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interviewC à vous (sur YouTube)· 7 mars 2026 17 min

Guerre au Moyen-Orient : Jean-Noël Barrot est notre invité exceptionnel

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Un magnifique oxymore. On verra ce qu'il reste de l'influence quand la fumée des bombes se sera dissipée. -M.Bouhafsi: Vous êtes le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères.

Merci d'être avec nous ce soir. La voix de la France est-elle vraiment encore audible dans cette guerre? -J-N.Barrot: Je crois que oui.

Quand je me retourne sur l'année et demi que j'ai passé dans mes fonctions, je m'aperçois qu'il y a peu de pays qui agissent de manière aussi positive sur le Moyen-Orient et le Proche-Orient. Il y a un peu plus d'un an, on a obtenu un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, qui plongeait le Liban au bord du gouffre. Il y a un peu moins longtemps, on a réussi sur Gaza à rassembler l'ensemble de la communauté internationale autour d'une déclaration de principe qui à la fois condamne le Hamas et appelle au respect du droit des Palestiniens.

C'est la première fois depuis les accords d'Oslo que l'on avait un tel assentiment de la communauté internationale. Plus récemment, en Syrie, c'est encore la France qui a facilité un accord entre les Kurdes syriens et le nouveau gouvernement syrien. Nous sommes en capacité d'agir. -Y.Goosz: C'était avant la guerre au Moyen-Orient. -J-N.Barrot: La France a changé.

Nous étions parmi les cinq puissances du monde. La citation d'Hubert Védrine, qui je crois est une citation de Valéry Giscard d'Estaing, est juste. Si nous voulons peser dans les années qui viennent, nous devons avoir la force économique, diplomatique, militaire et morale.

C'est pourquoi les décisions que nous prenons pour nous-mêmes et pour notre pays pourront dans l'avenir avoir un impact sur notre capacité à peser sur le monde. -M.Bouhafsi: On a de nombreuses questions, des questions que se posent les Français.

Huitième jour de guerre au Moyen-Orient. Donald Trump annonce que l'Iran sera durement frappé. Il a dit ce samedi que des avions étaient en route vers la zone.

L'armée israélienne continue de pilonner le Liban. Une question importante sur les rapatriements. Combien de Français ont été rapatriés?

Est-ce que vous savez combien de Français attendent de l'être? -J-N.Barrot: Nous avons affrété six vols depuis le début de la guerre pour que nos compatriotes les plus vulnérables puissent rentrer en France.

C'est 800 ressortissants français qui ont pu bénéficier de ces vols affrétés. D'ici mardi prochain, nous allons en affréter cinq de plus. En parallèle, ce que nous avons exigé de la part des autorités des Emirats arabes unis, c'est qu'ils augmentent le nombre de vols à destination de la France, et de Paris en particulier.

Nous sommes passés d'un seul vol jeudi à cinq vols hier et cinq vols aujourd'hui. C'est en tout 3500 personnes qui ont pu repartir vers Paris avec ces vols commerciaux. Demain, nous aurons six vols des Emirats arabes unis. -M.Bouhafsi: Des compagnies profitent de cette situation pour proposer des prix exorbitants.

Cela vous choque? -J-N.Barrot: Nous avons obtenu des compagnies aériennes qu'elles augmentent le nombre de vols pour que les Français puissent partir.

Nous avons engagé une discussion très franche pour que les tarifs soient les plus abordables possibles. -Y.Goosz: On peut savoir combien? -J-N.Barrot: Ce sont des compagnies qui ne dépendent pas directement de nous.

Avec les compagnies françaises, et en particulier Air France, c'est mon collègue ministre des Transports qui se charge d'obtenir des tarifs abordables. Il se charge aussi de pouvoir donner les autorisations, le cas échéant, avec les services compétents. -M.Bouhafsi: Un autre front s'est ouvert dans cette guerre avec le Moyen-Orient.

L'armée israélienne frappe le Liban. Plus de 300 personnes auraient perdu la vie depuis lundi. Des Français sont-ils présents dans la zone de Beyrouth sud? -J-N.Barrot: Il y a beaucoup de Français ou de Franco-Libanais au Liban.

C'est une zone qui est vaste et qui est à l'image de la relation entre la France et le Liban, qui est ancienne et étroite. Je ne peux pas vous garantir qu'aucun Français ou Franco-Libanais était sur place au moment des évacuations. Ce que je peux vous dire, c'est que notre ambassade est pleinement mobilisée pour faciliter le retour en France de celles et ceux qui le souhaitent parce qu'ils n'ont pas leur vie au Liban, qui sont allés voir des proches ou qui souhaitent rentrer.

Dès demain, nous aurons un deuxième vol au départ de Beyrouth qui sera opéré par une compagnie libanaise et qui permettra de faire partir les Français les plus vulnérables. -M.Bouhafsi: Je vais vous poser la même question qu'à Alain Juppé hier.

Peut-être plus une réponse de citoyen. Alain Juppé disait qu'il craignait un désastre humanitaire terrible. Vous avez souvent voyagé au Liban.

