"Il faut urgemment faire de la laïcité à l'école une grande cause nationale" (Delphine Girard)
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 40 %Attaque 30 %Défensif 30 %
Questions et réponses
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Bonjour Delphine Gérard. Vous êtes professeur agrégé de lettres classiques et membre du conseil des sages de la laïcité. Comment gérez-vous la complexité croissante de la laïcité à l'école ?
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Ces deux assassinats (Paty, Bernard) représentent quoi pour les professeurs comme vous ?
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Pour vos élèves, Samuel Paty est-il un symbole ou juste un attentat parmi d'autres ?
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Qui sont les ennemis de l'école aujourd'hui selon vous ?
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Pourquoi la menace réside-t-elle dans la relation prof-élève aujourd'hui ?
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Les élèves ont-ils un rapport différent à la laïcité que les générations précédentes ?
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À 7h12 sur Europe Dimitri Pavlenko. Vous recevez ce matin l'enseignante professeur de lettrre Delphine Gérard. Bonjour Delphine Gérard.
Bonjour. Bienvenue sur Europein. Professeur agrégé de lettres classiques.
Vous enseignez en région parisienne. Vous êtes aussi membre du conseil des sages de la laïcité. Alors ça c'est une notion qui est de plus en plus compliquée à véhiculer à l'école.
Vous en parlez dans votre livre paru très récemment. Madame vous n'avez pas le droit. C'est chez JCA Tess.
Je le montre à l'image sur europein.fr et et l'appli europein. Alors madame, vous n'avez pas le droit.
Tous les profs, ils entendent ça aujourd'hui. C'est c'est vraiment devenu la la phrase tarte à la crème. Et on en parle aujourd'hui parce qu'il y a 5 ans, Samuel Patti, professeur d'histoire géo à Conflance Saint-Norine était assassiné à la sortie de son collège par un jeune musulman radicalisé d'origine tchetchenne. 3 ans plus tard, 13 octobre 2023, c'était autour du professeur de français Dominique Bernard à Aras d'être poignardé à mort là encore par un musulman radicalisé.
Quand on est prof comme vous, Delphine Girard, ces deux tragédies, qu'est-ce qu'elles représentent ? Les ces ces deux assassinats sont comment dirais-je, une catastrophe au sens au sens étymologique du du terme, c'est-à-dire au sens grec. Le le catastrophé en grec, c'est lorsque le haut devient le bas, le bas devient le haut.
C'est le renversement. C'était un renversement de l'ordre établi. Il était complètement impensable pour les profs qu'un jour l'école elle-même pour elle-même devienne la cible du terrorisme.
Parce que on savait depuis les attentats euh de Charlie Hebda que notre liberté d'expression était menacée. On savait depuis les attentats du Bataclan que notre mode de vie était menacé. Mais l'école c'était le sanctuaire et ça a été un traumatisme épouvantable parce que c'est le c'est le cœur battant de la démocratie que les terroristes attaquent à travers l'école.
Je vais lire quelques lignes de votre livre parce que vous parlez, vous avez un chapitre consacré à Samuel Paty et vous faites ce que tous les profs ont fait. Vous dites "Je" pour parler de lui parce que tous les profs se sont identifiés. Vous dites "Quel étrange destin quand même.
Vous êtes un père, un frère, un voisin, un fils, un mari, un collègue, un patient. Et puis un jour parce qu'un barbare fou a décidé voilà que vous êtes un squar, une médiathèque, une salle de fac, un collège." Voilà Samuel Patti, c'est vrai qu'il est devenu ce symbole.
Mais symbole de quoi quand vous en parlez à vos élèves ? Parce que il y a ce qu'il représente pour vous enseignant Delphine Girer, mais vos élèves quand vous leur parlez de Samuel Pat que vous allez d'ailleurs faire aujourd'hui, j'imagine, ils vont dire quoi eux ? Ils en ont tous entendu parler.
Ils en ont tous entendu parler mais pour eux c'est un attentat terroriste parmi les autres. Et moi, j'attache un prix très important à souligner que c'est pas un attentat tout à fait comme les autres parce que à travers Samuel Patti comme encore une fois, c'est c'est l'école pour elle-même qui est visée, c'est-à-dire c'est l'école, si vous voulez comme le lieu par excellence. où circulent librement les idées, où circulent librement les savoirs.
Et à travers cet attentat, euh on on veut museler l'enseignement, c'est-à-dire on veut euh contraindre, on veut tuer le lieu par excellence où l'on forme les citoyens. C'est c'est la pouponnière de la démocratie qu'on à laquelle on s'attaque à travers cet enseignant. Mais qui veut tuer l'école telle qu'on la conçoit ?
