LE CAPITALISME DÉTRUIRA TOUT
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
On m’a viré du foot il y a trois semaines. On me vire de l’usine. Qu’est-ce que vous faites ?
Je suppose que vous allez me reprendre mon logement. Je vous dois tout, monsieur le président. Alors, je vous rends tout.
Je vous renverrai mon slip par la Poste. Honoré de Balzac. Comme souvent dans mes éditos, je me tiens sur un fil.
Et je me mets à écrire sur un coup de tête. Putain mais qu’est-ce qu’il veut dire ce con ? Vous aurez remarqué qu’avec un sens inné du ridicule, je me traite de con.
Vous êtes devant votre écran de smartphone, tombé sur moi car un con, un autre, vous a envoyé un lien. Vous vous dites : “C’est qui ce type déjà ?” Vous avez plusieurs hypothèses.
Vous pouvez m’associer à un syndicat, une religion, à un milliardaire ou à un homme politique. Tout faux ! Je ne suis d’aucune caste, d’aucun parti.
Vous pouvez me traiter de gauchiste, si ça vous chante. Vous pouvez me parler de Clearstream ou de l’affaire de la Vologne. Bon écoutez, je suis le gars qui, avec ses 10 000 amis, a lancé Blast.
En dépit des intempéries et des méchants virus. Et ceci est mon premier édito depuis la fin de la campagne de financement. Nous sommes le souffle de l’info.
Nous sommes une force montante. Nous sommes, par vous, portés. Je sais, j’ai tardé à vous donner de mes nouvelles.
Mais vous n’imaginez pas le boulot. On veut construire un gratte-ciel. Il faut que les fondations tiennent le choc.
Gratter un édito c’est un peu comme gratter la terre, il faut creuser, puis trouver un enchaînement malin et puissant. Ça demande un minimum de recul et le sens du verbe. Là, je me pousse du col et je fais le beau parleur, mais c’est un peu casse-gueule comme exercice.
D’ailleurs, je peux me casser la gueule. Surtout que je choisis toujours des sujets limites. Des sujets qu’on me demande de ne pas traiter.
Sinon, ce n’est pas marrant. Surtout fais gaffe avec les blagues, tout le monde ne comprend pas ton humour. Surtout, fais gaffe avec les souverainistes, ils ne sont pas tous anti-européens.
Fais attention quand tu parles d’argent, c’est un sujet tabou. Fais gaffe avec Jadot, avec Montebourg, avec Mélenchon. Ah non !
Pas Xavier Bertrand. Fais gaffe avec les juifs, avec les antisémites. Fais gaffe avec les islamistes, les djihadistes, les macronistes… Non, pas les macronistes quand même.
Si, fais très attention. Tu n’as pas vu la une de Siné Mensuel ? Solé dessine un Macron ricanant avec une bagouse et un pif un peu pointu.
Et bingo, Bernard Henri Lévy et Raphaël Enthoven sortent la MPD, la machine à poncifs dégueulasses. Et Solé, l’ami de Gotlib, l’irréprochable Solé, devient la réincarnation de “je suis partout”, le journal nazi qui dénonçait les juifs. Je vous jure.
Ces deux cuistres accusent le journal de Siné, dirigé aujourd’hui par la très résistante Catherine Siné-Weil, de cette ignominie… Je pourrais en faire des caisses sur ce sujet, mais je préfère m’arrêter là. Je vous jure, il y a des bourre-pifs qui se perdent. Bourre-pif ?
C’est pas un peu antisémite ça ? Prenez Viry-Châtillon et l’affaire de la bande de jeunes gens décérébrés qui enflamment deux voitures de police, avec des policiers à l’intérieur. Toute la semaine, les chaînes d’infos, leurs chroniqueurs de droite, euphémisme, les syndicats de police énervés et les politiques pressés de surfer sur la vague sécuritaire, nous ont rabâché que les juges étaient trop cléments.
On n’était pas assez solidaires avec nos forces de l’ordre. Les policiers ont-ils oublié la caméra ? En l'absence du suspect, elle va enregistrer leur aparté.
L’indignité judiciaire versus la douleur des policiers. Ce vieux serpent de mer lénifiant sur le supposé laxisme de la Justice. Allez dire ça aux gilets jaunes jugés en flag.
Allez dire ça à Rémi Fraisse. Allez dire ça à Zineb Redouane, à Cédric Chouviat, à Steve Maia Caniço, et à tant d’autres… Pourquoi cette ignorance crasse ? Comment oublier, à ce point, ce qu’est un état de droit ?
