Réouverture du détroit d'Ormuz, munitions françaises... Le "8h30 franceinfo" d'Alice Rufo
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Bonjour Alice Ruffo et merci d'être avec nous ce matin sur France Info. On va évoquer beaucoup de sujets avec vous. Évidemment, le réarmement de la France avec cette réunion qui s'est tenue à Matignon sur l'économie de guerre hier. Vous y étiez, on va parler de la crise énergétique quand même, évidemment. Mais d'abord, évoquons la cause de cette crise. C'est bien sûr la guerre au Moyen-Orient et l'actualité de ces dernières heures. Ce sont ces pourparlers indirects entre Américains et Iraniens. Écoutons Steve Witkoff.
Je peux vous annoncer aujourd'hui que nous avons présenté une liste de 15 mesures qui constituent le cadre d'un accord de paix. Celle-ci a été transmise à l'ensemble du gouvernement pakistanais qui agit en tant que médiateur et cela s'est traduit par des messages forts et positifs lors des discussions.
Steve Witkoff qui est l'émissaire de Donald Trump, notamment pour le Moyen-Orient. Alors on a l'impression que côté iranien, la négociation est un petit peu plus complexe. Et voilà, et c'est l'information de la nuit, que Donald Trump recule encore. Il avait donné un ultimatum à l'Iran qui est finalement reporté au 6 avril. Est-ce qu'on est crédible selon vous quand on menace le lundi et qu'on recule le vendredi ?
Je pense qu'il faut quand même se dire que c'est plutôt mieux s'il y a une voie de sortie politique et des perspectives de négociation et pas de frappe sur les infrastructures énergétiques. Vous savez qu'on a appelé la semaine dernière un moratoire. Après, il faut trouver un chemin à un moment donné. Et manifestement, les Etats-Unis le cherchent, tant mieux. Parce que cette crise, on voit bien, a des conséquences quand même très lourdes. J'ajoute que dans la phase de négociation qui est en cours, il faut aussi tenir compte des intérêts des autres pays. Parce que cette crise a eu des conséquences sur le monde entier et singulièrement sur les pays du Golfe.
On va en parler, bien sûr, qui sont proches de la France.
Donc, c'est très important que dans ces négociations, chacun puisse bien être associé.
Est-ce que, quand Donald Trump dit qu'il y a des discussions avec l'Iran, c'est un peu plus compliqué du côté iranien. Est-ce qu'on peut faire confiance aux Etats-Unis ? Vous, vous faites confiance alors que Téhéran dément, c'est pour parler. On a du mal à y voir clair et de comprendre la stratégie de Washington là-dedans.
C'est vrai qu'il y a un sujet de lisibilité sur la stratégie de Washington depuis le début, d'ailleurs de cette guerre dont nous n'étions absolument pas informés. Je veux le dire ici, ni prévenus. Et donc, on a eu du mal à comprendre les objectifs précis qui ont d'ailleurs changé. Le régime, le nucléaire. Ce qui est important pour nous, parce que je ne peux parler que pour nous-mêmes. Ce qui est important pour nous, c'est qu'il y ait une désescalade militaire. Parce qu'on voit bien que l'escalade militaire a des conséquences très lourdes et très graves pour la région et au-delà. Et qu'on arrive à parler des sujets tels que le nucléaire iranien sur lequel...
Pardon, on a une petite expertise, puisque depuis 2003, les Européens ont travaillé sur ce sujet et étaient parvenus à un accord qui avait permis, lui, de mettre le programme iranien sous contrôle. Donc, il faut écouter ce que dit aussi le patron de l'Agence internationale pour l'énergie atomique, Raphaël Grossi. Il faut s'appuyer sur l'expertise, parce que là, la situation est grave et il faut absolument en sortir.
Mais qu'on comprenne bien, vous êtes, vous, optimiste quant à une résolution par les voies diplomatiques de ce conflit ? On sait qu'il y a par ailleurs un Conseil de l'ONU aujourd'hui, aussi une réunion du G7 en région parisienne. Tout ça, ça peut permettre d'avancer dans le bon sens ?
Je crois en la diplomatie, de manière générale. Je pense que c'est la diplomatie qui peut nous aider à sortir de la crise. Maintenant, être optimiste, ce serait être naïve. Je pense que la situation est très grave. Être pessimiste, ce serait être abandonner le combat pour essayer d'en sortir. Donc, ce n'est pas une question d'optimisme ou de pessimisme. C'est une question de volonté. Il faut vraiment poser de tout notre poids pour que cette escalade militaire cesse et qu'on arrive à trouver une issue à cette guerre.
