Yaël Braun-Pivet , à l'écoute des Français | Circo
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Une fois par mois, durant une matinée à l'hôtel de l'Asset, dans les bureaux de la présidence de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet reçoit.
Je m'appelle Muriel Rouellet, je viens de l'Essonne et je suis venue voir aujourd'hui Yaël Braun-Pivet pour lui parler de l'égalité homme-femme. Mouradid Arouesh, j'ai 24 ans, consultant en fonds d'investissement. Je souhaite aborder le thème de la violence ou généralement de la délinquance chez les jeunes. Je m'appelle Constance, j'ai 27 ans, je suis pâtissière, je viens du Pas-de-Calais. J'ai envie de parler de la montée de l'extrémisme avec madame Braun-Pivet. Clément Bonnefille, j'ai 32 ans, je viens de Oulins, dans le Rhône. Je suis venu ici rencontrer la présidente de l'Assemblée nationale pour échanger sur le projet de l'Assemblée nationale.
C'est parti !
Cette jeune retraitée a été tirée au sort parmi les 600 Français qui s'inscrivent chaque mois sur le site de l'Assemblée nationale pour avoir 30 minutes d'échange Bonjour madame ! avec Yael Braun-Pivet.
Vous allez bien ? De quoi vous vouliez que l'on parle ce matin ensemble ?
Oui, mais on parle de ce que vous voulez. Je suis une femme, donc j'ai eu une rencontre assez souvent dans ma vie professionnelle ou même dans la vie de tous les jours. Effectivement, les femmes, autrefois et même encore maintenant, ne sont pas traitées. Vous voyez bien, même vous, en politique, les femmes en politique, elles n'ont pas les meilleurs portefeuilles. Souvent, elles ont des secrets derrière d'État ou des choses comme ça. Oui, c'est un peu inégal. C'est un peu criant, quand même.
Là, on voit bien que toutes les fonctions régaliennes sont occupées par des hommes armées, intérieures, justice, affaires étrangères.
Ça n'a pas toujours été le cas, mais quand même, ce n'est pas la majorité. Non, non, non, non. C'est facile de dire la parité quand ce n'est pas à des postes simulaires.
Muriel Rouellet s'inquiète pour ses filles et pour ses petites filles.
Dans les autres pays, il y a une réglation pour les droits des femmes. Claire. Nous, on a mis le droit à l'avortement dans la Constitution. Justement, c'est un truc que je me posais la question. Est-ce que quelque part, quelqu'un peut arriver un jour à notre élu et dire, non, j'en veux plus et on l'enlève de la Constitution ?
Là, on a réformé, on a ajouté quelque chose. Donc, on peut enlever quelque chose, on peut ajouter d'autres. Mais c'est plus difficile. Il faut que le texte soit approuvé, soit au Congrès, comme on a fait pour l'IVG, avec une majorité des trois cinquièmes des parlementaires, soit par le peuple français par référendum. Donc, en fait, oui, ce n'est pas irréversible lorsque vous le mettez dans la Constitution, ça peut toujours bouger. Mais franchement, pour réussir à faire bouger ça, vous vous imaginez, il faut quand même...
Oui, oui, oui, je sais bien, mais vous savez, je veux dire avec la... Enfin, moi, c'était un autre sujet avec la montée des extrémistes.
Mais c'est pour ça qu'il était hyper important de le constitutionnaliser. Ça protège quand même beaucoup les femmes, ça protège nos enfants, nos filles, etc. C'était super important. Bon, écoutez, madame, j'ai été ravie. Ça montre qu'on a encore un peu de boulot. Si on a l'égalité, il y a un peu de chemin. Merci beaucoup. Merci. À très bientôt. Prenez soin de vous. Au revoir, madame.
J'ai certainement rabâché des sujets dont elle est au courant. Voilà. C'est quoi l'intérêt, du coup ? Ah, ben, moi, c'était pour moi, pour la rencontrer. Parce que je trouve que, bon, j'aime bien la personnalité. Et puis, je me dis que si on doit demander des choses en tant que pour l'égalité homme-femme, c'est plutôt à une femme qu'il faut s'adresser. Parce qu'on n'est pas sûr depuis des années que les hommes soient très réceptifs à ce combat. Donc, c'est la raison pour laquelle la voix, elle, me paraissait important.
Deuxième citoyen et deuxième thématique. Mouradi Derouache est analyste financier et habite aujourd'hui la chic Neuilly-sur-Seine. Mais il vient des quartiers populaires de Marseille. Et il tient à lui raconter une réalité crue. Bonjour, monsieur.
Bonjour. Vous allez bien ?
Près bien, je vous.
Ça va bien, merci.
La raison de ma venue, c'était plutôt, voilà, je ne suis pas un porte-parole. En revanche, je suis témoin d'une certaine situation que j'ai pu, malheureusement, voir et vivre à Marseille. J'ai assisté à un règlement de compte où des jeunes s'affrontaient avec des armes de guerre.
