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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 27 janvier 2026 7 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsSolidarités & famille

Répression en Iran : "Aujourd'hui, on peut parler de massacre", estime le journaliste Armin Arefi

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  • 0:25InvitéChiffre
    « Combien ont été tués ? 6 000, 20 000, 30 000, beaucoup de chiffres circulent. »
  • 0:53PrésentateurFait
    « On peut aujourd'hui parler de massacre. »
  • 1:01PrésentateurChiffre
    « des dizaines de milliers de personnes, près d'un million et demi à travers le pays »
  • 1:23PrésentateurPromesse
    « de plusieurs dizaines de milliers, selon les mots de la rapporteuse spéciale de l'ONU pour l'Iran, Maïsato »
  • 1:37PrésentateurFait
    « Il y a une peur du régime, vu l'ampleur des manifestations, qui a décidé de tirer sur sa propre population. »

Temps de parole

  • Présentateur76 %
  • Invité24 %

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0:00
Invité

Il est 6h21, il s'appelait Mani Safarpour, il avait 18 ans, Omid Norouzi, 35 ans, Sina Lavassani, 17 ans, Melika Dastyab, 21 ans. Quelques noms seulement parmi toutes les victimes de l'abominable répression qui s'est abattue sur les manifestants en Iran il y a 15 jours. Combien ont été tués ? 6 000, 20 000, 30 000, beaucoup de chiffres circulent. Bonjour Armin Arefi. Bonjour. Vous êtes journaliste au point, spécialiste du Proche et du Moyen-Orient. Vous avez la double nationalité franco-iranienne. Aujourd'hui encore, malgré la timide réouverture des réseaux sociaux, on a du mal à mesurer l'ampleur de cette hurile et difficile d'avoir un bilan fiable.

0:46
Présentateur

Oui, effectivement. Maintenant, ce qui est clair, c'est que, comme vous l'avez dit, le bilan est terrible et surtout que ce bilan terrible, on peut aujourd'hui parler de massacre. Ça fait plusieurs jours que l'on parle de massacre.

On parle de massacre de plusieurs milliers de personnes et surtout de plusieurs milliers de personnes tuées en l'espace de deux jours, c'est-à-dire au pic des manifestations en Iran qui ont eu lieu le jeudi 8, exactement, et vendredi 9 janvier, où des dizaines de milliers de personnes, près d'un million et demi à travers le pays, d'après les témoignages que l'on peut avoir, sont descendues dans la rue contre la République islamique et ils ont été massacrés dans le sang à l'arme de guerre.

Et effectivement, ces derniers jours, on parle désormais de plusieurs dizaines de milliers, selon les mots de la rapporteuse spéciale de l'ONU pour l'Iran, Maïsato, et même de 35 000 morts, ce sont les termes du prix Nobel de la paix 2003. L'avocate iranienne, Shirin Ebadi, donc c'est un massacre, un massacre à huis clos. Il y a une peur du régime, vu l'ampleur des manifestations, qui a décidé de tirer sur sa propre population. Et aujourd'hui, le témoignage que l'on peut avoir en Iran, c'est l'effroi, c'est la sidération, c'est ce « nous sommes des morts vivants », c'est ce que me disait hier un manifestant que j'ai pu contacter.

1:51
Invité

Oui, il y a encore beaucoup de peur, même de la part de soignants qui hésitent à aller dans les hôpitaux, de peur d'être identifiés. Il y a des parents qui ont enterré leurs enfants en Katimini, justement, pour ne pas qu'on sache que leurs enfants avaient manifesté. Il y a encore aujourd'hui une répression sur ce qui reste ?

2:05
Présentateur

Effectivement, aujourd'hui, on assiste à la seconde vague de la répression, ce qui est habituel de la part de la République islamique, à savoir qu'officiellement, les autorités à la télévision de l'État conseillent aux blessés de se faire soigner, de revenir dans les hôpitaux afin d'être soignés correctement. Mais dans les faits, on a des témoignages sur le fait que les blessés sont identifiés et ensuite emprisonnés. Il faut également ajouter qu'on a des témoignages sur le fait que des blessés, au premier jour de la répression, ont été enlevés dans les hôpitaux avec leurs tubes, avec leurs pansements, et qu'ils ont été tués, manu militari, exécutés de balles dans la tête.

Donc c'est une répression à une échelle immense. On n'a pas vu ça, en ce qui concerne la répression de manifestations, depuis peut-être les massacres de Hamas en Syrie en 1982. En tout cas, le bilan est bien plus lourd que la répression de la place Tiananmen en 1989.

2:59
Invité

Oui, ça fait très longtemps que le peuple combat dans la russe régime, 17 ans qu'il manifeste de manière régulière. Est-ce que vous, vous y avez cru ? Est-ce que vous vous êtes dit, cette fois, c'est la bonne ?

3:07
Présentateur

Alors, il faut dire que, d'un côté, on a pour la première fois différentes revendications qui convergent, à savoir des revendications tout d'abord économiques, un pays qui est écrasé par le poids des sanctions et de la gabgie des autorités, mais surtout une absence totale de réformes depuis maintenant 47 ans qu'existe la République islamique. D'après les témoignages que l'on a pu avoir, les gens sont descendus dans la rue, les gens de tous âges, de toutes classes sociales, que ce soit les riches du nord de Téhéran ou les populations beaucoup plus pauvres et les couches populaires du sud et de la capitale et de nombreuses petites villes à l'ouest du pays.

