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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 3 février 2026 7 minContradictoireActualité / polémique

Budget 2026 : "Ce feuilleton tragicomique va laisser des traces dans le lien entre les politiques et les Français"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 50 %Attaque 20 %Défensif 30 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:09InvitéFait
    « ce feuilleton tragicomique de plusieurs mois va sans doute laisser des traces dans le lien justement entre les politiques et les Français. »
  • 3:07InvitéChiffre
    « la confiance dans les partis politiques n'a jamais été aussi faible, ce sont seulement 10% des Français aujourd'hui, 10% c'est rien, un Français sur 10 qui font encore confiance aux partis »
  • 4:58InvitéChiffre
    « il a moins de 50% d'opinion positive, mais il est néanmoins bien au-dessus de la popularité du chef de l'État. »

Temps de parole

  • Invité78 %
  • Présentateur22 %

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0:00
Présentateur

Il est 6h21, il aura fallu 4 mois de débat pour que la France se dote d'un budget. Le texte a été définitivement adopté hier soir, alors que s'ouvre un autre temps fort de la vie politique. Les élections municipales, cette longue séquence a-t-elle modifié le regard, l'intérêt que portent les Français sur la vie politique ? Bonjour Adélaïde Zulfi Karpacic. Bonjour Mathilde Munoz. Vous êtes directrice générale du pôle société de l'Institut Ipsos BVA. Il était temps que ça se termine, c'est ce que vous voyez dans vos enquêtes ?

0:37
Invité

Je ne sais pas s'il était temps que ça se termine, en tout cas pas de manière aussi nette, parce que je pense que les Français, en tout cas de ma fenêtre qui est celle d'observatrice de la société française, je pense que les Français se sont détournés depuis longtemps en réalité de ce feuilleton dont ils se sont lassés. Je ne pense pas qu'ils se réveillent ce matin d'ailleurs en se disant, ça y est on a un budget.

Mais ce qui est certain effectivement c'est qu'il était temps qu'on passe à autre chose, parce que, et on le voit assez clairement dans toutes les enquêtes qu'on a pu réaliser chez Ipsos BVA pendant cette période, ce feuilleton tragicomique de plusieurs mois va sans doute laisser des traces dans le lien justement entre les politiques et les Français.

1:19
Présentateur

Je vous coupe 30 secondes, mais pourquoi il y a justement ce désintérêt ? Est-ce que c'est le ras-le-bol de n'entendre parler que du budget et là du fond, des mesures dans ce budget, ou de la cuisine interne avec les alliances politiques, les rivalités, les petites phrases, ou les deux ?

1:36
Invité

Non, je pense que c'est avant tout, vous avez raison de le souligner, cette cuisine interne, les petites phrases qui ont fini par lasser des Français du fond lui-même, du budget, budget qui par ailleurs peut leur apparaître parfois un peu décorrélé de la réalité de leur quotidien, même si en réalité ça parle de la France, ça parle du fonctionnement du pays, mais c'est parfois un peu lointain.

Et on l'a vraiment vu clairement dans les enquêtes, ce détournement à cause des petites phrases, puisque ils ont vraiment, notamment dans les études, vous savez ce qu'on appelle les qualis, ces études où on réunit des Français et qu'on laisse parler entre eux, s'exprimer, on a vu émerger tout un champ lexical autour à la fois de la cour de récréation, avec des termes comme c'est vraiment des gamins qui se chamaillent, on observe une guerre des chefs, et tout un champ lexical et également tout un vocabulaire autour du cirque et du spectacle, avec des termes comme cirque, guignol, tartufferie, et voilà, dès le début en fait, dès notamment l'épisode, vous savez, souvenez-vous, ça remonte à il y a quatre mois, mais ça paraît très très loin, premier gouvernement le cornu, attente de la nomination du gouvernement, démission, renomination, et les Français ont été très vite atterrés, et ils se sont très vite détournés de tout cela, en exprimant vraiment une fatigue politique inédite, qui mêlait du dégoût, de la colère, de l'inquiétude, encore une fois, c'est des choses qu'on a mesurées dans les différentes enquêtes Ipsos-BVA.

2:53
Présentateur

Mais personne ne dit qu'il y a eu quand même un vrai débat parlementaire, une vraie activité politique, ça les Français ne leur en font pas crédit ?

3:00
Invité

C'est assez peu perceptible, en tout cas dans les enquêtes, puisque selon la dernière vague, par exemple, de notre étude de fractures françaises, on observe que la confiance dans les partis politiques n'a jamais été aussi faible, ce sont seulement 10% des Français aujourd'hui, 10% c'est rien, un Français sur 10, qui font encore confiance aux partis, donc je pense quand même que cette séquence, elle est venue abîmer encore plus un lien de confiance qui était déjà ténu, ça fait 20 ou 30 ans qu'on parle d'une crise de la confiance, avec notamment une hausse progressive de l'abstention élection après élection, et là vraiment cette séquence, elle est venue enfoncer un peu plus le coup de cette crise de confiance.