C'est vrai.
Et un enfant de 14 ans a été touché à ce moment-là. Il venait d'avoir 14 ans.
Oui.
Il portait assistance à cet enfant. Il se vidait de son sang. Et je me disais, mais comment on a pu en arriver là ? La rentrée qui a suivi, le débat portait sur la baïa. Je me dis, est-ce qu'on n'a pas aussi plus grave à traiter ? Les enfants qui étaient touchés lors de ce règlement de compte, ils avaient entre 9 et 14 ans. Et ils tenaient un point de deal au lieu d'être sur les bancs de l'école de la République. Pour moi, le travail de fond, il se fait dans l'éducation. À ce moment-là, c'est à ce moment-là qu'il faut qu'on leur parle. C'est à ce moment-là qu'il faut qu'on leur explique que, oui, vous pouvez aller à l'Assemblée nationale et un jour potentiellement devenir député.
C'est possible. C'est absolument possible. Ce n'est pas limité à une certaine catégorie de la population. Et voir cette France comme une addition de communauté fait qu'on ne s'inclue pas tous, en fait, dans le débat. Et on a l'impression que, finalement, on est soit ensemble ou soit on s'affronte.
Aujourd'hui, vous vous sentez représenté à l'Assemblée nationale ?
Pas du tout. Vraiment, pas du tout.
C'est vrai ?
Je trouve qu'actuellement, c'est un désastre.
Vous êtes durs.
Très honnêtement, je trouve que c'est super compliqué de s'y retrouver. Ça a été très compliqué lors des dernières législatives.
Et alors vous, on va terminer là-dessus, vous avez envie de vous engager ?
C'est vrai que j'ai beaucoup d'idées, mais je ne me sens pas encore légitime aujourd'hui. Et je pense que c'est aussi dû à toutes ces barrières que j'avais l'impression qu'on me posait.
Vous en avez franchi peut-être un certain nombre, dans ce que je comprends.
J'en ai franchi un certain nombre aujourd'hui, mais il y en a encore beaucoup, beaucoup à franchir encore aujourd'hui. En tout cas, merci beaucoup.
Je vous en prie. Merci à vous. À bientôt. Au revoir. Au revoir.
Vous pensez que ça peut servir à quelque chose, votre rendez-vous d'aujourd'hui ? Je ne sais pas si ça va servir à quelque chose. En revanche, je sais qu'en faisant rien du tout, ça ne servira à rien. Donc, au moins faire quelque chose, ça pourrait potentiellement servir à quelque chose. Donc, on verra le résultat. Je sais qu'elle a pris ça en note. Ce sera un angle de vue qu'elle pourra adopter. Donc, elle ne pourra pas dire qu'elle ne sait pas. Et je ne pourrais pas dire que je n'ai rien fait.
Le troisième interlocuteur, lui, travaille à l'hôpital. Et il a été frappé par le manque de solutions face à des patients en fin de vie.
Bonjour. Vous allez bien ? Bien, Yvon. Ça va bien, merci. Alors, vous vouliez parler de quoi ? Dites-moi.
Moi, c'était plutôt la loi sur la fin de vie.
Oui.
J'ai été un peu déçu, comme beaucoup de personnes. Je pense que ça s'arrête. La discussion, en tout cas, s'arrête. Je trouvais que je m'assistais à quelques séances.
Qu'est-ce que vous en avez pensé, des séances ?
Moi, j'ai trouvé qu'au début, ça se passait très bien.
Et que ça a donné, pour une fois, une très bonne image de l'Assemblée Nationale.
Bon, j'ai quand même assisté à une séance où il y a eu un moment un peu caricatural, des propos caricaturales qui étaient tenus par un certain groupe politique très à droite. Comme quoi, par exemple, on allait créer des machines à tuer des personnes et tout. Voilà. Ça ne m'a pas étonné, mais j'ai trouvé ça dommage que, vu que ça se passait très bien au début, pourquoi ça ne va pas continuer ? C'est très important que ça aille au bout, je pense, qu'on avance sur ce sujet. Je pense qu'il y a presque un consensus pour qu'on avance sur ce sujet.
Oui. En tout cas, il y a une très large, si on en croit les sondages, il y a une très large majorité pour qu'on avance sur le sujet. Moi, ce que j'essaye de faire, c'est de, avec beaucoup, de remettre le débat à l'ordre du jour de l'Assemblée Nationale. J'ai obtenu, non sans mal, l'engagement du Premier ministre et de son gouvernement pour la réinscription en janvier 2025. Maintenant, on est en train encore de se battre sur savoir quel texte, etc. Moi, je pense qu'il faut arrêter. C'est le texte tel qu'il était, donc il a été redéposé par Olivier Falorni. Il y a 225 signataires de cette proposition de loi. Je pense qu'il n'y a pas, ça ne fait pas débat. Il faut l'examiner dans l'hémicycle.
