Budget de la santé dans le viseur du gouvernement : "On va chercher dans la poche des malades"
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France Inter. Alexis Morel. Le 6-9. 5 milliards d'euros en moins l'année prochaine. C'est l'effort astronomique, peut-être historique, que le gouvernement compte demander au secteur de la santé pour sauver la sécu, dont le déficit ne cesse de se creuser, qui serait même menacé de faillite 80 ans après sa création. Comment y parvenir ? L'exécutif n'a évoqué pour l'instant que certaines pistes. Elles sont déjà inflammables. Doublement des franchises médicales, coup de frein sur les arrêts maladie, la prise en charge des affections longue durée, le transport sanitaire, trop d'abus, trop de dérives, selon le gouvernement. Et les réactions ne se sont pas faites attendre.
Des pharmaciens aux syndicats hospitaliers, en passant par les associations de patients, tout le secteur est déjà en ébullition. Alors, qui doit payer pour remettre la sécu à flot ? J'attends vos questions, vos réactions au 01 45 24 7000 et sur l'application Radio France, pour nos trois invités ce matin. Claude Rambaud, bonjour. Bonjour. Vice-présidente de France Asso Santé, qui regroupe toutes les associations de patients. Nicolas Da Silva, économiste de la santé, maître de conférence à l'université Sorbonne Paris Nord. Bonjour à vous. Et Philippe Besset, pharmacien d'officine dans l'Aude. Vous présidez aussi la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France.
C'est la première organisation de la profession. Bonjour Philippe Besset, je vais commencer avec vous. Bonjour. Parce que les pharmaciens, on peut le dire, sont un peu à la pointe de la lutte, avec des grèves déjà lancées. Samedi, un appel à la fermeture de toutes les officines, qui devrait être très suivi. Premier coup de semence avant un mouvement qui devrait encore prendre de l'ampleur en septembre. Alors, pourquoi une telle colère parmi les pharmaciens, Philippe Besset ?
D'abord, peut-être une histoire récente qui est celle des fermetures d'officines. Dans l'espace, dans les 15 dernières années, 4000 officines ont fermé. On a passé d'un réseau de 24 000 à 20 000 officines en France. Et on a 260 fermetures l'an dernier, 140 fermetures depuis le début de l'année. Une pharmacie ferme par jour sur le territoire. Ça atteint maintenant les petits villages, les quartiers. Donc, c'est les structures de proximité qui sont atteintes. Et ça, c'est lié à une politique drastique sur le médicament. Et en même temps, les pharmaciens ont, pendant la période, été incités, et nous avons accompagnés, ce mouvement, à devenir les acteurs du soin de premier recours.
C'est-à-dire, en fait, la dernière porte de la santé dans les villages, dans une période de désertification médicale. Et donc, nous faisons les vaccins, nous faisons les actes de premier recours, nous faisons de l'orientation. Donc, c'est un changement de paradigme pour la pharmacie.
Et c'est dans ce contexte difficile qu'il y a une mesure qui a mis le feu aux poudres. C'est la baisse des remises que pouvaient vous accorder jusque-là les laboratoires sur les médicaments génériques. Et donc, la baisse de vos marges. Et ça, d'ailleurs, c'est par décret. Ça n'attendra pas le prochain budget. Et vous dites, il y a des officines qui n'y survivront pas.
Exactement. Donc, sur ce terrain très compliqué, c'est que le gouvernement fait le choix de redonner de la marge à l'industrie pharmaceutique. Et ça, c'est incompréhensible, parce qu'en fait, ça ne rapporte aucun argent à l'assurance maladie. Et alors qu'il y avait un système vertueux de transparence qui était mis en place avec ce système des remises, que je ne vais pas vous expliquer parce que ce sera un peu long, mais je pourrais y revenir si vous le souhaitez.
