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Podcast / conversationFrance Inter — Le téléphone sonne (sur Site radio)· 6 juillet 2021 36 minComplaisantDivertissementCulture, médias & sport

Pourquoi Jean de La Fontaine est-il si moderne ?

Au micro : Fabienne SintèsSource d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 84 %Attaque 3 %Défensif 2 %

Temps de parole

  • Invité51 %
  • Présentateur30 %
  • Présentateur 26 %
  • Auditeur4 %
  • Auditeur 23 %
  • Auditeur 32 %
  • Auditeur 42 %

6 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

Il est 19h22. France Inter, 18h20, Fabienne Sintès. Ah, elle est sympa la cigale, mais si elle avait bien porté son masque quand la bise fut venue, on aurait peut-être mieux passé l'hiver. Et au rythme où nous allons aujourd'hui avec les tortues de la vaccination, qui pensent que rien ne sert de courir, il ne faudrait pas qu'on se retrouve. Gros Jean comme devant. Et adieu vos vaches cochons, couvez, envolez les vacances sereines. La leçon pourrait bien être plus chère qu'un fromage. Ok, je m'arrête là. C'était trop tentant. Vous aurez remarqué que je n'ai pas poussé le ton sur ton jusqu'à citer même un mot des animaux malades de la peste.

Parce qu'ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés. D'autres l'ont fait plusieurs fois bien avant moi. Je n'ai pas cité non plus la jeune veuve. Ah, dit-elle aussitôt, un cloître et les beaux qu'il me faut. Vous me direz quel rapport ? Aucun, c'est juste ma fac préférée et c'est moi qui décide. C'est ça, La Fontaine, du haut des 400 ans que l'on fête aujourd'hui. La Fontaine et ses fables est à la fois très actuelle, les vers et quelques morales transposables à n'importe quel temps présent. C'est aussi une madeleine de Proust et des souvenirs d'école. Nous avons tous appris les tubes de La Fontaine.

Le corbeau et le renard, la cigale et la fourmi, le lièvre et la tortue, la laitière et le potolet, le loup et l'agneau. La Fontaine est aussi parfois dans les épreuves du bac français. La belette, le bœuf, le rat des villes, le rat des champs, l'agneau, le bouc, la brebis, le canard, le cerf, le cheval, le cochon, le corbeau, la fourmi. La mouche, il y en a un peu plus. Je vous le mets quand même. C'est le téléphone sonne. Soyez les bienvenus. Le téléphone sonne. 01 45 24 7000. Et je vous salue, Eric Orsenna. Bonsoir.

1:32
Invité

Bonsoir. Mais quel bonheur de vous entendre.

1:34
Présentateur

Merci beaucoup d'être avec nous. On a voulu que ce soit vous, Eric Orsenna, parce qu'on se souvient sur France Inter que c'était l'été 2017. Vous nous avez raconté les petites histoires de La Fontaine juste avant 8 heures. Et ça existe toujours en livre, évidemment. Ça s'appelle La Fontaine, une école buissonnière chez Stock et France Inter. Et alors moi, je me suis replongée dedans. J'y ai appris plein de choses. Et on verra ça ensemble, évidemment, dans un tout petit instant. Mais je voudrais d'abord donner la parole à Muriel. C'est à vous, Muriel. Bonsoir. C'est vous la première. Bienvenue.

2:03
Auditeur

Oui, alors je ne prendrai pas toute l'antenne parce que je vous raconterai une fable. Je vous dirais une fable que j'ai appris au collège. J'ai 77 ans et je la connais encore par cœur. Et je la récite à mes petits-enfants. Ça les gonfle un peu. C'est vrai ? Mais c'est toujours un délice.

2:20
Présentateur

Et c'est laquelle alors, Muriel ?

2:22
Auditeur

Le chat, la belette et le petit lapin.

2:24
Présentateur

Je vous en prie. Il y a Eric Orsenna qui fait A parce que c'est aussi votre préférée.

2:27
Invité

En plus, c'est formidable parce que c'est exactement l'explication du « En même temps » d'Emmanuel Macron.

2:32
Présentateur

Eh bien, écoutez, allez-y, Muriel.

2:33
Auditeur

Alors, moi, je vais vous en dire. Le chat, la belette et le petit lapin. Du palais d'un jeune lapin, dame belette. Un beau matin, sans para. C'est une rusée. Le maître est en absence, celui plus chaud, mais je ne vais pas aller plus loin parce que je vais vous manger toute l'antenne.

2:47
Présentateur

Ah bah oui, s'il vous plaît. En même temps, ça nous fait plaisir quand même. Moi, je voudrais savoir pourquoi ça les gonfle, comme vous dites, vos petits-enfants, quand vous leur racontez le chat, la belette et le petit lapin ?

2:56
Auditeur

Parce que, bon, ils sont dans un autre monde, les jeunes. Bon, ils ont de 20 ans à 12 ans et j'ai l'impression qu'ils sont un peu dans un autre monde. entre... Moi, je suis encore enthousiasmée par un avion qui passe dans le ciel et eux, ils regardent leurs tablettes. Donc, voilà.

3:18
Présentateur

Ben, écoutez, il y a la fontaine aussi sur des tablettes, après tout. Et moi, c'est marrant, Éric Orsena, mais j'ai demandé à ma mère, pendant des années et jusqu'à très tard, de me réciter la jeune veuve parce que ça me faisait rire quand j'étais petite et ça continuait à le faire. Donc, comme quoi...

3:30
Invité

Oui, la jeune veuve aussi. Et là, le chat, la belette et le petit lapin, c'est formidable.

3:34
Présentateur

Racontez-nous pourquoi Muriel a fait de la politique sans le savoir, alors.

