En régulant l'installation des médecins, "on oppose des détresses les unes aux autres", déplore Paul Frappé
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Questions et réponses
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Vous participez au 18e congrès de médecine générale de France à Paris en ce moment et vous présentez notamment cet après-midi aux médecins une étude riche en enseignement, notamment celui-ci. Les médecins généralistes travaillent bien plus que 35 heures par semaine.
- 1:23OuverteRéponse partielle
Et par exemple, pour ce qui vous concerne, vous, c'est combien d'heures par semaine ?
- 1:33OuverteRéponse directe
Et pourtant, c'est aussi ce que montre l'étude, les généralistes sont majoritairement satisfaits de leur travail.
- 2:14OuverteRéponse directe
Mais la consultation, elle a été augmentée à 30 euros en fin d'année dernière. C'est une hausse de 3,50 euros. C'est suffisant aujourd'hui, selon vous ?
- 3:14OuverteRéponse directe
Mais il y a ça aussi, justement, dans la Convention de la Sécurité sociale, un forfait médecin-traitant où on donne une certaine somme aux médecins-traitants pour les patients qui suivent de façon régulière, en fait.
- 3:53OuverteRéponse directe
Alors, ces revalorisations dont on parlait, et puis ces améliorations dans la rémunération, elles étaient censées régler, en tout cas aider à régler aussi le problème, un problème dont vous allez forcément parler à ce congrès, celui des déserts médicaux, qui est encore un vrai sujet.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:06Invité politiqueChiffre
« un généraliste, l'un des premiers résultats de l'enquête, travaille en moyenne 8,3 demi-journées par semaine »
- 1:13Invité politiqueChiffre
« ce qui ne fait pas un temps plein sur le papier. Mais en fait, si on compare en nombre d'heures par rapport à d'autres enquêtes, c'est des très grosses demi-journées. Il est bien au-delà des 35 heures. »
- 2:27Invité politiqueFait
« Les 30 euros, on pourrait dire que c'est un rattrapage de l'inflation. »
- 3:24Invité politiqueChiffre
« aujourd'hui, il y a plus d'une cinquantaine d'indicateurs qui donnent lieu à des rémunérations multiples, rien que dans le fait d'être médecin-traitant. »
- 4:23Invité politiqueFait
« Je pense qu'on oppose un petit peu des détresses les unes aux autres avec des propositions de ce type-là. »
- 4:56Invité politiqueFait
« vous avez la quasi-totalité de la ville qui est en hors-zone. À part quelques quartiers prioritaires de la ville, le reste est en hors-zone. »
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France Inter, Alibadou, Marion Lourd, 6-9. Premier invité de la matinale à votre micro, Marion Lourd, il est médecin généraliste et président du Collège de médecine générale. Bonjour, Paul Frappé. Bonjour. Vous participez au 18e congrès de médecine générale de France à Paris en ce moment et vous présentez notamment cet après-midi aux médecins une étude riche en enseignement, notamment celui-ci. Les médecins généralistes travaillent bien plus que 35 heures par semaine.
Oui, alors tout à fait. Il y a beaucoup de questions qui se posent autour de l'activité réelle des médecins généralistes. Aujourd'hui, on peut se dire que c'est un peu étonnant que dans une société de l'information, on gère la démographie médicale un peu à l'aveugle, soit en décomptant le nombre de médecins généralistes, soit en regardant le nombre d'actes qu'ils font. Et en fait, à la fois derrière ces nombres de généralistes et ces nombres d'actes, l'offre est très variée. Et donc, on avait besoin de faire une enquête pour quantifier un petit peu plus finement et la quantité réelle de temps passé par les médecins généralistes en demi-journée.
Et puis, le type d'actes qu'ils délivrent et qui peut être assez variable suivant les profils de médecins généralistes. Et donc, un généraliste, l'un des premiers résultats de l'enquête, travaille en moyenne 8,3 demi-journées par semaine, ce qui ne fait pas un temps plein sur le papier. Mais en fait, si on compare en nombre d'heures par rapport à d'autres enquêtes, c'est des très grosses demi-journées. Il est bien au-delà des 35 heures.
Et par exemple, pour ce qui vous concerne, vous, c'est combien d'heures par semaine ?
Alors moi, c'est très particulier, pas du tout représentatif, vu que j'ai ces activités au Collège de la médecine générale.
Et pourtant, c'est aussi ce que montre l'étude, les généralistes sont majoritairement satisfaits de leur travail.
Oui, c'est un constat qui est réjouissant, parce qu'on parle beaucoup des problématiques autour de la médecine générale. Et parfois, peut-être qu'on a tendance à penser qu'il n'y a pas de satisfaction dans le métier. Et effectivement, c'est très franc. Quels que soient les profils de médecins généralistes, les remplaçants, il y a quand même un vrai attachement à ce métier, une vraie satisfaction générale de la part des médecins généralistes.
