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interviewBFMTV· 1 mai 2023 20 min

Face-à-Face : Clémentine Autain

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:09
Présentateur

Il est 8h33 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Clémentine Autain. Bonjour Apolline. Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes la députée de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis. Et ce matin, on est pile entre la promulgation de la loi après la validation par le Conseil constitutionnel. Ça, c'était ce week-end. Et Emmanuel Macron qui fera une élocution très solennelle ce soir à la télévision à 20h. Qu'est-ce que vous en attendez ? Est-ce que vous en attendez quelque chose ?

0:36
Clémentine Autain

J'attends d'un président de la République, dans la situation dans laquelle nous nous trouvons, qu'il atterrisse. Qu'il atterrisse, c'est-à-dire qu'il comprenne que les Français ne veulent pas transformer les deux pires années de travail, enfin les deux plus belles années de la retraite, en deux pires années de travail. C'est ce qu'a fait le gouvernement. – Excusez-moi.

0:57
Présentateur

– Allez-y, je sens que vous l'avez préparée celle-là. On se sent quand même un peu comme quand on se prend les pieds, il faut être honnête, c'est en général qu'on l'a apprise par cœur.

1:04
Clémentine Autain

– Non, c'est que je l'ai dit beaucoup de fois, donc là je l'ai dit à l'envers, mais je pense que tout le monde la comprend, c'est qu'en fait les deux plus belles années de retraite, c'est de 62 à 64 ans, et que là, il va les transformer en deux pires années de travail pour l'écrasante majorité des salariés. Et c'est ce que les Français ne veulent pas, et donc il faut qu'il apaise cette colère et qu'il comprenne. Donc j'attends du président de la République qu'il atterrisse, et donc qu'il abroge cette loi, c'est ce que veulent les Français. – Bon, il ne va pas l'abroger alors qu'il l'a promulguée ce week-end.

– Vous me posez la question, j'attends du président de la République qu'il augmente les salaires et qu'il bloque les prix, parce que le problème majeur des Français aujourd'hui, c'est qu'ils sont pris à la gorge, et que vous avez vu comme moi à quel point le moindre panier que vous faites, panier d'alimentation quand vous faites vos courses, on est dans des niveaux qui sont des niveaux insupportables. Vous avez 42% des Français les plus précaires qui ont supprimé un repas par jour, un repas par jour.

On ne va pas faire toute la liste, les Français la connaissent, ils la connaissent par cœur, mais parfois il y a des domaines qu'on ne connaît pas ou parce qu'ils ne nous concernent pas directement, je vais prendre un exemple, c'est les couches. J'ai été frappée, vous avez une augmentation du paquet de couches qui est de 1,25 centimes. – Pour tous les parents, c'est insupportable. – Pour tous les parents qui ont des bébés, c'est insupportable. Vous avez le prix du sucre, ça concerne tout le monde, mais quand vous passez de 75 centimes à 1,50 euro en 3 mois, c'est insupportable. Et pendant ce temps-là, vous avez des salaires qui sont des salaires comprimés.

Est-ce que le Président de la République comprend cette situation ? Est-ce que le Président de la République est capable de trouver les mots sur la crise de régime que nous traversons ? Peut-être aura-t-il eu Libération ce matin, qui en une dit que 76% des Français estiment que la démocratie est en mauvaise santé et qu'un Français sur deux pense qu'Emmanuel Macron est autoritaire. Donc, est-ce qu'Emmanuel Macron, ce soir, aura atterri ? J'entends bien que je fais un vœu pieux. J'entends bien que d'ailleurs, les Français probablement n'attendent rien du Président de la République. Mais voyez que c'est extrêmement grave.

2:56
Présentateur

– On a bien compris que pour vous, l'important, ce serait aussi le pouvoir d'achat. On va y revenir et la réponse qu'il devrait faire aux Français. Mais quand vous dites, je voudrais qu'ils se rendent compte qu'il y a une crise de régime, est-ce que le fait que vous, vous disiez ce week-end, la légalité, ce n'est pas la démocratie, ça ne provoque pas encore un petit peu plus la crise de régime ?

