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interviewÉlysée (sur YouTube)· 9 octobre 2023 18 min

Discours au Forum des industries créatives et culturelles Création Africa au Centre Pompidou.

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Bien ! Pardon de vous faire attendre ! Mesdames les Ministres, je vous rassure, je vais essayer d'être très rapide, mon propos visant essentiellement à remercier et à encourager.

Ce sont deux objectifs louables. Plus sérieusement, Mesdames les Ministres, Monsieur le Président du Centre Pompidou, cher Laurent, merci infiniment de nous accueillir, Madame la Secrétaire générale du Forum Création Africa, chère Liz, Monsieur le Professeur, est-ce qu'Achille est là ? Mesdames et Messieurs, en vos grades et qualités.

Écoutez, d'abord c'est pour moi une très grande joie d'être là, aux côtés des ministres, au Centre Pompidou, au milieu des créateurs, des artistes, des entrepreneurs, des chefs d'entreprises, de toutes les forces vives africaines et françaises, startups, jeunes créateurs, grands groupes déjà bien installés, de l'édition, de la création, de la diffusion ou de la création cinématographique et de séries, et qui, ensemble, tressent de nouveaux liens. En effet, ce matin a été lancé ce premier Forum Création Africa autour des industries culturelles et créatives. Ce forum, on en a eu l'idée lors d'un déplacement au Bénin et au Cameroun.

Bravo ! C'est terrible de voir qu'il y a du chauvinisme, même en Afrique. Et donc nous l'avons lancé à ce moment-là, en voyant l'énergie qu'il y avait.

C'était un vrai défi. Et comme d'habitude, j'ai un peu annoncé les choses, et puis après il fallait le faire, mais comme à chaque fois, on l'a fait et vous l'avez fait. Et je trouve que c'est le plus beau démenti, j'y reviendrai, au récit qu'on voudrait imposer des relations entre l'Afrique et la France.

Et pour moi, la réalité de cette relation, c'est exactement ce que vous êtes, ce qu'on est en train de faire et les avant-postes qu'on est en train de bâtir, contrairement au vieux récit qu'on voudrait nous écrire. Et donc merci d'avoir rendu cette promesse possible, de l'avoir réalisée, toutes et tous ensemble. Et donc le premier mot, c'est de remercier l'équipe qui s'est mobilisée pour que tout cela puisse advenir.

Alors, c'est d'abord, évidemment, les ministères de l'Europe et des Affaires étrangères, le réseau diplomatique, merci Madame la Ministre, l'AFD, avec son réseau, son aide, le ministère de la Culture, tous les opérateurs des ministères concernés, toutes les équipes. Et donc, de l'AFD à l'INA, de l'Institut français au CNC, du Centre Pompidou au CNL, à BPI en passant par Business France, et j'en oublie parce qu'il y a beaucoup d'autres instituts évidemment, mais toute cette équipe a fait un travail absolument formidable. Évidemment, tout cela n'aurait pas été possible sans la ténacité de Liz Gomis, pour tenir la barre et nous permettre d'arriver à bon port.

Et comme je le disais, je veux remercier l'ensemble des acteurs publics, je l'ai dit, mais aussi de toutes les entreprises françaises qui sont là, de toutes tailles, et qui viennent parfois de très loin, et qui sont, je le disais, de grands groupes de l'édition, du cinéma, de la production, des jeux vidéo. Les plus grands ont accepté de jouer le jeu et de participer, et en même temps tous les groupes africains, les créateurs africains, les associations, les entreprises qui sont là et qui, autour de l'équipe de curatrices et de curateurs mise en place par Liz, ont pu faire vivre l'ensemble de ces secteurs. Ces trois jours illustrent parfaitement la démarche de métamorphose que nous voulons établir par la création et l'entrepreneuriat, et en quelque sorte ce pacte qui est ainsi scellé par ces trois jours.

Et la conviction qui était la nôtre, c'est de se dire qu'il y a entre les entrepreneurs, les créatrices et les créateurs, une énergie qui peut circuler et qui est inédite, et qui permet véritablement d'inventer de nouveaux possibles. Et vous l'avez, je trouve, très bien montré par tous vos projets. Donc ces trois jours doivent vraiment être des moments de démonstrations, de rencontres, d'inventions et de nouvelles aventures.