Est-ce que vous diriez la même chose? Est-ce que vous parleriez de désastre humanitaire? -J-N.Barrot: A l'automne 2024, on a connu ce type d'escalade et on a vu des milliers de morts, des dizaines de milliers de blessés et plus d'un million de personnes déplacées qui ont dû trouver refuge ailleurs au Liban dans des conditions précaires.

On a vu des tensions intercommunautaires se développer. On a vu des épidémies commencer à se propager. On a eu très peur, nous qui sommes si proches du Liban, pays frère et ami, qu'il s'effondre sur lui-même.

Aujourd'hui, il faut que le Hezbollah arrête de tirer sur Israël, il faut qu'Israël s'abstienne évidemment de rentrer sur le territoire libanais, de cibler les infrastructures, les civils, et que l'on parvienne au plus vite à un cessez-le-feu qui nous évite de nous retrouver une nouvelle fois dans une situation catastrophique sur le plan humanitaire. Sans attendre que la situation s'aggrave, nous avons déjà décidé de faire parvenir aux Libanais des abris, des couvertures, des tapis. Le spremières livraisons arriveront en début de semaine prochaine. -M.Bouhafsi: Hier, trois Casques bleus guinéens ont été blessés dans une attaque contre la force intérimaire des Nations Unies au Liban.

Sait-on d'où provenait cette attaque? -J-N.Barrot: On ne le sait pas à ce stade.

Les responsabilités doivent être établies. C'est inacceptable et illégal de tirer sur des Casques bleus, des soldats de la paix. C'est inacceptable, d'où que viennent les tirs.

Nous avons condamné cette attaque sur des bâtiments des Casques bleus. Lorsque les responsabilités seront établies, nous condamnons les auteurs. -M.Bouhafsi: Vous êtes au Quai d'Orsay depuis septembre 2024.

Vous aviez effectué votre premier déplacement en tant que ministre au Liban. Vous avez participé à la négociation du cessez-le-feu. - Il y a des ministres israéliens qui ont menacé de transformer la banlieue sud du Liban en Khan Younes.

On a une crise humanitaire grave. Quand je vois certaines images, ça me fait mal au coeur. Je vois ma population dans les rues.

Les centres d'hébergement n'arrivent pas à contenir tous les gens. La sécurité de la France dépend aussi de la sécurité du Liban. Il faut un cessez-le-feu le plus vite possible.

Il faut un cessez-le-feu le plus vite possible. Il faut un cessez-le-feu le plus vite possible. -M.Bouhafsi: Le ministre israélien d'extrême droite a dit qu'il allait faire de certains quartiers du Liban un Khan Younes, comme à Gaza. -J-N.Barrot: Ces propos m'ont indigné.

Lors de mon dernier échange avec mon homologue israélien, j'ai vivement protesté contre ses propos et j'ai indiqué que l'intérêt d'Israël, c'était d'avoir, à sa frontière nord, un Liban fort, disposant d'un Etat contrôlant les armes, capable d'assurer la sécurité de toutes les communautés au sein du Liban et de vivre en paix et en sécurité avec son voisinage. Alors même que la responsabilité première revient évidemment au Hezbollah, qui a commis une lourde faute, il ne faudrait pas que par la prolongation de ses opérations militaires, Israël fragilise le Liban, qui était pourtant sur la voie du redressement. Un nouvel espoir s'était levé, que nous accompagnons avec des réformes financières, avec le désarmement du Hezbollah.

Une conférence devait se tenir jeudi dernier pour le renforcement de l'armée libanaise. Elle a dû évidemment être annulée. Nous étions en train de faire renaître ou de voir renaître le Liban.

Le risque, c'est que le Liban soit fragilisé. La guerre entraîne la guerre. -Y.Goosz: Est-ce que vous dites qu'Israël a une réaction disproportionnée? -J-N.Barrot: Israël a été attaqué par le Hezbollah, comme cela avait été le cas dès le lendemain du 7 octobre.

Israël souhaite écarter la menace, une menace que les Libanais veulent aussi écarter. Le gouvernement avait déjà pris des décisions courageuses, celles de mettre en place un plan de désarmement du Hezbollah, une décision courageuse qui date de l'été dernier. Des décisions récentes s'y sont ajoutées.

Elles consistent à déclarer illégale toute la branche armée du Hezbollah. Il y a aussi la décision d'imposer des visas aux ressortissants iraniens. Nous savons l'influence sur le Hezbollah.

Nous demandons aussi le départ des responsables iraniens présents au Liban. C'est un Etat fragilisé par des années d'incertitude et de crise politique. Il faut que l'on puisse le renforcer pour qu'il puisse prendre ses responsabilités et le monopole des armes. -M.Bouhafsi: Israël s'était attaqué à l'Iran et Donald Trump a dit que l'Iran allait être durement frappé.

Est-ce que vous connaissez la stratégie, l'objectif de Donald Trump? Est-ce qu'il y en a vraiment un? Est-ce que vous l'avez identifié? -J-N.Barrot: Je ne sais pas.