Et en tout cas, cette décision qui a été prise par un arrêté ministériel du 4 août, elle va conduire à une accélération du mouvement que je décrivais tout à l'heure, c'est-à-dire la fermeture de centaines, voire de milliers d'officines dans les temps à venir. Et donc ça, c'est juste un choix de société que nous ne partageons pas. Et nous en appelons à la représentation nationale. Donc c'est pour ça que nous manifestons pour exprimer la problématique auprès du public.
Et nous avons confiance dans les députés à la rentrée pour revenir en arrière dans le cadre du projet de loi de finances de la sécurité sociale et pour, on va dire, dire au gouvernement arrêter cette mesure, il ne faut pas la prendre.
Et alors autre sujet d'inquiétude qui là concerne à la fois les professionnels que vous êtes et nous les patients, ce sont les franchises médicales. Ce qui reste donc à la charge des patients après les remboursements. 1 euro aujourd'hui sur chaque boîte de médicaments, ça pourrait doubler l'an prochain. Ainsi que le plafond maximum annuel de franchises qu'on peut réclamer à un patient, c'est 50 euros aujourd'hui, ça pourrait être 100 euros l'année prochaine. Et le gouvernement souhaiterait qu'on les paye, ces franchises, directement à votre comptoir, à votre guichet. Aujourd'hui, c'est un prélèvement automatique, on ne s'en rend même pas vraiment compte.
Vous, vous dites, ce n'est pas à nous de faire ça ? Ce n'est pas à notre rôle de collecter ces franchises ?
Alors ça, nous sommes en soutien des patients. J'imagine que Claude, tout à l'heure, s'exprimera sur le sujet, mais on est complètement en soutien des patients. C'est un truc de dingue, cette affaire. En fait, le gouvernement, le Premier ministre, François Béroux, a demandé au Conseil, au Conseil pour l'avenir de l'assurance maladie notamment, de faire des propositions, et on en a fait 543 pages, pour revenir à l'équilibre des comptes de l'assurance maladie. Eh bien, nous avons écarté cette piste. Elle n'a pas été retenue. Aucun des experts ne retient cette piste de la franchise.
En fait, ce qu'il faut comprendre, c'est que la sécurité sociale, son principe, c'est qu'on cotise selon ses moyens et on consomme selon ses besoins. C'est-à-dire, quand on est malade, et là, c'est l'inverse. Là, on nous demande de cotiser selon nos besoins. On demande aux malades de payer, aux gens qui sont le plus malades, aux personnes âgées. Donc, ce n'est pas possible. Et là, le fait de le collecter, de transformer le pharmacien en collecteur d'impôts, on ne le fera juste pas. Enfin, on ne le fera pas. Donc, ça, vraiment, il faut vraiment que... C'est la mesure, c'est la pire des mesures qu'a prise le gouvernement, je pense, dans ce que François Béroux a proposé.
Mais qui a aussi un fondement, pas seulement financier, mais aussi, j'allais dire, quasi philosophique, on en arrive au cœur du projet, qui est de plus responsabiliser les Français face à leurs dépenses de santé. Il y a eu, selon le gouvernement, trop d'abus, trop de dérives. Il y a eu ces mots forts de la ministre Catherine Vautrin. Il faut arrêter avec cette idée que l'assurance maladie, c'est gratuit, que j'y ai droit, gratuitement. Claude Rambaud de France Asso Santé, que répondez-vous à cela, à cette idée que, oui, il faut, 80 ans après la création de la Sécu, commencer à responsabiliser les Français face à leurs dépenses de santé ?
Écoutez, oui, c'est très facile de responsabiliser les Français et il n'y a qu'un pas à franchir pour culpabiliser les malades. Et on voit bien que les mesures qui sont prises aujourd'hui, on va chercher dans la poche des malades les 5 milliards nécessaires, paraît-il, pour équilibrer les comptes de l'assurance maladie. Mais c'est profondément injuste parce que les mesures que vous venez d'évoquer, par exemple, sur les pharmacies, évidemment, fragiliser le réseau de pharmaciens extrêmement grave, ce sont les derniers représentants des professions qui peuvent aujourd'hui accueillir à H24 les patients, où que ce soit, c'est un excellent réseau.
