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interviewC dans l'air· 22 février 2026 9 min

Macron en fin de mandat ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

On se demande comment il va s'engager dans la campagne présidentielle qui approche, lui qui n'a toujours pas désigné d'héritier. - C'est un passage obligé, véritable rituel, l'ouverture du Salon de l'agriculture par le chef de l'Etat. Trois ans que le salon s'ouvre sur fond de colère du syndicat agricole.

Cette année, c'est la dermatose nodulaire qui a enflammé les passions. La colère est portée par la Coordination rurale. - Les agriculteurs attendaient de ce salon une réponse.

Il n'y a plus de vaches. C'est une honte. - On est en train de crever la gueule ouverte.

Il n'y a pas un Français ni même une personne sur cette planète qui n'est pas au courant de la situation de la crise agricole en France, et il ne se passe rien. A chaque fois que vous croiserez ce gars, si vous arrivez à le croiser, parce qu'il y a au moins deux ou trois barrières avant de le croiser, c'est inadmissible...

Il faut le huer à chaque fois. - Un monde agricole en souffrance. - Je suis ruiné. - Et des sujets chauds, comme le Mercosur.

La France à beau avoir voté contre, Emmanuel Macron se devait de répéter son opposition. - Il y a eu un vote du Parlement européen qui a conduit à saisir la cour de justice. On est encore dans les procédures.

Nous, on a la même préoccupation, la même vigilance. Les règles qui se sont appliquées et qui s'appliquent à nos producteurs pour des raisons qui sont des raisons de santé publique...

On mettrait des règles à nos producteurs pour faire prendre des risques à nos consommateurs avec des produits que l'on importe? On ne veut pas cela. - Emmanuel Macron aura rencontré la Coordination rurale en marge de sa déambulation dans les allées.

Un président de retour sur la scène nationale après avoir été au centre du jeu international. Le président et ses lunettes d'aviateur en une de la presse fin janvier après un discours qui a marqué les esprits, à Davos. - Nous avons besoin de plus de stabilité.

Nous préférons le respect plutôt que les brutes, la science au complotisme, l'Etat de droit à la brutalité. - Un discours et une formule très remarquée, au point d'être reprise sur les réseaux sociaux. - For sure. - Ce n'est pas pour déplaire à un président en fin de mandat. - C'est à la fois le caractère un peu insolite de ces lunettes, le moment de fortes tensions politiques avec les Etats-Unis, le fait que l'on ait dit stop et la franchise, et puis la France à l'international.

Mais c'est très sympa. - Surtout pour regagner quelques points de popularité. Les derniers sondages observent un rebond chez sa base, notamment.

La politique étrangère, domaine réservé du président qui communique beaucoup sur ses voyages officiels. Dernier en date, l'Inde, et une proximité affichée avec le Premier ministre Narendra Modi. - Le partenariat entre l'Inde et la France ne connaît aucune frontière.

Il s'étend des profondeurs des océans aux plus hautes montagnes. - Un partenariat économique aussi. Au menu, promesse d'achat de 114 Rafale pour l'armée de l'air indienne, l'inauguration d'une chaîne de montage d'hélicoptères Airbus, sans oublier l'intelligence artificielle. - La France et l'Inde croient en une IA au service de notre humanité.

Nous sommes prêts à mettre en place des régulations. - Affichés à proximité, bâtir des partenariats avec de grandes puissances, une réponse peut-être au protectionnisme de Donald Trump. -A.Casse: Comment vous regardez cette séquence, sa présence sur la scène internationale et le fait que ce soit un crépuscule? -J.Jaffré: Le règne a subi tellement de soubresauts avant la fin que ça donne un petit peu d'espace supplémentaire à Emmanuel Macron.

Est-ce que le président saura bien en jouer? Il y a deux axes pour lui. Il ne peut pas se représenter, donc ça lui donne une certaine liberté de parole et d'attitude.

