Réforme des retraites : Nicolas Dupont-Aignan dénonce un projet "absurde"
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr.
Le Grand Invité Top départ à l'Assemblée Nationale. Les députés discutent à partir d'aujourd'hui en séance publique le projet de loi de financement rectificatif de la Sécurité Sociale pour 2023. Derrière ce nom un peu compliqué se cache la fameuse réforme des retraites. A nouveau ce week-end, le gouvernement a voulu montrer son ouverture d'esprit, sa disponibilité à améliorer le texte. Mais la mobilisation continue. Nouvelle journée de grève demain à l'appel des syndicats et de la gauche. Une mobilisation qui devrait être très suivie, notamment dans les transports. Bonjour Nicolas Dupont-Aignan. Bonjour Monsieur. Alors vous n'avez pas l'habitude d'aller dans les manifestations.
En janvier, vous êtes descendu dans la rue pourtant contre la réforme des retraites. Est-ce qu'à nouveau demain vous serez dans la rue ?
Je ne vais pas y aller à chaque fois, mais en tout cas beaucoup des adhérents et sympathisants de Debout la France seront dans la rue. Beaucoup d'élus locaux aussi de mon mouvement. Pour une raison très simple, c'est que cette réforme est absurde. Et j'y réfléchissais ce week-end, vous voyez. Et je me disais en fait, on est un peu comme le taureau devant le chiffon rouge. On court à parler que de cette réforme. Elle va occuper les esprits pendant des semaines. Elle est absurde ou dispensable ? Elle est inutile et injuste. Et elle va jeter de l'huile sur le feu sur notre pays, qui plus que jamais a besoin de réconciliation pour s'atteler aux vrais défis.
Ce que j'appelle les vrais défis du pays. Pourtant si le gouvernement va sur cette réforme, c'est aussi qu'il estime en avoir besoin, parce qu'il prend un risque politique. Et lui, ce que dit le gouvernement, c'est que quand le nombre d'actifs pour un retraité a chuté à ce point, quand l'espérance de vie augmente, il faut faire cette réforme.
Mais ça, c'est déjà fait. La réforme touraine est très dure déjà. Très dure. 62 ans, 42, puis 43 années. C'est extrêmement difficile. Et cette réforme est inutile parce que le système est en excédent en 2022. 3 milliards. Il y a 180 milliards de réserve. Le problème des retraites, attendez, je finis juste. Le problème des retraites, ce n'est pas un problème de dépenses. C'est à terme, oui, dans 10 ans, un petit déficit éventuel de 10 milliards. Et aujourd'hui, on a des gaspillages qui s'élèvent. J'ai écrit un bouquin là-dessus, vous voyez le pognon, à plus de 50 milliards.
Donc, si on voulait vraiment faire des économies, on peut les faire sans faire peser sur nos retraités, nos futurs retraités, la misère. Car on est en train, avec cette réforme, de plonger des millions de futurs retraités dans la misère. Et d'ailleurs, ils vont être au RSA entre 62 et 64 ans. Donc, ça n'a aucun sens, cette réforme. Elle est inutile parce qu'il y a d'autres moyens d'assurer l'équilibre financier à terme. Et deuxièmement, elle est tellement injuste qu'elle va paupériser dans une société déjà extrêmement fragile. Donc, franchement, vous savez, si moi je descends dans la rue, ce n'est pas par hasard. Pourquoi le gouvernement cherche à la faire à tout prix alors ?
Parce que le gouvernement veut donner des gages à Bruxelles. Parce que le gouvernement dépense sans compter dans beaucoup de domaines. et parce que le gouvernement s'est toujours attaqué aux retraités. C'est une vieille lubie d'Emmanuel Macron. Il a surtaxé avec la CSG, souvenez-vous, pendant son premier mandat. Parce que les retraités, en fait, ils ne protestent pas. Parce que les retraités, ils ne manifestent pas, contrairement à ce qu'on dit. Et ils s'enfoncent vraiment dans une réduction sans fin du pouvoir d'achat.
Ce qu'il faut bien comprendre, ce que les gens ne comprennent souvent pas, c'est que quand vous prolongez de 62 à 64, et bien comme très peu de gens, très peu de Français auront leur retraite complète jusqu'à 64 ans, il y aura une décote. Ça veut dire qu'en fait, prolonger à 64 ans, c'est faire baisser les pensions de manière considérable.
