Pénurie de médicaments : Big Pharma et la macronie complices
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« Les chiffres de l'Agence de sécurité du médicament sont effrayants et se dégradent depuis une dizaine d'années. »
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« Appeler les Big Pharma et la e-santé pour lutter contre les pénuries de médicaments peut prêter à sourire. »
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« l'industrie pharmaceutique s'emploie en effet à raréfier l'offre pour faire augmenter les prix. »
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« les pénuries font les profits des Big Pharma. »
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« J'évoque également le cas du laboratoire sud-africain Aspen, qui a menacé plusieurs États membres de l'Union européenne de détruire ses stocks d'anticancéreux pour faire du chantage aux prix. »
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« L'approche était vraiment accepter le prix demandé ou on retire le produit. »
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« On ne s'attendait pas à ce qu'ils nous annoncent un arrêt définitif de la production. »
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« Ce qu'ils nous laissaient entendre de collègues du laboratoire Sanofi, c'est que c'était ce genre d'ordre de valeur, de 7 à 10 % de marge sur le médicament. »
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« Un laboratoire qui réalise plus de 80 % de son chiffre d'affaires français grâce au remboursement de la sécurité sociale, a-t-il le droit d'abandonner des traitements essentiels ? »
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« Ce traitement est facturé près de 2,1 millions d'euros contre 150 000 euros de coûts de fabrication. »
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« En 2021, Cache Investigation révélait que nos données de santé étaient monnayées par IGVIA dans près de 50% des pharmacies françaises, et ce, sans recueillir le consentement des principaux intéressés. »
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« Pour information sur une pathologie, il faut avoir un peu les informations sur une même 20 000 balles. »
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Dans cette enquête, je vous révèle comment l'industrie pharmaceutique investit tranquillement une mission interministérielle chargée de lutter contre les pénuries de médicaments en France. Comble de l'ironie, ces pénuries sont parfois provoquées par les laboratoires eux-mêmes pour faire gonfler les prix. Voici comment les Big Pharma gardent la main à Matignon, une enquête que j'ai menée à retrouver sur le site du Média TV, seulement accessible aux abonnés. La France manque de médicaments. Les chiffres de l'Agence de sécurité du médicament sont effrayants et se dégradent depuis une dizaine d'années.
La France, patrie de pasteurs et des vaccins, manque d'anticancéreux, d'anti-infectieux, d'antidouleurs. Bref, les pharmaciens des CHU de France sont dans une gestion de pénurie permanente. Mais rassurez-vous, on est sauvés. Elisabeth Borne a mis en place une mission interministérielle chargée de lutter contre ces pénuries. Cette mission doit garantir un meilleur accès aux soins et la soutenabilité des dépenses de santé. Mais il se trouve que cette mission est gangrénée par les lobbies des Big Pharma et des entreprises de santé numérique. Appeler les Big Pharma et la e-santé pour lutter contre les pénuries de médicaments peut prêter à sourire. Pourquoi ?
Car ce sont souvent les médicaments les moins rentables qui sont en pénurie. Dans un cynisme assez terrifiant, l'industrie pharmaceutique s'emploie en effet à raréfier l'offre pour faire augmenter les prix. Pour le dire autrement, les pénuries font les profits des Big Pharma. Dans l'enquête, je parle des médicaments qui sont retirés du marché et réintroduits quelques mois plus tard, parfois dix fois plus chers. J'évoque également le cas du laboratoire sud-africain Aspen, qui a menacé plusieurs États membres de l'Union européenne de détruire ses stocks d'anticancéreux pour faire du chantage aux prix.
Pendant quatre ans, la direction générale de la concurrence va enquêter sur Aspen. Elle vient de mettre au jour un vaste système de chantage utilisé par la firme pour faire flamber les prix de plusieurs anticancéreux dans 25 pays en Europe. Dans notre enquête, on a trouvé qu'Aspen était prêt à utiliser une série de tactiques, de stratégies pour augmenter les prix. Et ça comprenait des menaces. On a trouvé un document interne qui résumait assez clairement la stratégie pour toute l'Europe de négociation avec les autorités nationales. L'approche était vraiment accepter le prix demandé ou on retire le produit.