3:13
Clémentine Autain

– Non, ce qui provoque la crise de régime, c'est de penser que la légalité pourrait être la démocratie. C'est-à-dire que de penser… – La légalité, vous dites cette phrase, la légalité, ce n'est pas la démocratie. – Mais évidemment, bien sûr que la légalité, ce n'est pas la démocratie. – Mais est-ce que l'illégalité, c'est la démocratie ? – Prenez l'exemple concret, c'est légal aujourd'hui que le président de la République puisse passer par le 47-1 de la Constitution… – Qui était la procédure accélérée du débat.

– C'est légal, c'est une procédure accélérée, ça veut dire qu'ensuite il peut procéder par ordonnance, c'est légal et le Conseil constitutionnel peut légalement valider une loi qui n'a pas de légitimité auprès des Français, puisque l'écrasante majorité compte, qui n'a pas de légitimité dans la démocratie sociale, puisque tous les syndicats sont contre, qui n'a pas de légitimité au Parlement, puisque l'Assemblée nationale n'a pas voté.

4:03
Présentateur

– Ça veut dire qu'un homme… – À la limite, j'aurais pu entendre, la légalité n'est pas la légitimité, mais la légalité n'est pas la démocratie. C'est quoi la démocratie si ça ne repose pas sur des règles légales ?

4:14
Clémentine Autain

– Ça ne suffit pas, ça ne suffit pas, et surtout le problème, c'est que nous sommes dans une constitution qui permet à un homme seul de décider. Et c'est pourquoi nous sommes dans une crise de régime. C'est quand vous avez un tel décalage, une telle déconnexion entre le président de la République, qui est normalement garant de l'unité de la nation, et la majorité des Français, cela signifie que quelque chose, et tout le monde peut le constater, ne tourne absolument pas rond. Donc ça peut être légal, formellement, mais ça n'est pas démocratique. – Est-ce que, Clémentine Autain, vous respectez la décision du Conseil constitutionnel ? – Non, je la conteste. Je la conteste absolument.

D'abord, je pense qu'elle n'est pas fondée en droit. Nous avions fait un recours avec des motifs très sérieux, et d'ailleurs, quand vous lisez le rendu du Conseil constitutionnel, ça s'arrachait les cheveux de la tête. Il nous explique, par exemple, qu'il valide le fait que les ministres ont eu des données qui étaient des données, je cite, erronées. Voilà, donc c'est-à-dire qu'il valide le fait qu'on peut mentir. Mais ça, ce n'est pas grave, parce qu'on a pu en discuter.

5:16
Présentateur

– Erroné ne veut pas dire mentir ?

5:18
Clémentine Autain

– Des données erronées.

5:18
Présentateur

– Non, mais avoir des données erronées, ça ne veut pas dire que… – Donc un ministre peut dire que c'est erroné. – Non, mais ça ne veut pas dire que le ministre lui-même a menti.

5:26
Clémentine Autain

– D'accord, ben prenez un dictionnaire, erroné, ça veut dire qu'il n'est pas juste, qu'il n'est pas vrai. – J'ai bien compris. Vous me parlez des données erronées, et ensuite vous me parlez des ministres. – Oui, mais vous le savez, sur les 1 200 euros, tous les Français l'ont vu. Quand on nous a expliqué au début que tout le monde pourrait avoir 1 200 euros, puis après on a appris que c'était du brut et pas du net, puis après on a appris que c'était 200 000, puis finalement c'est 40 000, et puis pour finir de finir, c'est quelques dizaines de milliers, ça s'appelle du mensonge. – Alors il est intéressant de voir ce point.

– Surtout quand le ministre du Soppe avait la note qu'il a cachée, notamment à la représentation nationale, sur ces données qui étaient validées par son administration.