3:36
Invité

Ben, parce que le chat, le chat, c'est grippe minot et le bon apôtre. Et alors, écoutez, jetant des deux côtés la griffe en même temps, en même temps, mis les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre, la droite et la gauche. Vive Muriel !

3:54
Présentateur

Voté Muriel, donc. Et c'est fou parce que, je disais tout à l'heure, Éric Orsena, en introduction, qu'on donne des fables, en ce moment d'ailleurs, parce que pour les 400 ans, on donne des fables aux petites CM2, on a fait rentrer la lecture des fables au collège, c'est toujours au programme du bac, effectivement. Ça dit, et il y a votre lecture aussi, bien plus tard, ça dit le nombre de lectures incroyables qu'on peut avoir de ces fables-là, qu'on ne soupçonne pas, on s'amuse avec les animaux quand on est en CE2, et on va chercher bien plus loin en montant.

4:23
Invité

Oui, et puis il peut y avoir tous les accompagnements. J'étais dimanche dernier dans une abbaye des Ardennes, où on donnait un spectacle avec les arts florissants, avec Paul Agnew et Bill Christie, et c'était formidable parce qu'il y avait le lien entre la musique qui était aussi ironique que les fables. Il y avait un dialogue entre les arts, c'était merveilleux.

4:42
Présentateur

Justement, les enfants peut-être un peu plus âgés, et leur père prof de philo. Bonsoir Olivier. Bonsoir. On vous écoute. Eh bien, écoutez, oui, bonsoir à toutes et à tous. J'étais vraiment très heureux d'intervenir sur votre antenne. J'ai appelé parce qu'il me semblait que La Fontaine était un peu constitutif complètement de notre culture. C'est-à-dire qu'on peut avoir des expressions, des phrases comme ça, qui viennent de La Fontaine, et dont on a oublié qu'elles venaient de La Fontaine, comme « Tirer les marrons du feu » ou « Rien ne sert de courir, il faut partir à point ».

Et c'est un personnage, pour moi, tout à fait paradoxal, dans la mesure où, dans la querelle des anciens et des modernes, il faisait partie des anciens en tant qu'il ranimait Aesop et voulait se coller, alors qu'il est un esprit totalement moderne. Et donc, j'avais envie de dire une seule chose, quoi. Lisez-le. Lisez-le parce que moi, j'ai un petit peu bossé avec ma fille l'année dernière, en première, les fables dans les livres, c'était, je ne sais plus, 7 à 11, peu importe. Mais lisez-le pour vous laisser émerveiller, quoi. Vraiment, franchement. Si vous l'avez fait en première avec votre fille, Olivier, c'est que c'était une épreuve du bac français, ou pas ? Oui, oui, tout à fait, oui.

Elle est tombée dessus, ou pas ? Je ne crois pas, non. Ah, dommage. Dommage. Est-ce qu'elle l'aurait choisie ? Non, pas grave, pas grave. Je crois qu'elle a apprécié la liberté de penser de La Fontaine, son écriture, son style. C'est absolument incroyable et j'invite encore une fois... On a entendu ce message, Olivier. Lisez-le. J'imagine que vous êtes d'accord avec ça, Éric Arsena. Lisons-le.

7:00
Invité

Oui, il faut lire toute La Fontaine parce que, évidemment, les fables sont un trésor. Il y en a environ 245. Et à chaque fois, on se dit, mais comment n'ai-je pas pu lire ces fables ? Et puis, il y a d'autres textes. Il y a les contes. Alors, il y a des contes... Les contes érotiques. Érotiques. Et puis, des contes très tendres. Et je me permettrais de lire juste un point sur l'amitié amoureuse. Allez-y. Et il dit... Il s'adresse à une dame et il lui dit...

Vous auriez eu mon âme toute entière, si de mes voeux j'eusse plus présumé, par des transports n'espérant pas vous plaire, je me suis dit seulement votre ami, de ceux qui sont amants plus qu'à demi, et plus tôt sort que j'eusse plus mieux faire.

7:39
Présentateur

Eh bien, écoutez, moi, je vais vous lire l'un des contes érotiques, du coup. Et j'ai choisi le plus court, qui s'appelle Sœur Jeanne. Vous le connaissez, celui-là ?

7:46
Invité

Bien sûr. Vous savez, il y avait une expression qu'il avait pour les contes, que j'adore. Il parlait d'une nonne et il disait qu'elle était gentille de corsage.

7:53
Présentateur

Voilà. Excellent. Il y a beaucoup, beaucoup de nonnes et de curés dans les contes érotiques. On y viendra parce que c'est important aussi pour la fin de vie de La Fontaine. Sœur Jeanne, quand même, je vous le donne. Sœur Jeanne ayant fait un poupon, jeûnait, vivait en Sainte-Fille, était toujours en oraison et toujours ses sœurs la grille. Un jour, donc, l'abaisse leur dit, « Vivez comme Sœur Jeanne, vie, fuyez le monde et sa séquelle. Tout reprira l'instant. Nous serons aussi sages qu'elle quand nous en aurons fait autant. » Et est-ce que ce n'est pas formidable ?

8:23
Invité

Non, mais c'est formidable. Il y a des contes incroyables. Il y a les contes de la lunette, des lunettes qui passent, etc. Enfin, il y a des abbesses incroyables. Et donc, il y a une promenade incroyable. C'est incroyable. C'est d'une richesse extraordinaire. Est-ce qu'il a inventé un genre ?

8:36
Présentateur

Est-ce qu'il y avait de la littérature animalière ? Comment peut-on le dire comme ça, avant lui ?