Pourtant, dans cette loi, il y a les 1200 euros dans cette réforme. Est-ce que ce n'est pas là quand même une avancée ?
C'est le sucre pour le chien, pour le calmer. C'est bien, mais on aurait dû le faire d'abord depuis 2003. D'abord, ce n'est pas de 1200 euros, contrairement à ce qu'on dit. C'est 85% du SMIC, c'est-à-dire en brut, moins de 1200.
Ce n'est pas encore que l'extra brut ou net, on ne sait pas encore.
Oui, mais c'est très en dessous. Et deuxièmement, ce n'est pas parce que, heureusement, il y a cette mesure qui a été demandée, qui a été promise depuis 2003 par tous les gouvernements. Ce n'est pas parce qu'il y a cette mesure que vous devez faire baisser les retraites de tous ceux qui sont au-dessus. Passer à 64 ans, il faut bien savoir ce que cela veut dire. Dans notre société, c'est un gros problème de société. D'ailleurs, Emmanuel Macron le disait en 2019. C'est qu'à 55 ans, vous êtes trop vieux dans les entreprises. J'avais hier un ami qui travaillait dans une grande entreprise française, que je ne citerai pas. Il me disait, il y a une règle officieuse, elle ne sera jamais publique.
C'est qu'à 59 ans, on commence à vous faire partir. C'est ça la réalité. Et quand vous êtes au chômage à 55, 57, 58, 59, 60, comment vous faites pour tenir jusqu'à 64 ?
Ce que répond la majorité là-dessus, c'est l'index senior. Est-ce que c'est une mesure qui...
Mais l'index senior, c'est quoi ? Tiens, vous avez un thermomètre. Il fait froid aujourd'hui, là, à Paris. L'index senior, c'est un thermomètre. Mais il ne va rien changer, l'index senior. Il n'a aucune vocation de contrainte. Ça permettra d'identifier les entreprises qui sont bien disantes et mal disantes. Et alors, ça change quoi ? Vous avez des plans de licenciement partout ? Vous savez, ce qu'il faut comprendre, c'est que d'abord, aujourd'hui, il suffit d'économiser. On a versé en plus à l'Union Européenne, on est passé de 1 milliard sous Jacques Chirac par an, net, entre ce qu'on verse et ce qu'on reçoit, à 12. D'accord ? C'est colossal. On a les fausses cartes vitales.
Des millions de fausses cartes vitales, c'est entre 10 et 20 milliards. Rapport de la Cour des comptes, de l'inspection des finances, du Sénat, de l'Assemblée. On verse des retraites à des morts à l'étranger. 200 millions selon la Cour des comptes, 1 milliard selon le journal Capital. On a des milliards, et je ne parle pas, par exemple, de la taxe sur les super profits des pétroliers qu'on pourrait faire, qui rapporterait de quoi financer les retraites en 2030. Donc, qu'on arrête avec cette culpabilisation des Français, qu'on arrête ce mensonge abominable qui va aboutir, parce que derrière, je crois qu'ils la font pour ça, en fait. Qui va aboutir à quoi ?
Qui va aboutir à ce que les Français, quand ils vont calculer leur retraite, verront qu'ils auront une retraite de misère. Et ils vont aller vers quoi ? On va y avoir des pubs. Vous verrez dans un an si cette retraite par malheur a été votée. Vous aurez des pubs dans les journaux de fonds de retraite par capitalisation, des amis de M. Macron, BlackRock, BlackRock, BlackRock, et tous les amis de M. Macron qui vont se ruer sur l'épargne des Français. Mais ceux qui auront les moyens pourront se payer une retraite complémentaire, mais ceux qui, déjà, n'ont pas les moyens de vivre ne pourront pas se payer de retraite complémentaire. Donc, en fait, derrière cette réforme, il y a quoi ?
Il y a la vision de la société macronienne. Vous avez un filet de sécurité pour tout le monde, style revenu universel, retraite minimum, et après, les classes moyennes sont laminées.
