présentateur

– Sincèrement.

5:10
Invité

– Sincèrement, mais il n'y arrivait pas. Mais aujourd'hui, ce que je voulais dire, c'est que même ses adversaires de l'époque lui découvrent toutes les qualités d'un grand président et d'un grand réformateur. Et ils approuvent aujourd'hui ce qu'ils ont critiqué, ce qu'ils ont fait chouer dans son deuxième mandat. Et j'ai envie de dire à tous ces pleureurs de la journée et qui l'ont abandonné dans sa solitude et dans ses regrets, un peu de pudeur, un peu de décence, un peu de dignité. Et rappelez-vous comment vous l'avez traité avec une certaine indifférence et parfois avec mépris.

Et même, Patrick doit s'en souvenir, vous non, parce que peut-être vous êtes trop jeune, mais le seul fait d'avoir approché Giscard faisait qu'on était traité de Giscardien. Et jusqu'à tout récemment, être Giscardien, c'était une injure. Ça, il ne faut pas l'oublier. De la part de ceux qui l'applaudissent aujourd'hui. Alors que ce n'était pas le cas au début. Quand il disait au début, je me rappelle, j'étais à l'Express avec un patron qui se disait réformateur. Et un jour, Giscard m'a pris à part et m'a dit, je vais vous démontrer, c'était 4 jours avant son élection, je vais vous démontrer que le plus réformateur des deux, c'est moi. Et non pas François Mitterrand. Pas Jean-Jacques Chabert.

Ah Jean-Jacques Chabert, pardon. Le plus grand réformateur. Et pour lui, le mot réformateur, il le disait avec son chouintement, mais... Et il a réformé la France, en plus.

6:43
Présentateur

Patrick.

6:44
Invité

Oui, je vais revenir sur le Giscard de la défaite de 81, mais d'abord le Giscard des débuts, le Giscard flamboyant avec une phrase étonnante et qui résonne étrangement aujourd'hui. On est en 75. VGE accorde une longue interview à Jacques Chancel pour son premier anniversaire à l'Elysée. Question de Chancel, que pensez-vous laisser à la postérité ? Il a 49 ans, il est tout jeune, il vient de démarrer son mandat. Réponse de Giscard du Tac au Tac. Je suis sûr que la postérité ne gardera aucune image de moi. Vous le dites sincèrement ? Sincèrement. C'est de la modestie ?

Je considère comme une espèce d'observation sur les scientifiques que les hommes politiques ne laisseront pratiquement aucune trace. Cette idée qu'on avait autrefois du culte d'un certain nombre d'hommes politiques est quelque chose qui disparaît, pour une raison dont vous êtes d'ailleurs indirectement, je dirais, responsable, c'est la multiplication de l'information. La multiplication de l'information. Pas de postérité, pas de trace, s'assurait-il alors avec philosophie ?

7:43
Présentateur

Pourtant, il n'a jamais digéré sa défaite de 1981, et vous l'avez dit, vous en aviez parlé avec lui.

7:49
Invité

Oui, pour un documentaire sur le 10 mai 1981, vous en étiez Jean-Pierre, il avait accepté de nous raconter sa soirée de perdant silencieux à Chanona, dans son château de la Varvasse, en tête à tête avec Anemone, aucun collaborateur, quelques rares coups de fil pour dicter son message de félicitations à Mitterrand, la télé vite éteinte, couché à 23h, comme une soirée de deuil.

En revanche, devant nous, et c'est ce que vous rappeliez Michel, Giscard a passé une bonne heure à refaire le match, à expliquer comment il aurait pu gagner, à nous submerger de chiffres sur la valeur du benchmark, la balance commerciale française, le pouvoir d'achat, à nous vanter son bilan à ses yeux, le meilleur ou l'un des meilleurs de l'histoire moderne. Cet échec à se faire réélire a été une humiliation, une blessure jamais refermée. Et dans ses mémoires, il dit que c'est pire qu'une blessure, c'est une œuvre inachevée.