Que l’indépendance des juges du siège est un pilier de notre démocratie ? Comment perdre de vue que le doute doit profiter à l’accusé, que l’enquête des policiers sur l’agression de Viry-Châtillon était bâclée, partiale ? Voyez cette séquence révélée par Mediapart.
Les juges ont jugé en leur âme et conscience et ont acquitté huit innocents. Les policiers peuvent se pourvoir en cassation s’ils ne sont pas contents. Et basta.
La loi Sécurité globale vient de passer à l’Assemblée. On glisse. Nos libertés sont atteintes.
Celle d’informer d’abord, car on ne pourra plus reproduire la photo d’un policier qui tabasse un manifestant. Celle d’avoir une vie privée aussi, car n’importe quel drone pourra nous suivre et nous fliquer. On glisse vers de plus en plus de police et de moins en moins de justice.
Emmanuel Macron, qui n’a pas les moyens de sauver l’hôpital, vient d’embaucher 10 000 policiers supplémentaires, et de débloquer 2,8 millions d’euros supplémentaires cette année pour surveiller nos écrits sur les réseaux sociaux. Comment nommer un état, et un président, qui durcit à ce point sa politique de surveillance et de répression ? Harry Truman disait : “Chaque fois que vous avez un gouvernement efficace, c’est une dictature.” Ici, le Gouvernement n’est pas efficace. “Il n’y a pas de dictature de transition”, disait Robert Aron.
J’ai bien dit Robert, et pas Raymond. On n’est pas en dictature mais on dérive chaque jour, et de plus en plus loin, sur les chaînes tout infos, où l’extrême droite à maintenant table ouverte, et n’est presque plus contredite. Les Pierre dans ces quartiers, en sont chassés, parce qu’ils sont victimes de violence, ils sont victimes de racisme anti-blanc.
Tous les jours, sur Cnews surtout, on frôle l’outrage démocratique, le déni de réalité. Regardez avec quelle complaisance sont traités les invités nationalistes et xénophobes. Ça fait 4 ans que c’est le chaos.
Que jamais la situation sécuritaire dans notre pays n’a été aussi grave. Que jamais les Français n’ont été autant encerclés par la délinquance et par la criminalité. Il faut arrêter le laxisme.
Et avec quelle condescendance on traite les autres. Les délinquants en col blanc qui sont dans les conseils d’administration… C’est votre réponse traditionnelle, on a bien compris. Et les LVMH, Bernard Arnault et compagnie, qui eux planquent des centaines de milliards d’euros à l’étranger.
Ce sont eux qui pourrissent la vie de nos concitoyens qui fait qu’on n’a pas de moyens dans nos hôpitaux et dans nos écoles. C’est un débat stérile monsieur Roussel. Mais non !
Vous parlez de gens qui créent des centaines de milliers d’emplois dans le monde. Moi, je vous parle d’un problème très clair de société. Le monde est violent.
Les jaloux, les cyniques, les haineux, les fachos bas de plafond, les élus RN relookés dans leurs nouveaux costumes tout neufs, piaffent d’impatience. On les sent jouir après tant d’années où ils ont été maltraités. Ils sont partout.
Je m’éloigne, revenons aux choses sérieuses. Le sens de l’équilibre, du temps de cerveau disponible, de l’instinct, de la tolérance, une bonne connaissance de l’actualité. De la littérature aussi.
Et du cinéma. Balzac. Patrick Dewaere.
Macron. La gauche. La corruption.
Le business. La justice. La police.
La vie. La mort de la planète. Je vais brasser large et ramer sévère.
Oh, les belles âmes qui arrivent si difficilement à croire au mal, vous ne sentez pas ce vent mauvais, ce parfum de compétition qui tourne à l’aigre ? Le football est une métaphore et un laboratoire du capitalisme. Ce qui s’y invente, ce rapport très spécial entre supporters, propriétaires de clubs et professionnels du terrain laisse présager de ce que nous allons devenir, de comment nous allons être mangés, nous, les amateurs, nous, les petits joueurs du capitalisme mondialisé, nous, les footeux.
Le problème, ce n’est pas le jeu ni le ballon, c’est ce qu’ils en ont fait. Ce dévoiement. Le problème, ce n’est pas le capitalisme, c’est ce qu’ils en font.
Du moins, c’est ce que j’ai pu penser. La corruption s’est généralisée dans ce beau pays dirigé par un président clientéliste, qui a voulu interdire Anticor pour faire plaisir à ses amis. Heureusement, Jean Castex, après des mois d’hésitations et un lobbying intense, n’a pas cédé aux pressions de l’Elysée.