8:40
Invité

Alors, d'abord, il y avait des fables qui existaient, des fabliaux, vous savez. Et alors, ce qu'il faut bien se rendre compte, c'est qu'il avait un courage incroyable, mine de rien, parce qu'il est très mine de rien. Il est toujours dans la modestie. Et il utilisait les animaux pour enseigner les hommes, comme il dit. Mais il utilisait les animaux aussi pour se moquer du roi tout-puissant. Et il l'appelait Lion, et comme ça, ça passait. Il aurait dit Louis XIV, il se retrouvait en prison comme son ami Fouquet. Donc, c'est quand même extraordinaire, ce monde du grand siècle. où il y a une sorte de censure terrible, une sorte de police incroyable.

Et lui, il se faufile comme ça, et il impose sa liberté.

9:16
Présentateur

Et c'est marrant qu'on ait retenu les animaux, parce que je crois que c'est même chez vous que je l'ai lu, ou ailleurs, peu importe. Dans la première série des fables, puisque ça marche en deux fois, une fois 1768, et ensuite... 1768, pardon, et puis ensuite une deuxième fois. au début, dans le premier volume, il n'y a finalement pas tant d'animaux que ça. Il y a plein de fables, mais les animaux arrivent doucement.

9:36
Invité

Doucement, parce que justement, ils pensent que s'ils restent avec les humains, ça va être un peu difficile. D'autant plus qu'on le pense comme ça, quelqu'un qui est à la fois paresseux, il travaillait comme un fou, il n'a jamais voulu qu'on voit un brouillon. Sauf un seul. Et on s'aperçoit qu'il retravaillait et retravaillait. D'ailleurs, exactement comme Brassens. Vous savez qu'il y a un lien entre Brassens et La Fontaine. Et nous, en Bretagne, chez moi, à l'Anne Baudet, on fait un petit festival sur Brassens et La Fontaine. Et c'était un peu la même chose, comme ça. Donc, il travaillait énormément comme ça, mais il avait cette élégance de dire, non, ça me vient comme ça.

Et quand vous allez en classe, je fais beaucoup de travaux d'écriture avec les élèves, et on leur dit, voyez une histoire un peu plate, l'histoire des hop, et regardez ce que donne le style. En deux lignes, tout est là.

10:21
Présentateur

Tiens, puisque vous parlez des hop, est-ce que La Fontaine a rendu hommage à les hop, l'a rendu plus accessible, l'a-t-il d'une certaine façon plagié ?

10:31
Invité

Le plagié, c'est, vous savez, l'art, c'est toujours la même chose. L'histoire du site, c'est toujours, on reprend, c'est une métamorphose permanente, c'est une sorte de, chacun met son époque, chacun met son... C'est ça qui est formidable. Donc, il a rendu hommage, bien sûr, dans son introduction, mais il a tellement, il a tellement développé, et alors, la question, moi, qui me fascine pour la diversité des langues, c'est qu'il est difficilement traduisible. Il est au cœur du français, au cœur de la langue française. Il est, d'ailleurs, ou pas ? Il est un peu, mais rien à voir, on perd énormément de saveurs. Et c'est ça qui donne le poids à la diversité des langues.

Et quand on voit qu'on ne chérit pas assez notre langue française en disant, on va abandonner ce trésor pour les 600 mots qui nous permettent, non pas de vivre, mais de survivre, c'est complètement fou. Ce n'est pas de l'ordre de la morale, c'est l'ordre de vous priver de plaisir infini, de drôlerie, de fraternité. Il y a des exemples, moi, à tous les âges, il y a une petite fable que j'adore, qui est absolument magnifique, sur les écrevisses. Et ça explique tellement le monde des ados. Écoutez ça. Mère écrevisse, un jour, à sa fille, disait « Mais comme tu vas, bon Dieu, ne peux-tu marcher droit ?

Et comme vous allez vous-même, dit la fille, puis-je autrement marcher que ne fait ma famille ? Veut-on que j'aille droit quand on y va tordu ? »

11:55
Présentateur

Et c'est joli comme tout. C'est drôle, en fait.

11:57
Invité

On oublie souvent que c'est drôle, d'ailleurs. Toujours drôle. Drôle et libre, ironique et fraternel. Il n'est pas au-dessus de nous, vous comprenez ? Il y avait le roi Soleil qui dominait tout. Et là, on a notre frère, notre petit frère, notre maître des eaux et forêts.

12:10
Présentateur

Est-ce que oui, c'est vrai qu'il était maître des eaux et forêts ? C'était son maître des eaux et forêts. Est-ce que ça a été un succès tout de suite ? Ah oui, immédiatement. Comment ça circulait, en fait ?

12:21
Invité

Ça circulait parce qu'il y avait des éditions, il y avait des éditeurs, mais ça n'empêchait pas qu'il est resté toute sa vie dans une énorme pauvreté. Énorme pauvreté, pourquoi ? Parce qu'il n'y avait pas de droit d'auteur. Et donc, les droits d'auteur n'arrivent qu'un siècle plus tard, grâce à Beaumarchais. Donc, il est dans une situation aussi très moderne, parce qu'on voit bien, avec tout ce qui se passe sur les plateformes, c'est pas du tout évident que les droits d'auteur vont demeurer. Donc, il dépendait pour vivre de la bonne volonté de ses amis. En général, c'était des amis eux.

12:50
Présentateur

Est-ce que c'est pour ça qu'il insistait, qu'il a insisté si lourdement pour entrer à l'Académie, par exemple ? Alors, pour être un peu protégé.

12:57
Invité

A avaler pas mal de couleuvres. Pour être un peu protégé. Mais il a eu un délice qui arrive de temps en temps à l'Académie, c'est-à-dire qu'il a pu s'installer au fauteuil de son ennemi.

