Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
Interviewfranceinfo — L'invité éco (sur Site radio)· 13 juin 2022 8 minComplaisantFond programmatiqueÉconomie & entreprisesTravail & emploi

Désindustrialisation : "Toute la France est responsable", selon Nicolas Dufourcq, directeur général de BPIFrance

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 10 %Défensif 60 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 89 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:01OuverteRéponse directe

    Les places financières dévissent. Est-ce que les entreprises sur le terrain résistent à ce climat ?

  • 0:17OuverteRéponse directe

    Bonsoir Nicolas Dufourc. Vous accompagnez beaucoup de PME. Quel est votre regard sur la situation économique ?

  • 0:27OuverteRéponse partielle

    Les problèmes s'accumulent. Qu'est-ce que vous voyez ? Ralentissement ? Tempête ?

  • 1:28OuverteRéponse directe

    Malgré un décalage entre les indicateurs du début d'année et la réalité actuelle, l'inflation est considérable.

  • 2:10OuverteRéponse directe

    Vous avez cité l'industrie. Cette industrie a reculé depuis 30 ans en France. Pourquoi ce drame ?

  • 3:31OuverteRéponse partielle

    Vous citez l'État et les gouvernements. L'absence de politique industrielle depuis les années 90 ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:45Invité politiqueFait
    « aujourd'hui, ce que je regarde, c'est le premier trimestre de l'année 2022 qui est excellent. »
  • 0:55Invité politiqueFait
    « les PME qui souffrent dans l'industrie en particulier sont celles qui sont dépendantes de la Chine. »
  • 2:40Invité politiqueFait
    « j'ai écrit ce livre parce que je n'arrivais pas à répondre à cette question. »
  • 2:52Invité politiqueFait
    « j'ai été très agacé par ceux qui trouvaient des coupables clairs. Un ou deux. Je trouvais que c'était manichéen. »
  • 3:14Invité politiqueFait
    « En fait, toute la France est responsable. On s'y est tous mis. »
  • 3:44Invité politiqueFait
    « En réalité, la connaissance intime du monde des PME, de ce que c'est que ce monde, les entreprises de taille intermédiaire, dont la catégorie d'ailleurs n'existait même pas à l'époque... »
  • 4:08Invité politiqueFait
    « Le dernier ministre de l'économie qui venait du monde de la PME avec sa voix, c'était René Monnori. Et il était relativement isolé. »
  • 4:18Invité politiqueFait
    « On vient d'une France qui était ultra-parisienne, très centralisée, qui avait encore l'ombre portée de ce qu'elle était avant la décentralisation. »
  • 4:39Invité politiqueFait
    « Ceux qui étaient en responsabilité de direction, à l'époque, étaient tous parisiens, essentiellement parisiens, au contact avec un monde idéologique dont on parlait, ensemble tout à l'heure, qui était un monde ultra-anglo-saxon qui considérait que le libre-échange ne ferait aucune victime. »
  • 4:54Invité politiqueFait
    « le Fabless était une bonne chose. »
  • 5:25Invité politiqueFait
    « la crise qui a déclenché la prise de conscience, et au fond, l'adjournamento idéologique, c'est la crise de 2009 sur l'automobile. »
  • 5:37Invité politiqueFait
    « Pourquoi je parle de gauchissement ? »
  • 6:02Invité politiqueFait
    « À partir de 1995, ceux qui défendent cette posture-là sont considérés comme des libéraux, puis des ultra-libéraux. »
  • 6:55Invité politiqueFait
    « Mais je dis aussi que la mondialisation telle qu'elle est vécue à partir du tout début des années 2000, personne ne pouvait la prévoir non plus. »

Temps de parole

  • Invité politique69 %
  • Présentateur30 %

1,2 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Bonsoir à tous et à toutes. Les places financières dévissent les unes après les autres. Les investisseurs redoutent à la fois l'inflation et la récession. Est-ce que les entreprises sur le terrain résistent à ce climat ? C'est ce qu'on va voir avec notre invité ce soir. Bonsoir Nicolas Dufourc, directeur général de BPI France, la Banque publique d'investissement. Vous accompagnez notamment beaucoup de PME, ce qui vous donne un regard précis aussi sur la situation de l'économie française. Les problèmes s'accumulent. Qu'est-ce que vous voyez là sous nos yeux ? Qu'est-ce qui arrive ? Est-ce que c'est un ralentissement ? Un orage ? Une tempête ? Qu'est-ce que c'est ?

