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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 23 janvier 2023 23 minContradictoireActualité / polémiqueRetraitesSolidarités & familleTravail & emploiÉconomie & entreprises

19 janvier, une journée historique en France

Source d'origine 3 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 88 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:43OuverteRéponse directe

    Daniel Simonnet, une réaction ?

  • 1:59OuverteRéponse directe

    Beaucoup pensaient que les Françaises et les Français étaient avachis, déprimés, résignés. Il y a eu comme un sursaut. Comment l'expliquez-vous, Daniel ?

  • 9:33OuverteRéponse directe

    Pour ne pas trop pénaliser les élèves et les étudiants ?

  • 21:59OuverteRéponse partielle

    Du coup, c'est quoi les prochaines dates ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:45InvitéFait
    « Emmanuel Macron ment, parce que lors du premier tour des élections présidentielles, il n'y avait pas une majorité de Françaises et Français qui ont voté son programme. »
  • 1:02InvitéFait
    « Au premier tour des législatives, il a perdu le premier tour des élections législatives. »
  • 1:05InvitéFait
    « C'est la NUPES qui est arrivée en tête du premier tour des législatives. »
  • 2:29InvitéChiffre
    « Vous avez vu les derniers chiffres de l'Oxfam qui montrent que si on prenait ne serait-ce que 2 %, 2 % de la fortune des 42 milliardaires. »
  • 2:38InvitéPromesse
    « Donc si on prenait 2 % à 42 personnes, on pourrait non seulement préserver notre système de retraite, mais on pourrait aller, en rajoutant 1 % ou 2, revenir à la retraite à 60 ans. »
  • 3:36InvitéChiffre
    « C'est pas le fruit du hasard si 68% sont pour la retraite à 60 ans, 93% des actifs qui sont opposés à la réforme des retraites. »
  • 4:40InvitéChiffre
    « Il y a plus de 6 aiguilleurs sur 10 qui étaient en grève aussi. »
  • 10:11InvitéFait
    « Macron, il va compter là-dessus. Il va compter sur l'épuisement. »
  • 17:48InvitéChiffre
    « La CFDT, elle annonce elle-même qu'elle a plus de 120 millions d'euros de caisses noires. »
  • 18:24InvitéChiffre
    « La CGT, elle revendique 700 000 adhérents. »

Temps de parole

  • Invité58 %
  • Invité 219 %
  • Invité 316 %
  • Présentateur5 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Alors à l'heure où les manifestants défilaient, Emmanuel Macron était en train de célébrer l'amitié qui lie la France à l'Espagne, à Barcelone. Le président de la République a été copieusement hué à son arrivée, on a quelques images. La tradition veut qu'un président ne s'exprime pas sur une question intérieure depuis l'étranger, mais Emmanuel Macron l'a fait. Je vous propose de l'écouter.

0:21
Locuteur non identifié

Il y a eu aussi un premier tour qui m'a placé en tête où les choses avaient été dites en très grand détail et clairement. Il y a ensuite eu des législatives qui ont donné une majorité relative, mais où les choses étaient portées clairement. Donc on ne peut pas non plus faire comme s'il n'y avait pas eu d'élection il y a quelques mois. C'est juste ça ce que je dis avec beaucoup de calme, parce que cette réforme, elle fait partie de ce qui avait été aussi présenté. Après, moi, j'en défends, comme je vous l'ai dit, surtout la nécessité et la justice.

0:43
Présentateur

Daniel Simonnet, une réaction ?

0:45
Invité

Écoutez, Emmanuel Macron ment, parce que lors du premier tour des élections présidentielles, il n'y avait pas une majorité de Françaises et Français qui ont voté son programme. Au premier tour des législatives, il a perdu le premier tour des élections législatives. C'est la NUPES qui est arrivée en tête du premier tour des législatives. Et aujourd'hui, la Macronie est finalement une minorité présidentielle à l'Assemblée nationale. Donc non, il n'y a jamais eu d'adhésion majoritaire à son programme. Et d'ailleurs, même parmi les électeurs macronistes, il y en a un bon nombre qui ne veulent pas de cette réforme.