13:07
Présentateur

Oui, c'est quand Colbert est mort.

13:09
Invité

Quand Colbert est mort, alors ça c'est un délice. Parce que faire l'éloge de son ennemi qui vient de mourir et qui vous laisse son fauteuil, ça c'est quand même une revanche absolument incroyable.

13:19
Présentateur

Et ce que vous racontez, que je trouve savoureux aussi, c'est que le choix c'était lui ou Boileau et il fallait donner le choix de l'Académie au roi qui tranchait évidemment. Et on n'avait pas tellement été... Le roi avait dit, attendez, patientez, on verra plus tard. Et coup de bol, si je puis dire, un autre mort. Et on a emballé La Fontaine dans le package avec Boileau si bien que Louis XIV a dit, bon bah d'accord, allons-y.

13:40
Invité

Vous savez quand les fauteuils se libèrent, nous on voit dans Paris, plus les fauteuils se libèrent, plus on est gentil avec nous les académiciens.

13:47
Présentateur

Tiens, puisqu'on est en train de parler un tout petit peu d'histoire, la question de Jacqueline. Bonsoir Jacqueline.

13:51
Auditeur

Bonjour France Inter, bonjour Eric Orsena.

13:55
Invité

Mais bonjour Jacqueline.

13:57
Auditeur

Moi je suis une auditrice très assidue et une bonne lectrice de La Fontaine. Est-ce que... Et il y a une question qui me taraude toujours. Je voulais savoir si c'était... On peut le considérer comme un courtisan.

14:14
Invité

Écoutez, évidemment un courtisan, parce qu'il avait besoin de l'aide et des financements des puissants. Mais vous savez quand Fouquet, qui était le surintendant des finances, a réuni autour de lui des incroyables artistes, c'est-à-dire les plus grands du temps, c'est-à-dire le peintre Lebrun, c'est-à-dire l'architecte Leveau, c'est-à-dire le nôtre pour les jardins. Et quand Louis XIV a décidé d'emprisonner Fouquet parce qu'il lui faisait un peu d'ombre, tous ils ont été à la soupe à Versailles, tous sauf La Fontaine. Et même les arbres ont été déracinés à Vaux-le-Vicomte pour être replantés à Versailles. Le seul qui a eu le courage, alors qu'on le pensait léger, comme ça, etc.

Donc c'est ça qui est passionnant. On le croit paresseux, il travaille comme personne, on le croit comme ça, juste flottant, comme ça, et pas du tout. Il est d'une fidélité incroyable.

15:11
Présentateur

Il l'a payé, vous croyez, son amitié avec Nicolas Fouquet ?

15:13
Invité

Il l'a payé très très fort, parce qu'il n'était pas sur la liste. Quand vous n'aviez... Il n'avait pas la carte. Il n'avait pas la carte. Il n'était pas sur la liste. Et ce qui était extraordinaire, c'est qu'il y a un certain chaplain qui est devenu le gestionnaire de la liste, donc qui disait, tel écrivain peut recevoir de l'argent, tel autre, non. Et celui qui après a été responsable de cette fameuse liste, c'est Charles Perrault. Celui des comtes. Celui de Cendrillon. Donc c'est ça cette affaire. On plonge dans ce monde qui a 400 ans et qui est exactement le nôtre.

15:46
Présentateur

Isabelle, pardonnez-moi Isabelle. Isabelle, bonsoir. Merci. On vous écoute. Merci pour toi. Je remercie. Non, ce n'est pas moi. Je n'en ai plus une autre. Ce n'est pas vous. Alors attendez, qui est l'Isabelle orthophoniste ? C'est moi. Alors on nous écoute Isabelle. Soyez la bienvenue. C'est moi. Allez-y Isabelle. Vous m'entendez ? Oui, absolument. On vous entend bien. Vous êtes à l'antenne.

16:06
Auditeur

Bonsoir. Merci. Merci Fabienne. Si vous me le permettez, je salue quand même la mémoire d'Axel Kahn qui est folie et dont j'offre un livre quand l'occasion se présente. Je salue aussi Éric Orsena. Je me sers souvent de ses écrits comme La Révolte des accents. Et j'ai lu avec un de mes patients de séance en séance tout son livre sur la fontaine et une école bisonnière.

16:30
Invité

Écoutez, merci mille fois. Je m'associe à votre immense respect pour Axel Kahn. Immense respect. Un savant, une générosité, une précision. Et vraiment, c'est un personnage immense qui s'en va. Immense. Immense. Et une dignité dans les derniers moments et une sorte de lucidité face à la mort et tout ce qu'il a donné. Enfin, immense personnage. Vraiment.

16:54
Présentateur

Il y a beaucoup de choses à relire d'Axel Kahn.

16:57
Invité

Et lui aussi, lisons Axel Kahn aussi parce qu'il y a des trésors aussi qui nous laissent. Vous savez, la mort, ça dépend de nous. Tant que nous avons souvenir, vous savez cette phrase formidable, le tombeau des morts est dans le cœur des vivants. Le tombeau des morts est dans le cœur des vivants. Donc Axel, il ne sera jamais mort parce qu'il est dans notre cœur.

17:19
Présentateur

Isabelle, allez-y, poursuivez.

17:21
Auditeur

Donc moi, je m'en sers pour les patients, effectivement, puisque que ce soit pour de la molesse articulatoire, que ce soit pour de la lecture labiale. Enfin, en orthophonie, on a besoin de textes comme ça. Et je propose plusieurs auteurs que j'ai dans ma bibliothèque à Mont-Sabini. Et c'est toujours les mêmes qui reviennent. C'est La Fontaine, c'est Raymond De Vos, c'est Colette que François Inter publie aussi, j'espère, avec Annette et avec Colette. C'est formidable. Vous avez vraiment une antenne sans post-quite, Fabienne Saint-Pess. Je vous félicite pour...