Mais pour, effectivement, réduire, si on veut réduire les dépenses d'assurance maladie, il faut d'abord réduire la maladie. Donc, en France, on a quand même deux grandes absentes des propositions qui sont faites actuellement. C'est la prévention, la prévention primaire. Effectivement, c'est bien qu'on a une population vieillissante, que c'est à partir de 65 ans qu'on fait la grosse consommation de soins et qu'il y a effectivement ces ALD qui sont aussi dans le viseur. Il ne faut pas oublier que les patients qui sont victimes dans le viseur, ce sont eux qui, principalement, vont assurer la réponse aux mesures qui sont prises. Et la deuxième grande absence, c'est la pertinence.
On sait qu'on a, en gros, 30% de dépenses de santé qui sont non pertinentes et le fait d'être des soins inutiles, ce sont des soins qui, en plus, vont entraîner de la iatrogénie, c'est-à-dire des effets indésirables. Et si on prend les 256 milliards, 30% de dépenses non pertinentes, c'est effectivement un chiffre beaucoup plus important que d'aller prendre dans la poche des malades. Qu'est-ce qui va être pénalisé par les franchises ? Vous venez de parler des franchises. Ce sont effectivement les patients les plus atteints, les plus durs.
Même s'il y aura un plafond annuel, on ne pourra pas réclamer, alors qu'il serait doublé, mais on ne pourra pas réclamer plus de 100 euros à un patient par an.
Oui, mais vous savez ce que c'est, 100 euros pour certaines familles ? Il y a des patients pour lesquels, effectivement, 100 euros, c'est très important. Donc voilà, à ce moment-là, quand on regarde, ce sont des mesurettes, si vous voulez bien, parce que si on regarde la question de la pertinence, simplement des médicaments, juste puisque vous êtes sur le médicament, 30% de dépenses médicamenteuses, il y a un rapport de l'adresse qui, encore, vient de nous donner les chiffres sur les dépenses de médecine de ville, elles sont dans 3 milliards. Donc rien que là, déjà, si on avait une prescription plus pertinente, bien entendu, ce n'est pas la question des patients.
Les patients ne sont pas les patients.
Alors justement, là-dessus, j'aimerais qu'on entende Nicolas Da Silva, vous êtes économiste de la santé, sur cette question de la responsabilisation des patients. Ça fait 80 ans, donc depuis 45, que nous, on ne se rend pas vraiment compte de ce que coûtent vraiment nos médicaments, nos séjours à l'hôpital, notre passage chez le médecin, une opération. Est-ce que ça veut dire qu'on a tous notre part de responsabilité dans la situation actuelle, qu'on aurait tous abusé du système ?
Alors, c'est une très mauvaise façon de poser le problème, puisque, en fait, la sécurité sociale rembourse ce qui est prescrit par un professionnel de santé. Donc les patients, lorsqu'ils se rendent à une pharmacie, ils ne sont remboursés que s'il y a une prescription. C'est un exemple, il pourrait y en avoir d'autres. Donc ceux qui sont ordonnateurs de la dépense, ce sont les professionnels, ce ne sont pas les patients. Donc responsabiliser le patient, ça a une connotation assez étonnante quand on connaît le fonctionnement de l'assurance maladie. D'ailleurs, je tiens à dire qu'en fait, les patients payent déjà.
Ils payent déjà à la fois directement, mais ils payent aussi via leur complémentaire santé, et bien entendu via la sécurité sociale. L'enjeu est de savoir quels sont les modes de paiement les plus efficaces.
Or, il y a énormément de rapports qui expliquent que la sécurité sociale, elle permet d'organiser la solidarité entre les catégories de revenus, entre les malades, et donc de ce point de vue-là, elle est plus efficace, puisque la sécurité sociale permet aux malades de se soigner, alors qu'avec le projet d'augmentation des franchises, au contraire, ce sont les plus malades qui vont devoir le plus payer, puisque vous paierez d'autant plus de franchises et de participations que vous êtes malades. Donc ça visera en premier, comme aujourd'hui d'ailleurs, les personnes en affection longue durée.
