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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 26 décembre 2017 11 minContradictoireFond programmatiqueInstitutions & électionsÉconomie & entreprisesTravail & emploiImmigration & asile

Hervé Morin : "L'année 2018 ne sera pas celle de l'augmentation du pouvoir d'achat"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 20 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:06OuverteRéponse directe

    Hervé Morin, est-ce plus difficile d'exister politiquement en tant que centriste sous la présidence d'Emmanuel Macron ?

  • 0:50OuverteRéponse directe

    Emmanuel Macron est-il centriste ?

  • 1:49OuverteRéponse directe

    La promesse d'augmentation du pouvoir d'achat des Français en 2018, vous y croyez ?

  • 3:11OuverteRéponse directe

    Et pour être plus compétitif, la réforme du code du travail, c'est une bonne solution ?

  • 4:08RelanceRéponse directe

    Le gouvernement envisagerait de faire passer la responsabilité de l'apprentissage des régions aux branches professionnelles. Pas d'accord ?

  • 4:28RelanceRéponse directe

    Mais est-ce que les branches professionnelles ne sont pas plus compétentes que vous pour former des apprentis ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:18Invité politiqueFait
    « le parti central de la vie politique qui a provoqué cette espèce de séisme dans la vie politique, il s'appelle En Marche. »
  • 0:54Invité politiqueFait
    « Il l'est très clairement sur les questions européennes, disons-le. Il est presque autant ou aussi européen que nous. »
  • 1:03Invité politiqueFait
    « Il est probablement assez libéral, au moins autant que nous. Il a un défaut majeur pour les centristes, c'est qu'il est jacobin quand nous sommes, nous, profondément girondins. »
  • 2:10Invité politiqueFait
    « on aura une année 2018, à moins d'un tel regain économique qu'il y ait des fortes augmentations salariales, on voit très bien que l'année 2018 ne sera pas celle de l'augmentation du pouvoir d'achat. »
  • 2:38Invité politiqueFait
    « Je pense que la priorité c'est de faire en sorte qu'on sorte du chômage de masse et ces phénomènes tellement destructeurs sur la société française. »
  • 3:23Invité politiqueFait
    « Mais moi qui suis président de région, je vais vous dire, il y a une réforme qui est absolument indispensable, c'est la réforme de la formation. »
  • 4:57Invité politiqueFait
    « La première, c'est la politique de François Hollande qui pendant 5 ans a une telle politique de yoyo qui a une rupture de la confiance complète. »
  • 8:16Invité politiqueFait
    « Moi je suis pour en effet expulser ceux qui sont déboutés du droit d'asile, très clairement, aucun doute là-dessus. »
  • 8:53Invité politiqueFait
    « En revanche, je dis, selon cette formule qu'on a utilisée 10 000 fois, notre pays doit être en capacité aussi de considérer que des migrants économiques, on ne peut pas en accueillir par centaines de milliers ou par millions quand on est avec une situation telle qu'on la connaît. »

Temps de parole

  • Invité politique79 %
  • Présentateur21 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

Hervé Morin, bonjour, président de la région Normandie, président du parti Les Centristes, ancien ministre de la Défense. Hervé Morin, est-ce plus difficile d'exister politiquement en tant que centriste sous la présidence d'Emmanuel Macron ?

0:13
Invité politique

Ce qui est évident, c'est que, disons les choses telles qu'elles sont, on ne va pas se cacher derrière son petit doigt, le parti central de la vie politique qui a provoqué cette espèce de séisme dans la vie politique, il s'appelle En Marche. Il n'y a aucun doute là-dessus. Après, il y aura une recomposition complète du système, on est dans la période de décomposition qui est loin d'être terminée et dans laquelle vous aurez un système qui va se rebâtir, mais on voit bien que l'arrivée d'En Marche a bouleversé un schéma qui nous paraissait à nous tous comme absolument intangible, qui était le bipartisme et la bipolarisation.

