Narcotrafic : la france en voie de "mexicanisation" ? - C dans l'air l'invitée - 02.11.2024
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 40 %Attaque 20 %Défensif 40 %
Questions et réponses
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Sommes-nous montés d'un cran dans la violence pratiquée par ces dealers?
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Est-ce documenté? Qu'est-ce que ça change dans le théâtre de ces violences?
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Est-ce à dire que ces trafiquants commencent à pénétrer certains milieux, la police, la justice, les douaniers?
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Quand on parle de mexicanisation, au Mexique, on combat les trafiquants avec l'armée.
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Quand B.Retailleau dit que l'Ouest a perdu sa tranquillité, c'est une vie de quartier qui est dégradée?
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On peut avoir un regard différent sur ceux qui disent 'je ne fais de mal à personne si je fume un joint une fois par semaine'?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:00C.ChampeyracheFait
« Ca attire l'attention, ça suscite des réactions, un appel à reprendre le contrôle du territoire, un appel au régalien qui peut se retourner contre ces trafiquants. »
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« En criminologie, on sait qu'à un certain âge, on est plus susceptible de ne pas respecter la loi, d'être dans la rébellion. »
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« On ne contrôle que 2 % des marchandises. »
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« C'est environ 30 000 morts par an liés au narcotrafic. »
- 9:00C.ChampeyracheChiffre
« Le prix de la cocaïne a baissé. »
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Essayez le nouveau ZzzQuil Sommeil Spray. ... - A.de Tarlé: C.Champeyrache, bonsoir.
Vous êtes économiste, criminologue, maîtresse de conférences. Votre livre "Géopolitique des mafias" est sorti aux éditions le Cavalier Bleu. Un jeune homme a été poignardé à Poitiers jeudi soir.
Il n'avait rien à voir avec le trafic de drogue à l'origine de cette fusillade. Sommes-nous montés d'un cran dans la violence pratiquée par ces dealers, qui autrefois tiraient en l'air pour simplement impressionner, mais qui, maintenant, n'hésitent plus à cibler des habitants qui, en l'occurrence, fêtaient Halloween. - C.Champeyrache: On ne sait pas encore toutes les dynamiques qui sont à l'oeuvre, mais au niveau de la violence, il y a eu une montée qui peut causer du tort aux organisations criminelles.
Ca attire l'attention, ça suscite des réactions, un appel à reprendre le contrôle du territoire, un appel au régalien qui peut se retourner contre ces trafiquants. - A.de Tarlé: On parle aussi de trafiquants de plus en plus jeunes.
Est-ce documenté? Qu'est-ce que ça change dans le théâtre de ces violences? - C.Champeyrache: Ces derniers temps, on a eu pas mal de jeunes impliqués soit en tant que victimes dans les trafics, soit en tant que tueurs.
C'est vrai que l'on a une violence mais qui instrumentalise les vulnérabilités de l'adolescence. En criminologie, on sait qu'à un certain âge, on est plus susceptible de ne pas respecter la loi, d'être dans la rébellion. En face, vous avez des organisations criminelles qui instrumentalisent ces vulnérabilités.
Souvent, ce sont des jeunes qui ne sont pas affiliés à ces organisations criminelles. Ils sont utilisés comme petites mains. Ce sont eux qui prennent les coups, qui prennent les balles, qui vont se faire interpeller.
Pour les organisations criminelles, quand c'est un jeune qui est arrêté, il y a l'excuse de la minorité. En termes de répression, ça pèsera moins lourd. - A.de Tarlé: L'un des suspects serait connu de la police pour des faits de trafic de drogue.
Il a été identifié à Marseille et en région parisienne. Il y a une sorte d'ubérisation des trafiquants de drogue, où on a des envoyés spéciaux qui vont passer quelques jours à Poitiers pour effectuer ce genre de fusillades, de règlements de compte, sur ordre de gros réseaux implantés à Marseille. - C.Champeyrache: Il faudrait en savoir plus sur cette personne, sur comment elle travaille.
Il y a plusieurs possibilités. Les organisations criminelles, quand elles gèrent des trafics sur des grandes échelles, de vastes territoires, ont des points partout où elles vont développer leur activité, de même que l'on a des chimistes sud-américains envoyés par les cartels sud-américains dans toute l'Europe. Il y a ces points d'implantation sur tout le territoire.
Ensuite, pour la thématique de l'ubérisation, on recrute des personnes sur les réseaux sociaux. Parfois, c'est intéressant, pour le crime organisé, de recruter quelqu'un qui n'est pas de la zone car il est totalement à disposition. Il ne connaît personne, il n'a pas de réseau, il ne sait rien du monde dans lequel il opère.
Si on est en plus sur le recrutement d'un tueur en particulier, il fait un contrat. Il va se déplacer là où on l'appelle. - A.de Tarlé: Vous parliez de chimistes sud-américains envoyés en Europe pour participer au trafic.
Je vous propose d'écouter B.Retailleau, ministre de l'Intérieur, qui s'inquiète d'une possible mexicanisation du trafic en France et qui dénonce un début de corruption. - B.Retailleau: Ce qu'il s'est passé à Poitiers, c'est dans la France de l'Ouest, pas en Amérique du Sud.
Cette France de l'Ouest, je la connais bien. Elle avait une tradition de tranquillité. Ce que je vois, c'est une toile de la corruption qui s'étend. - A.de Tarlé: "Une toile de la corruption qui s'étend".
