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interviewRMC — Face à Face· 16 octobre 2020 25 min

L'invité de Bourdin Direct : Bruno Le Maire - 16/10

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC. RMC Bourdin Direct, Jean-Jacques Bourdin. Bruno Le Maire, bonjour. Bonjour Jean-Jacques Bourdin. Merci d'être là. Hier matin, le directeur général de la santé devait être à votre place, il n'a pu venir. J'ai eu l'explication une heure plus tard, je voudrais donner toutes ces explications à toutes celles et ceux qui nous regardent ou qui nous écoutent. Perquisition à son domicile et dans son bureau, Olivier Véran, Edouard Philippe, Agnès Buzyn, d'autres perquisitions à la demande de la commission d'enquête de la Cour de justice de la République, enquête sur la gestion de la crise du coronavirus.

Le garde des Sceaux n'a pas été mis au courant de ces perquisitions qui sont intervenues entre l'intervention télévisée du président de la République et la conférence de presse d'hier après-midi. Perquisitions qui viennent brouiller la communication du gouvernement ? C'est une question. Oui, est-ce que ces perquisitions sont venues brouiller ?

1:04
Bruno Le Maire

Ma réponse est clairement non, je pense que le dire français ça va faire le partage entre ces perquisitions et ce que nous avons annoncé pour eux comme réponse notamment économique aux difficultés supplémentaires liées aux restrictions.

1:17
Présentateur

Hasard ou volonté des juges ?

1:19
Bruno Le Maire

Vous leur poserez la question.

1:21
Présentateur

Vous avez un doute ? Je ne dis ça comme ça.

1:23
Bruno Le Maire

J'ai de quoi m'occuper de la journée pour ne pas aller sonder l'esprit des juges. Oui, les juges grondent contre le garde des Sceaux. Oui, mais il y a un principe de séparation des pouvoirs auxquels je me tiens strictement.

1:33
Présentateur

Bon, Bruno Le Maire, regardons les mesures qui ont été annoncées pour lutter contre le coronavirus. Je ne vais pas entrer dans toutes les mesures. Je vais simplement commencer avant de parler de votre secteur et de l'économie. Je voudrais vous poser deux questions. Est-ce que les jeunes sont les principaux responsables de la progression du virus ? Parce qu'il y a des vérités à dire qu'on ne dit pas toujours.

1:55
Bruno Le Maire

Je ne sais pas. Je ne suis pas épidémiologiste. Ce que je sais en revanche, c'est que les jeunes sont très touchés par la crise économique. Ceux qui sont aujourd'hui les plus angoissés, parce qu'ils rentrent sur le marché du travail, je le vois d'ailleurs avec mes propres enfants, ils se disent « est-ce que je vais trouver un stage ? Est-ce que je vais trouver une place d'apprenti ? » J'étais il y a quelques jours à Verdun, j'ai rencontré un certain nombre de jeunes, ils m'ont tous posé la question « est-ce qu'on va trouver une place en apprentissage ? Est-ce qu'on va trouver un CDD ? Est-ce qu'on va trouver une place d'intérim ? » Comment est-ce qu'on va rentrer sur le marché du travail ?

Donc il y a beaucoup de désarroi, beaucoup d'inquiétude chez les jeunes. Nous y avons répondu avec les primes pour l'embauche d'un jeune à 4 000 euros, le soutien aux apprentis, 8 000 euros pour les plus de 18 ans, 5 000 euros pour les moins de 18 ans. Et nous allons continuer à soutenir les jeunes, en particulier ceux qui sont les plus en difficulté. Continuer, c'est-à-dire ? Continuer, ça veut dire que demain, le Premier ministre s'exprimera sur le plan pauvreté, sur le soutien précaire.

Et je crois, le Président de la République l'a dit très clairement, qu'il serait légitime que les jeunes fassent l'objet d'une attention particulière dans les décisions qui seront prises dans les heures qui viennent.