0:35
Invité politique

On y verra beaucoup plus clair. Alors pardon, je ne me défile pas un mai en septembre. Sachant qu'aujourd'hui, ce que je regarde, c'est le premier trimestre de l'année 2022 qui est excellent. Et donc typiquement, quand on fait des revues de portefeuille, les valorisations sont très bonnes, on ne les dégrade pas. Ce que je sais, c'est que les PME qui souffrent dans l'industrie en particulier sont celles qui sont dépendantes de la Chine. Ce sont les assembleurs, ceux qui attendent la petite pièce qui manque, le petit fil qui manque, le petit câble qui manque, etc. Ceux-là souffrent beaucoup et vont avoir devant eux six mois très difficiles, le temps que la Chine se rouvre réellement.

Les autres, toute l'économie française, le tourisme va très bien. La construction commence à ralentir un peu. Alors problème d'approvisionnement aussi sur les matériaux de construction particuliers, sur le bois. Mais honnêtement, au total, sur les clients des pays France, j'ai plutôt des gens qui sont toujours dans leurs valeurs actuelles, c'est-à-dire excellence, ouverture et même l'insolence qu'on aime leur trouver.

1:28
Présentateur

Aujourd'hui encore, malgré un décalage évident entre ces indicateurs du tout début de l'année et ce que ces entreprises vivent aujourd'hui, l'inflation, pour ne parler que de l'inflation, c'est considérable.

1:39
Invité politique

Non, mais bien sûr, mais si vous voulez, les patrons de PME, en tout cas, on va dire les 80 000 qui sont les clients de BPI France, ne sont pas du genre à se mettre à hurler tout de suite, quoi. Ils prennent sur eux, ils sont des opérationnels, donc ils redémontent la montre suisse, ils regardent comment est-ce qu'on peut économiser. Bien entendu, les marges sont pincées par l'inflation. Tout dépend des secteurs. Dans des secteurs, vous pouvez répercuter les prix, l'augmentation des prix de vos entrants sur les prix de vos produits. D'autres ne le peuvent pas et c'est ceux-là qui souffrent.

2:10
Présentateur

Un secteur vous intéresse particulièrement, vous l'avez cité déjà, c'est l'industrie que vous accompagnez beaucoup à BPI France. Cette industrie qui a terriblement reculé depuis 30 ans en France. Vous venez de publier La désindustrialisation de la France chez Odile Jacob. C'est un livre d'enquête et de témoignage où vous cherchez à comprendre ce que vous appelez, Nicolas Dufourc, un drame. Je vais rappeler qu'entre 1995 et 2015, le pays s'est vidé de près de la moitié de ses usines et qu'il a perdu environ un tiers de ses emplois industriels. Qui a provoqué ce drame ? Quel est le résultat de l'enquête pour vous ?

2:40
Invité politique

Justement, j'ai écrit ce livre parce que je n'arrivais pas à répondre à cette question. Et en fait, implicitement et intuitivement, j'ai été très agacé par ceux qui trouvaient des coupables clairs. Un ou deux. Je trouvais que c'était manichéen. Et donc, j'ai interviewé 47 personnes qui ont vécu le drame dans leur chair à l'époque et qui ont aujourd'hui 60, 70 ans, 80 ans et qui se souviennent et qui racontent. Et quand vous interviewez 47 personnes de toutes les secteurs, de toutes les régions de France, vous avez une vision 360 degrés à peu près claire de ce qui s'est passé. C'est ce que je raconte. En fait, toute la France est responsable. On s'y est tous mis.

En réalité, ça vaut d'ailleurs pour beaucoup de choses. Quand un phénomène aussi grave se produit, qui touche des centaines de milliers de Français, de manière aussi profonde, c'est forcément qu'on s'y est tous mis.

3:31
Présentateur

Alors, vous en listez quelques-uns quand même, Nicolas Dufour, qui a commencé par l'État et les gouvernements qui se sont succédés. L'absence de politique industrielle. Une ignorance à peu près totale des PME à partir de quand ? Les années 90 à peu près, c'est ça ?

3:44
Invité politique

Non, ce que je dis, c'est que c'est l'inverse. En réalité, la connaissance intime du monde des PME, de ce que c'est que ce monde, les entreprises de taille intermédiaire, dont la catégorie d'ailleurs n'existait même pas à l'époque... Celles qui nous manquent toujours, en tout cas, on n'en a pas assez. Il y a eu un moment où on appelait ça les gazelles. Tout ça commence vers 2006, donc assez tardivement. Mais dans les années 90, même les années 80, les années 70, on ne parle jamais de PME. Le dernier ministre de l'économie qui venait du monde de la PME avec sa voix, c'était René Monnori. Et il était relativement isolé. Donc, non, on vient d'une France qui ne savait pas ce que c'était.