Or, quand vous avez un diabète, par exemple, quand vous avez, je ne sais pas, une maladie grave quelconque, lourde, en fait, la plupart du temps, presque tout le temps, vous n'êtes pas responsable de votre situation. Et c'est bien la logique de solidarité entre les bien portants et les malades qui est au cœur de cette idée de responsabilisation qui ne montre pas d'effet positif. En fait, on sait tout simplement que plus on paye, excusez-moi, il y a tout un tas d'études qui montrent que, en fait, payer nuit gravement à la santé. Parce que quand on doit payer de sa poche, eh bien, on va plus souvent renoncer à des soins pour des raisons financières. Donc c'est contre-productif.
Ce renoncement est associé, juste, je finis l'argument, excusez-moi, et ce renoncement aux soins pour des raisons financières, il n'est pas un dolore. Il implique à moyen, à long terme, des baisses d'état de santé, une dégradation de l'état de santé.
Quelle est aujourd'hui vraiment la situation de la sécu ? Est-ce que vous souscrivez, Nicolas Da Silva, au tableau très noir que dresse le gouvernement ? Si on ne fait rien, 16 milliards d'euros de déficit pour l'assurance maladie l'année prochaine ? La Cour des comptes aussi, qui alerte contre une crise de liquidité dès 2027.
Alors, le tableau noir de la sécurité sociale, c'est quelque chose qui est habituellement ressorti d'année en année avec la thématique du trou de la sécurité sociale. La sécurité sociale serait une institution au bord de la faillite qui, dès demain ou peut-être la semaine prochaine, ne serait plus en mesure d'assurer ses engagements. Ce tableau noir est évidemment, malheureusement, pas sérieux parce que la sécurité sociale est une institution qui, financièrement, est très puissante. Il y a des déficits, c'est vrai, mais ces déficits, il faut les rapporter à d'autres chiffres pour mesurer un petit peu leur importance.
Donc, le déficit qui est prévu, ce sont des prévisions, on manipule des chiffres qui seront amenés à changer. Mais la prévision pour l'année prochaine, pour la sécurité sociale, le régime général de sécurité sociale, c'est 22 milliards, dont effectivement 16 pour l'assurance maladie. Sauf que si on rapporte ça aux recettes de la sécurité sociale, qui sont de l'ordre de 644 milliards, ça fait quelque chose de l'ordre de 3%. Donc, le déficit, l'année prochaine, serait de l'ordre de 3%. Alors, ce n'est pas rien, mais ce n'est pas quelque chose qui est absolument inouï.
D'ailleurs, quand on regarde le déficit de la sécurité sociale par rapport au déficit public, donc là, on ajoute l'État, les collectivités territoriales, la part de la sécurité sociale, elle est, encore une fois, minime. Donc, focaliser l'attention sur la sécurité sociale
ne paraît pas quelque chose de tout à fait pertinent. Et pour faire des économies de 5 milliards, comme c'est envisagé, donc ce serait assez historique comme effort demandé, les mesures qu'on a évoquées ne suffiront sans doute pas. Ça veut dire qu'on peut aller chercher où ? À l'hôpital, par exemple ?
Alors, pour comprendre la situation financière de la sécurité sociale, il faut le faire, évidemment, comme le propose le gouvernement, de regarder du côté des dépenses, mais il faut aussi regarder du côté des recettes. Et là encore, il y a beaucoup de rapports d'institutions publiques, par rapport public, qui montrent que la situation actuelle de la sécurité sociale, dont le déficit reste en augmentation, est liée à une politique des cases vides, disons.
C'est-à-dire qu'il y a une politique de l'emploi, notamment, qui consiste à beaucoup d'exonération de cotisations sociales, d'exemption de cotisations sociales, et ce que cela coûte chaque année au compte public est de l'ordre de 100 milliards d'euros. Et donc, on voit bien qu'il y aurait des marges de manœuvre de ce côté-là. D'autant plus que cette politique de l'emploi n'a pas montré une efficacité très, très importante. C'est le moins qu'on puisse dire. Là encore, de nombreux rapports, notamment de France Stratégie, ont montré combien cette politique est à la fois peu convaincante pour améliorer le niveau de l'emploi, mais en plus, elle coûte à la sécurité sociale.