8:37
Présentateur

Et il a été animé parce que Le Monde décrit comme une double obsession depuis cette défaite, plaider sa cause pour que les Français à nouveau l'aiment, mal compris, mal aimé, parce qu'aussi glacial, distant, c'est ce que vous avez vécu, Jean-Pierre. – On ne plaisantait pas avec Jean-Pierre Alcabache ?

8:55
Invité

– Non, avec moi, au contraire, on peut plaisanter, mais pas avec lui. Je crois qu'il n'était pas sincère quand il disait « pas la postérité ». Certes, nous sommes tous une goutte d'eau dans l'océan de l'humanité et de l'histoire, mais là, ce n'est pas vrai parce que, comme vous l'avez dit, tout démontre qu'à travers ces années-là, il a recherché quoi ? Il a laissé sa place dans l'histoire, se faire aimer et en même temps laisser. Je pense qu'en 2002, il y a eu, je crois que c'était au Sénat, un colloque qui a duré 3-4 jours en sa présence sur ce qu'il avait apporté. Mais moi, je suis un peu triste de voir les images à la fin quand il a perdu. Mais il faut voir les débuts.

D'abord, et Michel doit le savoir, évidemment, et elle a vécu comme moi, d'abord avant l'élection présidentielle. Il n'est pas né politiquement au moment de l'élection présidentielle. Avant, il y a eu deux moments très forts, si on pourrait en dire plusieurs, mais deux moments très forts. Quand le ministre de De Gaulle, écarté par Georges Pompidou, Premier ministre, il invente la formule célèbre « oui mais », qui était un « oui conditionnel » au général De Gaulle et qui dénonçait en 67, en août 67, l'exercice solitaire du pouvoir. Et d'autre part, il y avait les débats à l'Assemblée nationale, j'ai assisté deux ou trois fois, des débats entre Giscard et Pompidou.

Et c'était d'une grande violence entre les deux. Et Pompidou disait de lui, mais à quelques-uns, à Alain Perfitte par exemple, ce qu'il a fait dans ce très beau livre sur ces deux gaules, il dit « Giscard, un faux frère ». Et donc, moi je voudrais que tu nous racontes aussi, Michel, quand il est arrivé, avec sa taille, avec un sourire qui était en chanteur, séducteur, avec une parole qui était toujours bienveillante à l'égard de ceux qui étaient là, et quelquefois on se dit « c'est prendre », mais un regard qui vous tuait. assassin, un regard, assassin cruel même, et qui vous transperçait. Quand vous l'interrogiez, comme on était en train de faire, il vous jugeait.

Il jugeait à l'avance, il savait, il devinait la question que vous allez lui poser, et le regard vous assassinait. Ça c'était le Giscard hyper sensible et qu'il n'a jamais montré.

11:09
Présentateur

Et qui vous laissait debout à l'Élysée pendant que lui était assis à prendre le thé. C'était à la fin, ça. C'était à la fin.

11:16
Invité

Au contraire, nous avons été très souvent reçus à l'Élysée. On était un petit groupe de journalistes à être reçus à l'Élysée. Et il faisait devant nous un numéro formidable. On était au contraire très bien installés. Il nous demandait comment on était arrivés. Il nous demandait s'ils vont vouloir une voiture pour partir. C'était les trois premières années, je dirais. C'était avant Bocassa, je dirais. Où il était très ouvert avec les journalistes. Et alors on le regardait en étant un peu béat devant sa façon de parler, sa façon de s'exprimer, dans la façon dont il nous racontait la politique, la crise. Parce qu'il a quand même eu deux crises pétrolières.

La première à gérer en 1974 et puis l'autre en 1979. Donc il nous racontait les crises. On ne comprenait pas tout. Mais on était... Subjugué. On se retrouvait dans la cour après, tous les quatre, et on disait « Qu'est-ce qu'il a dit exactement ? » Et c'est vrai que c'était tellement brillant que la brillance faisait oublier... Et faisait écran à la réalité. On ne pouvait pas ne pas admirer la dimension intellectuelle et culturelle. C'était une intelligence extraordinaire, fulgurante. Il y en a peut-être un aujourd'hui qui l'a, mais il faut faire attention. Parce que quelquefois, il y a l'effet boomerang. L'intelligence... À qui pensez-vous ? Il y a beaucoup de comparaisons, d'ailleurs.