Vous avez évoqué tout récemment la perspective d'un conflit long. Là, quand vous voyez l'attitude de Donald Trump, alors il est déjà long, effectivement, on arrive à 28 jours, bientôt un mois. Quand vous voyez l'attitude de Donald Trump, est-ce que vous avez l'impression qu'une sortie de crise s'esquisse ou est-ce que, dans tous les cas, ça ne pourra pas se faire ? Je rappelle que vous avez une expérience aussi de diplomatie. Est-ce que ça ne pourra pas se faire, de toute façon, en quelques jours ? C'est forcément encore au moins plusieurs semaines.
Non, je préfère répondre très honnêtement. Je pense qu'on n'est pas au bout, loin de là, et que le conflit va durer du fait de ses conséquences. Il y en a beaucoup, il y en a partout. Maintenant, de quel sujet on parle ? Si on parle d'Hormuz, de toute façon, ça ne peut pas se régler en 24 heures. Ce n'est pas vrai. Il faut préparer les choses, et c'est d'ailleurs ce à quoi on travaille, nous. On va parler très spécifiquement du décroi d'Hormuz. Il y a des conséquences au Liban, il y a des conséquences dans la région, il y a évidemment la question nucléaire, il y a la question des missiles qui ne va pas se régler du jour au lendemain. Donc, ça va être compliqué, ça va être long.
Mais oui, pour vous répondre très clairement, j'ai eu une expérience diplomatique, en effet. Il y a un G7 aujourd'hui. Je pense que la diplomatie doit vraiment reprendre ses droits. Nous, on fait ce qu'on doit faire en termes de posture militaire, d'accompagnement de nos partenaires. On fait ce qu'on doit faire, mais c'est à la diplomatie de reprendre ses droits.
Et comment nous, Européens, nous devons justement réagir ? Vous avez évoqué ce G7 aujourd'hui qui se tient près de Rambouillet. Marco Rubio sera présent, chef de la diplomatie américaine. Et on voit bien que les Américains ne cessent de critiquer notre manque d'implication, notamment pour débloquer le détroit d'Hormuz. Est-ce que c'est une forme de chantage ? Ou est-ce que malgré tout, il faut qu'on réagisse ? Non, mais on réagit sur le détroit d'Hormuz, mais à nos conditions. Et à ses déclarations ? Quand on dit que les Européens, finalement, ne sont pas suffisamment impliqués, il y a une apathie de l'automne ?
Ça dépend, parce qu'en fait, ça dépend de quel est l'objectif que vous fixez à ce à quoi vous demandez de participer. Si les Etats-Unis nous demandent de participer à la réouverture de vives forces du détroit d'Hormuz, je crois que la réponse a été claire de notre côté.
Quand on dit de vives forces, c'est-à-dire y aller et participer ?
Participer à l'offensive. Oui, non, on ne participe pas. D'ailleurs, on n'a pas été associé à cette guerre, on ne l'a pas choisie, on n'en a pas été informé, on n'y participe pas. Donc s'il s'agit de nous demander de participer à la guerre, de manière offensive, comme les Américains le font, non, évidemment. Après, entre ça et ne rien faire, il y a une énorme marge.
Et ce qu'on fait, le chef d'état-major des armées, hier encore, a réuni ses homologues pour préparer justement leur prise de la liberté de circulation dans le détroit d'Hormuz, ce n'est pas par des opérations militaires offensives, qu'elles soient côté iranien d'ailleurs ou côté américain, qu'on rétablit une liberté de circulation maritime.
De façon très concrète, si on vient justement sur le sujet du détroit d'Hormuz, qu'est-ce qui ferait que la France se dirait, là ça y est, on peut aller participer à la sécurisation du détroit d'Hormuz ? C'est quoi ? C'est que les frappes s'arrêtent ? C'est qu'il y a un accord de cessez-le-feu ? C'est qu'il y a des discussions avec les Iraniens ? C'est que les Iraniens aient donné une forme d'accord ? Quels seraient les critères ?
Oui, c'est exactement, vous le dites très bien. Il faut qu'il y ait une baisse sensible des tensions, parce qu'il faut que le trafic reprenne, le trafic ne peut pas reprendre dans une situation d'escalade militaire telle. Donc il faut qu'il y ait une baisse des tensions, il faut faire un bilan clair de la situation sur la possibilité, ce qu'il faut sécuriser dans le détroit, et puis il faut évidemment que ça soit le plus large possible et qu'il y ait des systèmes de ce qu'on appelle de déconfliction, y compris avec les Iraniens. Voilà, c'est ça qu'il faut comme condition.