À ce sujet, on a une question au standard. Pardon, je vous interromps, parce qu'on est vraiment sur la question des recettes. Bonjour Alain. Oui, bonjour. Merci de prendre mon appel.
Voilà, ça fait des années qu'on parle de la TVA sociale et dont M. Borloo avait déjà été le précurseur. Et aujourd'hui, dans les journaux, de temps en temps, apparaît un article sur la TVA sociale.
N'est-il pas opportun aujourd'hui pour rechercher de l'argent, c'est-à-dire pour financer tout ce qui concerne la sécurité sociale et autres retraites et compagnie, par la TVA sociale en supprimant toutes les charges sociales sur les salaires, les entreprises, etc., sauf bien sûr aux entreprises reprenant tout ce qui est maladies professionnelles et actions professionnelles, et sur la TVA sociale qui, à mon avis, permettrait à ce niveau-là de régler les problèmes en faisant varier le taux de TVA en fonction, bien sûr, des périodes, et également, comment dire, en redistribuant tout ce qui a été pris sur les salaires des employés, parce que je sais qu'il y a des gens qui crient au scandale à ce sujet, c'est-à-dire en redistribuant tout ce qui a été prélevé sur les salaires, oui, les salaires, sous forme de cotisations sociales, et bien en redonnant tout ce pouvoir d'argent aux gens.
On a bien compris, notamment, cette idée de la TVA sociale, Nicolas Da Silva, on parle des recettes possibles, on parlait des dépenses, mais là, des recettes supplémentaires pour la Sécu.
À mon avis, il y a deux problèmes avec la TVA sociale. La première, c'est qu'on focalise sur la façon dont on prélève les ressources de la sécurité sociale. Or, comme si, pardon, il n'y avait pas déjà eu beaucoup de changements de ce côté-là. Et en fait, il y a déjà eu des changements. Il y a eu une forte fiscalisation des recettes en substituant de la cotisation à de la CSG, de la contribution sociale généralisée.
Et d'une certaine manière, il y a aussi une forme de TVA sociale, puisque lorsque l'État met en place des politiques d'exonération de cotisations sociales, il dit aux entreprises, vous allez moins payer de cotisations sociales, et il compense sur son budget la sécurité sociale, notamment à partir de recettes de TVA. Donc là, en fait, on noie un petit peu le poisson dans la question du mode de financement, puisque les modes de financement ont beaucoup varié sans améliorer significativement la solution.
Et deuxième point, à mon avis, très très important, c'est que dans cette idée de TVA sociale, il y a l'idée sur laquelle, en baissant les cotisations sur les salaires et en remettant tout en TVA, les entreprises vont intégralement redonner les baisses de cotisations à leurs salariés. Et en fait, ça n'arrive jamais.
Claude Rambeau de France Asso Santé. Le gouvernement rappelle ces dernières semaines que notre démographie, notre société, n'a plus rien à voir avec celle de 45 qu'au moment de la fondation de la Sécu. L'espérance de vie s'est allongée, on a moins d'actifs, plus de retraités, donc plus d'affection de longue durée aussi. Est-ce qu'il ne faudrait pas toutefois adapter la Sécu à cette nouvelle donne démographique ? Est-ce qu'elle peut encore tenir sur les fondations de 45 ? S'il y a plus d'ALD, est-ce qu'il ne faut pas revoir la prise en charge puisque plus de Français seront concernés par ce statut ?