C'est la raison pour laquelle nous n'avons pas accepté ces opérations militaires d'Israël et des Etats-Unis. Il pourrait avoir le risque d'un embrasement régional, des dérives et des dangers qui sont supérieurs aux solutions que les Israéliens et les Américains tentent d'apporter à un problème auquel nous sommes confrontés, qui est le caractère déstabilisateur et dangereux du régime iranien. -M.Bouhafsi: On va y revenir maintenant.

Une voix dissonante en Europe, celle du Premier ministre espagnol. Il rappelle inlassablement qu'il est contre la guerre et qu'il veut le respect du droit international. Il a même déclaré que la guerre en Iran était une erreur extraordinaire.

Il semble assez clair, il semble nous viser nous, Français, Britanniques, Allemands. Vous avez le même regard que moi? -J-N.Barrot: Ce que nous avons dénoncé et ce que je peux condamner, c'est que ses déclarations ont fait l'objet d'intimidations quant à la conduite de la guerre.

Ensuite, on nous reproche parfois d'invoquer le droit international. Ce n'est pas parce que l'Iran a violé le droit international en développant un programme nucléaire, que l'Iran a violé les Droits de l'homme en tournant ses armes contre son propre peuple, ce n'est pas parce que les Etats-Unis et Israël violent le droit international que nous, les Européens, qui avons été à l'origine de ces règles, nous devons nous taire. Nous devons rappeler lorsque le droit international est violé.

Notre projet à nous, notre civilisation, notre empire à nous s'est construit sur ces règles qui nous ont permis de mettre fin à un cycle infini de violences. -M.Bouhafsi: On a l'impression que notre rôle, c'est de dire que ce n'est pas bien.

C'est pas bien, le régime des mollahs, mais en même temps, on dirait qu'on dit que ce n'est pas bien de l'attaquer. -J-N.Barrot: La France a été un des pays les plus durs vis-à-vis du régime des mollahs.

A trois reprises, nous avons obtenu que des sanctions européennes et internationales soient prises contre l'Iran. Si, aujourd'hui, l'Iran est affaibli, c'est notamment du fait de ces sanctions. -Y.Goosz: Si on est concrets aujourd'hui, l'Espagne dit non pour les avions américains pour se recharger sur les bases espagnoles.

Que disent les Français? -J-N.Barrot: Nous avons fixé une ligne qui est que, lorsque les opérations de routine, comme celles dont nous avons l'habitude dans le cadre des accords qui nous lient aux Etats-Unis au sein de l'OTAN sont conduites, elles peuvent l'être à condition qu'en aucun cas, les moyens utilisés sont mis à destination des opérations militaires des Etats-Unis en Iran. -Y.Goosz: Vous triez les avions en ce moment? -J-N.Barrot: Nous accordons les autorisations en fonction de la mission qui nous est présentée.

Nous avons demandé ces garanties pour que des moyens américains puissent se poser à Istres et nous les avons obtenus. Nous avons obtenu que les moyens bénéficiant de l'accueil sur nos bases ne soient pas utilisés pour des opérations militaires en Iran. -M.Bouhafsi: Cécile Kohler et Jacques Paris sont actuellement à l'ambassade de France à Téhéran avec l'interdiction de quitter le territoire.

Est-ce qu'ils vont bien? Est-ce que l'on peut espérer un retour rapide de nos concitoyens? -J-N.Barrot: Je me suis entretenu aujourd'hui avec eux.

Ils traversent une épreuve difficile. Ils font preuve, comme depuis bientôt quatre ans, d'un courage extraordinaire. Nous allons continuer de tout faire pour obtenir leur retour en France immédiat et leur libération définitive.

C'est en ce sens que j'ai passé des messages à mon homologue iranien. -M.Bouhafsi: Plusieurs pays ont fermé leurs ambassades et ont rapatrié leurs ressortissants.

Est-ce que vous confirmez la fermeture de l'ambassade et le rapatriement des ressortissants? -J-N.Barrot: Le personnel diplomatique présent à Téhéran mène sa mission dans un contexte dégradé en faisant preuve de beaucoup de dévouement.

Une partie de la mission, c'est d'assurer la sécurité de Cécile Kohler et Jacques Paris. Ils continueront d'appliquer leur mission. -A.Bégot: Un porte-avions est arrivé hier.

Le président de la République répète depuis plusieurs jours que la France n'est pas en guerre, qu'il s'agit uniquement de stratégies défensives pour soutenir nos partenaires dans la région. N'y a-t-il pas néanmoins un risque d'être entraîné dans cette guerre, avec le porte-avions Charles-de-Gaulle en Méditerranée? -J-N.Barrot: Non, ce n'est pas notre guerre.

Nous considérons que ces opérations militaires emportent avec elles des risques et des dangers qui sont sans doute, l'histoire le dira, supérieurs aux solutions qu'elles peuvent apporter aux problèmes que nous avions identifiés et auxquels nous travailliions. Notre responsabilité, c'est d'assurer la sécurité de nos compatriotes. C'est d'assurer la sécurité de nos partenaires dans la région avec lesquels nous sommes liés par des accords de défense.

C'est aussi de limiter l'impact sur l'économie mondiale.