Je cite également Sanofi, qui n'hésite pas à stopper la production de médicaments pourtant vitaux, mais pas assez rentables pour ses actionnaires.
On ne s'attendait pas à ce qu'ils nous annoncent un arrêt définitif de la production. Ce qu'ils nous laissaient entendre de collègues du laboratoire Sanofi, c'est que c'était ce genre d'ordre de valeur, de 7 à 10 % de marge sur le médicament. Ce qui, à leur dire, était quelque chose d'assez faible comparativement à d'autres collègues au sein du laboratoire qui travaillaient sur des médicaments beaucoup plus rentables. Un laboratoire qui réalise plus de 80 % de son chiffre d'affaires français grâce au remboursement de la sécurité sociale, a-t-il le droit d'abandonner des traitements essentiels ?
Bref, Elisabeth Borne et Matignon appellent en renfort des pompiers pyromanes. Sur 6 membres de la mission, en effet, on retrouve 3 représentants plus ou moins proches des Big Pharma, dont Frédéric Collet, ex-président du LEM, l'un des principaux lobbies de l'industrie pharmaceutique, mais aussi ex-patron de Novartis France. Cette Big Pharma suisse est notamment connue pour commercialiser le Solgesma, le médicament le plus cher du monde et non remboursé à ce jour. Ce traitement est facturé près de 2,1 millions d'euros contre 150 000 euros de coûts de fabrication. Cette somme astronomique oblige des familles de malades à s'endetter et à recourir au financement participatif pour se soigner.
Cette mission s'annonce d'ores et déjà sous les meilleurs auspices. Aux côtés de l'ex-boss de Novartis France, on retrouve encore du Big Pharma, notamment Magali Léo, une juriste consultante chez Nextep, un cabinet de lobbying qui conseille Agi Pharma, le représentant d'intérêt des laboratoires américains en France. Enfin, côté Big Pharma, on retrouve encore Agnès Audier, directrice associée de Boston Consulting Group, un cabinet de conseil omniprésent chez Sanofi. L'industrie de la santé numérique, Nouvelle-Eldorado du capitalisme mondial, a également son ronde serviette à Matignon. Dans cette mission, on retrouve notamment Claire Biot, vice-présidente de santé chez Dassault Systèmes.
Et ça tombe bien, l'éditeur de logiciels français a fait ses meilleurs résultats dans le secteur de la santé au dernier trimestre 2022. Autre présence qui pose question, celle d'Anne Aurélie Épices-de-Florian, directrice associée chez IGVIA, le leader mondial de la collecte et de l'analyse de données médicales. En 2021, Cache Investigation révélait que nos données de santé étaient monnayées par IGVIA dans près de 50% des pharmacies françaises, et ce, sans recueillir le consentement des principaux intéressés.
C'est vraiment une catastrophe. Les Français devraient être très en colère.
Des données de pharmacie qui, une fois compilées, vont être revendues.
Pour information sur une pathologie, il faut avoir un peu les informations sur une même 20 000 balles. Quand on n'est pas conscient de la valeur de la donnée, on n'est pas forcément conscient du pillage que ça peut représenter.
Alors bien sûr, du côté de Matignon, on assure que tout ce beau monde rencontrera les autorités sanitaires, les syndicats, les associations de défense des malades. Mais avec autant de lobbies, on pressent que les solutions apportées dans cette mission n'iront pas à l'encontre frontalement des intérêts du privé. Mais de toute façon, le gouvernement a d'ores et déjà lâché du lest à l'industrie pharmaceutique. Le ministre de la Santé, François Braune, a déjà donné son feu vert début février à une hausse des prix ciblés sur certains génériques. Une demande réclamée à corps et à cri par les laboratoires depuis de nombreux mois pour lutter contre les pénuries.
En somme, ce que disent les laboratoires, c'est « Augmentez le prix de nos médicaments et vous lutterez contre les pénuries ». Sauf qu'entre-temps, les malades attendent des traitements parfois vitaux. Si le sujet vous intéresse, vous pouvez lire mon enquête détaillée sur lemediatv.fr.