3:04
Présentateur

Dans les heures qui viennent. Mais je vais y revenir, Bruno Le Maire. J'ai entendu dire, vous allez me dire, bon, attention à ce qu'on raconte ici ou là, que mardi soir, autour du Président de la République, il y avait eu vaste débat autour du couvre-feu ou du reconfinement nocturne, comme on voudra. C'est vrai ? Entre ministres, certains partisans de ce reconfinement et d'autres opposés. Vous étiez partisans du reconfinement ou pas ?

3:29
Bruno Le Maire

C'est normal qu'il y ait un débat. C'est partie de l'agis d'une équipe. Nous sommes une équipe gouvernementale autour du Premier ministre et du Président de la République. Vous permettrez de garder secrètes ces discussions, qui sont des discussions d'équipe, lorsque l'équipe de foot de France se rassemble autour de son entraîneur. Elle ne dévoile pas sa tactique à tout le grand public. Simplement, ma position a été claire depuis le début, ce que nous devons éviter impérativement, Jean-Jacques Bourdin, c'est le reconfinement général des Français. Parce que ça aurait un impact social et psychologique considérable. Il n'y en aura pas, donc.

Et un impact économique insupportable pour les économies françaises. Je vous dis, là aussi en toute transparence, ma conviction profonde. Je préfère qu'on prenne des mesures fortes, comme le Président de la République les a annoncées, avec un couvre-feu de 21h à 6h, pour stopper net la progression du virus, en se disant, pendant quelques semaines, on va faire cet effort. Et il est considérable, cet effort. Je le mesure parfaitement. Notamment pour les restaurateurs, pour les hôteliers, pour les bars, pour les jeunes qui ne vont plus pouvoir sortir. C'est un effort absolument considérable que nous demandons. Mais je préfère cet effort-là.

Et qu'on se dise que d'ici quelques semaines, on aura stoppé la circulation du virus, plutôt que de faire preuve d'irresponsabilité, de laisser courir le virus, parce qu'on n'aurait pas le courage de prendre les décisions, et de se retrouver dans un mois, dans deux mois, avec des urgences totalement engorgées, des services de réanimation totalement dépassés. Et là, l'obligation de procéder à un reconfinement total. Mais Bruno Le Maire, on prend aussi... Donc ce sont de bonnes décisions et des décisions nécessaires.

5:03
Présentateur

Mais vous prenez aussi ces décisions, parce que l'hôpital manque de personnel, manque de moyens humains et manque de moyens matériels.

5:09
Bruno Le Maire

Nous prenons ces décisions tout simplement parce que la circulation du virus explose. Enfin, les chiffres qui ont été donnés, 30 000 contaminations par jour, ne peuvent pas ni laisser indifférents, ni laisser impuissants les pouvoirs publics qui ont pris les bonnes décisions. Je me suis prononcé très clairement pour que nous prenions des décisions fortes, rapides. Vous étiez donc favorable à ce reconfinement nocturne ? J'étais favorable, et je soutiens totalement la décision du président de la République, à ce que nous prenions toutes les mesures nécessaires pour stopper sans délai la circulation du virus.

5:39
Présentateur

Eh bien, regardons les mesures pour les uns et les autres personnels soignants. Je vais décliner rapidement. Ségur, 90 euros en septembre. Bien, mais la prochaine augmentation de salaire va être avancée. 93 euros avant la fin de l'année. Les indemnités proposées aux soignants qui ne peuvent pas prendre leur congé de 110 à 200 euros brut par jour. Vous m'arrêtez si je dis des bêtises. Tiens, question. Jour de carence, provisoirement supprimé comme au printemps ou pas ?

6:12
Bruno Le Maire

Il faudra demander aux ministres de la Santé, aux ministres du Travail, quelles seront les décisions sur ce sujet. La seule chose qui compte pour moi, c'est que nous soutenions, y compris financièrement, en plus de les soutenir moralement, les personnels soignants. Croyez-moi, avoir une deuxième vague comme celle-là, à nouveau avoir un afflux aux urgences, un afflux dans les services de réanimation, s'occuper de patients qui demandent beaucoup de soins. Quand on a un patient qui est intubé, c'est beaucoup de soins, c'est beaucoup de fatigue, c'est beaucoup de risques aussi pour les personnels soignants.