17:54
Présentateur

Ce n'est pas que la mienne, je le crains. Mais en tout cas, merci beaucoup, Isabelle. Ça nous fait d'abord extrêmement plaisir. Et oui, Éric Orsena, c'est pour ça qu'elle s'appelle

18:03
Invité

Inter.

18:04
Présentateur

Absolument. Ça se lit, La Fontaine.

18:06
Invité

Ça se lit même à haute voix. Mais ça se lit à haute voix et ça, ça prend par cœur. Et quelle plus belle expression que par cœur. Parce que ça nous nourrit, ça nous fait battre le cœur, ça nous donne une sorte de... Encore une fois, de légèreté, de fraternité. On dit, ah bon, la langue française, ça peut être ça, mais pourquoi ça ne serait pas ça ? Encore une fois, ce trésor, quand on prend... Regardez ça, le lion, terreur des forêts, chargé d'en et pleurant son antique prouesse, fut enfin attaqué par ses propres sujets. Écoutez ça, devenu fort par sa faiblesse. C'est le génie de la langue française. Il y a d'autres langues qui ont d'autres génies.

On apprend le monopole du génie dans les langues. Mais ça, c'est la concision absolue devenue fort par sa faiblesse. Il y a tout édit. Regardez, on a des tas d'exemples autour de nous ou alors au sommet de l'État.

18:59
Présentateur

Et c'est pour ça qu'on oublie souvent, c'est ce que disait notre auditeur prof de philo tout à l'heure qu'il y a plein d'expressions qui sont rentrées dans le langage courant qui lui appartiennent dont on a presque oublié à quelle fable ces expressions étaient rattachées.

19:10
Invité

Exactement. Et c'est ce que je salue l'orthophoniste. Parce que quel plus beau mot que orthophoniste, c'est-à-dire remettre un peu dans le droit chemin, ce qui évidemment n'empêche pas d'aller explorer un peu partout ce que je disais tout à l'heure avec les écrevisses.

19:24
Présentateur

Alors, qu'est-ce qu'il nous dit de son époque quand même, Éric Orsena, La Fontaine ? Je dis ça parce que parfois, il y a des morales où on est un peu dans quelque chose d'un peu bisounours et de bons sentiments. On a toujours besoin d'un plus petit que soi, etc. Il y a des choses qui nous racontent la difficulté, le cynisme d'une époque selon que vous serez puissant ou misérable, etc. Et puis, il y a aussi des choses qui nous disent ne cherchez pas, vous ne pourrez pas sortir de votre condition. À la fin, l'agneau se fait bouffer par le loup quoi qu'il arrive. La grenouille qui va être plus grosse que le bœuf, ça ne marche pas, elle éclate.

19:57
Invité

Alors, il y a un élément assez conservateur comme ça, une harmonie.

20:01
Présentateur

Et ne sortez pas du rang. Moi, je lis des fois quand même, je ne veux voir qu'une tête un peu quand même. Oui,

20:05
Invité

on est d'accord, il y a un peu ce mécanisme-là, mais il y a aussi un élément en disant il faut qu'il y ait une harmonie, une harmonie dans la société, donc ce n'est pas du en rien révolutionnaire, en rien révolutionnaire. Mais en même temps, il y a un autre élément qui est moi qui m'intéresse beaucoup, c'est le fait que il nous apprend que nous n'avons pas le monopole du vivant. Et on le voit avec la pandémie. Nous n'avons pas le monopole du vivant, c'est-à-dire nous humains ne sommes pas les maîtres du vivant, ne sommes pas des eaux et forêts, mais en fait, il est partenaire des eaux et forêts. C'est ça qui est très passionnant.

Et donc, c'est cet élément, mais vous avez raison, ce n'est pas un révolutionnaire. Quand on voit ce que 80 ans après se permettra Beaumarchais, qui est quand même incroyable, qui, en une phrase, il fait dire à Figaro, au comte, qu'avez-vous fait pour tant de bien, etc., au demeurant un homme ordinaire. C'est-à-dire en une seule phrase, il ruine complètement l'ancien régime. Donc, le courage d'un Beaumarchais, c'était différent. Mais n'oublions pas aussi le courage quotidien pour saluer son ami Fouquet. Vous savez, Chateaubriand a dit quelque chose de formidable.

Il a dit pour Fouquet, qui donc, à Beaumont-le-Vicompte, et je recommande d'aller à Vaux, c'est l'endroit, c'est le royaume de la fontaine, il a dit pour Fouquet, les artistes étaient des amis. Pour Louis XIV, c'était des domestiques. Tout est dit.

21:36
Présentateur

On parlait de l'agneau dévoré par le loup. Justement, il y a une question d'Élidia qui dit c'est quand même une grande cruauté dans les fables avec l'agneau dévoré par le loup, par exemple. Pourrait-on en écrire une version plus moderne, nous dit-il ?

21:46
Invité

On peut, très bien. Vous savez, ce qui est frappant, c'est que, d'une certaine manière, et je re-salue encore Axel Kahn, mais après la mort, la vie continue. C'est-à-dire le nombre de parodies, le nombre de fables. Moi, je reçois des fables à peu près chaque semaine. C'est-à-dire, voilà ce que j'ai fait à partir de là, comment est-ce qu'on a fait ? Donc, c'est exactement ce qui s'est passé avec les ZOP. Donc, ça continue. Il y a un thème et puis on brode, on brode, on brode, on brode.