Oui, beaucoup de comparaisons avec Emmanuel Macron. Un jour, j'avais croisé un député gaulliste qui m'avait dit, avec un air aussi charmé, il m'avait dit « C'est normal qu'il soit intelligent. Avec le front qu'il a, il a un crâne plus grand que les autres. »

12:56
Présentateur

La défaite de Valéa Giscard d'Estaing, elle s'est en partie jouée sous vos yeux, Michel Cotta, le 5 mai 1980, pendant le débat de l'Entre-deux-Tours. Autant Giscard d'Estaing fait mouche en 1974 avec le monopole du cœur, autant en 1980, c'est François Mitterrand qui a la forme du choc.

13:12
Invité

Vous ne voulez pas parler du passé, je le comprends bien, naturellement. Et vous avez tendance un peu à reprendre le refrain d'il y a 7 ans, l'homme du passé. C'est quand même ennuyeux que dans l'intervalle, vous soyez devenu, vous, l'homme du passif. Cela gêne un peu votre démonstration d'aujourd'hui.

13:28
Présentateur

Juste pour l'anecdote, pourquoi aviez-vous été choisi pour animer ce débat d'Entre-deux-Tours, Michel Cotta, avec un C comme Cotta ?

13:34
Invité

Parce qu'il y avait eu des problèmes entre les équipes sur qui ferait, qui mènerait les débats. Et François Mitterrand avait dit « personne de la télévision actuelle ». Je ne veux personne de la télévision actuelle. Il s'en méfiait. Il avait quelques raisons de s'en méfier, d'ailleurs. Et à ce moment-là, Giscard a dit « faites-moi une liste ». Il a fait une liste et Giscard l'a prise avec indifférence et a dit « je veux les deux premiers par ordre alphabétique ». C'était Jean Boissena et Michel Cotta. Et dans la liste, il y avait tout de suite après Jean-François Kahn, dont le cas a tué, et après Guy Thomas. Donc il nous a pris par ordre alphabétique.

14:29
Présentateur

La phrase choc de Mitterrand, que lui avait soufflé, que lui aurait soufflé Jacques Séguela, a fait mouche. Mais c'est surtout l'affaire Bocassa, révélée par le canard enchaîné qui va prouver sa campagne.

14:41
Invité

Je voudrais revenir juste sur l'homme du passé, l'homme du passif, parce que, je ne sais pas, c'est sans doute Séguela, mais il le racontera. Mais en tout cas, Mitterrand avait beaucoup souffert, en 1974, de la phrase de Giscard « vous n'avez pas, M. Mitterrand, le monopole de cœur ». « Vous ne l'avez pas ». Et ça, ça l'avait complètement déstabilisé. Et pendant 7 ans, il a pensé à sa réplique le jour où il serait peut-être face à Giscard en 1981. Il a pensé, je suis sûre qu'il l'a vraiment peaufiné, et d'ailleurs, il l'avait dit, la phrase, dans son dernier meeting à Toulouse. Mais il a mis 7 ans pour la trouver, il l'a trouvée, il l'a sortie au bon moment.

15:22
Présentateur

Et elle a fonctionné. L'affaire Bocassa, révélée par le canard enchaîné, 30 carats de diamants au féroméniste des Finances, qu'il était en 1973 par le président centrafricain Jean-Beddel Bocassa, pour une valeur d'un million de francs, cadeau parmi d'autres, une affaire sur laquelle vous l'avez interrogé, Jean-Pierre Elkabach, avec Gérard Saint-Paul, c'était le 27 mars 1979.