C'est normal que la nation marque sa reconnaissance, y compris sa reconnaissance financière. Et comme ministre des Finances, je veille à ce que cet argent arrive le plus vite possible aux personnes qui le sont concernées.

6:51
Présentateur

Il serait logique que le jour de carence soit supprimé, provisoirement. Nous verrons quelle sera la décision. Bon, quoi qu'il en coûte. Tiens, je n'ai pas oublié ce fameux quoi qu'il en coûte. D'ailleurs, vous le répétez, vous le dites. Le coût des mesures prises. Restaurants, cafés, hôtels, cultures, événementiels, sports. Quel nouveau coût pour le budget du pays ?

7:13
Bruno Le Maire

Un milliard d'euros. Un milliard d'euros. Pour la durée du couvre-feu. Donc c'est une somme qui est très importante. Je voudrais juste donner un élément de comparaison. Si nous procédions à un vrai reconfinement dans les zones où le virus circule activement, uniquement dans ces zones-là, le coût serait de l'ordre de 5 milliards d'euros. Si nous avions un reconfinement généralisé, le coût serait, en fonction de la réaction du monde économique, de 15 à 20 milliards d'euros par mois.

Donc je préfère, je préfère de loin, au-delà de l'aspect sanitaire, qui est évidemment la priorité absolue, que nous prenions des mesures fortes, rapides, circonscrites, immédiates, et que nous soutenions, comme nous l'avons annoncé hier, fortement les secteurs qui sont le plus concernés, plutôt que d'être dans cette situation de reconfinement général qui serait insupportable psychologiquement, socialement, et pour les finances publiques. Mais c'est vrai que pour les restaurateurs, pour les hôteliers, pour les bars, pour les salles de cinéma, pour les théâtres, toutes ces personnes que j'ai eues hier au téléphone, par dizaines, c'est un drame. On en a conscience.

Enfin, le restaurateur qui s'est dédié, ça y est, ça redémarre. J'ai redémarré en juillet et en août. Je refais découvert. J'ai espacé mes tables. J'ai acheté du gel. J'ai fait une nouvelle carte dématérialisée. Et en plus, j'ai rajouté un nouveau protocole en demandant aux gens de s'inscrire à l'entrée. Et puis, rebelote, je dois fermer. C'est très dur. Et je veux leur dire que je comprends à quel point c'est dur pour eux. Je serai, juste après notre émission, auprès de restaurateurs parisiens pour discuter avec eux de la manière dont on peut les accompagner et de veiller à ce que nos jours soient les plus efficaces possibles. Nous avons fait le maximum.

Nous continuerons à faire le maximum. Mais mettez-vous à la place d'un restaurateur.

8:53
Présentateur

Que se dit-il ? Il se dit, je suis ouvert à midi avec un protocole sanitaire et je ne peux pas ouvrir le soir avec un protocole sanitaire. Parce que si nous voulons bien sûr...

9:03
Bruno Le Maire

Alors le virus circule le soir plus qu'à midi. Jean-Jacques Bourdin, je ne vis pas dans ma grotte. Bruno Le Maire. Je vois des gens, je discute, je les ai au téléphone et j'ai eu des restaurateurs par dizaines hier au téléphone. Mais ils vous ont dit ça. Je suis au chef étoilé jusqu'au patron du petit restaurant de ma circonscription. Mais ils vous ont dit ça. Ils m'ont tous dit, écoutez, nous on a du mal à comprendre pourquoi est-ce qu'on ferme l'horaire, on applique des règles sanitaires. Pourquoi on est ouvert à midi et ferme le soir ? Tout simplement parce qu'il faut une règle simple, claire, lisible qui puisse réduire le nombre de contacts sociaux. Et il faut l'assumer.

Parce que c'est ce qui permettra de bloquer la circulation du virus. Donc je comprends parfaitement qu'ils puissent avoir, je dirais même, un sentiment d'injustice. Et je le comprends, je l'entends, je discute avec eux. Mais c'est pour le bien général, pour stopper la circulation du virus et pour qu'on ne se retrouve pas dans quelques semaines dans une situation de reconfinement général.