Donc, on avait, d'après les témoignages qu'on a reçus, jamais vu ça en Iran en 47 ans de République islamique. Mais le problème, c'est qu'encore une fois, l'équation reste la même. L'apanage de l'appareil répressif est aux mains des forces du régime. Le peuple n'est pas armé et il s'est à nouveau fait massacrer.

3:55
Invité

Et il n'y a aucune défection au sein du régime ? Il n'y a aucune division au sein des forces de l'ordre ?

3:59
Présentateur

Pour l'instant, mis à part quelques villes où les forces de police anti-émeutes se sont rendues, on n'a pas assisté à des défections importantes, notamment de la part de l'appareil répressif iranien et notamment du corps des gardiens de la révolution islamique, l'armée idéologique du régime. C'est elle qui a tiré la mitrailleuse à la Douchka, à la Kalachnikov, sur sa propre population.

4:20
Invité

Parmi les rares témoignages d'Iraniens qu'on a pu avoir, on a entendu ceux qui nous disent « On est tous seuls, venez-nous en aide », comment leur venir en aide ? Est-ce que le fait que les Etats-Unis mobilisent un porte-avions américain qui vient d'arriver là au Moyen-Orient, ça fait partie de la solution ?

4:34
Présentateur

Je ne sais pas si ça fait partie de la solution. En tout cas, il faut se mettre à la place des Iraniens qui se sentent, comme vous l'avez dit, abandonnés de tous, car depuis 47 ans, ils ne voient que la République islamique et sa main de fer, celle du guide suprême l'ayatola Ali Khamenei. Ils ne voient pas ce qui se passe ailleurs dans la région et ce n'est pas ce qui est important pour une jeunesse qui est éduquée, qui est relativement pro-occidentale et qui est d'ailleurs en train de se désislamiser. C'est ça qui est très très fort et frappant en Iran. C'est une société qui se sécularise par le bas, contrairement à son régime qui est l'un des plus rétrogrades de la région.

Et donc, il voit, quand pour la première fois un président américain, c'est-à-dire Donald Trump, se porter publiquement aux côtés des manifestants, il le voit comme une possibilité d'un recours, un espoir. Même s'ils ne se font pas d'idées, même si je ne peux pas parler à leur place, mais sur la volonté et l'ambition de Donald Trump, notamment en ce qui concerne le nucléaire, peut-être le pétrole iranien.

5:20
Invité

Oui, Trump, ce n'est pas la population qui l'intéresse.

5:23
Présentateur

Pardon ?

5:23
Invité

Trump, ce n'est pas la population, ce n'est pas les civils qui l'intéressent.

5:25
Présentateur

Je ne sais pas, en tout cas, ils ont très mal vécu. Les Iraniens se sont sentis trahis par le revirement spectaculaire de Donald Trump il y a maintenant deux semaines, qui avait promis de frapper. Il annonçait que l'aide était en route avant de reculer. Il se vante aujourd'hui d'avoir permis la suspension de 800 exécutions. On ne voit pas aujourd'hui en Iran de traces de ces 800 exécutions, même s'il faut aussi avouer qu'un certain nombre, peut-être des dizaines iraniens, ont été exécutés de façon extrajudiciaire et qu'ils sont comptabilisés dans les morts des manifestations et non pas dans les exécutions liées par le régime à des procès iniques après les manifestations.

Donc, effectivement, il y a un espoir fou qui est fondé dans le fait que, comme vous l'avez dit, un des plus grands porte-avions américains, l'USS Abraham Lincoln, se trouve aujourd'hui dans les eaux du Moyen-Orient et pourrait envoyer, comme le menace Donald Trump, un message fort au régime des monarchies. Le problème, encore une fois, c'est que sans troupes au sol, et ça c'est une réalité, on ne peut pas renverser un tel régime et que pour l'instant, pour Donald Trump, il en a hors de question.

6:23
Invité

Et l'Europe, pardon, parce que j'ai vu que l'Italie proposait d'ajouter les gardiens de la révolution iranienne sur la liste européenne des organisations terroristes. Ça changerait vraiment quelque chose ?

6:33
Présentateur

C'est ce que réclament beaucoup de manifestants iraniens, à savoir des gestes forts pour maintenir la pression sur le régime et lui montrer qu'il y a un prix à payer, un, pour faire cesser la répression, même s'il n'y a pas de manifestation maintenant depuis deux semaines en raison de la répression, et deux, pour pousser des éléments du régime à faire défection. Effectivement, le classement de l'organisation des gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes de l'Union européenne pourrait être une solution.

Le problème, c'est qu'il y reste encore des pays réfractaires, dont la France qui a deux otages en Iran et qui se veut avant tout pragmatique, c'est-à-dire qu'elle voit que le régime est en train de rester alors que ça fait des années qu'elle a renoué avec lui et qu'elle ne veut pas tout sacrifier alors que, pour l'instant, en tout cas, les manifestants sont rentrés chez eux au prix d'un énorme bain de sang.

7:15
Invité

Merci beaucoup Armin Arefi d'être venu ce matin en direct sur France Inter. Vous êtes journaliste au point.