5:57
Présentateur

– Clémentine Nottant, là pour le coup on ne peut pas plus dire absolument n'importe quoi. Il y a une personne qui est très très respectée là-dessus, et j'imagine honnêtement que vous ne direz pas le contraire, c'est Mickaël Zemmour, l'économiste, qui est la première personne à avoir levé le loup de ces 1 200 euros. Il était mon invité ici même vendredi, précisément pour pouvoir dire si oui ou non il y avait eu mensonge, s'il y avait eu insincérité, comme on dit, des débats. Lui-même il disait, à cette question des 1 200 euros, que le débat public n'avait pas été serein et n'avait pas été sincère.

Mais quand on regardait les textes lui-même, il disait que tout était dans les textes malgré tout. – C'est-à-dire qu'il n'y a pas eu de mensonge. – Non mais vous ne pouvez pas dire, vous député, vous aviez aussi accès aux textes. – Mais le problème…

6:36
Clémentine Autain

– Vous pouviez dès le début dire que… – Mais c'est ce que nous avons dit, simplement l'insincérité… – Vous avez pu le dire, vous avez pu l'exprimer. – Oui, mais l'insincérité des débats est mise en cause par des ministres qui ont des données formelles et qui racontent autre chose. Deuxième point, c'est pour ça que je conteste la décision.

6:50
Présentateur

– Non mais je veux dire, c'est important de voir que pendant le débat démocratique, pour le coup, ce loup-là a été levé au minimum et chacun a pu faire référence au texte lui-même et dans le texte, il n'y avait pas de mensonge. – Écoutez… – Non, non, mais on ne peut pas jouer sur les mots sur une question aussi importante que la légalité.

7:05
Clémentine Autain

– Je vous donne différents éléments. Je pense que ce débat n'était pas sincère du point de vue de l'exécutif et que la procédure adoptée était, dit le Conseil constitutionnel, inhabituel. – Et donc que le Conseil constitutionnel est illégitime ? – Je pense qu'en effet, il prend une décision qui est une décision éminemment politique. Vous savez, la matière du droit, ce n'est pas une science exacte. Ce n'est pas une science exacte. – Mais c'est quoi ? Ça veut dire quoi, ça ? – Vous le savez bien, il y a de l'interprétation aujourd'hui. – Oui, il n'y a qu'à voir un tribunal qui rend une décision.

– Certains scientifiques, comme Didier Raoult, vous diront que les sciences médicales sont elles aussi relatives. Ce que je veux dire, c'est qu'à partir du moment où vous... – Non, alors là, moi, je ne suis pas du tout d'accord avec ça. Il y a des sciences, des sciences dures, voilà, des sciences dures. La physique, on ne discute pas de savoir si le soleil tout retourne de la Lune ou l'inverse. Voilà, c'est prouvé scientifiquement par l'expérience. En revanche, la matière juridique, elle est source d'appréciation. Donc, les prétendus sages, qui n'ont pas rendu une décision de sagesse, mais au contraire une décision que j'estime irresponsable, eh bien, ont fait un travail politique.

Politique, et ils ont également rejeté le RIP. Ils pouvaient, le référendum d'initiative populaire. – Il y en a un deuxième, d'ailleurs, qui est en discussion. – Oui, mais vu les motifs avancés qui sont là aussi un peu ubuesques, si vous me permettez l'expression, c'est-à-dire... – Vous espérez peu. – Voilà, je ne sais pas ce qui va se passer. Il peut toujours y avoir un coup de théâtre, mais ce n'est pas l'ambiance. – Marine Le Pen, elle dit du RIP que c'est une arnaque. – Si nous avions eu 4,8 millions de signatures, et si ce RIP... – Non, mais que la procédure est une arnaque, qu'en fait, jamais personne n'y arrivera. – Alors, il y a quelque chose qui ne va pas non plus.

Vous voyez bien que ça ne tourne pas rond. Quand vous avez un homme qui décide seul d'une mesure dont les Français ne veulent pas, c'est le président de la République, et que tout cela est légal, c'est-à-dire que la Constitution lui permet, et je veux revenir sur cette Constitution, elle a été, vous savez, écrite en 1958 dans un contexte de guerre, pour un général, qui était le général de Gaulle, et elle a conféré un pouvoir exorbitant, exorbitant au président de la République et à l'exécutif. D'accord ?