22:09
Présentateur

Il paraît que dans les ZOP, il y avait une colonie de fourmis et une cigale. La Fontaine nous a rendu ça extrêmement plus clair. Vous disiez qu'on pouvait transformer en faire ce qu'on voulait, y compris des parodies. Bonsoir, Mylène.

22:19
Auditeur

Oui, bonsoir. On vous écoute,

22:21
Présentateur

Mylène.

22:22
Auditeur

J'ai tellement aimé le livre d'Éric Orsena sur la Fontaine et ça m'a bien sûr remis en mémoire la fable, le renard, enfin le renard, oh bon sang, le lièvre et la tortue que j'avais appris adolescente en argot.

22:46
Présentateur

Et qui donnait ?

22:47
Auditeur

Alors, c'est pas le tout de se grouiller, il faut prendre de bons départs. Comme disait la tortue aux giblots, l'air peinard. Je te joue une thune tout sec. Je te gagne au poteau malgré mes petits panards et toi tes grands pinceaux. C'est magnifique. Et tout le reste.

23:06
Présentateur

C'est magnifique. Vous vous souvenez de qui avait écrit cette version en gros ? Je ne sais pas malheureusement.

23:12
Auditeur

Je ne sais pas. Et j'étais vraiment adolée. Je vais avoir 70 ans. Ce n'est pas grave. Ce sont des choses qui arrivent même dans les meilleures familles.

23:23
Invité

Ce n'est pas grave. J'ai déjeuné hier avec René de Obalia 102 ans. Tout va bien. Donc écoutez, déjeunons ensemble dans 30 ans madame.

23:34
Présentateur

Vous voyez,

23:35
Invité

je drague à l'antenne.

23:36
Présentateur

C'est sans problème.

23:37
Invité

Je drague à l'antenne.

23:39
Présentateur

Je suis sûre que quelqu'un va nous envoyer un message pour nous dire qui a écrit cette version en argot.

23:44
Invité

Elle est formidable.

23:46
Présentateur

Et pourquoi pas. Il y a quelque chose que j'ai dit. Vous connaissez cette polémique si on peut dire de Pierre Dandré du nouveau sur la cigale et la fourmi. Bien sûr. C'est ça qui est formidable. Qu'est-ce que vous en dites ? On va expliquer aux auditeurs qui nous écoutent que Pierre Dandré nous explique je caricature un petit peu que contrairement aux apparences ce n'est pas la cigale la gentille et la fourmi la méchante. Il se pourrait bien que ce soit l'inverse. En fait.

24:09
Invité

Mais alors c'est ça qui est amusant. C'est qu'on a une base comme ça et puis après il y a des interprétations sans arrêt sans arrêt sans arrêt Les grands textes c'est ça. C'est jamais avec une seule morale au fond. On peut la renverser comme ça.

24:21
Présentateur

Qu'est-ce que vous en dites Eric Orsonin ? C'est possible.

24:25
Invité

Qu'est-ce que c'est qu'un grand artiste ? C'est que chaque époque le lit d'une manière différente. Et regardez on ne lit pas Shakespeare de la même façon qu'à son époque et c'est pareil c'est pareil avec Cézanne c'est pareil. Donc c'est une sorte de miroir de l'époque sur un fond qui vient de l'extrémité des âges.

24:46
Présentateur

Ce qui est très drôle avec Dandré qui fait réfléchir d'ailleurs c'est qu'il prend par exemple la fourmi n'est pas prêteuse et c'est-à-dire son moindre défaut. Alors moindre défaut attendez qu'est-ce que ça veut dire ? Est-ce que c'est un tout petit défaut ? C'est moindre défaut ? Ou est-ce que c'est le début d'un premier défaut mais alors derrière il y en a une colonie d'autres donc voilà que la fourmi serait sous-pollée perpétuelle ou pas d'ailleurs

25:06
Invité

on n'en sait rien ? Et pourquoi ? Et celle qui ne fait rien et je pense qu'on peut dire ça aussi sur la question bon il aurait pu faire une fable sûrement sur l'obligation de vacciner il aurait pu sûrement faire une phrase sur l'âge de la retraite etc. Donc vous savez il y a des personnages comme ça dont on se dit c'est dommage qu'il ne soit pas encore là avec nous et je me dis souvent ça avec Coluche que Coluche aurait dit de tel moment de telle époque et c'est ça qui rend tous ces gens tellement vivants c'est ça vous savez la culture c'est l'inverse d'un musée c'est ce qui nous permet de nous grandir de nous diversifier de faire la vie plus vivante c'est ça l'affaire

25:49
Présentateur

et c'est fou quand on pense à La Fontaine quand même qui était amie avec Racine qui est son cousin qui est né un an ou deux ou après Molière qui a connu Boileau

26:01
Invité

c'était tout ce genre là et alors ce qui est très frappant c'est très frappant c'est que c'est rarissime dans l'histoire des civilisations que autant de contraintes autant de censures autant de sortes de poids comme ça du pouvoir central et en symbolique a donné autant de chefs-d'oeuvre comme s'ils avaient réussi à donner la part du feu et puis sous cette part une fois donnée ils étaient inventés complètement des libertés et ça c'est pour ça que j'aime tellement j'aime tellement cette époque c'est ça cette bataille pour la liberté

26:34
Présentateur

peut-être que si La Fontaine avait eu le droit de dire Louis XIV est un imbécile il n'y aurait jamais eu de fable donc ça aurait été tellement dommage vous savez