Qu'est-ce que ça veut dire pour que chacun comprenne, quand vous parlez là de déconfliction dans le détroit d'Hormuz, de façon concrète ?
De façon concrète, ça veut dire qu'il y ait des canaux de discussion. Encore une fois, quand vous faites, par exemple, on peut imaginer des systèmes d'escorte. L'escorte, ce n'est pas fait pour aller débloquer quelque chose de manière offensive, c'est fait pour protéger.
Une forme de dissuasion, quelque part.
C'est de la protection. Et donc, en fait, c'est pour rassurer et protéger et permettre la reprise du trafic civil. Donc, en fait, c'est ça. Et dans ces cas-là, vous avez quand même besoin de vous assurer de la baisse des tensions pour ne pas repartir dans une situation de conflictualité.
Donc il faut être capable, c'est ce que vous nous dites, de discuter avec les uns et les autres, de voir quel est l'état des tensions et ensuite d'avancer.
Oui, c'est exactement ça. Il faut que la situation devienne plus calme et il faut surtout travailler dans le temps comme on le fait avec beaucoup de partenaires. Je crois que le chef d'état-major des armées en a réuni plus de 30 hier. Il faut travailler avec les pays d'Asie pacifique qui sont très directement impliqués. Le président de la République ira dans la région la semaine prochaine. Je pense qu'il en parlera. Je suis même sûre qu'il en parlera avec ses homologues. Je crois qu'il ira faire une tournée asiatique.
C'est là où les conséquences sont les plus dures à l'échelle internationale et je pense que c'est dans l'intérêt aussi des pays, de nos partenaires d'Asie pacifique que le trafic dans le détroit d'Hormuz reprenne. Donc il faut en parler à des conditions qui sont celles de cette mission et qui ne sont pas celles d'une opération offensive telle que l'a conduit les Etats-Unis.
Le gouvernement fait savoir que la France tient un rôle défensif dans la région. On sait qu'il y a le porte-avions Charles de Gaulle qui est déployé en Méditerranée orientale. Est-ce que vous nous confirmez ce matin que le porte-avions est toujours présent en Méditerranée orientale et peut-être nous préciser le rôle précisément de ces derniers jours dans la région ?
Oui, je peux vous préciser le dispositif dans la région parce qu'en fait il est... Il ne va pas seul le porte-avions. Non, voilà, c'est ça. Le porte-avions Charles de Gaulle qu'on voit là à l'écran, il est en Méditerranée orientale dans un dispositif de réassurance de nos partenaires, en particulier européens. Par ailleurs, le Charles de Gaulle c'est une capacité unique, unique d'appréciation de situation sur zone complètement souveraine. C'est-à-dire que vous avez une possibilité de comprendre la situation, de comprendre ce qui se joue. C'est pour surveiller principalement ? C'est pour surveiller, c'est pour réassurer. C'est pour apporter...
Vous savez qu'à Chypre, il y a eu des difficultés. C'est un dispositif complet qui permet de réassurer nos partenaires en Europe, en Méditerranée orientale. Après, vous avez des frégates dans la mission Aspides qui, elle, protège le trafic maritime en mer rouge.
Ça, c'est plus, voilà. On est de l'autre côté.
Et ensuite, voilà, vous avez des dispositifs dans les pays du Golfe. Il faut bien séparer les variables qui font de la protection de nos partenaires du Golfe et vous avez des forces au Sud-Liban.
Mais est-ce que, pardonnez-moi, est-ce que le Charles de Gaulle, on sait que c'est souvent un outil diplomatique, le Charles de Gaulle...
C'est aussi un outil militaire.
Alors, a-t-il eu un usage militaire à ce stade ?
Par définition. Le Charles de Gaulle est un moyen militaire. Il est accompagné de très nombreuses frégates. Et vous savez, le signalement stratégique du fait d'avoir un moyen militaire comme le Charles de Gaulle sur place est une réassurance très forte aux demandes. C'est pour ça que c'est salué par nos partenaires européens.