Aucune démocratie autour de nous, aucune, aucun régime démocratique, en Europe, mais pas seulement, n'a un tel pouvoir qui est donné à un seul homme, et un système institutionnel qui permet justement de telles choses complètement folles.

9:20
Présentateur

– Donc pour vous, elle est morte cette Constitution ?

9:23
Clémentine Autain

– Elle est morte le 14 avril, elle était déjà bien entamée, depuis fort longtemps, et j'ai envie de dire depuis le début, et à gauche, vous savez à quel point nous avons dénoncé le coup d'État permanent, en fait le fait que dans ce régime-là, il y avait quelque chose de fondamentalement autoritaire. Mais aujourd'hui, je pense qu'on arrive à quelque chose qui est nécrosé.

9:42
Présentateur

– Je voudrais qu'on comprends où on en est aujourd'hui, Clémentine Autain. J'ai bien compris que vous espériez et vous appeliez à une nouvelle Constitution, la 6e Constitution, 6e République, mais cela dit, en attendant, les règles qui régissent notre vie en commun dans cette cité, c'est la 5e République, c'est cette Constitution-là. Or vous ne la respectez pas, à partir du moment où les décisions comme celles du Conseil constitutionnel vous apparaissent illégitimes, qu'est-ce qui est légitime aujourd'hui ?

10:11
Clémentine Autain

– Je pense qu'il y a une interprétation de cette 5e République qui est poussée à son extrême d'un point de vue autoritaire. Donc, même le peu que nous avons, désolé Pauline de Malherme, mais le président de la République et le système institutionnel, aujourd'hui, ça se voit dessus. Et ce qui est fascinant, c'est de voir qu'Emmanuel Macron a été élu dans le cadre de ce qu'on peut appeler un barrage républicain et que maintenant, c'est lui qui fait barrage à la République.

10:39
Présentateur

– Il avait lui-même dit que ça l'obligeait.

10:40
Clémentine Autain

– C'est un barrage à la République, aujourd'hui. Donc, non seulement on pourrait faire mieux dans le cadre de la 5e République, le président de la République a par exemple le pouvoir de faire repasser, aujourd'hui, c'est l'article 10 de la Constitution, le texte devant l'Assemblée nationale. Il a le pouvoir de le faire, il choisit de ne pas le faire. Donc, il est particulièrement autoritaire. Et je veux que chacun comprenne que ce changement institutionnel, ce n'est pas quelque chose qui n'aurait rien à voir avec la vie quotidienne des Français. C'est quelque chose qu'il y a à voir. Tout le monde peut le comprendre. Qui décide aujourd'hui ?

Mais deux choses simples, je vous parlais tout à l'heure des salaires. Qui décide des salaires ? Qui décide que, par exemple, l'année dernière, 80 milliards d'euros… – La plupart du temps, c'est les patrons. – Non, il y a quand même… Non, ça peut être l'État. Bien sûr que ça peut être l'État et la loi.

11:25
Présentateur

– Bien sûr, mais la plupart du temps, pour l'instant, en tout cas…

11:27
Clémentine Autain

– La hausse du SMIC, qui peut le décider ? – L'État. Voilà, l'État, donc l'Assemblée nationale, donc vous voyez, ça dépend de nous. Décider d'indexer les salaires sur l'inflation, qui peut le décider ? Un système politique…

11:37
Présentateur

– Ça peut tout à fait être une décision, ça avait d'ailleurs été le cas jusqu'à dans les années 80.

11:40
Clémentine Autain

– Une décision politique. L'année dernière, 80 milliards d'euros ont été redistribués en dividendes aux actionnaires. Qui le décide ? Qui le décide ? Qui décide qu'on est dans une société où, depuis les années 80, on donne des milliards et des milliards aux grandes entreprises sans contrepartie et pendant ce temps-là, on aide moins les ménages qui sont dans la galère ? Qui décide qu'on ferme des maternités ? Qui décide qu'on n'investisse pas dans l'école et les hôpitaux ? Ça, c'est le quotidien des Français.