15:40
Invité

Vous avez, vous-même, été personnellement mis en cause à propos d'un cadeau des diamants que vous auriez reçu de Bocassa en 1973, quand vous étiez alors ministre des Finances. Comme chef de l'État, je donne et je reçois des cadeaux officiels. La seule vraie question, c'est celle que vous m'avez posée, c'est qu'est-ce que j'en fais ? Je ne demande de cadeaux à personne. Ces cadeaux, ils sont, sans que je m'en occupe, je peux vous le dire, apportés à l'Élysée, ils y sont conservés. Et enfin, à la question que vous m'avez posée sur la valeur de ce que j'aurais reçu comme ministre des Finances, j'oppose un démenti catégorique. Et j'ajoute méprisant.

16:19
Présentateur

– Patrick connaît par cœur. – On connaît tous, vous aussi.

16:23
Invité

– Comme nous était loin, là, on le connaît par cœur. Mais il souffrait. Pendant des semaines, quand quelqu'un de l'entourage de François Mitterrand ou quelques-uns avaient lancé l'histoire, que le canard en Chénard prie, que tous les médias en prie, qui amusait toute la France avec Thierry Le Luron, parce qu'il faut voir les sketchs de Thierry Le Luron, il souffrait. Et aucun membre de son entourage n'osait lui parler des diamants. Il nous disait, mais dis que lui, il y avait eu une conférence de presse avec 500 journalistes, il n'y en a pas un qui s'est levé pour dire les diamants. Et c'est tombé sur Alain Duhamel et moi, et on s'est dit, on ne peut pas le faire.

Et on avait pris l'habitude pour carte sur table d'aller voir quelques jours avant l'interlocuteur que nous allions avoir, l'invité, pour lui dire, voilà, l'émission aura du rythme, on va vous poser toutes les questions, on ne parlait jamais du contenu. Et ce jour-là, on lui a dit, et c'est effectivement ce jour-là où nous étions debout pendant qu'il prenait santé, il nous a dit, nous lui avons dit, nous vous posons une question sur les diamants. Il n'en est pas question. Et il nous a fait asseoir. À ce moment-là, il nous a fait asseoir. Il dit, je ne parlais pas de ça. Et nous, on lui a dit, on posera la question. Et on a posé la question. Et c'est la seule trace qui reste.

Mais moi, je voudrais dire qu'avec sa mort, celle de Chirac, Mitterrand, Pompidou, c'est toute une grande part de l'histoire de la Ve République qui s'achève et qui disparaît. Mais lui, il a été, je ne sais pas si on le pense, toi qui le connaissais mieux que moi, si on pense qu'il a été un homme du XXe siècle, mais en même temps l'homme du début du XXIe siècle. Il a anticipé et il a annoncé le nouveau siècle. Parce que, hein ? Non, mais tu as d'autant plus raison. Moi, j'ai deux images de lui qui sont des images plus culturelles. Il détestait l'art moderne.

Comme vous savez, il a succédé à Georges Pompidou, qui avait rempli, il disait, de toiles extraordinaires qu'il accrochait lui-même pendant la nuit avec sa femme. Et donc, il détestait l'art moderne. Il aimait les meubles Louis XV. Donc, c'était absolument le contraire. Et c'était le contraire de ce qu'il voulait, au fond, apparaître. Il aurait dû aimer l'art moderne en disant « je suis moderne ». Il était moderne en aimant du Louis XVIII. Voilà, et avoir des meubles. Et c'est ça, quand même, Valéry Giscard d'Astin. Il y a tout en lui, quand on voit son histoire. Il y a en lui une vraie... Il a été d'une lignée politique.

Il a été éduqué par sa mère pour faire de la politique, avec un grand-père qui était politique. Il n'a pensé qu'à ça. Il faisait le mur de l'école polytechnique pour aller à l'Assemblée nationale, à la Chambre des députés. Donc, c'est quelqu'un qui, vraiment, était dans le moule et qui, à un moment donné, a su en sortir en apparaissant plus moderne que les plus anciens qu'il avait élevés.