Delphine Girard. Qui sont les ennemis aujourd'hui de l'école qui qui sont à l'œuvre derrière l'assassinat de Samuel Patti ? Alors, en l'occurrence, ce sont les fanatiques religieux islamistes.
Donc là, c'est vraiment le terrorisme islamiste euh qui est un projet politique, ne l'oublions pas, qui est pas seulement un projet religieux, qui est aussi un projet politique qui consiste à à servvir à euh transformer la démocratie française en euh en en un régime islamique. Oui, mais aujourd'hui, il y a quand même quelque chose de particulier, c'est que dans l'histoire des périodes où les profs ont dû se censurer pour des raisons politiques, on peut dire qu'il y en a eu. Mais aujourd'hui, ce qui est particulier quand même, c'est que c'est la menace, elle réside dans la relation entre le prof et l'élève.
L'élève potentiellement le la menace aujourd'hui Delphine Gérard. Alors l'élève malheureusement il n'est pas la menace. Il est il est il est il est instrumentalisé par si vous voulez des généraux très lâches qui sont cachés derrière leur écran et qui emploi à nos élèves un peu comme leur fantassin tandis que eux restent perchés sur leur colline.
Et c'est terrible parce que c'est non seulement très lâche mais c'est aussi très efficace grâce aux réseaux sociaux qui leur permet d'avoir une une large diffusion tout en restant eux-même très protégé. Mais les élèves ne sont que des instruments et naturellement euh c'est là qu'on peut qu'on peut se battre nous avec les armes de la démocratie parce qu'un élève euh euh on peut le convaincre, on peut l'éduquer, on peut on on a notre euh notre arme à nous, c'est l'éducation et et avec les élèves, si on sait la manier, elle est efficace en ouis. ces élèves quand même qui sont quand même une génération particulière, vous en avez une majorité, ça ressort beaucoup de sondage, qui pensent que l'interdiction des signes religieux à l'école, c'est pas bien, que le droit au blasphème, bah ça devrait pas être autorisé justement.
Ils ont pas le même rapport quand même à la laïcité que que les générations précédentes, hein. Tout à fait, vous avez raison. C'est absolument un conflit de génération et c'est là que le bas blesse parce que ça veut dire que chaque mois qui passe joue contre nous.
Il faut absolument et surtout il faut urgemment faire de la laïcité à l'école euh une une grande cause nationale de la République. Moi, j'appelle de mes vœux cette mesure parce que ça permettra d'avoir une si vous voulez une ambition d'envergure sur le sujet pour sauver l'école républicaine au plus haut niveau de l'État parce que il faut euh de le plus vite possible que tous les professeurs aient été formés à la laïcité à la aux questions de laïcité de liberté d'expression pour pouvoir véhiculer ces explications auprès de nos élèves. Oui.
Encore faut-il avoir le courage de le faire parce que vous savez, il y a beaucoup de profs qui le disent moi je veux pas d'ennui, j'ai peur de passer pour raciste et alors il y a des voix courageuses comme vous Delphine Gérard qui le dit à l'antenne qui prenait la plume pour pour dire que vous allez vous battre. Mais alors vous avez aussi cette phrase terrible hein les enseignants, ils craignent plus l'anathème de la gauche que les islamistes. Malheureusement c'est une réalité.
L'autocensure qui touche maintenant, on le sait, un enseignant sur deux, elle est encore plus le fait de la peur de l'anathème moral, c'est-à-dire celui d'être taxé de de raciste. Et naturellement, personne n'a envie d'être taxé de raciste. Moi si vous traitez de raciste, je vous casse la figure.
Mais mais évidemment cette certaine gauche qui est la gauche non républicaine, la gauche éléfiste qui vous dit que vous êtes islamophobe et donc sensément raciste lorsque vous défendez la laïcité, elle vous met dans un inconfort intellectuel dont il dont personne n'a envie. Donc il faut être extrêmement assuré de son fait et de son explication sur des sujets qui sont devenus techniques. La laïcité et la liberté d'expression.
Comme c'est des sujets très politisé et très instrumentalisé politiquement, ils sont devenus techniques. Il faut être très assuré de soi pour se défendre lorsqu'on est taxé de raciste. Et du coup cet anathème moral, il est presque plus délétaire encore que le couteau des islamistes pour pour voilà pour les professeurs qui veulent défendre la cité.
Merci en tout cas de le faire à l'antenne et loin de moi l'intention de vous traiter de raciste Delphine Gérard. Je rappelle le titre de votre livre Madame, vous n'avez pas le droit. C'est paru chez JC la Tess.
Merci et bonne journée à vous et et bon courage face à vos élèves parce que vous parlerez évidemment de Samuel Pat comme beaucoup de profs vont le faire aujourd'hui et on on les salue.