Vous attaquez le gouvernement en disant qu'en faisant ça, il va financer les retraites avec le reste de l'argent public, ou en tout cas, que l'argent public servira à financer des retraites si on utilisait les mesures que vous citiez là, les retraites à l'étranger, etc. Mais ce qu'il n'y a pas aussi, et c'est ce que dit le Conseil d'orientation des retraites, il faut financer les retraites avec les cotisations des retraites et pas avec d'autres...
Et alors qu'on arrête... Attendez, je ne suis pas d'accord là-dessus. C'est un choix de société. Est-ce qu'on veut assurer à nos anciens, qui ont travaillé toute leur vie, et au futur, et c'est très important dans un élément de confiance de la jeunesse ? Vous savez, moi j'entends souvent dans la rue, on n'aura pas de retraite. Ça veut dire que les gens ont abandonné. L'idée de la retraite par répartition issue du Conseil National de la Résistance, des gaullistes et des communistes, c'était quoi ? C'était que, quel que soit son niveau social, on avait la garantie d'une retraite. En démolissant la retraite par répartition, on n'a plus cette garantie. Ça crée une anxiété sociale considérable.
Et moi, je ne vois pas au nom de quoi on ne peut pas définir dans notre pays, c'est un choix civilisationnel, qu'on consacre une partie de notre richesse à assurer pour tous les Français, à partir de 62 ans, une retraite digne. Oui, ça coûtera un peu d'argent, mais ce n'est pas le signe d'une société digne. Et puis, quand je vois les gaspillages qu'il y a partout, je me dis, on marche sur la tête. On marche sur la tête.
Nous sommes avec Nicolas Dupont-Aignan, député et président de Debout les France, pour évoquer la réforme des retraites qui arrive en séance plénière à l'Assemblée, et des amendements, beaucoup d'amendements, plus de 20 000 amendements ont été déposés, dont 18 000 pour la seule NUPES. Comment on va faire ce travail parlementaire dans ces deux semaines qui s'ouvrent, avec 18 000 amendements ?
Le gouvernement a saboté le travail parlementaire en choisissant une procédure qui, à mon avis, n'est pas constitutionnelle, qui est un article fait pour les lois de finances. Vous pensez qu'elle n'est pas constitutionnelle ? Non, je pense que si le Conseil constitutionnel avait encore un peu de dignité, il annulerait à terme cette procédure. C'est l'article 47.1 que vous mentionnez là ? En fait, normalement, c'est utilisé pour un projet de loi rectificatif de finances. C'est un temps programmé de 15 jours, qui est nettement insuffisant. Commission, séance à l'Assemblée, séance au Sénat, c'est impossible. Alors, NUPES exagère comme d'habitude, parce qu'on a les excès dans les deux sens.
C'est tellement dommage. Mais en attendant, ça va être bâclé, et vous verrez qu'on n'arrivera pas au bout. Le gouvernement pourra dire ainsi, voyez, ils sont méchants, les députés, ce sont des excités. Et comme NUPES va tomber dans le piège, voilà, les gens vont être écoeurés.
Quel travail parlementaire allez-vous faire ?
Moi, j'ai une intervention, heureusement d'ailleurs, j'ai eu le temps de parole des non-inscrits ce soir. Ensuite, j'ai déposé 65 amendements sur ce qui me paraît le plus important. Maintenant, est-ce qu'on va atteindre ? Savoir maintenir à 62 ans. 62 ans, c'est déjà dur dans une société où vous avez seulement un tiers, écoutez-moi, un tiers des seniors au travail. Les deux tiers sont déjà en pré-retraite, au chômage, en invalidité. À partir de 55 ans, il n'y a qu'un tiers des Français qui travaillent. Donc, dire, vous allez faire quoi ? J'ai reçu un retraité, il a envoyé 900 CV. 900 CV, c'est un homme de ma ville, un homme gentil, travailleur, que je connais.
900 CV, il est au chômage depuis l'âge de 57 ans. Il y a des informaticiens, vous avez dans tous les niveaux des gens qui n'en peuvent plus. Et on leur dit, mais braves gens, travaillaient jusqu'à 64 ans. Mais en fait, ce sont des politiciens ou des hauts fonctionnaires, Mme Borne, qui n'ont jamais eu de problème d'emploi, qui pondent cette réforme et qui n'imaginent pas la souffrance sociale qu'un homme. Moi, je suis un gaulliste social, je ne supporte pas cette injustice. Et surtout, quand je vois l'argent qui est gaspillé, quand je vois vraiment ce qui se passe dans le pays, je me dis, ce n'est pas possible. Voilà pourquoi il y a des gens dans la rue.