Non, mais en France, je vous le disais tout à l'heure, votre question me renvoie là-dessus. On sait que de toute façon, la dépense d'assurance maladie, le gros de la dépense, parce qu'évidemment, on a des dépenses, on peut en avoir à 20 ans, à 30 ans, mais c'est effectivement lié au vieillissement de la population. La vieillesse est en soi déjà effectivement une forme de pathologie, si vous voulez, mais on peut quand même prévenir. On dit qu'il n'y a que 80% des gens de plus de... Il y a 80% des gens de plus de 80 ans qui prennent des médicaments. Moi, j'ai plus de 80 ans, je ne prends pas de médicaments. Mais en revanche, je fais très attention à ma santé.
On les connaît, les facteurs qui ruinent la santé. Les ALD, vous évoquez les ALD, les grandes pathologies d'ALD, les gros contingents sont liés à des facteurs sur lesquels on peut absolument jouer en matière de prévention. Et en France, la prévention reste la parente pauvre. Là, nous sommes sur des mesures de court terme. Mais si on veut faire du long terme et si on veut se projeter dans l'avenir avec ces problèmes démographiques que vous évoquez, évidemment, il nous faut aller vers la prévention.
Tout à l'heure, vous aviez parlé d'autres sujets qui nous renvoient, par exemple, à la médecine du travail, qui nous renvoient à la médecine du travail, qui sont complètement devenues inexistantes aujourd'hui. Donc, on peut réduire la maladie. La maladie n'est pas une fatalité qui est forcément liée au vieillissement. On peut vieillir en bonne santé.
La question du travail et du sujet explosif des arrêts maladie, dont le nombre a beaucoup augmenté ces dernières années, 4% d'augmentation annuelle depuis 2019. On a une question au standard de Jacqueline. Jacqueline, bonjour. Bonjour. C'est à vous. Oui, moi, je voulais intervenir par rapport à l'allongement éventuel des jours de carence. Parce que déjà, 3 jours de carence, c'est une catastrophe pour un SMICAR. Quand il est arrêté, par exemple, le mardi soir. Donc, il n'est pas payé le mercredi, le jeudi, le vendredi. Mais il n'est aussi pas payé le samedi et le dimanche puisqu'on a demandé aux généralistes d'arrêter les arrêts le vendredi soir.
Et le résultat, c'est qu'il a un déficit sur son budget de l'équivalent d'un quart de son SMIC puisque la sécu ne lui rembourse pas le 100% de son salaire. Et comment vous faites, vous, quand vous êtes déjà SMICAR et donc limite au niveau économique pour payer tout, le loyer et tout ? Et donc, là, ça va être appauvrir les pauvres. Merci, Jacqueline, pour ce témoignage. Je précise que vous êtes médecin retraité. Nicolas Da Silva sur les arrêts maladies. Pour le gouvernement, il y a trop d'abus. La ministre a dit que 50% des arrêts maladies de plus de 18 mois qui avaient été contrôlés ces derniers mois étaient injustifiés.
En fait, là aussi, c'est une idée reçue qu'il faut absolument battre en brèche. C'est-à-dire qu'il n'y a pas de faux malades ou alors ils sont vraiment très, très peu nombreux. Pour le comprendre, sur cette question des arrêts maladies, l'assurance maladie a produit un rapport pour expliquer pourquoi les arrêts maladies ont augmenté. L'essentiel de l'augmentation, plus de 50% d'augmentation, est lié à des facteurs économiques et démographiques. Économiques parce que les salaires ont augmenté liés à la période d'inflation. Comme les indemnités journalières sont calculées sur la base des salaires, il est normal que les indemnités journalières augmentent. La démographie joue aussi, pourquoi ?
Parce que la population est vieillissante et une population vieillissante et une population plus malade. On demande aux gens de travailler plus longtemps avec les réformes de la retraite, c'est normal qu'il y ait plus d'indemnités journalières. En tout cas, c'est attendu. Ce sont des causes tout à fait justifiées. Ensuite, l'assurance maladie nous dit qu'il y a quelque chose comme 40% de la hausse qui n'est pas expliqué par ces modèles. Et ensuite, elle pose des hypothèses. Des hypothèses qui demandent à être creusées. L'hypothèse principale qui est avancée, c'est les conditions de travail.