19:20
Présentateur

Et réformateur, notamment sur des questions de société très importantes.

19:24
Invité

Absolument, et de droit des femmes. Il fut le premier président à nommer une secrétaire d'État à la condition féminine, la journaliste Françoise Giroud, dès son arrivée au pouvoir en 1974. C'est aussi sous son septennat que furent adoptées un certain nombre de lois du remboursement de la pilule par la Sécurité sociale en 1974 à la loi de 1980 relative à la répression du viol, en passant par la réforme du divorce par consentement mutuel en 1975 ou encore la légalisation de l'avortement. Alors, concernant le problème de l'avortement, je rappellerai d'abord, parce que ça n'a pas été dit pratiquement, en tout cas, je crois que le bilan public ne le sait pas.

Dans la loi d'amnistie, et ceci, à mon initiative, a figuré pour la première fois l'amnistie de toutes les condamnations de femmes qui avaient été prononcées pour fait d'avortement. Et puisque c'est au Parlement de trancher, il ne m'appartient pas de le faire et de le faire à l'occasion d'une réunion de presse, mais je souhaite qu'il tranche dans un sens qui soit libéral et non répressif. Voilà, on ne rappellera jamais assez l'importance de cette loi promulguée en janvier 1975, sans cesse remise en question encore aujourd'hui ici et ailleurs. Pour autant, Giscard était-il un président féministe ?

Au journal Marie-Claire, qui lui posait la question en 1981, en pleine campagne, il avait répondu d'un vague, on le dit. Alors il a surtout nommé des femmes qui ont mené à bien ses actions, le tout dans une époque de mobilisation féministe massive, on peut le dire comme ça ? C'est la première fois d'abord que dans un gouvernement sont entre cinq femmes à la fois, et pas des rôles subalternes. C'est la première fois que ce groupe de femmes qui n'apparaissait pas, qui ne voulait pas apparaître en tant que groupe de femmes, justement parait, et quand même était dans le gouvernement et au premier rang.

Alors sur l'avortement, il a presque défié déjà son Premier ministre, puisque Jacques Chirac, qui n'a pas voulu, mais qui au dernier moment est quand même allé au secours de Simone Veil, lorsqu'il s'est demandé s'il arrivait à faire passer sa loi, et il est arrivé, il a débarqué à l'Assemblée à 11h du soir, et dit aux députés, vous votez, point final. Mais autrement, c'était déjà effectivement une grande différence entre le côté, pour le coup, moderne de Giscard, et le côté de Jacques Chirac se disant, franchement, on ne va pas nous emmerder avec les bonnes femmes, pardon. Oui, mais en même temps, Jacques Chirac a défendu Simone Veil, peut-être plus que Giscard, sur la loi.

Juste un qualificateur, dans son tout dernier livre, Gisèle Halemi, le livre écrit avec Annie Cogent, rend un long hommage à Giscard Dessin, elle a pourtant rallié Mitterrand, elle était de gauche, elle dit que c'était le président le plus féministe de la Ve République. Et Dieu sait si elle a combattu, ça je sais, Gisèle Halemi, pour lequel j'avais une grande admiration. Est-ce que vous pensez que s'il avait nommé Simone Veil, à qui il avait confié la loi IVG, s'il avait nommé Premier ministre, vous pensez qu'il aurait eu des chances d'être réélu en 81 ? Je pense qu'il aurait eu des chances qu'il aurait récupéré un électorat qui partait vers le centre-gauche. C'est ça.

Et il y a les femmes, vous l'avez dit, il y a les jeunes, il y a...

22:33
Présentateur

La majorité à 28 ans.

22:34
Invité

Tout ça, tout ça, on le sait, il y a le tout municulaire, il y a l'ORTF, cassé en trois sociétés, qui étaient plus autonomes et plus souples, mais pas forcément plus libres. Oui, c'est bon, mais bon. Et il y a eu deux rapports que je veux citer, et qu'on ne cite jamais. Un rapport qu'il avait fait faire en 79 à un groupe de scientifiques sur les sciences de la vie, et quand on regarde aujourd'hui les vaccins, etc., on dit, tiens, il avait pressenti des choses. Et puis, le rapport Simon-Norah, Alain Minck, sur l'informatique et le numérique. Ah oui.