26:41
Invité

moi je fais souvent des ateliers d'écriture dans toutes les classes et alors on fait des championnats et par exemple on fait des championnats d'injures et je vois alors je vais dans une classe et par exemple le maire a refusé d'ouvrir une petite salle de répétition de musique alors il y en a un qui dit bon ce maire est un bouffon etc je lui dis non on peut quand même être un peu plus et ils disent c'est pas juste à chaque fois Eric c'est toi qui gagnes le championnat d'injures

27:08
Présentateur

bonsoir Françoise bonsoir on vous écoute

27:12
Auditeur

moi je voulais simplement parler bien sûr de la fontaine et du corbeau et du renard parce que ma grand-mère qui est décédée à l'âge de 100 ans à la fin de sa vie elle ne nous reconnaissait plus vraiment mais dès qu'on arrivait on disait tout de suite allez le corbeau et le renard et elle déclinait la récitation avec bien sûr les intonations sans se couper jusqu'au bout et à la fin elle était vraiment contente et là on pouvait commencer des discussions

27:41
Invité

c'est magnifique ça

27:43
Auditeur

oui c'était absolument superbe

27:45
Invité

c'est magnifique ça vous savez on disait ça qu'est-ce que la culture c'est ce qui reste quand on a tout oublié

27:50
Auditeur

absolument ce que vous dites

27:52
Invité

est absolument bouleversant parce qu'au fond qu'est-ce qui restera d'une vie quelques petites choses comme ça quelques émotions quelques mots quelques et puis c'est des phrases à chaque fois moi j'ouvre complètement au hasard un rat haute d'un champ virgule rat de peu de cervelle c'est quand même formidable dans le rat et le huit et cette fable contient plus d'un enseignement nous y voyons premièrement que ceux qui n'ont du monde aucune expérience sont aux moindres objets frappés d'étonnement et puis nous y pouvons apprendre écoutez bien parce qu'on redisait ce qu'on précédemment que tel est pris qui croyait prendre et ça vient du rat et l'huître parce que le rat évidemment il se fait coincer le viso par l'huître

28:35
Présentateur

incapable de vous dire que ça venait du rat et l'huître je crois que je ne sais même pas qu'il y avait une femme qui s'appelle le rat et l'huître Françoise est-ce que vous êtes avec moi

28:41
Invité

sur ce coup là vous voyez que je gagne à être connu

28:43
Présentateur

absolument vous connaissez le rat et l'huître Françoise pas vraiment c'est un peu le plaisir grâce à France Inter je vous remercie vraiment je vous remercie beaucoup je me demandais c'est un cadeau France Inter le rat et l'huître je me demandais juste par curiosité Françoise si du coup vous l'avez transmise le corbeau et le renard ou pas est-ce que vous vous êtes capable de la réciter et vos enfants après vous est-ce que ça devient la marque de fabrique

29:08
Auditeur

de la famille bien sûr on la connait tous par coeur dans la famille c'est vraiment l'infoade familiale

29:15
Présentateur

c'est ce qui est transmis voilà chez vous merci beaucoup Françoise merci vraiment de votre appel bonsoir Anne

29:21
Auditeur

bonsoir

29:23
Présentateur

on vous écoute

29:24
Auditeur

alors voilà moi j'avais une question on parlait de culture tout à l'heure et je me demandais si en fait c'était exportable à l'extérieur est-ce que Jean de La Fontaine a été traduit est-ce qu'il est-ce qu'il est enseigné ailleurs et nous dans notre famille on accueille un nouveau membre qui vient d'Amérique du Sud et je vous disais comment on pourrait lui en parler ce soir de Jean de La Fontaine

29:46
Présentateur

alors Eric Corsena vous avez partiellement répondu on est en train de dire c'était compliqué à traduire

29:50
Invité

c'est un peu c'est compliqué à traduire comme comme Proust est compliqué à traduire comme Marivaux est compliqué à traduire il y a des vous comprenez ce ne sont pas seulement des histoires ce sont des manières de raconter l'histoire et c'est ça qui est un peu compliqué mais ça peut marcher

30:06
Présentateur

et du coup qu'est-ce qu'elle dit Anne à son invité d'Amérique du Sud là pour lui faire découvrir La Fontaine par où on rentre dans La Fontaine quand on est un étranger quand on n'a jamais entendu parler à votre avis

30:18
Invité

c'est les animaux parce que vous savez moi je suis issu aussi d'Amérique latine de Cuba du Brésil et tout ça et il y a une sorte qu'on a appelé vous savez le réalisme magique c'est-à-dire que le rationnel n'épuise pas le réel et moi je me souviens d'avoir été très frappé enfant enfin adolescent de voir qu'il y avait une telle continuité entre le cheval d'orgueil breton de Jacques-Élias et son temps de solitude voyez c'est-à-dire le lien n'est pas rompu avec la nature et avec le magique donc on ne s'étonne pas d'entendre des animaux parler et ça c'est très latino

30:52
Présentateur

oui absolument

30:53
Invité

c'est vrai que Garcia Marquez c'est exactement il y a des papillons qui commencent à parler il y a des choses comme ça avant lui personne on est d'accord chez nous quasiment pas ça existait avant lui les animaux qui parlaient quasiment pas du tout non non non non pas du tout mais c'est vrai qu'on a l'impression que nous sommes nous sommes d'une autre espèce et moi ce qui me frappe beaucoup dans ce que nous vivons en ce moment et puis en tant qu'ambassadeur de pasteur etc c'est que encore une fois il y a des continuités dans la vie et c'est ça ce qu'il nous raconte il n'y a pas une rupture en disant les humains doués de raison comprenez la fontaine c'est l'inverse de Descartes je pense donc je suis mais il y a des tas de façons d'être qui n'ont pas besoin de penser au sens plein du terme