Mais bon, puisqu'il était en Espagne pour son mépris, son dédain habituel du peuple français, on pourrait lui répondre en espagnol « El pueblo unido ramasera vencido ». Parce que là, le peuple était uni dans la rue avec la conscience de lui-même qu'il peut faire plier Emmanuel Macron sur cette réforme des retraites inacceptables. Et c'est ça qui est magnifique, qui est en train de se jouer dans le pays.

1:48
Présentateur

– Beaucoup pensaient que les Françaises et les Français étaient avachis, déprimés, résignés. Il y a eu comme un sursaut. Comment l'expliquez-vous, Daniel ?

2:03
Invité

– Écoutez, déjà, je pense qu'il y a une colère dans le pays qui a été accumulée pendant ces dernières années et puis qui, là, a enfin la possibilité de s'exprimer. Et en plus, on sait qu'il y a un niveau de conscience que cette réforme est une arnaque sans nom, qu'il n'y a aucune justification économique de la prendre, qu'on nous vole deux ans pour finalement préserver les cadeaux des ultra-riches. Vous avez vu les derniers chiffres de l'Oxfam qui montrent que si on prenait ne serait-ce que 2 %, 2 % de la fortune des 42 milliardaires.

Donc si on prenait 2 % à 42 personnes, on pourrait non seulement préserver notre système de retraite, mais on pourrait aller, en rajoutant 1 % ou 2, revenir à la retraite à 60 ans. Donc c'est cette colère-là qui s'exprime aujourd'hui, dans cette première journée de grève et de manifestation historique, on va en appeler d'autres, et qui devraient être entendues comme signal au gouvernement. « Votre réforme, le peuple n'en veut pas », vous avez réussi à créer l'unité syndicale contre, l'unité politique contre, et l'unité du peuple contre. Donc c'est extrêmement important, et franchement, on est épuisé physiquement, mais moralement, on a la banane aujourd'hui.

C'est une très grande fierté pour toutes celles et ceux qui ont participé, et moi j'ai croisé des gens qui disaient, y compris que c'était la première fois qu'ils manifestaient. Et dans des petites villes, on a pu voir des images, dans des petites villes, des manifestations qui étaient massives comme jamais depuis très longtemps. C'est pas le fruit du hasard si 68% sont pour la retraite à 60 ans, 93% des actifs qui sont opposés à la réforme des retraites, c'est parce qu'il y a une profonde prise en conscience du monde du travail dans lequel on est, que les gens, après le Covid, n'ont plus envie d'aller charbonner au boulot comme ça pour rien du tout, pour des salaires de misère et autres.

Et que moi je suis, je dis historique, pourquoi ? Non pas parce que ce serait la première plus grande manifestation, pas dans ce sens-là, c'est entre le delta de l'annonce de la journée, le 10 au soir et le 19. Moi j'ai jamais vu ça, très sincèrement, c'est pas les militants syndicaux. Même moi, enfin pour certains secteurs comme nous à la SNCF qui sommes soumis à ce qu'on appelle les déclarations individuelles 48 heures avant, à cause de la loi Sarkozy de 2007. Nous, ça s'est arrêté lundi, c'est-à-dire que lundi maximum, fallait soit être déclaré, soit c'était trop tard.

Et quand vous avez samedi, dimanche dedans, en réalité, le temps de mobilisation, et pourtant on a fait, chez les conducteurs de train, 80% des conducteurs de train au niveau national étaient en grève. Il y a plus de 6 aiguilleurs sur 10 qui étaient en grève aussi. Dans de nombreux métiers, on est quasiment au même niveau que le 5 décembre 2019, assez après que le 5 décembre 2019, pour avoir beaucoup milité cette date-là à l'époque, on avait presque un mois et demi déjà d'avant. C'est pour ça que je dis que c'est historique à tout point de vue et ça montre que les gens ont envie de se mobiliser, qu'ils ont envie de lutter, qu'ils sont prêts à aller au bout.