En effet, ce qu'on a voulu mettre en place, c'est à travers les secteurs que vous représentez, et qui d'habitude sont toujours oubliés, et donc du jeu vidéo à l'animation, de la bande dessinée à l'eSport, de l'édition au cinéma, de mettre ensemble des femmes et des hommes qui vont d'abord réactiver des imaginaires, qui ne se connaissaient pas forcément ou qui n'échangeaient pas et qui, en utilisant les technologies ou les pratiques les plus innovantes et les plus en transformation, vont pouvoir revisiter des lieux patrimoniaux. On vient de le voir, avec la Tunisie et la France, de l'imaginaire kényan ou sud-africain, des aventures béninoises et ainsi permettre d'abord de faire circuler cet imaginaire entre les deux rives, permettre de créer des opportunités économiques, permettre de déployer de nouvelles créations, que ce soient des bandes dessinées, des romans, des jeux vidéo, des compétitions, du sport, qui vont faire vivre ces nouveaux personnages qui viendront parfois de loin, et que sais-je ? Toutes les actions qu'on est en train de découvrir autour de ces trois jours, je le crois très profondément, vont permettre de conjuguer les énergies de l'Afrique et de la France, et de tous les pays ainsi représentés, de la création et de la technologie avec ceux de l'imaginaire, de la culture, du patrimoine.

C'est une circulation d'énergie. C'est la possibilité, en quelque sorte, de réconcilier ce qui jusqu'alors était souvent considéré comme des impossibles. Et c'est ce qui est toujours impressionnant, je trouve.

D'ailleurs, quand on regarde le continent africain avec des yeux classiques, et comme on le regardait, même de manière traditionnelle, par notre diplomatie, on mettait l'Afrique dans des boîtes. Il y avait l'Afrique lusophone, l'Afrique anglophone, l'Afrique francophone. Imaginez que j'ai été le premier président à mettre les pieds au Kenya, folie complète !

à être, avec quelques-uns d'entre vous, au Shrine et merci encore ! Où est notre coéquipière du Shrine ? Et donc ce sont de nouveaux possibles qui vont s'inventer, avec ces trois jours et qui vont permettre, j'en suis convaincu, que cette énergie, dans tous ces domaines, dans toutes ces disciplines, par les chemins croisés, par des projets très rapides, très puissants, qui sont mis en place, va nous permettre d'avancer dans notre littérature, notre cinéma et de créer des univers communs.

Ce sont 35 pays représentés. 44 % des présents ont moins de 33 ans, 71 % ont moins de 40 ans, ce qui montre vraiment la jeunesse des participants. Et c'est vraiment tout le continent africain qui est là, à nos côtés, avec un appétit et une énergie absolument immenses.

Et tout ça vient évidemment s'agréger, avec beaucoup d'énergie, à celle que l'on connaît à travers les différents événements. Hier s'est déroulée la neuvième édition de BIG, organisée par BPI France, à Accor Arena, avec plusieurs délégations africaines : Sénégal, Nigeria, Tunisie, Algérie. Et BIG est un tremplin entrepreneurial qui a beaucoup de synergie avec ces trois jours et ce premier Forum.

Je veux aussi saluer tout ce qui est fait avec la première biennale Euro-Africa de Montpellier, du 9 au 15 octobre, qui va permettre aussi d'accompagner tout ce travail, avec l'action de nos collectivités territoriales et tout le continent africain. Et puis, les 17 et 18 octobre se tiendra l'édition 2023 d'Ambition Africa, qui est organisée avec Business France, avec le soutien du ministère de l'Europe, des Affaires étrangères et du ministère de l'Économie et des finances. Et vous le voyez bien, c'est une série d'initiatives qui viennent s'agréger, créer des confluences et des convergences, et démultiplier tout le travail qui est fait et les efforts qui sont entrepris.

Tout ça, c'est grâce à vous, grâce à votre énergie, mais ça vient s'inscrire dans un travail qui vient de loin, et auquel je voulais ici, en quelques mots, redonner sa cohérence. Je le disais, quand on parle de l'Afrique et de la France, on a tendance à parler très souvent des sujets de sécurité, en oubliant que la France a été bien souvent parmi les rares pays qui sont allés, à la demande d'États africains, pour lutter contre le terrorisme. Mais on regarde en quelque sorte cette relation avec les oripeaux du passé.

Il y a des choses dont on est en train de sortir mais c'est un long travail. Je peux vous en parler en connaissance de cause. Mais ce qui se passe aujourd'hui est le fruit d'une petite révolution intellectuelle, culturelle, qu'on mène avec plusieurs d'entre vous, depuis maintenant six ans.