31:35
Présentateur

regardez Anne tout à l'heure nous disait qu'elle avait un autre d'Amérique du Sud et qu'elle cherchait à voir comment l'introduire à la fontaine voici ce message de Michel dans l'Isère qui est très joli qui dit j'héberge un réfugié du Congo et les premiers jours où il est venu chez moi il m'a récité les fables de la fontaine et c'était drôle parce que pour lui c'était un passeport culturel

31:52
Invité

exactement c'est ça l'affaire il y a une sorte de continuité c'est pour ça que notre pays c'est la francophonie comprenez d'abord parce qu'ils nous apprennent et puis ce qu'on peut leur transmettre aussi nous avons ce patrimoine commun donc nous n'avons pas encore une fois moi je hais les monopoles les frontières etc et puis ce qu'il vaut dire à la fontaine ce qui est très drôle et très émouvant c'est que à la fois il écrivait des fables très bien tout le monde était ravi puis il écrivait des comptes il ne pouvait pas s'en empêcher et il se faisait attaquer par son confesseur qui disait vous allez en enfer il était terrorisé par l'enfer

32:24
Présentateur

alors justement j'allais y venir doucement parce que d'abord il a failli être prêtre ai-je appris vous dites qu'il a failli l'être surtout parce que c'était une vie assez tranquille et que

32:32
Invité

il pensait que prêtre ça serait bien pour écrire

32:34
Présentateur

voilà et à la fin simplement il a très très peur il a très peur il est terrorisé par ce qui peut se passer

32:40
Invité

imaginez cette scène incroyable juste avant de mourir il rassemble chez lui enfin chez la personne qui l'accueille il rassemble chez lui les académiciens et il leur demande pardon d'avoir écrit les comptes non pas les femmes mais les comptes pardon il est forcé par Pouget non c'est l'abbé Pouget oui c'est ça qui est terrifiant qui le fait voilà il lui dit mais je vais aller par la ville sur un chariot et on va m'insulter pour tout ce que j'écris et le lendemain après avoir présenté ses excuses imaginez ce que c'est il tient à peine debout il est tout en blanc et il demande pardon à ses confrères j'imagine à l'académie française moi demandant un pardon parce que j'ai écrit une lettre un peu chaude et puis le fameux Pouget son confesseur lui demande lui demande d'écrire un diésiré donc un et alors il a cette phrase qui me bouleverse parce que c'est la simplicité absolue écoutez il dit ça je te laisse le soin de mon heure dernière ne m'abandonne pas quand j'irai chez les morts

33:40
Présentateur

il était terrorisé il s'est fait un peu de peine regardez cette phrase

33:43
Invité

moi c'est ça encore une fois c'est un des génies de la langue française encore une fois elle est diverse elle peut être tout à fait différente on peut la trouver ailleurs chez Voltaire mais là c'est complètement bouleversant parce qu'il y a juste les mots

33:56
Présentateur

mais du coup vous pensez que c'était une piété sincère ou juste une peur ?

34:00
Invité

la piété je ne sais pas la terreur oui vous savez on peut très bien souvent la piété enfin la piété a plusieurs sources mais une des sources depuis que les religions existent c'est évidemment la terreur la terreur de la mort et à l'intérieur de la mort la terreur la terreur de l'enfer au fond s'il n'y a que la mort c'est plutôt une bonne nouvelle parce qu'on ne va pas être torturé mais si après la mort le pire commence alors c'est moyen à venir comme vous dites

34:26
Présentateur

vous croyez qu'il les aurait brûlés ces comptes réellement par exemple La Fontaine si il n'y avait plus si Pouget

34:33
Invité

il est beaucoup plus compliqué que ça parce qu'il sent bien que c'est des chaînes d'oeuvre il sent bien donc il dit qu'il les brûle pour le confesseur mais au fond il les a gardés autrement il y avait cette force en lui cette force en lui de raconter cette version à la fois plus joyeuse et très très très païenne parce qu'au fond au fond au fond il est païen

34:54
Présentateur

Alice bonsoir bonsoir c'est vous la dernière Alice promettez-moi de ne pas faire trop long mais néanmoins vous êtes la bienvenue bien sûr merci beaucoup

35:03
Auditeur

c'est exceptionnel voilà moi Jean de la Fontaine me suis depuis que j'ai passé mon bac en 2013 je suis tombée sur la fable le cheval et le loup qui est méconnu du grand public et évidemment je suis tombée là-dessus au tirage au sort et ma prof de français nous avait dit je considère que nous avons étudié la fable vous êtes trop infernaux débrouillez-vous aïe et à cette époque-là internet existait mais il était vraiment moins développé et je m'en suis sortie limite je crois que j'ai eu 12 mais voilà le cheval et le loup vous reste gravé dans ma tête et

35:38
Présentateur

mais ça vous va pas dégoûter de la Fontaine c'est déjà ça de pris Alice

35:41
Auditeur

et si quand même un petit peu mais par contre votre émission me donne envie de replonger mon nez dans les fables de la Fontaine

35:47
Invité

vous pouvez me rendre plus parce que franchement l'idée enfin moi j'ai eu un sentiment très incertain de mon éventuelle utilité mais alors l'idée c'est ce que font les émissions de Fabienne c'est donner envie envie de réfléchir envie de s'émerveiller et envie on a quelqu'un de la famille avec nous il suffit de lui ouvrir les bras il va rentrer dans notre famille

36:07
Présentateur

écoutez Alice merci beaucoup parce que vous êtes la plus jolie conclusion possible pour cette émission merci beaucoup merci à tous évidemment pour vos nombreux appels merci à vous Eric Orsena pour ce joli moment ensemble sur France Inter merci à tous