Maintenant, il va falloir définir un véritable plan de bataille pour faire reculer le gouvernement parce qu'ils ne vont pas reculer sur des grèves de 24 heures. On a eu d'autres mouvements. Moi, je me souviens, en novembre-décembre 1995, où vous aviez tout un tas de secteurs qui n'étaient pas forcément en grève et qui, en même temps, plein de travailleurs, plein de citoyens avaient essayé de soutenir financièrement parce que la situation est extrêmement dure. Vous avez vu avec l'inflation, je sais personnellement dans les quartiers populaires, plein de familles se disent, qu'est-ce qu'on fait ? On paie le loyer ou on remplit le frigo ?

Donc, on est dans une situation vraiment plus calos, plus que dure. Mais, en même temps, il y a une colère très forte, légitime, déterminée parce que deux ans de plus, ça suffit. Déjà, pour que le mouvement ne s'essouffle pas, il faut qu'il y ait un véritable plan de bataille qui soit mis en place. Là, il y a une journée annoncée qui sera le 31 janvier. Moi, je trouve déjà que ce n'est pas normal qu'on ait une retenue sur les dates annoncées. À un moment donné, soit on veut gagner et on met tout le monde au parfum, soit on joue aux meilleurs communicants.

Je veux dire, par là, c'est très sympa d'arriver devant les caméras de BFM TV pour avoir son petit papier qui lit ce qui sort de la réunion. Dans les faits, dans le rapport de force, ce n'est pas ça qui nous aide. C'est-à-dire qu'à un moment donné, moi, je suis un peu gêné quand je suis en Assemblée Générale le matin et qu'on n'a rien à annoncer. C'est-à-dire qu'on n'est même pas capable de dire aux gens qu'est-ce qu'on propose, est-ce qu'on se met sur telle date, etc. Et donc, on voit bien que la question de la gilégionisation, aussi de la radicalisation de la base, inquiète énormément l'intersyndicale. Moi, très sincèrement, je n'ai aucune confiance dans l'intersyndicale.

Je veux dire, par là, l'unité syndicale, l'unité de logo dans une feuille, j'en ai que faire. Ce qui m'intéresse, c'est l'unité des travailleurs à la base et cette unité, elle est primordiale. D'accord ? Parce que l'intersyndicale, elle est aussi responsable des 25 années de défaite syndicale aujourd'hui. Moi, je ne l'oublie pas. C'est-à-dire qu'à un moment donné, quand ça devient trop chaud, on sait comment ça se passe. Et je pense que ce que nous, on a besoin de faire aujourd'hui, vous parliez de Honnête, mais très récemment, on était encore avec les Géodis pendant plus de 30 jours. Ce qui aide les travailleurs, c'est que lorsque les grévistes, leur grève leur appartient.

C'est-à-dire qu'ils sont maîtres du calendrier, ils sont maîtres des dates, ils sont maîtres de l'auto-organisation. Et c'est ça qu'il faut centralement. On a une journée de 24 heures aujourd'hui, c'est une réussite. Il va y avoir maintenant une autre journée de 24 heures. Mais je veux dire, par là, il faut embrayer très rapidement, comme l'a dit Daniel, sur la question de la grève reconductible. Je veux dire, par là, la mémoire collective, c'est très bien qu'à chaque fois qu'on a fait reculer le gouvernement, c'est dans un rapport de force dur.

7:34
Présentateur

L'intersyndicale annonce justement une nouvelle manifestation le 31 janvier.

7:37
Invité

31 janvier, oui. Journée de grève interprofessionnelle et de manifestation. Je ne saurais pas vous dire. Enfin, moi, de toute façon, je suis de toutes les grèves et de toutes les manifestations. Mais le problème, ce n'est pas les journées de 24 heures. C'est qu'à un moment donné, il nous faut... Dans le paysage, une montée crescendo avec une possible grève reconductible à partir de la mi-février.