9:54
Présentateur

Alors Bruno Le Maire, certains demandent un régime différent pour les salles de spectacle, je ne sais pas moi, les théâtres, les opéras. D'abord, si vous permettez, je voudrais rappeler

10:05
Bruno Le Maire

ce que nous avons fait.

10:07
Présentateur

Ah bah attendez, attendez, je vais le rappeler. Ne vous inquiétez pas, je vais le rappeler. C'est important, il y a un milliard d'euros, ce n'est pas de la roupie de Saint-Saënec. C'est beaucoup d'argent. Je vais le rappeler en détail parce que j'ai des questions. Mais, mais, cette exemption demandée par le spectacle, je ne sais pas moi, le théâtre, l'opéra, c'est ça ou pareil ?

10:24
Bruno Le Maire

Je verrai Roselyne Bachelot, la ministre de la Culture, dans quelques heures. Je pense que ce qui fait la force d'une règle, c'est sa clarté et sa simplicité. Et si vous commencez à multiplier les exemptions, à dire, mais attendez, pour tel secteur d'activité, ce ne sera pas 21h, ce sera 22h. Pour les autres, ce sera 22h30. Pour les autres, ce sera 23h. On ne va pas s'en sortir. Il faut, en politique, avoir une seule priorité.

10:48
Présentateur

Vous êtes contre toute exemption. Vous êtes contre toute exemption.

10:52
Bruno Le Maire

Je suis contre toute exemption, sauf, comme on l'a déjà indiqué, pour les personnels de santé, pour les urgences, si vous devez aller voir quelqu'un qui est très malade. Il y a toujours des exemptions possibles, des exceptions possibles, qui sont justifiées par des circonstances exceptionnelles, bien entendu. Mais, de manière générale, une règle doit être simple, lisible pour tous les Français, pour qu'elle soit efficace. Et nous ne devons avoir aujourd'hui qu'un seul objectif stratégique. Si on en a deux, on se prend les pieds dans le tapis. C'est réduire la circulation du virus, qui est un virus dangereux, qui inquiète les Français.

Et notre responsabilité, comme gouvernement, notre responsabilité collective de Français, c'est de faire tous ensemble le maximum pour que ce virus arrête de circuler et qu'on n'ait pas 30 000 nouveaux cas par jour.

11:36
Présentateur

Bien, quoi qu'il en coûte un milliard d'euros, aide, 1 500 euros, quel critère pour cette aide ? 2 000, c'est très simple.

11:43
Bruno Le Maire

Vous faites partie des zones sous couvre-feu, vous avez perdu 50% de votre chiffre d'affaires, quelle que soit votre activité, quel que soit votre secteur d'activité. Nous réactivons le fonds de solidarité. Donc, nous mettons en place un filet de sécurité général, économique, pour toutes les entreprises qui sont dans les zones de couvre-feu. Elles peuvent toucher jusqu'à 1 500 euros. Et pour les restaurateurs, c'est la même règle, ça se déclenche soit parce que vous êtes fermé, soit parce que vous avez perdu 50% de votre chiffre d'affaires, mais là, ce n'est pas 1 500 euros par mois, c'est jusqu'à 10 000 euros par mois.

Et ça couvre les hôtels, les cafés, les restaurants, les salles de cinéma, les salles de théâtre, tout le secteur de la culture, tout le secteur de l'événementiel, parce qu'évidemment, on n'organise plus d'événements. Tout ce qui est lié à l'événementiel, je pense aux fleuristes, je pense aux photographes, ça vaut pour les salles de sport, parce que je sais que les salles de sport sont très inquiètes. Donc, elles ont à leur disposition ce fonds de solidarité jusqu'à 10 000 euros dès lors qu'elles ont perdu 50% de leur chiffre d'affaires.