C'est-à-dire qu'en France, on sait qu'on a des conditions de travail particulièrement dégradées par rapport à d'autres pays européens. Beaucoup de conflictualité au travail. Et sur ce sujet-là, pas grand-chose n'est évoquée. Par contre, il y a l'idée, en une phrase, de lutter contre la fraude. Sauf que la fraude, il n'y a pas de preuve que la fraude aux arrêts de travail soit massive. Je n'ai pas dit qu'il n'y avait pas de preuve qu'il y avait de la fraude. Il y en a. Mais elle n'est pas massive.
Et alors, justement, l'assurance maladie a fait une étude où elle montre, justement, c'est ce chiffre que vous citez qu'il faut absolument déconstruire de quelque chose comme 54% d'arrêts injustifiés. Et donc, ce que les gens entendent, et c'est tout à fait légitime, c'est 54% de fraudeurs. Pas du tout. Sur ces 54%, il y a 41% des gens qui, en fait, sont des gens qui sont en arrêt de travail et qui devraient être en invalidité. Donc, ce sont des vrais malades, mais qui sont, d'une certaine manière, en transit administratif entre deux statuts.
Et donc, au total, quand l'assurance maladie fait son étude sur un échantillon ciblé de malades en arrêt longue maladie, il n'y a que 12% pour lesquels il n'y a pas de fraude. Il y a une décision du médecin qui est différente entre le médecin de famille et le médecin qui est le médecin de la sécurité sociale.
Oui, c'est un statut administratif qui compte.
Donc, on voit bien que, en fait, c'est très difficile de montrer l'existence des faux malades. Et c'est la même chose pour les ALD, puisqu'il y a un projet parallèlement qui n'est pas tout à fait explicité encore, qui est de dire qu'on va enlever la possibilité à certaines personnes de rester dans le régime ALD.
Une sortie plus rapide de l'ALD, oui.
Exactement. Mais ce n'est pas fondé sur le fait que ces personnes ne seraient pas malades. Je voudrais qu'on évoque un dernier sujet important
avec Claude Rambeau, peut-être. L'exécutif pointe des situations de rente sur le dos de l'assurance maladie, et donc des patients dans certains secteurs, la biologie, la dialyse, les radiologues. Les radiologues, ils sont clairement dans le viseur. Un rapport de l'inspection des affaires sociales pointe une rémunération deux fois supérieure à celle des autres spécialistes. Des niveaux de rentabilité qui interrogent. Là, Claude Rambeau, il y aurait de sacrées économies à faire ?
Ah ben oui, forcément. Sur la radiologie en particulier, bon, lisez le canard enchaîné de cette semaine, on voit bien, mais on le sait depuis longtemps. Mais ce n'est pas seulement la radiologie. Il y a les doublons d'examens, il y a la biologie. Tout ça, c'est aussi le fait qu'on n'ait pas de dossier médical partagé qui soit véritablement suivi par l'ensemble des médecins. Les hôpitaux ont leur dossier de leur côté, chaque médecin a son petit dossier, et on n'a pas de cohérence sur le parcours pour avoir une véritable visibilité du parcours d'une personne. Donc, il y a bien mon espace santé, mais ça n'est pas suffisamment popularisé. Ce n'est pas un accès si facile pour tout le monde.
Donc, effectivement, il y a beaucoup de doublons, il y a beaucoup de dépenses inutiles. Et je reviens en particulier sur une qui est tout à fait chiffrée, qui est celle de la surprescription médicamenteuse. Donc là, vraiment, on dépasse carrément les 5 milliards dont on aurait besoin. et il faut arrêter de culpabiliser les patients. Merci, ce sera le mot de la fin. On n'est pas en ALD toute sa vie, ce n'est pas vrai. Les personnes qui sont en ALD savent qu'il y a une révision régulière de leur situation d'ALD.
Merci beaucoup, Claude Rambaud, Nicolas Da Silva, Philippe Besset, invité d'Inter ce matin. Bonne journée à tous les trois. Sous-titrage Société Radio-Canada
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