L'ensemble des médias bourgeois sont inquiets et savent que le gouvernement est très inquiet par la grève reconductible parce qu'ils savent que si demain, les raffineurs, les transports, etc., l'énergie, les grands bastions du mouvement ouvrier, l'éducation nationale, etc., et aussi quelques secteurs privés, s'ils se mobilisent demain en grève reconductible, ça va être très compliqué. Moi, je pense qu'on devrait se mettre uniquement sur le terrain de la stratégie et de la lutte et discuter de ça. Quel est le plan de bataille pour que celui qui se prend pour le chef suprême et qui dit « Moi, je suis le chef et basta », comment on le fait reculer ?

Et pour le faire reculer, c'est à un moment donné qu'en là-haut, ils vont lui dire « Mon ami, ça commence un peu à être beaucoup trop le bazar, on commence à perdre beaucoup trop de milliards, on ne comprend pas trop ta réforme en plus, on ne voit pas ce que ça va apporter de plus concrètement dans les caisses, etc. » et donc c'est ce dont nous, on doit commencer à parler. Malheureusement, le 31 janvier, voilà, c'est le 31 janvier, mais qu'est-ce qui se passe après le 1er février ? On recommence encore avec une nouvelle date.

Donc voilà, moi, j'ai envie de dire à celles et ceux qui ont lutté aujourd'hui, qui se sont organisés, il faut commencer à pousser et à dénoncer le début d'une forme de stratégie qui serait une stratégie de grève saute-mouton qu'on a connue en 2016, que nous, en tant que cheminots, on a connue avec cette fameuse grève perlée, etc., même si c'est un peu différent. Mais à un moment donné, il faut qu'on renoue avec ce qui fait reculer le gouvernement en 1995. Et aussi, moi, je ne l'oublie pas parce que pour moi, ce n'est pas une défaite 2019. Si on n'était pas en grève reconductible avec la RATP, Covid ou pas Covid, ça passait.

9:32
Présentateur

Donc la solution aux grèves reconductibles, alors on sait que dans le secteur de l'éducation, une grève reconduite peut préjudifier à la scolarité des élèves. Alors, William Ghosn, pour ne pas trop pénaliser les élèves et les étudiants ?

9:48
Invité

Mais en fait, les élèves, ils sont déjà pénalisés par les cours qu'on peut leur proposer. Et on sait effectivement que c'est quelque chose qu'il faut surmonter parce que quand on fait grève, bien évidemment qu'on pense aux élèves. Mais moi, si je fais grève maintenant, je pense en priorité à mes élèves. Quand je viens ici sur ce plateau pour défendre justement une bonne éducation, je pense à mes élèves et je pense aussi à leur futur, donc à une retraite. Donc effectivement, de toute façon, Macron, il va compter là-dessus. Il va compter sur l'épuisement. Il le sait, c'est dur pour tout le monde, il y a l'épuisement. Donc c'est sa stratégie, c'est ce qu'il a fait avec les gilets jaunes.

Il va essayer de laisser passer. Donc nous, on sait qu'effectivement, les moyens financiers, ça va être le nerf de la guerre et donc il va falloir se coordonner. Je discute en AG le matin. Tout le monde pense à une grève qui sera gagnante et tout le monde réfléchit à une grève qui est gagnante parce qu'on sait que le gouvernement qu'on a en face de nous est extrêmement dur et extrêmement violent. Donc nous, on a volonté de s'organiser de meilleure manière pour pouvoir réussir à être nous aussi plus efficaces. Voilà. On sait quand même qu'il y a une grosse motivation quand même parce que le secteur de l'éducation nationale, il est quand même grandement féminisé.