Je le dis en regardant Liz, parce qu'elle était membre du premier Conseil présidentiel d'Afrique, qui nous a aidés à concevoir cette stratégie. En effet, dès novembre 2017, dans le discours de Ouagadougou, on a voulu complètement réinventer un partenariat entre le continent africain et la France, qui soit équilibré, responsable, respectueux, qui permette aussi de pleinement engager l'Europe dans ce partenariat, Chrysoula le sait, elle qui a, durant toutes ses années de parlementaire européen, œuvré sur ce sujet. Et on a, à partir du discours de Ouagadougou, mis plein de petites pierres.

Quand j'ai prononcé ce discours, on n'a voulu retenir que des moments de provocations qu'on avait avec le président Kaboré, mais j'ai pris des engagements. Juste après, les gens ont dit : "d'accord, comme d'habitude, ce sont des engagements, il n'y aura pas de suite". Tous les engagements pris à Ouagadougou ont eu une suite.

On a dit : "on va restituer les œuvres d'art", et Felwine Sarr et Bénédicte Savoy ont fait un travail formidable, et elles nous ont permis une révolution complète. Je peux vous dire qu'en 2017, personne n'avait envie de restituer les œuvres d'art. Tout le monde disait : "c'est une super idée", puis chacun revenait à la maison en disant : "on va voir, mais on n'est pas sûrs que les pays africains en soient capables", etc, etc.

Ça faisait des décennies qu'on baladait tout le monde. Il y a eu le rapport qui a été fait, formidable travail. Il y a eu un vrai changement et il a fallu mettre de l'huile de coude.

Et il y a eu un moment extraordinaire, qui s'est passé au Bénin, quand plusieurs des magnifiques pièces du trésor d'Abomey sont revenues à Cotonou, ont permis d'ailleurs à beaucoup d'artistes contemporains de réinventer sur cette base, de faire circuler les choses et ensuite, en quelque sorte, c'est une épidémie, maintenant, heureuse, qui va se continuer et qui a continué à Dakar, qu'on continue avec l'Éthiopie. Et on va continuer ce travail, qui est une vraie révolution, parce qu'en refaisant circuler et en réinstallant, en restituant les œuvres d'art sur le continent africain, on rend une part de l'imaginaire et on libère un formidable imaginaire créatif du continent africain. Et c'est aussi pour ça que, dans quelques mois, on va accueillir ici, et merci d'ailleurs aux institutions culturelles françaises, parisiennes, merci Laurent aussi, de participer à cette formidable énergie, on va accueillir des artistes contemporains, béninois et d'ailleurs, qui ont créé sur la base de ces trésors qu'on a restitués.

Ensuite, on a accueilli, on accueille, et on continuera d'accueillir de nombreux artistes, et je veux ici lever toute ambiguïté ou faux procès, la France est un pays qui est fier de permettre à des artistes de tous pays africains de créer, d'inventer, de chercher, de comprendre le monde, de penser la démocratie. Et nous continuerons d'accueillir, de protéger les créateurs, les artistes, les étudiants, les entrepreneurs, en se plaçant au-delà de toutes les controverses, et en mettant la culture, l'intelligence et l'appétit de démocratie et d'inventivité au cœur de cette relation. Et puis ensuite, on avait pris un autre engagement, c'est la conversion du regard, et de mettre au cœur de cette relation des artistes, des inventeurs, des innovateurs africains, à Paris.

C'est ce qu'on a fait avec Africa 2020, et je veux rendre hommage à Madame N'Goné Fall, qui a conduit ce travail avec beaucoup d'entre vous qui étiez ses complices, et qui a permis, avec une formidable énergie, malgré le Covid, partout en France, de mettre en place des lieux de révolution intellectuelle, créative et d'innovation, avec ces quartiers généraux qu'on avait, et des expositions dans les lieux qui étaient interdits à la création, à l'innovation, à la technologie venant du continent africain, de la Conciergerie au Grand Palais et partout sur le territoire. Ensuite, on a fait le Sommet de Montpellier, le Sommet Afrique-France, il y a deux ans presque jour pour jour, où avaient été conviés énormément de talents : des sportifs, des créateurs, des activistes. Cela a été, je crois, un vrai moment de de conception, qui nous a aidés vraiment à retravailler beaucoup de choses.