Alors, il y a beaucoup d'enseignements dans cette étude aussi, que finalement, il n'y a plus tellement de différences entre les hommes et les femmes. Et ça, c'est intéressant. Majoritairement satisfaits, donc, il y avait pourtant un sujet, un moment de rémunération. Mais la consultation, elle a été augmentée à 30 euros en fin d'année dernière. C'est une hausse de 3,50 euros. C'est suffisant aujourd'hui, selon vous ?
Oui, alors, c'est surtout les modalités de rémunération qui sont en question dans le métier de médecin généraliste. Les 30 euros, on pourrait dire que c'est un rattrapage de l'inflation. Mais en fait, il faut voir qu'il y a beaucoup de rémunérations en arrière boutique que le patient ne voit pas, qui ne sont pas dans la transaction qu'on a au moment de la fin de consultation. Il y a des forfaits qui se développent. Il y a des nouveaux modes de rémunération qui se développent. Et qui, parfois, pour le médecin généraliste lui-même, sont des sommes qui arrivent de manière un peu déconnectée de l'effort, donc qu'il est censé rémunérer.
Et du coup, il y a un gros enjeu à ce que ces rémunérations qui arrivent, ces nouveaux modes de rémunération qui seront là pour un peu quitter le nez du guidon et pouvoir avoir une rémunération plus globale sur des prises en charge générales des patients. Mais que pour autant, ça ne soit pas détaché de l'effort que c'est censé valoriser. Du coup, c'est un changement un petit peu de repère pour tout le monde.
Mais il y a ça aussi, justement, dans la Convention de la Sécurité sociale, un forfait médecin-traitant où on donne une certaine somme aux médecins-traitants pour les patients qui suivent de façon régulière, en fait.
Tout à fait. Oui, aujourd'hui, il y a plus d'une cinquantaine d'indicateurs qui donnent lieu à des rémunérations multiples, rien que dans le fait d'être médecin-traitant. Vous avez différents indicateurs suivant qu'on a dans notre patientèle de médecin-traitant des patients âgés, des patients en ALD, en infection longue durée, etc. Donc, parfois, c'est un petit peu obscur tellement il y a d'indicateurs. Il y a aussi des indicateurs sur des objectifs de santé publique qui évoluent là aussi pour rester le plus pertinent possible.
Alors, ces revalorisations dont on parlait, et puis ces améliorations dans la rémunération, elles étaient censées régler, en tout cas aider à régler aussi le problème, un problème dont vous allez forcément parler à ce congrès, celui des déserts médicaux, qui est encore un vrai sujet. Il y a une proposition de loi en ce moment qui doit arriver bientôt dans l'hémicycle pour résorber les déserts médicaux. Et l'idée, ça serait de dire aux médecins qui arrivent dans des zones surdotées, où il y a déjà trop de médecins, qu'ils devront attendre le départ d'un autre pour pouvoir s'installer. Qu'est-ce que vous en pensez, vous ?
Alors, je suis personnellement de Saint-Étienne. Je pense qu'on oppose un petit peu des détresses les unes aux autres avec des propositions de ce type-là. Et on laisse entendre qu'il y a un... Je vais revenir à l'histoire de Saint-Étienne. Il y a un bouc émissaire. C'est un petit peu facile de se dire, finalement, toute la souffrance qu'on a dans la difficulté d'accès aux médecins traitants, c'est parce qu'il y a un fautif. Le médecin, donc. Le médecin généraliste, c'est leur faute. Ils ne veulent pas s'installer où on veut.
Mais aujourd'hui, quand on parle avec cette proposition des zones qui seraient surdotées, je pense que si on interroge, et en l'occurrence, à Saint-Étienne, vous avez la quasi-totalité de la ville qui est en hors-zone. À part quelques quartiers prioritaires de la ville, le reste est en hors-zone. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que, finalement, cette proposition empêcherait l'installation dans la majorité du territoire de Saint-Étienne. Je ne sais pas combien il y a d'auditeurs de Saint-Étienne actuellement qui vont écouter cette rubrique, mais je pense qu'on n'en trouvera aucun qui dira que, ah bah si, à Saint-Étienne, c'est très facile de trouver un médecin généraliste.
Donc, voilà, c'est un peu un jeu de dupes. Je pense qu'il faut essayer de dépasser ces oppositions, essayer de trouver des solutions qui soient plus factuelles, et puis, effectivement, essayer de répondre autrement que de dire, là où peut-être c'est moins de déserts qu'ailleurs, ne créons pas des déserts. Enfin, n'allons pas dire, du coup, on va créer un désert pour que tout le monde soit au même tarif, quoi.
Voilà, ça fait partie des sujets de discussion pour ce congrès de médecine générale. Il y en aura aussi beaucoup, la santé mentale, l'hypnose, la vaccination aussi, et puis des sujets très très importants comme la fin de vie, qui divisent encore, y compris chez les médecins. Merci beaucoup, Paul Frappé, président du Collège de médecine générale, d'être venu sur France Inter.
Merci beaucoup, merci à vous.