Aujourd'hui, moi je suis fier de dire qu'on a des collègues qui sont contractuels, qui ont des enfants, qui ne sont pas forcément à grand salaire, ils viennent en manif. Ça c'est un signal aussi dans l'éducation. On a aussi des proviseurs qui d'habitude sont un peu dans le conflit avec les équipes pédagogiques parce qu'ils réduisent des heures, parce qu'ils réduisent les salles de classe. Ils sont aussi en grève. Donc il y a quand même des choses qui se passent aussi. Il y a certains signaux qui sont dans le secteur de l'éducation. Et voilà, nous aussi, dans l'éducation, on est sensibles à ce qui se fait dans les autres secteurs. C'est-à-dire qu'il y a une volonté de se coordonner.

Et on sait que dans l'éducation, on ne va pas avoir le même impact que par exemple les raffineurs qui ont mené une grève il n'y a pas très longtemps et qui ont montré qu'eux pouvaient bloquer le pays. Nous, on peut éviter on peut bloquer quelques écoles. Mais est-ce qu'on a le même impact que des raffineurs ? Ce n'est pas sûr. Donc peut-être qu'il y aurait une volonté de se coordonner avec des secteurs qui peuvent taper dans le portefeuille puisque les raffineurs c'est les profits. Et donc du coup, comment est-ce qu'on va coordonner ça ?

Nous, en AG ce matin, on s'est intéressé effectivement au planning des raffineurs qui disent que le 26 ils proposent 48 heures, que le 1er février ils proposent 72 heures pour se préparer pour avoir quelque chose. Donc il y a le 31 d'une certaine manière. Mais on s'intéresse aussi aux autres points de bataille et on réfléchit à comment être le plus efficace pour pouvoir gagner. C'est ça qui se passe. Moi, je suis député. Ce n'est pas à moi de dire comment les salariés dans ce pays doivent organiser cette défense.

Mais je ne peux qu'inviter tout le monde sur son lieu de travail ou sur son lieu d'études à faire des assemblées générales pour voir comment mobiliser au maximum et quelle est la forme de grève, le rythme de grève qui peut permettre de bloquer le pouvoir et l'acculer à retirer son projet de réforme. Mais là, aujourd'hui, ayons conscience que la journée qui vient d'être effectuée, franchement, ce n'était pas du tout l'équivalent de la première journée de 95. Donc on est à un haut niveau de mobilisation. Donc oui, la victoire, elle est possible parce que je pense qu'on n'a plus besoin en ce moment de faire des batailles entre guillemets de conscience sur le contenu.

On va bien sûr continuer à argumenter et ça va discuter sur le fond pour s'approprier tous les arguments. Là, je pense que la bataille des consciences, elle est vraiment que les gens aient confiance en eux-mêmes qu'ils peuvent imposer le retrait de ce texte scandaleux. Pour moi, le gouvernement est déjà en crise et que j'ai l'impression que parfois ils se disent jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien tant que ça passe. Maintenant, il va falloir, je pense qu'on a les capacités de pouvoir imposer un véritable rapport de force qui les fasse reculer. Moi, je suis très étonné de voir des Aurore Berger, Olivier Véran commencer à agiter très tôt, très très tôt.

Alors même qu'on est à la première journée de grève d'agiter la question de réforme, de la question du droit de grève en France, ça montre à quel point ils sont totalement inquiets, fébriles et que dès maintenant, ils veulent essayer de voir comment sur la question qui était posée sur le rapport de force en face et comment ils vont essayer de réprimer. Moi, je pense que c'est une option qu'ils essayent de voir, d'empêcher les blocages, d'empêcher, là, il y a eu la question des amendes, mais moi, je pense que leur souhait, ce serait d'avoir un système de grève dans lequel, en fait, il n'y a vraiment plus d'impact.

Déjà, ça les emmerde que la phrase de Sarkozy quand il y a une grève à la SNCF, ça ne se voit plus. Tout le monde voit qu'à chaque fois qu'il y a une grève à la SNCF, oui, ça se voit. C'est-à-dire que même s'il y a des préavis de grève de 15 jours, même s'il y a des délais de prévenance de 48 heures, eh bien oui, quand tu as 100% de grévistes, quand tu as 80, 90, ce n'est pas parce que tu es prévenu avant que ça conduit les trains. La prévenance ne conduit aucun train. Et donc ça, je pense qu'ils veulent l'attaquer. Et c'est pour ça qu'il y a tout intérêt à se mobiliser énormément. Moi, je le dis, il n'y a pas de grève par procuration.