On ne peut pas penser que tout ce qu'il dit est dans le calcul d'avoir des voix en 2027. C'est un avantage par rapport à certains de ses prédécesseurs. Je ne citerai personne.

Il y a deux éléments qui jouent pour lui et dont il peut espérer tirer profit. D'abord, il y a les bouleversements du monde. Il y a le trumpisme, l'attaque russe en Ukraine qui continue...

On est à la quatrième année qui s'est écoulée depuis le début de la guerre russe en Ukraine. La politique étrangère, domaine par excellence du président de la République, a un écho, une importance. Ce n'est pas toujours facile.

Sur les questions de défense en Europe, on ne peut pas dire que l'on réussisse à installer ni la défense ni les éléments de défense européenne que l'on voudrait, ni la préférence européenne dont parle le président. Malgré tout, les bouleversements du monde font qu'il y a un intérêt sur ce sujet. Le nombre d'émissions que "C dans l'air" consacre aux sujets internationaux depuis des semaines le montre bien.

Le deuxième élément, c'est ce dont le président se saisit contre le déferlement des nationalistes et le risque des extrêmes. Il a une route droite. Il ne désigne pas d'héritier.

Personne ne lui plaît. -A.Casse: Est-ce qu'il le tuerait en le désignant? -J.Jaffré: Il a tout à fait raison.

Le déferlement nationaliste et le risque que les extrêmes font courir au pays, voilà deux axes qui lui permettent en permanence d'intervenir et probablement d'intervenir pendant la campagne pour dire aux Français de faire attention aux choix, parce que le choix des extrêmes a des conséquences. Si c'est le déferlement nationaliste qui gagne, ce sera un affaiblissement profond de la France en Europe. Elle a pourtant besoin de l'Europe pour exister. -A.Casse: On se demande s'il n'est pas aussi en train de verrouiller l'Etat.

Il place à des postes-clés Amélie de Montchalin à la Cour des comptes, par exemple, est-ce que ce n'est pas ce qu'il est en train d'essayer de faire? -J.Fourquet: Peut-être.

Ca lui est reproché par ses opposants. Ce ne serait pas le premier président à utiliser ce droit quasimonarchique de très large nomination pour placer à des postes stratégiques des gens qui lui sont proches ou qui portent globalement sa vision des choses. On a vu, sur les réseaux sociaux, les petits gimmicks un peu amusants, avec les lunettes...

Il y a une autre expression qui monte depuis un moment, c'est "dans la France à Macron" qui tourne beaucoup. Ca nous dit quand même beaucoup de choses sur l'époque. un côté monarchique, c'est lui qui a modelé cette France...

Donc, tout ce qui ne va pas en France lui est imputé. Ca fait plusieurs années qu'il est en responsabilité. La France de Macron, c'est aussi comme on disait "la France de Louis XIV" ou "de Balzac".

C'est une référence chronologique. Il y a un règne. Ce type de phrase est beaucoup utilisé dans la jeunesse, mais c'est un indice aussi d'une forme d'usure, comme si beaucoup de Français en avaient marre et voulaient passer à autre chose.

Je mets aussi en garde sur le petit rebond dans les sondages dont il a bénéficié. A mon avis, ce n'était pas le coup de pub des lunettes, mais l'attitude qu'il avait eue sur la crise du Groenland. C'est lui qui avait mobilisé les Européens pour essayer de tenir tête à Donald Trump.

On voit quand même que sa parole a beaucoup de mal à passer. -A.Casse: Est-ce que ça ne peut pas continuer avec les tarifs douaniers de Trump qui ont pris un coup, hier?

Ca ne peut pas encore plus porter la parole d'Emmanuel Macron? Il a réagi aujourd'hui en disant que les contre-pouvoirs étaient importants. -J.Fourquet: Là-dessus, je pense qu'il n'est pas trop audible.

Ce que les Français vont constater, c'est, en dépit d'un certain nombre de succès diplomatiques, et il y avait aussi son engagement