0:50
Présentateur

Emmanuel Macron est-il centriste ?

0:54
Invité politique

Il l'est très clairement sur les questions européennes, disons-le. Il est presque autant ou aussi européen que nous. Il est probablement assez libéral, au moins autant que nous. Il a un défaut majeur pour les centristes, c'est qu'il est jacobin quand nous sommes, nous, profondément girondins. Ce qu'il veut dire ? Ce qu'il veut dire très clairement, c'est qu'il se trompe, mais probablement parce qu'il n'a jamais été élu local, il se trompe quand il pense que la réussite du pays passera uniquement par l'Elysée, Matignon et les ministères.

Une partie du redressement du pays se passe par les territoires qui ont plus de capacité d'innovation, plus de capacité de mouvement, qui sont plus mobiles, qui ont la capacité d'expérimenter là où l'État est empêtré dans ses normes, ses procédures, son obligation de traiter les choses avec le principe d'égalité quand des territoires qui sont dans des situations différentes ont besoin de solutions différentes.

1:49
Présentateur

La promesse d'augmentation du pouvoir d'achat des Français en 2018, vous y croyez, avec une baisse des cotisations sociales, l'exonération de la taxe d'habitation, mais une hausse de la CSG ?

2:00
Invité politique

Écoutez, sur le sujet, quand on regarde les analyses, on voit bien que les impôts c'est pour le début de l'année et que les baisses d'impôts c'est plutôt pour la fin de l'année. Et donc très clairement, on aura une année 2018, à moins d'un tel regain économique qu'il y ait des fortes augmentations salariales, on voit très bien que l'année 2018 ne sera pas celle de l'augmentation du pouvoir d'achat. Est-ce que c'est la priorité ? Je ne crois pas, je vous le dis, je pense que la priorité c'est d'abord le redressement de la compétitivité de l'économie française.

Je pense que la priorité c'est de faire en sorte qu'on sorte du chômage de masse et ces phénomènes tellement destructeurs sur la société française. Et donc je crois que d'abord, ce qu'il nous faut, c'est faire en sorte que notre pays retrouve une balance commerciale équilibrée, pas pour la retrouver équilibrée. Ce n'est pas un objectif en tant que tel pour une société que d'avoir une balance commerciale équilibrée. Mais c'est le signe que enfin l'économie française est capable d'affronter le monde qui est devant lui. Et ce monde-là, le monde de demain, il est inévitable. On ne peut pas s'encaquemurer et considérer qu'on va vivre dans une espèce de forteresse où ça n'existera pas.

Et pour être plus compétitif, la réforme du code du travail, c'est une bonne solution ? J'ai écrit au président de la République, vous voyez, il y a quelques semaines, pour lui dire, la réforme du code du travail, c'est bien. Est-ce que ça suffit, la baisse de la dépense publique, la baisse des prélèvements obligatoires dans le pays qui a les plus hauts niveaux de prélèvements obligatoires du monde ? Tout ça est nécessaire. Mais moi qui suis président de région, je vais vous dire, il y a une réforme qui est absolument indispensable, c'est la réforme de la formation.

Parce que dès lors que l'économie française va mieux, comme c'est le cas aujourd'hui, on est face à un phénomène qui est absolument insupportable, c'est que toutes les entreprises recherchent de la main d'oeuvre. Toutes les entreprises recherchent des qualifications, des compétences qu'elles ne trouvent pas. Et donc vous avez une espèce de plafond de verre gigantesque d'entreprises qui aujourd'hui auraient des carnets de commandes beaucoup plus pleins s'ils avaient de la main d'oeuvre pour pouvoir y répondre.

4:08
Présentateur

Hervé Morin, le gouvernement envisagerait de faire passer la responsabilité de l'apprentissage des régions aux branches professionnelles, une position qui est défendue par le MEDEF. Pas d'accord, c'est ce que vous dites, vous voulez être reçu d'urgence à Matignon. Pourquoi dites-vous non ?