Moi, ça m'a rendu très fier. je ne tire qu'une seule leçon de ce moment, c'est qu'on aurait dû aller beaucoup plus vite. Ça nous aurait évité des difficultés d'exécution par la suite.

Et je le dis pour tous ceux qui traînent des pieds ou qui à ce moment-là, m'ont regardé en disant : "qu'est ce qu'il fait, sur scène, avec des activistes du Burkina, du Mali, etc, à parler comme ça ?", eh bien tous les sceptiques ont eu tort. On aurait dû aller beaucoup plus vite.

Ils avaient raison. Et puis maintenant, devant nous, on a la Maison des mondes africains, l'année prochaine, qui sera une véritable porte ouverte, à Paris, tournée vers le continent africain et où, selon les mots d'Achille Mbembe qui a imaginé ce lieu, sera la création africaine et diasporique exposée au monde. Et donc, vous le voyez, ce Forum prend sa place dans un ensemble, une série de petites pierres, qui sont la réinvention de ce partenariat, la libération des énergies où tous les pays africains ont un rôle essentiel à jouer, qui nous permet aussi, comme on l'a fait avec Digital Africa, comme on l'a fait avec la présence de l'Afrique à VivaTech, dès 2018 aussi, de faire circuler des énergies au sein du continent et de casser des barrières, et nous-mêmes, de changer notre manière de travailler.

Et puis je voudrais finir en disant que tout cela s'inscrit dans un travail politique très profond, et je veux saluer la présence du Professeur Achille Mbembe, parce que tout ça a aussi beaucoup de sens et s'inscrit en synergie avec la Fondation pour l'innovation, la démocratie, qu'il préside, et qui s'inscrit dans cette dynamique et cette vision. Au moment où des modèles politiques, idéologiques ou des modèles d'universel sont en compétition ou mis à mal, on a énormément besoin de cette invention intellectuelle et politique, qui consiste à reconnaître partout sur le continent africain des projets, à les aider à émerger et à aider la société civile à s'éclairer elle-même et à construire ses propres synergies avec les différents secteurs. Et moi, je crois très profondément que l'avenir du continent africain se joue dans cette initiative intellectuelle et politique que mène Achille, et dans ce que vous allez conduire durant ces trois jours.

Et je finirai là-dessus, parce que la vraie politique, c'est l'invention de possibles qu'on disait impossibles. La vraie politique, ce sont des gens qui disent : "il n'est pas dit que de toute éternité ce sera la même famille qui va diriger le pays, ce seront les mêmes cadres, ce sera forcément la même ethnie, ce sera la même organisation politique, ce seront les mêmes parrains, ce seront les mêmes systèmes d'organisation de la domination ou de l'exploitation". Mais tout ça ne peut pas s'importer de l'extérieur.

Et au fond, c'est sans doute ce que nous avons collectivement raté pendant des décennies, parce qu'il y avait un manque d'enracinement et d'appropriation. Et aussi vrai que ce que fait Achille, avec beaucoup d'intellectuels et d'activistes, c'est de se dire : on va créer nos propres formes politiques d'alternance, de sens et d'énergie. Ce que vous êtes en train de faire, là, c'est de donner encore plus d'énergie et de force aux formes artistiques entrepreneuriales venant de chaque pays d'Afrique, mais qui vont nous permettre, en profondeur, de refonder ce partenariat et cette relation.

Elle ne se fera pas dans des sommets, ni à Paris, ni à Bruxelles ou ailleurs, avec des cadres qui sont pré-pensés. Elle se fera avec de l'énergie qui vient d'en bas, avec des imaginaires qui viennent du terrain, avec des intellectuels, des artistes, des créateurs, des entrepreneurs qui ont l'âge du continent et l'énergie du continent. Et c'est ce qui me rend immensément fier de vous avoir, toutes et tous, durant ces trois jours, ici, et de pouvoir dire que d'ores et déjà, par cette énergie, par son exemplarité, ce Forum est un succès.

Il y en aura beaucoup d'autres, croyez moi, mais faites beaucoup de petits ! Ayez le maximum d'ambition. Et si à chaque instant, quelqu'un vous dit, durant ces trois jours : "ceci n'est pas possible, ceci ne peut pas se faire ou va prendre du temps", dites-vous que c'est résolument possible.

Demandez d'aller dix fois plus vite et ayez encore plus d'ambition. Il n'y a que ça qui compte. À vous de jouer.

Et merci à vous d'être là. Bon vent !