Donc, il reste présent dans la zone
jusqu'au terme du conflit ? Il reste présent dans la zone jusqu'à ce que le chef des armées décide de le faire aller ailleurs ou qu'il bouge. Mais là, il est dans la zone, il est sur zone et je pense que c'est très important pour la réassurance de nos partenaires. Et j'ajoute que c'est vrai que la France, pardon de le dire comme ça, mais c'est vrai que la France, c'est le seul pays capable de faire ce niveau de réassurance en mer, en Méditerranée, au niveau européen. Donc, il faut jouer notre rôle et le porte-avions nous permet de le jouer.
Alors, si on prend la carte, Alice Ruffaut, vous l'avez évoqué, il y a la Méditerranée orientale avec le groupe aéronaval, avec notamment le Charles de Gaulle, la mission qui est en mer Rouge et aussi, effectivement, nos bases qui sont du côté des pays du Golfe. On rappelle que la France a des accords de défense avec le Koweït, avec le Qatar. C'est encore plus vrai, je crois, avec les Émirats. Nos forces sont intervenues pour faire quoi ? On imagine la sécurisation de l'espace aérien. Est-ce que les interventions étaient très régulières ces derniers jours ?
Oui, elles étaient régulières et elles étaient efficaces et c'est concrètement pour vous répondre des interceptions de drones, de missiles, de moyens qui arrivent pour menacer la sécurité des partenaires du Golfe.
Avec nos rafales, donc ?
Avec les moyens dont on dispose sur place. J'ajoute qu'on est en train de travailler, et j'imagine qu'on va y venir, mais c'est à développer des systèmes d'interception qui sont parfois moins coûteux parce qu'on voit bien qu'on est quand même dans une situation de guerre où dans la région et ailleurs, en Ukraine, où la masse compte.
Avec effectivement le coût que peut représenter une interception par des moyens traditionnels versus le prix d'un drone ?
Absolument. On a des missiles qui sont chers pour intercepter des moyens qui ne sont pas chers. C'est ce qu'on a vu en Ukraine avec les drones Shahed iraniens. Quand on disait que l'Iran soutenait la Russie et réciproquement, j'ai entendu le ministre des Affaires étrangères russe hier soir, il y a quand même un partenariat russo-iranien qui est très fort et qui se matérialise notamment dans les drones Shahed qu'il faut pouvoir intercepter. D'ailleurs, on a des solutions technologiques pour le faire, notamment avec des entreprises françaises dont il faut accélérer la production en masse parce qu'on voit bien qu'il y a un rapport coût-efficacité important dans cette guerre.
De retour sur le plateau
du 8.30 de France Info ce matin avec notre invité Alice Ruffeau, ministre déléguée aux armées. On évoque avec vous dans le détail la situation au Moyen-Orient. On va venir bien sûr à la question de nos capacités militaires à nous, Français. Mais d'abord, un mot sur la mort de l'adjudant-chef Arnaud Friand, c'était il y a quelques semaines en Irak, tué par des milices pro-Iran. Pourquoi est-ce que la France a fait le choix de ne pas riposter ?
Le major Arnaud Friand à qui je rends hommage encore une fois aujourd'hui était engagé dans une mission de lutte contre le terrorisme en Irak. Le fait d'avoir ciblé des forces françaises engagées dans la lutte contre le terrorisme est une erreur majeure et c'est extrêmement grave et impardonnable. C'est aux demeurances que le président de la République aide directement au président iranien. La réponse qui a été apportée par la France c'est ça, c'est de dire que c'est absolument inacceptable et vous savez le major Arnaud Friand comme ses frères d'armes se bat pour nous pour notre sécurité. Il faut continuer de lutter contre le terrorisme. C'est le plus important.
C'est pour ça qu'il est mort pour la France, pour notre sécurité et nos soldats quand ils sont engagés dans la région dans la lutte contre le terrorisme il faut être fidèles à leur vocation à leur mission à leur engagement. Il faut continuer de lutter contre le terrorisme.
Est-ce qu'on a formellement identifié quels étaient les auteurs de ce drame ? Est-ce qu'on sait qu'elle était vraiment on a dit que c'était une milice pro-Iran ?
Vous avez des détails à nous communiquer ? On a des détails. C'est un travail de renseignement qui est en cours. Ça a été revendiqué. Les milices pro-iraniennes en Irak ont un rôle de déstabilisateur majeur. J'ajoute que l'escalade militaire partout dans la région ne va pas dans le sens de la stabilisation en Irak à laquelle on a tant travaillé y compris en s'engageant comme c'est le cas dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Donc on voit bien les conséquences de cette guerre et l'extrême des stabilisations régionales qui doit quand même nous amener à recentrer nos intérêts.