4:25
Invité politique

Parce que tout ça repose sur une mauvaise analyse et un mauvais constat. Est-ce qu'on peut s'arrêter deux minutes sur cette question qui est très importante ? C'est une partie de la capacité de nos jeunes, de nos enfants, de trouver un boulot. Puisque comme vous le savez, la formation par alternance est une formation dans laquelle il y a des niveaux d'intégration professionnelle excellents puisqu'on a 80-85%.

4:46
Présentateur

Mais est-ce que les branches professionnelles ne sont pas plus compétentes que vous pour former des apprentis ?

4:53
Invité politique

Pourquoi l'apprentissage ne marche pas ? Il n'a pas marché pour deux raisons conjoncturelles. La première, c'est la politique de François Hollande qui pendant 5 ans a une telle politique de yoyo qui a une rupture de la confiance complète. La deuxième, c'est qu'il y a une crise et quand il y a une crise, on embauche moins. Et puis après, il y a des causes structurelles qui sont des causes dépendantes de l'État. Les causes dépendantes de l'État, c'est 1, les conditions d'embauche des apprentis de moins de 18 ans. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, un apprenti de moins de 18 ans qui est apprenti bouché, il ne peut pas utiliser un couteau. Je caricature un peu, mais c'est de ce niveau-là.

Deuxièmement, vous avez une autre cause qui est absolument essentielle, c'est qu'on nous empêche d'être réactifs parce qu'on a créé un système où il faut 9-10 mois pour ouvrir des places d'apprentissage. Et puis, il y a un troisième sujet qui est fondamental, qui est la question de l'alimentation de l'apprentissage. En clair, est-ce qu'on a des jeunes qu'on peut mettre dans nos places d'apprentissage ? Et derrière ça, il y a un sujet que tous les gouvernements annoncent et sur lesquels, jusqu'alors, ils finissent tous par capoter, qui est la question de l'orientation.

Moi, président de région, j'ouvre des places d'apprentissage dans des bassins d'emploi où les entreprises me disent « je recherche des apprentis », quand j'ouvre 25 places, j'ai 8 jeunes ou 10 jeunes. Pourquoi ? Parce qu'on a un système d'orientation qui ne marche pas, qui est en clair, dans les mains, pardon de le dire, mais de profs de collège ou de psychologues, là où on devrait y mettre de l'économie, faire découvrir aux jeunes quels sont les métiers, les passions, les techniques, là où les écoles, les familles devraient aller dans les entreprises pour savoir quels sont les métiers de demain, que l'industrie, ce n'est pas germinal, tout ça n'existe plus.

Et donc, faire de l'orientation une des grandes réformes du pays, c'est absolument stratégique, à la fois pour toute la jeunesse, pour éviter cette espèce de déterminisme social dans lequel nous sommes, parce qu'il n'y a pas école plus inégalitaire que l'école française. Dis-moi ce que font tes parents, je te dirai ce que tu vas faire comme études. Mais deuxièmement, il y a un deuxième sujet qui est l'apprentissage. Et sur ce sujet-là, on a besoin de faire en sorte que les régions prennent la main et créent un système dans lequel on permette à des jeunes de découvrir des métiers, des carrières vers lesquelles on ne veut pas les envoyer.

7:10
Présentateur

Question au président de la région Normandie. Est-ce que vous approuvez l'idée qui est dans l'air de limiter à 80 km heure la vitesse sur les routes départementales et nationales ?

7:19
Invité politique

Écoutez, moi, je comprends très bien l'objectif de réduire le nombre d'accidents, le nombre de morts, etc. Je ne suis pas convaincu que c'est en baissant à 80 km heure que ça va beaucoup changer les choses. Ah bon ? Pourquoi ? Parce qu'il y a un moment, il y a d'autres causes. Il y a la lutte contre l'alcool, il y a les conditions de la sécurité routière, des routes entretenues convenablement, elles le sont de moins en moins, notamment quand ce sont celles de l'État. Je ne suis pas convaincu que ce soit la première des réformes qui soit nécessaire pour réduire la mortalité sur les routes.