12:04
Présentateur

– Ce que vous voulez dire, c'est qu'il est face à ses responsabilités sur des questions très quotidiennes des Français. Et d'ailleurs, vous espéreriez que ce soir, il parle pouvoir d'achat, vous le disiez, la question de l'augmentation des salaires, c'est du blocage des prix.

12:14
Clémentine Autain

– Je veux juste dire, Pauline de Malerme, je veux ici tirer la solenne d'alarme sur la crise de régime et dire que le temps est venu d'une nouvelle République, la sixième de ce nom, parce que la sixième, mais que cette question institutionnelle n'est pas une question qui va intéresser un tout petit milieu, c'est une question qui intéresse les Français, puisque chacun a vu que de la crise sur la question des retraites, nous sommes passés à une crise démocratique.

et que si on veut renouer un lien de confiance entre les élus, entre tous les élus, y compris les députés, qui n'ont pas forcément une confiance, enfin les Français n'ont pas une confiance absolue dans leurs députés, n'ont pas confiance dans leur système institutionnel, n'ont pas confiance dans le Conseil constitutionnel, pour justement qu'ils soient à l'écoute des préoccupations des Français. Eh bien, si on veut retrouver ce lien, alors il faut faire un grand ménage et il faut être capable de tout revisiter du sol au plafond.

13:03
Présentateur

– S'il parlait ce soir de pouvoir d'achat, s'il lançait une nouvelle loi sur la question du pouvoir d'achat, sur la question de l'augmentation des salaires, vous seriez prêt, dans ces cas-là, à voter des lois avec le gouvernement ?

13:13
Clémentine Autain

– Non mais nous, on est toujours prêt, s'il y a une loi qui est d'intérêt général et qu'on estime juste, qui permet de faire reculer les inégalités, qui permet d'améliorer le quotidien des Français, on le fait. D'ailleurs, on l'a fait à plusieurs reprises ces derniers temps, et même quand on a fait avancer les choses, le président de la République est passé par derrière, avec la Première ministre, et a fait un 49-3. Onze fois, onze fois, ils ont empêché les votes, qui étaient des votes progressistes à l'Assemblée nationale, pour, justement, imposer leur loi.

13:39
Présentateur

– Il y aura une suite dans la rue.

13:40
Clémentine Autain

– C'est une minorité qui impose sa loi à tous.

13:42
Présentateur

– Il y aura… Enfin, ce n'est pas une minorité, vous ne pouvez pas non plus exagérer. – Bien sûr que c'est une minorité. – Vous considérez que c'est une minorité ? – Ah, vous considérez… – Non, il a une majorité relative. – Il n'a pas de majorité. – Non, c'est bien ce que je viens de dire, il a une majorité relative.

13:52
Clémentine Autain

– Non, non, il est… – Pour autant, il est quand même le groupe… – Une majorité relative, ça n'est pas une minorité. Il est le plus grand groupe de la… – Il est la plus grosse minorité, si vous voulez. Mais ce n'est pas une majorité.

14:01
Présentateur

– D'accord, donc pour vous, il n'est même pas… Enfin voilà, cette majorité relative, vous ne la reconnaissez pas. Il a été élu malgré tout, au deuxième tour.

14:08
Clémentine Autain

– Il n'a pas de majorité.

14:09
Présentateur

– Il a été élu. – Il a été élu, pourquoi ?

14:11
Clémentine Autain

Il a été élu en grande partie parce que nous, les Français… – Mais il a été élu ! – Oui, mais il faut comprendre sur quelle base il a été élu. Ensuite… – Non, mais il s'est qualifié au deuxième tour, par exemple.

14:20
Présentateur

Je veux dire, Jean-Luc Mélenchon n'était pas au deuxième tour.

14:21
Clémentine Autain

– Certes, mais il n'a pas été… – Bah certes, ça change les choses quand même. – Mais je l'entends bien ça. Simplement, je vous dis qu'il devrait songer aux conditions dans lesquelles il a été élu et qui d'ailleurs, quand on regarde l'Assemblée nationale, donne à voir qu'il avait plus de 300 députés avant et puis là, il n'a pas de majorité. – Si Jean-Luc Mélenchon avait été élu face à Marine Le Pen, diriez-vous, auriez-vous dit la même chose ? – Je pense que si Jean-Luc Mélenchon avait été élu à la place d'Emmanuel Macron, il aurait commencé par un processus constituant pour une VIème République.