Nos intérêts c'est de stabiliser la région, de lutter contre le terrorisme et c'est pour ça que nos forces sont engagées. Nos intérêts
qui posent bien sûr la question des moyens et justement de nos capacités militaires dans le détail on imagine que c'est une information bien sûr assez sensible mais on vous pose quand même la question est-ce qu'aujourd'hui en France en termes de munitions nous sommes à sec ?
Non je ne peux pas dire ça. Il y a eu on ne découvre pas le sujet des munitions. Les lois de programmation militaire successives et singulièrement celles de 2023 plus l'accélération le lancement par le Premier ministre du chantier de l'économie de guerre qui porte sur la production il y a quelques années produisent des résultats. C'est long pour ce qui concerne les munitions complexes. On commence à avoir des premiers résultats. Maintenant très honnêtement toutes les évolutions des conflits qu'on voit en Ukraine et au Moyen-Orient nous conduisent à accélérer. Il faut absolument aller plus vite
sur la production. Alors justement pour bien comprendre parce que l'urgence des munitions ces informations qu'on avait eues au moment du début de la guerre en Ukraine selon lesquelles la France tiendrait pour une guerre de haute intensité quelques jours en termes de munitions. C'était il y a 4 ans que ces informations ont été données avec l'idée qu'il fallait donc se réarmer. Sébastien Lecornu annonce 8 milliards et demi d'euros une nouvelle fois.
En plus
de ce qui a été programmé dans l'APM. Est-ce qu'on a réussi à reconstituer un peu des stocks quand même ces dernières années et pourquoi dites-vous que c'est si long ?
Parce que c'est long de produire des munitions notamment quand elles sont complexes parce qu'on a un très haut niveau de technologie ce qui nous permet d'être très efficace aussi sur le champ de bataille. Voilà. Maintenant on voit bien qu'il faut à la fois gagner la supériorité technologique comme on dit sur un champ de bataille et donc c'est vrai que ça prend un peu de temps pour produire et puis il faut avoir de la masse. la masse ça passe par l'accélération de la production de tous les types de munitions et ça passe aussi par l'investissement dans des munitions à bas coût produites en grande quantité et si possible sans dépendre trop de l'extérieur.
C'est exactement le sens de ce qui a été lancé hier.
Est-ce que toutes nos munitions sont achetées en France aujourd'hui ? Ou pas toutes ?
Nous avons une grande souveraineté sur la production de munitions. Ce qui a été fait ces dernières années et ce qui va être accéléré là récemment c'est aussi de pouvoir relocaliser en France des chaînes de production. Je vais vous donner un exemple très concret avant la guerre en Ukraine on ne faisait plus forcément on n'avait plus investi sur la filière poudre et explosif. On a vu le rôle des obus vous vous souvenez on en parlait beaucoup sur les plateaux des obus de 155 mm en Ukraine qui manquaient qu'on avait besoin d'apporter.
On a relancé des sites de production en France c'est de la souveraineté industrielle à reconstruire nous on ne veut pas la reconstruire uniquement au niveau national on veut la reconstruire au niveau européen mais il faut accélérer cet agenda de souveraineté parce qu'on voit bien que dépendre des autres dans la situation actuelle et intenable.
Comment on fait
pour accélérer ?
Parce qu'on voit bien que c'est la défense les armées le seul domaine qui bénéficie d'autant d'investissements publics dans une ampleur vraiment très importante on sait que Renault par exemple s'est adapté produit maintenant des drones mais pourquoi est-ce que vous regrettez que les industriels mettent du temps finalement à s'adapter à changer leurs habitudes et aussi leur production ?