Le vent mauvais, toujours. J’aime le foot. Tout petit déjà, ma main dans celle de mon père, quand je gravissais les marches de Saint-Symphorien, c’était l’extase.
J’allais voir mes idoles en short et maillot grenat. Metz-Saint-Etienne. Metz-Nantes.
Metz-Nancy. Quand on est môme, la magie opère toujours. La semaine, on a lu les comptes rendus de match et la vie du club et le samedi, on arrive au stade.
Il y a le murmure de la foule. La montée des marches. Puis le rectangle vert éclairé comme une piste aux étoiles.
Et l’attente du gémissement collectif quand le but est marqué en pleine lucarne. Ce vacarme si plaisant. Ensuite, on rigole au bistrot avec les vieux et on refait le match.
Et on attend le samedi suivant, l’oreille collée à la radio. On est biberonné à des rituels ancestraux, nous les footeux. Bien sûr, on vieillit.
On regarde le foot à la télé. On vit mal sa captation par Vincent Bolloré. 40 balles l’abonnement à Canal Plus multisport.
Va te faire ****** Bolloré. On a les boules de voir les Qataris rafler la mise et nous faire croire qu’ils aiment le même sport que nous. La Coupe du monde peut-elle avoir lieu dans leur pays ?
Trop de corruption pour emporter la mise, trop d’esclaves à Doha. Mais on tient le choc. On enfile les matchs comme des perles de rendez-vous ratés.
On s’accroche. On n’arrive pas à appeler le stade de Lyon “Groupama stadium”, ni celui de Nice “Allianz Riviera”, ou celui de Marseille “Vélodrome Orange”. On n’y arrive pas.
Car on se dit que ce sera bientôt au tour des villes de prendre les noms des marques, comme dans les romans de Damasio. On résiste. On se dit que Mbappé a peut-être le melon, mais quand il prend de vitesse n’importe quel défenseur anglais ou allemand, c’est quand même pas mal.
On est conscient des dérives. On voit bien qu’on est en train de tuer un à un tous nos rêves d’enfant. Pourquoi je dis ça ?
Quel est le rapport ? Le rapport, c’est ce parallèle que j’essaie de faire. Le foot.
Le capitalisme. Le vent mauvais. Cette Super Ligue faite par les riches pour encaisser encore plus de droits télé a fait couler tellement d’encre ces derniers jours.
Souvent, on m’a interrogé là-dessus. Le capitalisme. L’hyper-capitalisme.
Tu n’es pas anticapitaliste toi ? J’avais une formule… Le capitalisme, c’est comme l’air qu’on respire ou le football. Tu auras beau essayer de le virer, de le pulvériser, il reviendra par la petite porte, comme un gaz asphyxiant.
C’est ce que j’avais trouvé. C’était une formule. Un peu creuse.
Et clinquante, j’en conviens. Mais elle me permettait d’éviter le débat de fond. De détourner l’attention.
Pas envie de palabrer sur la redistribution des richesses et la lutte des classes. Dans ce monde complètement détraqué, où la lutte contre les microbes a remplacé la lutte des classes, le foot reste l’opium d’un peuple asservi. Je sais.
Mais je m’égare. Le problème du foot, c’est ce que les oligarques, les banquiers, les investisseurs, les propriétaires de club en ont fait. Grâce aux agents et en bout de chaîne aux joueurs: Du spectacle creux, du rutilant,du sans âme, du huis clos, du combat de gladiateurs.
De la pornographie. Voilà, c’est ça. Le côté répétitif et débandant d’un match vendu par les pubards de Canal comme un must absolu.
Avec ses bruits de foule enregistrés, et les caméras partout. Va te faire ****** Bolloré. On retrouve toujours les mêmes aux manettes.
Je veux dire, les mêmes profils. Des multimilliardaires, des magnats de Wall Street, des Jeff Bezos et des Bernard Arnault. Et en foot, comme dans la vie, on a laissé trop faire.
On s’est laissés berner par leur propagande. Nous, les prolétaires du ballon et du cash-flow. Un des problèmes du capitalisme, c’est qu’il est devenu financier, qu’il a oublié l’industrie.
Un autre problème du capitalisme, c’est que nos ressources ne sont pas illimitées. On le voit bien maintenant, le capitalisme et sa course au profit ont pourri la planète. Malgré les promesses lancinantes, plus rien n’est régulé.