J'ajoute à ça les exonérations de charges sociales patronales, c'est la même règle, vous êtes fermé, exonération totale, vous avez perdu 50% de votre chiffre d'affaires et vous êtes dans le secteur hôtellerie, café, restauration, exonération totale. On complète par des exonérations sur les charges sociales salariales pour que, dans le fond, il n'y ait plus de charges du tout à payer. Donc, on fait le maximum. Je précise un point qui paraît technique, mais pour tous ceux qui bénéficient de ce fonds, ils verront que c'est une décision absolument majeure.

Quand je dis que pour le secteur d'hôtellerie, des cafés, de la restauration, vous pouvez bénéficier jusqu'à 10 000 euros si vous avez perdu jusqu'à 50% de votre chiffre d'affaires, nous avons supprimé le plafonnement à 60% du chiffre d'affaires. Ce plafond est supprimé, ce qui donne une mesure encore plus puissante. Les loyers ? Les loyers, ils sont couverts en partie par ces 10 000 euros, mais en partie seulement. Et oui. Donc, on va travailler sur ce sujet-là, parce que je sais que c'est un point très dur. Bien sûr. Pour ceux qui ont des loyers très élevés, ce n'est pas l'immense majorité, mais il y en a.

Et je suis ouvert à toutes les solutions, y compris un crédit d'impôt pour les bailleurs, si on voit que ça peut être efficace. Bien. Les congés payés aussi. Important. Les congés payés. Les congés payés, on le sait, c'est une bombe à retardement pour beaucoup de restaurateurs. Nous allons, avec Elisabeth Borne, travailler sur ce sujet et essayer d'apporter une solution dans les jours qui viennent. J'ai compris que c'était un motif d'inquiétude très profond pour beaucoup de restaurateurs.

14:04
Présentateur

Les PGE, les prêts garantis par l'État accessible jusqu'en juin 2021. Jusqu'en juin 2021. Au lieu du 31 décembre. Est-ce que ces prêts devront être remboursés ?

14:15
Bruno Le Maire

Parce que ça peut servir de trésorerie. Ils devront être remboursés, simplement. Là aussi, j'entends toutes les inquiétudes. Et je vois des restaurateurs qui me disent « Attendez, il y a l'échéance qui se rapproche. Là, mars 2021, il va falloir que je rembourse mon prêt. Je ne peux pas. » Et qui me demandent non seulement de pouvoir prolonger la durée du prêt, mais ils disent « Ça ne suffit pas. Nous, ce qu'on voudrait, c'est rembourser le prêt non pas au bout d'un an, mais au bout de deux ans. » Ce n'est pas autorisé par la Commission européenne parce que c'est perçu comme une aide d'État puisque ce prêt est garanti par l'État français.

Je vais prendre mon bâton de pèlerin une nouvelle fois, prendre le train, aller à Bruxelles ou téléphoner à Margaret Vestager, la commissaire européenne qui est responsable de ce sujet. Je vais lui dire « Voilà, vu la gravité de la situation, je souhaite que les prêts garantis par l'État puissent être remboursés non pas au bout d'un an, mais au bout de deux. » Comme ça, ça laissera deux années aux restaurateurs, aux hôteliers, à tous les secteurs qui sont concernés, à tous ceux qui ont pris un prêt pour commencer le remboursement de leurs prêts. Je pense que ce serait un sacré bol d'air pour eux. Autre sujet sensible, les assureurs.

15:15
Présentateur

Les assureurs qui ne couvrent pas les risques de pandémie. Qu'allez-vous faire ?

15:20
Bruno Le Maire

J'ai vu que des assureurs commençaient à écrire aux entrepreneurs. J'ai vu les lettres, je regarde attentivement, et surtout j'écoute les gens. C'est toujours ce qu'il y a de mieux pour savoir exactement ce qui se passe. J'ai lu ces courriers dans lesquels les assureurs disent « on ne couvrira plus le risque d'assurance pandémie ». Deux choses. D'abord, tous les assureurs qui se sont engagés à couvrir les pertes d'exploitation au titre de la pandémie doivent le faire. Un contrat est un contrat et ce contrat doit être respecté et l'État fera respecter ces contrats. La deuxième chose, c'est qu'il faut accélérer sur la mise en place d'un régime d'assurance pandémie.