7:59
Présentateur

Est-ce que vous approuvez la future loi qui a pour but de durcir la politique d'immigration en France, objectif expulser massivement les déboutés du droit d'asile ?

8:09
Invité politique

Moi je suis pour en effet expulser ceux qui sont déboutés du droit d'asile, très clairement, aucun doute là-dessus. Je pense qu'en revanche, le gouvernement fait une grave erreur en introduisant dans les centres d'accueil des fonctionnaires qui vont vider les centres d'accueil et ne pas permettre d'accueillir, de permettre à des hommes et des femmes de pouvoir se nourrir et d'avoir un peu de réconfort.

8:34
Présentateur

Le pape a lancé dimanche un appel pour l'hospitalité pour les migrants.

8:39
Invité politique

Il a raison ? Mais l'hospitalité pour les migrants, lesquels ? S'il s'agit de migration politique, s'il s'agit d'hommes et de femmes qui ont besoin de l'asile, je n'ai aucun souci là-dessus. En revanche, je dis, selon cette formule qu'on a utilisée 10 000 fois, notre pays doit être en capacité aussi de considérer que des migrants économiques, on ne peut pas en accueillir par centaines de milliers ou par millions quand on est avec une situation telle qu'on la connaît.

9:09
Présentateur

Que pensez-vous des déclarations très politiques du pape hier lors de sa bénédiction solennelle ? Il a parlé de la Syrie, de l'Irak, du Yémen, de Jérusalem, du conflit israélo-palestinien, de la Corée du Nord, des migrants. Il est dans son rôle ?

9:21
Invité politique

Il est dans son rôle. Quel est le pape qui ne parle pas de ces sujets-là au moment de Noël, qui est un moment de paix et de fraternité ?

9:30
Présentateur

Un mot encore à propos des centristes. On a du mal à suivre les querelles chez les centristes. Vous vous êtes affranchis de l'UDI, vous ne voulez rien savoir du modem de François Bayrou. Pourquoi ? Vous n'êtes pas d'accord sur l'essentiel ? Pourquoi le centre est devenu une sorte de galaxie de chapelle,

9:46
Invité politique

une nébuleuse mouvante ? Est-ce que vous voulez bien regarder les choses et vous dire que dans toutes les formations politiques d'hier, il y a une espèce de recomposition complète et totale ? Et moi, je veux d'abord participer à quelque chose de simple, c'est reconstruire et refonder notre projet politique. Faire en sorte de dire aux Français qu'est-ce que serait un projet girondin qui fait confiance aux territoires, qui fait confiance aux corps intermédiaires ? Qu'est-ce que c'est qu'un projet dans lequel on y intègre ce que peut représenter le bouleversement numérique de l'intelligence artificielle sur un projet politique ? Quel est le sens de la démocratie de demain ?

Est-ce que la démocratie participative ne va pas être un jour impactée par le digital ? Sans aucun doute. Est-ce que, comme le dit Michel Serres dans son formidable petit bouquin qui s'appelle La Petite Poussette, la transformation des consciences, la transformation du modèle social lié au digital, quelles sont les conséquences qu'on en tire ? Moi, je veux d'abord travailler sur le projet avec des tas de gens qui sont disponibles pour ça avant de se préoccuper de savoir quelle est la construction politique dans laquelle on est.

10:53
Présentateur

Hervé Morin, vous restez avec nous pour répondre aux questions des auditeurs et aux questions de Frédéric Mettezot qui nous a rejoint dans ce studio et qui a écouté attentivement le début de cette interview. Mais dans quelques secondes, la revue de presse. Sous-titrage Société Radio-Canada