Et les richesses accumulées penchent toujours du même côté. En France en 2021, grâce aux réformes de notre bien-aimé président, le CICE, le retrait de l’ISF, et tout le package, grâce à celui qui nous fait croire qu’il est supporter de l’OM alors que bon, vous l’imaginez dans le virage Nord ? Qui ne saute pas n’est pas marseillais !
Qui ne saute pas n’est pas marseillais ! Grâce aux “emmarcheurs”, et à leur délire de “startup nation”, nous sommes arrivés à un stade très élaboré du capitalisme. Et très vicieux.
Une excroissance qui veut que, malgré la pandémie et les morts, les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres, tout ça devant nos yeux endormis. D’un côté un million de pauvres en plus, on a allègrement franchi en France la barre des dix millions en 2021, et en face les 10% les plus riches ont gratté 25 milliards supplémentaires. Ni vu, ni connu, je t’embrouille.
Passons… Ces histoires de riches, de pauvres, c’est toujours la même rengaine. C’est d’un manichéisme ! Peut-être.
Mais, l’écart se creuse. Peut-être, mais au fond on s’en fout, car on s’est habitué. Le foot nous endort.
Le basket aussi. Et les séries sur Netflix. Est-ce que ça va pouvoir durer ?
Est-ce que le peuple va continuer à regarder docilement les fortunes gonfler chaque année dans le classement Forbes ? Va continuer à accepter le spectacle avilissant des nantis paradant sous nos yeux humides ? J’ai vu passer une information décapante : Elle concerne Mark Zuckerberg.
Essayons d’imaginer la vie d'un homme qui dépense 23 millions de dollars pour sa sécurité. 2 millions par mois...
Quelle est sa vision du réel ? Elle devient quoi dans ce contexte ? En équivalent humain, c'est, en gros, payer 50 gardiens par mois, frais compris, H-24, 7 jours sur 7.
Les patrons de multinationales en sont là. Ils ont peur. Ils se protègent.
En 2006, j’ai écrit un livre sur le football : Le milieu du terrain. J’y racontais mon désamour du ballon, la manière dont ce sport glissait vers une inhumanité, vers l’oubli des supporters et des prolos du samedi qui claquaient leur paye pour un billet, une bière et une saucisse. Le foot, grâce à Canal plus, à BeIn et à RMC, est devenu un sport d’abonnés, de gens aisés et bien-pensants.
Une affaire de marques et d’asservissement. Quinze ans et quelques Champions League se sont écoulés et les plus gros clubs de la planète, La Juve, ManU, le Réal se sont réunis pour inventer une ligue professionnelle en circuit fermé, avec 12 clubs toisant les autres, jouant ensemble en vase clos, “draftant” les footballeurs à gros salaires. Annonceurs, droits télé exorbitants, pur spectacle télévisuel, jeu du cirque numérique.
On est arrivé avec ce coup de force financier à une quintessence du football spectacle, une acmé capitalistique. Ils ont temporairement échoué. Mais le phénomène est intéressant parce qu’il révèle cet inéluctable glissement vers le mercenariat.
Puis le néant. Puis l’implosion du système. Cet épisode qui a vu les supporters, surtout anglais, sortir leurs pics, était une sonde.
Ils y reviendront. Je note deux choses. D’abord, que les douze clubs soit-disant les plus riches étaient surtout les plus endettés.
C’est ça le paradoxe du capitalisme. Vivre et mourir à crédit. Comme dans un roman de Louis-Ferdinand Céline.
Ensuite, que les tenants du foot, ceux qui ont eu très chaud aux fesses ces derniers jours, ont fabriqué le venin qui les tuera. En foot comme à la guerre et dans les affaires, on se vend maintenant au plus offrant sans affect, sans mémoire de l’endroit d’où l’on vient. On dessèche le monde.
On le tue à son profit. On se barde et on se garde. On s’attend au pire.
On prépare des milices. On se replie. Contrairement à ce que j’imaginais, le football peut aujourd’hui péricliter et mourir parce qu’il joue trop perso.
C’est la leçon de cette histoire Le capitalisme aussi peut mourir. C’est la bonne nouvelle de l’histoire, non ? Pas sûr, car rien ne se fera sans dégât.
Les dégâts sont déjà là. Bientôt plus d’éléphants, plus de tigres, plus d’oiseaux, plus de glaciers. La course au profit va tout faire sauter.
Il suffit d’observer les dégâts qu’ils font un peu partout sur la planète. Cette Terre qui brûle, ce vent mauvais qui peut finir par tout emporter. Même le ballon.
Qu’est ce qu’on attend pour siffler la fin du match ? Allez, salut.