Vous savez, il n'y a jamais eu autant de gens dans la rue.
Dans votre circonscription, hier, dans l'Essonne, comment vous sentez ces personnes que vous rencontrez ?
Je sens une grande lassitude, je sens, je vais être très franc avec vous, je sens que l'argument du gouvernement, on est moins nombreux, il faut travailler plus, est un argument de faux bon sens qui peut marcher. Parce que les gens se disent, bah oui, très bien. Sauf qu'à ce moment-là, il faut une politique cohérente. Moi aussi, je suis pour le travail. Mais à ce moment-là, il faut s'occuper du travail, c'est-à-dire des recettes. Ça veut dire quoi ? Moi, j'ai proposé une réforme des retraites, qui est pour le moyen terme. Parce qu'il faut assurer nos retraites à moyen terme. Et bien, c'est quoi ? C'est natalité, une politique familiale.
François Hollande et Emmanuel Macron ont supprimé la politique familiale, même Mitterrand n'avait pas osé y toucher, qui est une politique pour permettre aux jeunes couples d'avoir les enfants qu'ils désirent. Ça, c'est une belle politique. Et puis, la deuxième politique qu'il faut, c'est une politique de produire en France, de relocalisation, de baisse des charges sur nos PME. C'est-à-dire vraiment une politique qui ne favorise pas les grands groupes, qui délocalise, mais qui favorise les PME qui créent de l'emploi. Et là, votre système de retraite, il est assuré pour 100 ans.
Ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'on aura des réformes de retraite tous les 5 ans si le tissu productif français s'effondre et si la natalité s'effondre. Donc, pour moi, il faut traiter à moyen terme les causes. Il faut éponger s'il y a un déficit en faisant des économies sur les gaspillages qu'il y a dans notre société. Et il faut dire à nos futurs retraités, à la jeunesse qui va travailler, on a un système juste qui va vous permettre de vivre dignement. Et puis, il faut s'occuper aussi des autres sujets, parce que vous voyez, pendant 3 mois, on ne va parler que de ça. On ne parle pas de l'école qui n'apprend plus à lire. On ne parle pas des problèmes de sécurité.
On ne parle pas des problèmes d'environnement. On ne parle de rien. On ne va parler que de ça. On a eu le Covid. On n'a parlé que de ça. Vous lissez des problèmes, là.
Est-ce que vous avez des motifs d'espoir, toutefois ?
Est-ce que ce matin, vous avez toutefois des motifs d'espoir ? Le motif d'espoir, c'est qu'il y a un bon sens partagé dans l'ensemble de la population française qui ne demande qu'à éclore. Et si je garde un peu d'espérance dans ma vie politique, même si c'est dur, c'est que je vois des gens, toute la journée, qui m'écrivent, qui ont un bon sens incroyable, quel que soit le milieu social. Et le problème de la France, je pense que ce sont ces médias, c'est que le miroir médiatique est déformant, ne révèle pas toute cette énergie qu'il y a.
Et si vous voulez, je pense qu'après la crise du Covid, au-delà de la réforme immédiate, si j'avais été président, même si, admettons, qu'il y ait besoin dans 8 ans, puisque c'est 2030, le déficit, je pense que vraiment, ce n'est pas le moment. Nous sommes une société éclatée qui a beaucoup souffert avec le Covid. Et je pense que le moment, là, c'est la réconciliation des Français sur quelques objectifs partagés. Et relocaliser en France, regarder la pénurie de médicaments, relocaliser en France, avoir une politique familiale, apprendre à réformer notre éducation pour relever le niveau de nos enfants. C'est des grands objectifs mobilisateurs, sauver l'hôpital.
Je pense que notre société est trop éclatée et qu'il fallait, en ce moment, rassembler, et non pas jeter l'huile sur le feu.
Merci beaucoup Nicolas Dupont-Aignan d'être passé ce matin par la Matinale CR. Merci de notre invitation.
Merci.
Sous-titrage ST' 501
Nicolas Dupont-Aignan