14:53
Présentateur

– Non, et le fait d'être élu face à Marine Le Pen, est-ce que ça veut dire que désormais, toute personne qui est élue face à Marine Le Pen n'a pas de légitimité ?

15:00
Clémentine Autain

– C'est-à-dire qu'il y a la légitimité que lui confère ce vote-là, ça c'est sûr, mais il doit aussi en tirer des enseignements. Et d'ailleurs, c'est ce qu'avait fait le président.

15:11
Présentateur

– Mais il n'est pas illégitime.

15:12
Clémentine Autain

– Mais là, je pense que la façon dont agit le président de la République depuis des mois n'est pas légitime, et je pense que ce n'est pas simplement moi qui le ressens, c'est celles et ceux qui nous regardent, vous savez. – Non mais bien sûr, tous les sondages,

15:21
Présentateur

non mais moi je ne parle pas de la question de… D'abord, il est évident que désormais, il y a peu de sondages qui lui donnent une quelconque foi, s'il regarde effectivement les sondages, sondage après sondage. – Vous n'avez pas l'impression qu'il est complètement déconnecté ? – Non mais la question… – Vous n'avez pas l'impression qu'il est un seul ? – D'abord, moi je n'ai pas d'impression, j'ai des questions. Mais Clémentine Autain, pour la suite, parce que c'est important ce que vous dites au fond, quand on est élu face à Marine Le Pen, on est, en tout cas toutes les dernières élections l'ont montré, élu en grande partie aussi par rejet.

15:50
Clémentine Autain

– Non, la dernière fois ce n'est pas le cas, parce qu'il avait une majorité confortable à l'Assemblée nationale.

15:54
Présentateur

– Vous ne le savez pas au moment de la présidentielle ? – Oui mais maintenant il le sait quand même. – Au moment de la présidentielle en tout cas,

15:59
Clémentine Autain

on peut dire tout ce qu'on veut, on n'a pas encore la question de la majorité et de la composition de l'Assemblée. – Quand vous avez des millions de gens dans la rue, Apolline de Malherde, quand vous avez des millions de gens dans la rue, d'accord, qui arrivent à faire 12 jours de mobilisation, c'est historique, 12 jours de mobilisation, dans un contexte où encore une fois vous avez les salaires…

16:15
Présentateur

– Vous mélangez la suite avec le moment de l'élection. En tout cas, si je reviens sur cette question du face-à-face du deuxième tour, il y a aussi une question qui est que malgré tout, on a vu évidemment cette prise de position de Jean-Luc Mélenchon la semaine dernière qui face au sondage qui donne une bonne place à François Ruffin, et à Jean-Luc Mélenchon. Jean-Luc Mélenchon dit qu'il est prêt, il pense déjà à la suivante, et il se dit que François Ruffin serait le candidat visiblement idéal de la France insoumise. Est-ce que ça pour vous, c'est une perspective et c'est important ? Est-ce que c'est votre candidat ?

16:44
Clémentine Autain

– D'abord oui, je pense qu'il faut se projeter. Maintenant la question de qui va nous représenter la prochaine présidentielle n'est pas le sujet. D'ailleurs François Ruffin a répondu en disant que c'était très sympa, mais que ce n'était pas le moment. Et je suis d'accord avec François Ruffin pour dire que le moment est celui de notre équipe, que nous devons former ensemble, et consolider la NUPES, qui est l'outil qui justement… – Pourquoi il fait ça Jean-Luc Mélenchon ? – Écoutez, vous lui demanderez, qui est l'outil aujourd'hui… – Vous ne lui avez pas demandé, aucun de vous ne lui a demandé ? Pourquoi il faisait ça sur un tweet ? – Là ce n'est pas mon sujet, mon sujet c'est de savoir…

Non je suis désolée, mais le sujet…

17:15
Présentateur

– C'est le sujet de Jean-Luc Mélenchon en tout cas visiblement.