Et puis après, dans l'hémicycle, le débat doit se faire, en fait. Ce qui ne fait pas débat, c'est que le débat doit se faire.
C'est exactement ça. Yaël Braun-Pivet prend ses distances avec l'exécutif et rappelle les pouvoirs du Parlement.
J'ai envie de vous dire, c'est un débat, c'est une question vraiment politique, dans le plus beau sens du terme. Et donc, il ne faut pas être freiné par un Premier ministre ou d'autres ministres qui pourraient être réticents. On a entendu encore ce week-end Bruno Retailleau dire qu'il n'était pas favorable à cette réinscription. Mais en fait, ce n'est pas lui qui inscrit les textes. Mais nous, en tout cas, on a le souhait d'en débattre. Les Français nous le demandent. Merci beaucoup. Merci à vous. Bonjour, madame.
Bonjour, madame.
Comment allez-vous ?
Je vous ai ramené un petit cadeau du Pas-de-Calais. Oh, c'est adorable. C'est quoi ? Je vous laisse regarder. C'est des petites sucreries, des petites douceurs.
Oh, les fameuses crêpes ! C'est beau, comme ça. J'adore. C'est adorable, merci beaucoup.
Cette jeune pâtissière, qui milite au sein du parti d'Emmanuel Macron, entend de plus en plus de discours décomplexés. La montée de l'extrémisme, c'est un sujet qui me préoccupe beaucoup.
Vous n'êtes pas sans savoir que le Pas-de-Calais est une terre RN. C'est vrai qu'en 2022, il y avait 6 circonscriptions sur 12 qui étaient RN. Et là, en 2024, cet été, il y en a 10 sur 12. Donc, on sent vraiment une montée de l'extrémisme forte.
Oui.
Comment vous l'expliquez ? Pour autant, c'est vrai que moi, je vis dans une campagne périurbaine où il n'y a pas d'insécurité. C'est vrai que moi, je le ressens dans mon métier. Il y a beaucoup de mes collègues qui sont de plus en plus attirés vers ces partis parce qu'ils ont une forme de colère. Ils ont l'impression qu'il y a une forme d'élictisme des pouvoirs politiques parisiens. Oui. Ils ne se sentent plus forcément concernés par les grands discours. C'est ça. Ils sont attirés par des discours simplistes, avec des vieux stéréotypes. que ça creuse le fossé. Et ils ont l'impression de ne pas être écoutés.
C'est ça.
Alors, comment on fait ? Je pense qu'on pourrait peut-être déjà changer la forme de communication, peut-être rendre les institutions peut-être plus accessibles ou mieux expliquer une partie des Français. Autour de vous, les gens regardent quoi ? C'est quoi la source d'informations ? Les réseaux sociaux, de manière générale. Oui. Du moins, pour ma tranche d'âge pour les jeunes. Lesquels ? Beaucoup Instagram, TikTok, beaucoup aussi. Ça participe à cette montée de l'extrénisme.
Je pense qu'il faut, après mener le combat partout, il faut le mener à l'Assemblée nationale, mais il faut le mener sur le terrain. Et c'est ce que vous faites. Il ne faut rien lâcher. Et puis là, il va y avoir les élections municipales. Il faut s'engager, en fait. Très en amont pour que ça soit crédible et puis pour qu'il y ait des chances de gagner. Mais je pense qu'il ne faut pas hésiter, en tout cas. Merci beaucoup, c'était adorable. Bon courage pour la suite. Merci. À bientôt. Au revoir. Ils ne se reconnaissent pas dans le personnel politique. Ils ne se reconnaissent pas dans nos débats. Et ça, c'est très préoccupant. C'est très préoccupant.
C'est pour ça, d'ailleurs, que moi aussi, je fais souvent une ode à l'engagement. Venez, on a besoin de vous. On a besoin de vous en politique. Qu'est-ce qu'on a besoin de vous dans les associations, etc. Parce que justement, quand on ne se sent pas représenté, la meilleure des réponses, c'est de se présenter soi-même. Puis ils attendent qu'après, les hommes et les femmes politiques qui les représentent, les représentent bien. Et donc, en considérant ce qu'ils disent, c'est ce que j'essaye de faire. À très bientôt. Moi, ça me permet de ne pas être hors-sol, d'être en connexion avec les Français. C'est pour eux qu'on travaille. Je pense que ça leur apporte autant à eux qu'à moi.
Et donc, c'est vraiment un échange. Et c'est ça qui est vraiment intéressant.
D'après un récent baromètre politique, 80% des Français estiment que les responsables politiques ne se préoccupent pas de ce qu'ils pensent, nourrissant un sentiment d'abandon.
Yaël Braun-Pivet