Parce que cette pandémie est la première du genre, il y en aura d'autres, nous le savons. Et ce serait irresponsable de ne pas mettre en place un régime d'assurance pandémie. Nous y travaillons et j'espère que dans les prochains mois, c'est un sujet qui est très complexe, très lourd financièrement, je souhaite, il n'y aura pas de rétroactivité, mais je souhaite que dans les prochains mois, la France mette à disposition de tous les entrepreneurs un régime d'assurance pandémie. Je voudrais dire un mot

16:18
Présentateur

d'hommes et de femmes dont on parle peu, les indépendants, celles et ceux qui vivent en partie grâce aux frais de route, par exemple, les hôtels, les restaurants.

16:28
Bruno Le Maire

Quelle aide pour eux ? Rien ? Ils ont beaucoup d'indépendants accès au fonds de solidarité, on a élargi le fonds de solidarité justement pour tenir compte de la situation des indépendants. Donc ils peuvent bénéficier de cette aide. Là encore, nous faisons évoluer le dispositif au fur et à mesure et nous ne laisserons personne de côté. Je dis bien personne. Est-ce que vous êtes favorable aux reports des élections locales et régionales ? Ça dépendra d'abord c'est une décision qui ne va être prise que par le président de la République, le président de la République, en consultation avec tous les partis politiques.

Ce n'est pas le moment de se diviser sur un sujet politique, il faut se rassembler. Ça dépendra de la situation sanitaire que nous aurons au début de l'année prochaine. Je ne veux pas,

17:08
Présentateur

et j'y reviens, je ne veux pas oublier la pauvreté parce que les conséquences de cette crise sanitaire sont terribles pour beaucoup de Français. Plus de 5 millions de Français ont maintenant recours à l'aide alimentaire. Les demandes d'aide au logement explosent ainsi que les inscriptions au RSA. Alors, des mesures vont être annoncées. On parle d'un chèque Covid pour les plus pauvres.

17:29
Bruno Le Maire

Oui ou non ? C'est le Premier ministre qui précisera tout ça demain. Je veux simplement insister sur un point qui me paraît essentiel dans la politique que nous menons. Nous soutenons les entrepreneurs ce qui crée des emplois parce que l'avenir du pays en dépend. Nous apportons aussi et nous continuerons d'apporter une aide à tous ceux qui sont les plus touchés par la crise. Ceux qui ont les revenus les plus modestes, ceux qui sont en intérim, ceux qui ont des qualifications faibles, ceux qui travaillent dans les services et qui ont été les premiers à être licenciés. Quand on augmente l'occasion de rentrée scolaire, ça coûte un demi-milliard d'euros.

C'est une aide significative que nous apportons. Quand le président de la République fait les annonces qu'il a faites hier sur le RSA, c'est une annonce importante qu'il fait. Et le Premier ministre, j'en suis certain,

18:13
Présentateur

RSA, plus 150 euros.

18:15
Bruno Le Maire

Plus 150 euros. Il fera demain des annonces importantes aussi pour les publics les plus fragiles.

18:19
Présentateur

Mais pas plus 150 euros pour les bénéficiaires

18:22
Bruno Le Maire

des APL,

18:23
Présentateur

si j'ai bien compris.

18:24
Bruno Le Maire

Sur les APL, c'est pour les bénéficiaires des APL. Je vois le début de polémique qu'il y a ce matin sur les jeunes qui ne pourraient pas en bénéficier. Nous y répondrons demain. Le Premier ministre y répondra demain. C'est-à-dire qu'il y a beaucoup de jeunes qui sont en situation de délégalité, qui n'ont pas d'emploi, qui n'arrivent pas à financer leur logement, qui sont en situation de grande détresse et de grande difficulté. Je suis convaincu que le Premier ministre apportera une réponse concrète demain.