3:36
Présentateur

Et si on regarde dans le détail les différentes forces politiques, tout le monde est perdant, ou il y a quand même des gens qui ont réussi à tirer leur épingle du jeu, les partis politiques ?

3:43
Invité

Celui qui a un petit peu réussi à tirer son épingle du jeu en restant un peu au-dessus de la mêlée pendant longtemps, ou en tout cas montrant une attitude, on va dire, plutôt responsable, ça a été le Rassemblement National, mais tous les partis qui sont plutôt fermement dans l'opposition, éventuellement, mais ce qui est certain, c'est que les partis justement qui ont été au cœur des tractations, que ce soit du côté du PS avec qui Sébastien Lecornu a essayé longtemps de trouver une entente, les centristes, LR, ils ont vraiment pâti vraiment clairement de cette séquence. Et la France insoumise ?

La France insoumise, on va dire que c'est entre deux, entre ce qu'on a pu observer pour le RN, parce qu'effectivement avec un rôle d'opposition un peu ferme, mais globalement je dirais que les Français ont un peu mis toute la classe politique dans le même sac.

4:29
Présentateur

Et Sébastien Lecornu, comment sort-il de cette séquence budgétaire, le Premier ministre ?

4:34
Invité

Alors je ne sais pas si on... C'est un peu mitigé là aussi comme bilan, On peut se dire qu'effectivement il a réussi quand même à tenir le cap, ce que les Français peuvent lui reconnaître, c'est le fait que ça fait maintenant 4 mois qu'il est à la barre et il l'a tenu, surtout qu'ils sont assez conscients qu'il n'est pas directement responsable de tout ce qui s'est produit, il a hérité d'une situation, il a essayé de faire au mieux. D'ailleurs on le voit dans sa cote de popularité, elle résiste à peu près, quand je dis à peu près ça veut dire qu'il a moins de 50% d'opinion positive, mais il est néanmoins bien au-dessus de la popularité du chef de l'État.

Pour autant, il y a des promesses qu'il n'a pas tenues, notamment je pense à celles sur le non-recours au 49-3, donc là aussi ça vient encore un petit peu ajouter de l'eau au moulin des Français qui pensent que les politiques ne tiennent pas leur engagement, mais dans un environnement qui est globalement assez chaotique, il apporte un semblant de stabilité et un peu un point de repère.

5:28
Présentateur

Et est-ce que ces 4 mois qu'on vient de vivre peuvent avoir des retombées sur les élections municipales ? Un moindre intérêt peut-être de la part des Français en se disant « Bon ben la politique on en a vraiment marre ».

5:37
Invité

C'est une vraie possibilité, vous avez raison de le souligner, en plus on a une concordance des temps parfaite, puisqu'on a un budget depuis hier soir et la campagne officielle a démarré. En même temps, avec la séquence municipale, on revient à des valeurs sûres, puisque par rapport à la crise de confiance envers les politiques que j'évoquais, les maires sont aujourd'hui les seuls élus qui échappent à cette crise de confiance, on a encore, selon l'étude de fracture française d'Ipsos BVA, encore les deux tiers des Français qui déclarent faire confiance à leur maire, donc il y a un vrai attachement des Français à leur maire.

Par ailleurs, il y a un vrai attachement des Français à tout ce qui est au niveau local, c'est vraiment l'échelon qui attire encore leur attention. Dans une société d'ailleurs qu'on décrit souvent comme morose, fracturée, la force du local est encore très très forte. D'ailleurs, ce qui est intéressant, c'est de voir que le terme proximité, le mot proximité est un des mots qui est les plus appréciés par les Français. Donc on peut se dire aussi que cet enjeu de proximité avec les élections municipales peut potentiellement réintéresser les Français à la politique, puisqu'on va revenir sur des sujets très concrets, très ancrés dans leur quotidien, qui les préoccupent vraiment.

Non pas que le budget n'ait pas de répercussions sur leur quotidien, mais ça paraît plus lointain. On parle moins de leur logement, de la sécurité dans leur commune. Donc là, peut-être qu'on va réussir à les faire revenir doucement vers la politique. C'est très bien que cette séquence budgétaire s'achève par cela, même si de l'imaginer que ça suffise à réenchanter le lien entre citoyens et politiques, je dirais effectivement que rien n'est moins sûr.

7:08
Présentateur

Les élections municipales, c'est le dimanche 15 pour le premier tour et dimanche 22 mars pour le second. Merci Adélaïde Zulfi-Karpacic, directrice générale du pôle société de l'Institut Ipsos BVA. C'est parti.