17:17
Clémentine Autain

– Certes, mais ce n'est pas la présidentielle, là tout de suite, qui incarne la NUPES à la présidentielle en 2027 n'est pas le sujet du moment. – De toute façon vous trouvez ça encombrant. – Non, je vous dis que ce n'est pas le moment. Je vous dis qu'aujourd'hui ce qu'il faut c'est déjà consolider la NUPES, voyez ? Donc moi ce que j'aimerais c'est d'abord que la NUPES soit prête, et en avant pour la NUPES. – La présence d'Adrien Quatelins, vous aviez voté contre ? – Alors nous avons décidé de ne pas dire quel était notre vote, maintenant j'ai donné ma position, vous la connaissez, je peux la redire, je me suis exprimée dessus.

Je pense qu'en effet, 4 mois c'est très court pour passer de la condamnation à des faits de violences conjugales. – Vous auriez préféré qu'il ne réintègre pas le groupe ? – Et à l'interprétation qu'il en a fait dans la foulée, au fait de réintégrer un groupe qui porte des valeurs féministes et le combat contre la lutte, enfin de la lutte contre les violences faites aux femmes, c'est court. Voilà, maintenant il y a une décision qui a été prise démocratiquement, et donc Adrien Quatelins va réintégrer. – Pardon, mais c'est assez rare.

18:15
Présentateur

– Je veux dire dans votre groupe, il y a plein de décisions, on ne comprend pas trop comment elles ont pris.

18:19
Clémentine Autain

– Dans le groupe, nous avons pris une décision dans des formes démocratiques, en effet avec un vote, et donc il faut le respecter. Mais je veux juste dire que la question, elle est encore devant nous, c'est-à-dire qu'on n'a pas tout réglé avec ce vote. Demain, des situations, ces logiques vont continuer de se retrouver là, devant nous. – Pensez à d'autres dossiers ? – Je redis qu'il faut un groupe de travail qui permet de codifier les situations, de surmonter les difficultés, de dire comment il peut y avoir de la réparation à tous les groupes de la NUPES, et ce groupe-là n'existe pas, il y a bien des cellules.

18:53
Présentateur

– Clémentine Autain, ma question est importante, parce que vous dites qu'il y aura d'autres cas. Est-ce qu'au moment où on se parle, Clémentine Autain, vous avez connaissance de quoi ?

19:01
Clémentine Autain

– Absolument rien, absolument, je ne suis pas dans les cellules, je n'ai connaissance de rien, mais je sais juste l'ampleur de ces violences, et le fait qu'on ne vit pas hors le monde quand on fait de la politique, et donc forcément ces situations vont se retrouver. Et j'aimerais bien que la prochaine fois, on ait des modes de réaction qui soient plus appropriés, du début jusqu'à la fin.

Et donc pour y arriver, je dis qu'il faut un groupe de travail qui se mette en place, et qui ne soit pas simplement les cellules composées de femmes, essentiellement, qui partagent leurs difficultés entre elles, mais qui a une prise en charge politique au plus haut niveau, et qu'on décide que ce sujet est un sujet majeur dont on s'occupe. – Dont les hommes aussi se préoccupent, il faut qu'ils fassent partie aussi des différentes commissions.

– Oui, j'entends bien que les hommes ne peuvent pas forcément recueillir la parole, les femmes qui parlent aiment parler à des femmes, en revanche, pour ce qui est de l'expression publique, pour ce qui est de la décision politique, bien sûr qu'il faut le prendre à bras-le-corps, et je veux que tout le monde comprenne que c'est un sujet de premier plan, de premier plan.

19:59
Présentateur

– Clémentine Autain, merci en tout cas d'avoir répondu à mes questions ce matin, vous qui êtes députée de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis, on a bien compris que vous espériez beaucoup qu'Emmanuel Macron sera ce soir apaisé, et qu'il parlera pouvoir d'achat, salaire et blocage des prix. – Pas pouvoir d'achat, mais des salaires et des prix. – Merci.