18:50
Présentateur

Mais pourquoi ne pas verser le RSA

18:52
Bruno Le Maire

au moins de 25 ans ? Mais parce que ce n'est pas notre philosophie, ce n'est pas ce que nous voulons pour le pays. Nous, ce que nous voulons, c'est qu'on sorte de la pauvreté par l'emploi. Et c'est bien pour cela que nous avons décidé de maintenir le chômage partiel et de faire un dispositif de chômage partiel le plus généreux. Là aussi, regardons les chiffres, Jean-Jacques Bourdin, parce que c'est très important. Il y a 14% de personnes qui sont sous le seuil de pauvreté en France. Hélas, cela augmente à cause de la crise. Il y a 37% de chômeurs qui sont sous le seuil de pauvreté. Donc, il y a un lien direct entre le chômage et la pauvreté.

Et la meilleure façon de lutter contre la pauvreté, c'est de lutter contre le chômage. Ça restera la politique du gouvernement. Et quand le président de la République dit à juste titre qu'il ne veut pas augmenter massivement et définitivement les minima sociaux, c'est parce que sinon vous enfermez les gens dans la pauvreté et dans le chômage. Donc, on apporte une aide ponctuelle, ciblée. Ça, oui, parce que c'est efficace, c'est juste, et c'est nécessaire. Mais nous verrons là aussi au fur et à mesure de la situation, je dis simplement que ces aides doivent être ciblées justes, efficaces sur ceux qui sont réellement les plus fragiles.

Sinon, vous ne sortez pas la France du chômage de masse alors que c'est un défi qui est probablement l'un des plus importants. Sauf qu'il y a des urgences et qu'un chèque Covid pour les plus pauvres serait peut-être une solution. Mais quand on augmente l'ARS, quand on augmente le RSA, on fait face à l'urgence.

20:10
Présentateur

Bien. Bruno Le Maire, plan de relance et budget, évidemment. Alors, sur le budget, tiens, nouvelle taxe sur les véhicules les plus lourds, ça y est, c'est décidé ?

20:23
Bruno Le Maire

Oui, il y aura une taxe sur les véhicules de plus de 1800 kilos. Je veux bien préciser les choses, qu'on a eu un débat là aussi.

20:28
Présentateur

Et ça sera revu chaque année ?

20:30
Bruno Le Maire

Ce sera pour le moment à 1800 kilos et je souhaite que ça reste sur des véhicules très lourds. Parce que si c'est une taxe sur les véhicules lourds, ça doit rester une taxe sur les véhicules lourds. Mais je veux apporter deux précisions importantes. Il y a une alternative, c'est-à-dire que nous ne voulons pas taxer tous les véhicules de plus de 1800 kilos, ceux qui sont électriques ou qui sont hybrides rechargeables, donc qui émettent peu de CO2, seront exclus de cette taxation.

Et par ailleurs, parce que je suis sensible à ce sujet, pour les familles nombreuses, tous les véhicules de cette place qui sont pour les familles nombreuses auront une réduction de cette taxe de façon à ce que les familles nombreuses ne soient pas pénalisées. Mais vous voyez, c'est une taxe qui envoie un signal aux Français en leur disant avoir des véhicules trop lourds, ce n'est pas bon pour la planète, ça use les routes, ça émet davantage de CO2, il y a des alternatives. Non, parce que vous pouvez parfaitement y échapper en choisissant des véhicules électriques ou hybrides rechargeables ou en prenant des véhicules plus légers.

Et si vous êtes une famille nombreuse, on vous réduit cette taxe.

21:28
Présentateur

Bien, Bruno Le Maire, puisqu'on parle de taxe, parlons de l'OMC, l'Organisation Mondiale du Commerce, qui donne la permission à l'Union Européenne de surtaxer les importations américaines, notamment Boeing. Est-ce que vous êtes favorable à une surtaxe des importations américaines en Europe ? Oui. Vous allez le demander ? Oui,

21:51
Bruno Le Maire

nous allons le demander, je vais en parler dès aujourd'hui avec mon homologue allemand, Peter Altmaier, on a eu de longues discussions sur le sujet. Rappelons simplement les choses, les Etats-Unis imposent des sanctions à l'Europe au titre de ce fameux conflit Boeing-Airbus. L'Organisation Mondiale du Commerce vient de nous donner la possibilité de riposter. Et Donald Trump a dit hier soir, c'est absolument sans embâge, qu'il continuerait, lui, à riposter. Eh bien, l'Europe a la possibilité d'imposer des sanctions aux Etats-Unis au titre de ce conflit entre Boeing et Airbus. Elle doit s'y préparer et elle doit le décider. Donc, surtaxer les produits américains qui entrent en Europe.