Donc, moi, je gardais quelques images de lui après les conversations, mais cette image d'un président de la République, après les années de Gaulle, après la maladie de Pompidou, qui descend des Champs-Elysées en voiture, qui arrête la voiture, qui descend et qui va vers la foule avec une sorte d'exaltation, ça a marqué comme le début d'un changement dans la communication, dans les symboles, etc. Même si après, il en a fait tellement que ça lui est revenu en tout moment. Et pourtant, il a toujours eu des problèmes avec le peuple, lui aussi. Alors qu'il essaie. Et Dieu sait qu'il allait voir les éboueurs, manger chez les gens.

Quelque part, tout apparaissait comme une communication, mais un peu désincarnée par rapport à son personnage. Il avait quand même du mal à dire bonjour à une ménagère qui faisait la cuisine pour lui un soir. Et il avait du mal à s'asseoir à sa table et à parler.

24:03
Présentateur

Juste un mot sur une réforme qu'il n'a pas faite.

24:07
Invité

Et qu'il n'a sans doute pas souhaité faire. C'est celle de l'abolition de la peine de mort. On peut penser d'ailleurs que lui-même n'y était pas forcément favorable. Le premier dossier de grâce qui vient sur son bureau, c'est celui de Christian Ranucci, condamné à mort pour le meurtre d'une petite fille de 8 ans. L'avocat Paul Lombard avait échoué à faire douter les jurés. L'écrivain Gilles Perrault prendra le relais tout au long de sa vie pour la réhabilitation de Ranucci en vain. En 2010, comme m'entend un portrait qui lui était consacré, VGE a déclaré Ranucci était coupable, il était condamné, il devait être sanctionné.

Et dans cette même émission, il ajoutait que s'il avait été réélu en 1981, il aurait, je le cite, probablement maintenu la peine de mort. Jean-Pierre Elkabach pour conclure. Ce que dit Pierre, ne me surprend pas, parce qu'au moment de l'élection présidentielle, quelques jours avant, le 16 mars 1981, devant Alain Duhamel et moi, nous interrogeons François Mitterrand, il dit, en conscience, si je suis élu, j'abolirai la peine de mort, alors que le matin même, il y avait 63% des Français qui disaient, on ne veut pas l'abolition.

Et 15 jours après, c'était le tour de Valéry Giscard-Dessin, ils disent ce que Pierre raconte et qu'il a dit en 2010, il avait déjà dit, si je suis réélu, je n'abolirai pas la peine de mort. Et il y avait à ce moment-là, un type qui était en prison et qui attendait de savoir, si Giscard était élu, la guillotine émitéante. Et un jour, il m'est arrivé demain dans une bibliothèque Médicis, ce type qui était sorti, qui était devenu professeur d'histoire médiévale dans les différentes universités, face à Robert Balinter, qui était venu le voir en prison après l'élection et qui lui avait dit, maintenant, à vous de savoir si vous voulez rester toute votre vie ou si vous voulez en sortir.

Vous voulez en sortir, travaillez. Et c'est comme ça que Robert Balinter avait autorisé l'entrée des livres, etc. Voilà. Juste un mot pour dire que dans les mémoires de Valéry Giscard d'Estaing concernant Hannucci, il attend le matin de l'exécution et il pleure. C'est dans son livre, il dit, les larmes me viennent aux yeux. Donc c'est très compliqué. C'est compliqué. Merci. Simplement, on peut dire, que là... On pourrait tenir longtemps comme ça. J'ai l'impression. On aime ce qu'on a vécu et on le dit sans nostalgie. Maintenant, je pense qu'il entre à son tour dans l'histoire et je pense que plus tard, les historiens seront moins sévères que nous, les contemporains. Merci.