On vient d'une France qui était ultra-parisienne, très centralisée, qui avait encore l'ombre portée de ce qu'elle était avant la décentralisation.

4:24
Présentateur

Et pour vous, c'est un élément important d'explication, ça ?

4:27
Invité politique

Alors, oui, c'est un des éléments, sachant qu'en effet, quand vous avez les dirigeants français, dont je dis tout de suite, il ne s'agit pas de savoir s'ils sont ou pas fils d'archevêques. Le problème n'est pas d'aimer Bourdieu ou pas. Ceux qui étaient en responsabilité de direction, à l'époque, étaient tous parisiens, essentiellement parisiens, au contact avec un monde idéologique dont on parlait, ensemble tout à l'heure, qui était un monde ultra-anglo-saxon qui considérait que le libre-échange ne ferait aucune victime. Et que le Fabless était une bonne chose.

4:56
Présentateur

Fabless, donc, sans usine, le rêve d'un monde sans usine, sans fabrication possible, en tout cas chez nous, dans nos usines. Vous parlez de la droite, vous parlez de la gauche, et pour la gauche, vous avez des mots particulièrement sévères, Nicolas Dufourg, vous parlez du gauchissement funeste du socialisme français. Est-ce que vous pensez que la droite comprend mieux l'industrie ?

5:16
Invité politique

Écoutez, la droite comme la gauche ont changé radicalement de vue sur la question industrielle à partir de la grande crise automobile de 2009. La crise qui a déclenché la prise de conscience, et au fond, l'adjournamento idéologique, c'est la crise de 2009 sur l'automobile. Même l'automobile était attaquée. Alors c'était que quelque chose de très grave était en train de se produire. Pourquoi je parle de gauchissement ?

Oui, en effet, à partir de la fin des années 90, la gauche que j'ai connue, moi, puisque moi j'étais dans les cabinets de René Delade et de Pierre Berré-Gauvois, c'était une gauche dont, on va dire, la responsabilité fondamentale était d'équilibrer la sécurité sociale, parce que la sécurité sociale, c'est le patrimoine de ceux qui n'en ont pas. C'était une gauche qui était radicalement haussée à la fuite en avant de l'État-providence. À partir de 1995, ceux qui défendent cette posture-là sont considérés comme des libéraux, puis des ultra-libéraux. Et il est légitime de projeter l'État-providence dans la fuite en avant.

Et ça, c'est effectivement ce que j'appelle le gauchissement funeste de la gauche, avec d'ailleurs, à cette époque-là, à fin des années 90, le retour d'une sorte d'analyse extraordinairement marxiste de la société, qui avait pour l'essentiel disparu depuis 1985.

6:26
Présentateur

— On pourrait parler longtemps des politiques, mais aussi des dirigeants industriels, les premiers concernés. Leur responsabilité à eux ? Quelle est-elle ? Ce sera ma dernière question, parce que leur tourne. Vous dites que la France a vieilli en silence dans les années 90. La montée en gamme ne se fait pas, les dirigeants n'apprennent pas l'anglais, ça compte aussi. Et surtout, ils ne voient pas monter la Chine. Ils ont tout raté, c'est ça ?

6:45
Invité politique

— C'est facile de le dire aujourd'hui. En effet, ce que je décris, c'est cela. C'est-à-dire qu'on arrive à 2000-2001 sans s'être réellement préparés. Mais je dis aussi que la mondialisation telle qu'elle est vécue à partir du tout début des années 2000, personne ne pouvait la prévoir non plus. Le fait que la Chine rentrerait si vite dans l'OMC et que la Chine grimperait dans l'échelle des nations industrielles aussi vite, puisque la Chine a multiplié la taxe en industrie par 7 en 10 ans, personne ne pouvait imaginer ça. Donc les Français industriels, Français, PME, qui ont un marché intérieur relativement profond, en effet, ont pensé qu'après tout, ils avaient résisté au Japon.

Le Japon était très agressif. Ils allaient résister à la Chine. En fait, ils ne se sont pas préparés. Mais en même temps, il faut dire que pour eux, à l'époque, être entrepreneur, il faut se souvenir, fin des années 90, c'était extraordinairement dur. Tout le monde vous tapait dessus. Je reviens à mon analyse de remarxisation de la société française. C'était dur pour eux. Et donc beaucoup ont lâché prise, posé le sag, et beaucoup sont partis.

7:49
Présentateur

Autre temps maintenant, celui de 2022. Et pour le coup, une situation qui vous inquiète moins que d'autres, je l'ai noté. Nicolas Dufour, que ce livre, La désindustrialisation de la France, aux éditions Odile Jacob. Merci à vous. Merci.

8:01
Locuteur

Merci. Merci. Merci. Merci.