Oui, tout simplement riposter aux sanctions américaines sur Boeing et Airbus par des sanctions européennes aux décisions américaines. Sur quoi ? C'est un choix politique. Sur tous les produits américains. C'est un choix politique majeur sur un certain nombre de produits que nous préciserons plus tard. Mais le choix politique, c'est de savoir si nous restons impuissants face aux sanctions américaines ou est-ce que nous sommes capables de montrer notre force alors même que le droit nous y autorise. L'OMC autorise l'Europe à imposer des sanctions aux Etats-Unis. Les Etats-Unis ne se sont pas gênés pour imposer des sanctions.

Il faut que l'Europe se prépare à imposer des sanctions aux Etats-Unis parce qu'elle en a le droit et parce qu'elle en a la force. Bruno Le Maire, j'ai une dernière question

23:11
Présentateur

sur Veolia Suez. En pleine crise sanitaire, voir deux géants français s'affronter, dépenser beaucoup d'argent en communication par exemple, n'est-ce pas indécent ? Je vous pose la question parce que beaucoup de Français le pensent.

23:26
Bruno Le Maire

Et je le pense aussi. C'est indécent. Bien sûr, je le pense aussi. J'ai tout fait pour éviter ce conflit. Mais, j'ai tout fait. Oui, bien sûr, j'ai tout fait.

23:35
Présentateur

Mais, l'Etat est actuel d'ENGIE ? ENGIE est allé contre votre avis. L'Etat n'est pas pour...

23:41
Bruno Le Maire

Je regrette la décision d'ENGIE. Oui. Je l'ai dit, je regrette cette décision prise par le Conseil. Nous ne sommes absolument pas impuissants. D'abord, nous verrons comment cette histoire se terminera. Nous ne sommes pas impuissants. Nous sommes Etats actionnaires. Nous avons pris nos responsabilités. Et nous avons dit non au Conseil d'administration en disant, il ne faut pas considérer uniquement l'intérêt financier de l'opération. Il faut aussi regarder l'intérêt social, l'emploi, la nécessité d'avoir de la concurrence sur ce marché et de l'eau. Nous avons pris nos responsabilités. Je note par ailleurs Jean-Jacques Bourdin qu'on avait dit, il faut aller très très vite.

C'est extrêmement urgent. On est à 24 heures près. Et on a voulu précipiter la décision. À l'heure où je vous parle, la décision est bloquée parce qu'il y a des affrontements entre les deux sociétés. Donc c'est indécent. Il aurait peut-être valu mieux prendre un peu plus de temps, faire preuve d'un peu plus de sagesse, pour avoir une opération amicale qui se déroule bien entre ces deux champions industriels. Vous vous engagez. Il n'y aura pas de suppression de postes.

24:37
Présentateur

Nulle part. C'est aux entreprises de s'engager, Jean-Jacques Bourdin. Oui, mais vous, vous allez surveiller ça de près, j'imagine. Et le consommateur ne sera pas le payeur dans tout cela.

24:48
Bruno Le Maire

C'est responsabilité. L'État a pris les siennes. C'est engagé pour que l'opération se fasse sur une base amiable. Une autre décision a été prise. Je regrette cette décision du conseil d'administration d'ENGIE. Ce n'est pas ma vision du capitaliste. Ce n'est pas ma vision de la relation entre deux groupes grandes entreprises françaises. Je suis bien obligé de constater qu'on nous avait dit qu'il fallait vite. On a confondu vitesse et précipitation. Aujourd'hui, l'opération est bloquée. Sans doute aurait-il été plus sage et plus responsable de prendre davantage de temps pour discuter et pour trouver un accord. Il est 8h55. Merci, Jean-Jacques Bourdin.

25:23
Présentateur

d'être venu nous voir ce matin sur RMC et BFM TV.