Est-ce à dire que ces trafiquants commencent à pénétrer certains milieux, la police, la justice, les douaniers? - C.Champeyrache: Elle ne commence pas.
C'est depuis longtemps que la corruption est en place. La violence, c'est les rides à la surface de la mer. C'est ce que l'on voit, qui nous saute aux yeux.
Mais il y a aussi les mouvements en profondeur. Ce qu'il se passe en profondeur depuis longtemps, parce que la drogue n'est pas un problème nouveau...
La violence nous interpelle car elle nous agresse. Mais ça fait des années que la drogue arrive sur notre territoire. Si elle arrive sur notre territoire, c'est parce qu'il y a un manque de contrôles sur les activités économiques.
Dans la masse qui circule dans les containers dans les ports, on ne contrôle que 2 % des marchandises. En plus, il y a une corruption en place depuis longtemps. Quand on contrôle, on ne contrôle pas le bon container, on regarde ailleurs.
Cette corruption est en place et elle ne touche pas que la fonction publique. Ce serait mentir que de dire ça. Potentiellement, tout agent public ou privé peut être susceptible d'être approché par une organisation criminelle, et il peut céder à cet appât du gain.
Beaucoup de corruption n'est pas décelée et dénoncée car elle ne s'accompagne pas de violence. Ca ne veut pas dire que notre économie n'est pas salie par ça. - A.de Tarlé: Corruption, voire intimidation.
Est-ce qu'on peut avoir certains magistrats qui pourraient avoir peur d'enquêter, de dénoncer, de condamner des trafiquants en disant qu'ils sont plus forts que nous? - C.Champeyrache: L'intimidation existe.
On peut même avoir un mix de corruption, d'intimidation et d'appât du gain. Si tu refuses de rentrer dans le lien corruptif, il va y avoir des petites phrases: "Tes enfants vont bien, je les ai vus à la sortie de l'école." Ca existe, et il faut protéger les personnes qui sont dans des professions plus à risque que d'autres vis-à-vis de ce risque. - A.de Tarlé: Quand on parle de mexicanisation, au Mexique, on combat les trafiquants avec l'armée. - C.Champeyrache: Oui et non.
Heureusement, on n'est pas dans la situation mexicaine. C'est environ 30 000 morts par an liés au narcotrafic. On a des narcotrafiquants qui se tuent entre eux par règlement de compte et qui vont tuer la population civile, des magistrats, des juges, des journalistes.
On est dans une violence discriminée. Ces dernières années, le Mexique tente une politique plus compréhensive vis-à-vis des narcotrafiquants. La force ne fonctionne pas, donc ils essaient d'être plus dans l'empathie et moins dans la répression.
Ca n'a pas fonctionné non plus. - A.de Tarlé: Quand B.Retailleau dit que l'Ouest a perdu sa tranquillité, c'est une vie de quartier qui est dégradée?
Quand on est jeune, qu'on a 15 ans et qu'on vit dans ces quartiers sous l'emprise des trafiquants, il faut être fort pour ne pas céder à la principale activité locale? - C.Champeyrache: Oui et non.
Là aussi, il y a des portes de sortie, des études, des carrières qui respectent la loi. Après, il y a une attraction qui joue beaucoup sur l'image que peuvent avoir les narcotrafiquants. Il y a celui qui va débarquer avec une voiture de luxe.
Forcément, ça fait envie. En plus, il y a l'impression, et ce n'est qu'une illusion, que c'est facile. Quand on est une petite main du trafic, on est plutôt exploité que futur Scarface.
Mais il y a une imagerie qui est comme ça. Il y a aussi tout ce que vit la population, qui ne veut pas de ce trafic de stupéfiants. Mais un point de deal, c'est des guetteurs, des nourrices, toute une logistique.
C'est un contrôle de vie des habitants. On ne peut pas circuler librement, on est contrôlé d'une certaine façon. On invite des gens chez soi, mais on leur demande ce qu'ils viennent faire dans la cité. - A.de Tarlé: Les personnes qui habitent là n'ont qu'une envie, quitter ces territoires? - C.Champeyrache: Ca peut donner envie.
C'est vivre sous la coupe de criminels, de racailles... - A.de Tarlé: C'est dans un quartier infamant? - C.Champeyrache: Ca peut aller jusque-là. - A.de Tarlé: Le ministre délégué en charge de la Sécurité intérieure pointe du doigt les consommateurs.
Il dit: "Consommer, c'est soutenir cette spirale." On peut avoir un regard différent sur ceux qui disent "je ne fais de mal à personne si je fume un joint une fois par semaine"? - C.Champeyrache: On va cibler le plus faible dans cette chaîne.
Sans consommateurs, l'offre s'arrêterait, mais c'est plus complexe. On est sur des produits addictifs. La personne qui est déjà entrée dans cette addiction ne raisonnera pas sur ces critères.
Elle a besoin de sa dose. Elle n'est plus dans la rationalité. A côté, on a quand même une offre qui est abondante, accessible.
Le prix de la cocaïne a baissé. On a un marketing autour des drogues qui vient relancer le consommateur, le chercher jusqu'à chez lui. C'est extrêmement complexe de résister. - A.de Tarlé: Merci beaucoup, C.Champeyrache.
Je rappelle votre livre; "Géopolitique des mafias". Restez avec nous. Tout de suite, "C dans l'air".
J-3 avant l'élection américaine.