Alors il y en a quand même beaucoup qui ont accéléré leur cadence de production et ça je salue ces efforts-là c'était tout ce qui a été mené, engagé dans le premier étage si je puis dire ainsi de l'économie de guerre lancée par Sébastien Lecornu maintenant il faut effectivement aller plus vite alors il y a de la réticence parfois à prendre des risques au sens où vous voyez quand vous lancez une chaîne de production ou quand vous accélérez votre production vous vous dites mais comment je vais la vendre pour expliquer très simplement il faut que la commande suive aussi donc il faut de la visibilité sur les commandes bon en l'espèce les annonces qui sont faites sur les augmentations budgétaires permettent de donner de la visibilité plus il y a eu une annonce qui a été faite sur un dispositif qui s'appelle France Munition qui sera détaillée dans les prochains jours qui permet justement de massifier la commande donc de donner de la visibilité aux entreprises et évidemment qu'il faut que les entreprises accélèrent et puis il faut aussi développer des filières qui sont très actives très fortes je pense notamment à la question des drones et des interceptions où vous avez des pépites des leaders français qui eux se sont investis de longue date y compris et c'est très intéressant en partenariat avec les Ukrainiens sur la production oui et ça il faut qu'on y aille à fond
à quelle échéance est-ce que vous estimez que la France sera dotée correctement je ne dis pas qu'elle ne l'est pas aujourd'hui mais qu'elle sera dotée voilà sera capable de faire face vraiment à un conflit potentiel en termes de munitions en termes de réarmement on va dire
alors par définition notre pays est prêt à faire face à la conflictualité qui s'oppose à lui la preuve
avec plein de strates mais la preuve
vous savez il y a plein de pays qui font plein d'annonces il y a peu de pays qui sont capables de déployer ce qu'on a déployé dans les dernières semaines pour assurer la sécurité à personne non mais je veux dire tout ça montre quand même que c'est aussi une stratégie à mener c'est aussi du long terme c'est aussi une stratégie de souveraineté
mais est-ce que l'horizon 2030 par exemple mais bien sûr
on aura doublé mais je ne peux pas vous voyez je ne peux pas laisser s'encoder le débat en prêt ou pas prêt parce que en fait par définition la France par ses lois de programmation militaire parce que nous avons la dissuasion nucléaire est un pays qui sait faire une stratégie donc il faut quand même rassurer sur ce plan là par contre juste un point excusez-moi parce que je n'ai pas répondu à votre question les industries duales comme on dit vous citez l'exemple de Renault c'est un bon exemple il faut absolument développer ça parce qu'au fond on voit que dans la conflictualité contemporaine telle qu'elle se déploie il y a beaucoup de dualité j'ajoute que ça peut être dualité ça veut dire civil et militaire ça peut être très important parce que c'est aussi important pour les français qu'ils sachent que l'effort qui est fait pour leur sécurité sont faits par l'ensemble du tissu productif et j'ajoute que c'est un investissement la défense dans le tissu productif donc c'est très important d'engager les industries civiles aussi alors justement
on parlait de notre porte-avions Charles de Gaulle on sait qu'il l'était il y a une douzaine de jours au nord-ouest de Chypre alors pourquoi on le sait ? parce qu'il a été localisé grâce à l'utilisation par un militaire
vous avez fait la mouche je le dis pour nos auditeurs non c'est la mouche de la ministre
de l'application de sport Strava qui est utilisée pour aller courir notamment et qui a permis en fait de localiser le porte-avions est-ce que ça y est nos militaires n'ont plus le droit de courir avec leur téléphone portable ?
il y a quelques dispositifs de sécurité à prendre en la matière donc dans ces cas-là c'est une responsabilité du commandement c'est comme ça que ça se passe dans les armées et les mesures seront prises il ne faut pas que ça se produise
est-ce que quand même tout cela ne dit pas la faiblesse quelquefois des protocoles de sécurité qui peuvent avoir été faits peut-être il y a plusieurs années avec ces outils les téléphones qui peuvent nous suivre partout y compris des applications de sport etc est-ce qu'il ne faut pas tout revoir un petit peu de fond en comble ?
oui il faut s'adapter à cette nouvelle donne les armées d'ailleurs le font vous savez on a des dispositifs aussi de sécurité interne qui sont je ne vous cache pas assez rigoureux ça arrive le risque zéro n'existe pas et dans ces cas-là il faut prendre des dispositifs et c'est vraiment au commandement de le faire maintenant je vous rassure nos dispositifs de sécurité militaire sont très sérieux et très solides mais effectivement ça peut arriver ce type d'incident et dans ces cas-là il faut prendre des mesures adéquates
est-ce qu'à un moment ou l'autre le Charles de Gaulle a été mis en risque ? non
et d'ailleurs vous savez il y a quelques semaines avant qu'il aille en Méditerranée j'étais sur le Charles de Gaulle et il y a un drone qui est passé à 14 km et on avait l'impression que c'était un danger et ce n'est pas vrai il faut quand même rassurer les dispositifs de sécurité de protection de force de dispositifs comme est le Charles de Gaulle sont d'une robustesse absolue
un grand merci Alice Ruffeau ministre déléguée aux armées d'avoir été avec nous ce matin sur France Info merci bien sûr Mathilde Ciro le point vous restez avec nous sur France Info les informés à suivre dans quelques secondes merci
merci merci
Alice Rufo