Il ne faut pas de grève par procuration parce que, comme moi je dis, il n'y a pas de réforme par procuration. Et la réforme, elle va toucher tout le monde. Et on est bien conscient que nous, on va prendre notre part. Je veux dire, on est indique pour le prolétariat, les cheminots. Ça veut dire quelque chose dans l'imaginaire pour tout le monde, pour les travailleuses et travailleurs, la jeunesse, lorsque la SNCF, elle est en grève, lorsque les raffineries sont en grève, etc. On ne le nie pas, je veux dire, par là, on n'est pas en train de dire, moi j'attends que la travailleuse de chez H&M, elle fasse aussi grève reconductible. Je veux dire, si elle peut faire reconductible, c'est très bien.

Mais on sait qu'on va compter sur les bastions du mouvement ouvrier. Mais maintenant, tous ceux qui peuvent se mobiliser doivent se mobiliser avec ce qu'ils peuvent, avec leur force, etc. Et puis tout à l'heure, on a parlé des caisses de grève. Mais oui, les caisses de grève, ça va être central et pas des caisses de grève en mode, nous on les appelle parfois des caisses de grève pour payer les merguez à la fin. C'est des caisses de grève utiles.

Les caisses de grève qui, lorsque ton collègue est en train de voir la fiche de paye qui va arriver lorsqu'il est en train de voir comment il doit payer son loyer et que cette question-là elle le fait re-rentrer au boulot, les caisses de grève elles doivent être là. Et nous, à l'époque au Bourget en 2019, si on a réussi à faire plus de 60 jours de grève, c'est parce qu'on a réussi à collecter une caisse de grève de plus de 80 000 euros. Et moi, je faisais des chèques aux agents, les agents même, ils disaient t'as un as, toi tu payes plus vite que la SNCF, on n'est même pas encore prélevé que tu nous as déjà donné le chèque. C'est ça la caisse de grève.

Caisse de grève, c'est dès que ta fiche de paye tu la reçois, je te fais un chèque tout de suite, laisse l'argent de côté, ne t'inquiète pas, ne fais en sorte de ne pas arrêter, rassure ta femme, rassure ton mari, dis-leur t'inquiète pas, le loyer, on va le payer, les courses, on va pouvoir les faire, etc. Je continue mon combat et c'est ça. Et c'est comme ça en fait qu'on n'est pas des super héros. Je veux dire par là, moi je fais des, moi vous voyez, je vous montre mes fiches de paye, vous pétez un câble, vous dites comment il fait lui, il a trois enfants, il est marié, etc. Il fait des 60 jours de grève, 10 jours par-ci, 20 jours par-là et c'est parce qu'on est organisé.

Parce que derrière, on compte sur la solidarité et que cette solidarité, on la met à profit de la lutte. C'est ni plus ni moins, c'est pas pour se payer à manger parce que ça, ça rassure les gens. Les géodistes, ils ont fait 30 jours. Les honnêtes dont tu parlais, ils ont fait 45 jours. Leroy Merlin, Amazon, Decathlon, etc. Hôtel Ibis, Hôtel Ibis ont fait 22 mois. Des femmes qui gagnent 500, 600 euros, comment elles font 22 mois ? Elles font 22 mois grâce à la solidarité et des caisses de grève. Il faut se mettre autour de la table.

Nous, en tout cas, on va essayer de prendre notre part, d'essayer de commencer à discuter avec des secteurs et voir comment on peut essayer de sortir d'une stratégie de la défaite. Je veux dire par là, la question n'est pas de 24 heures ou 48 heures ou je ne sais quoi, mais c'est d'avoir un plan de bataille réel. Tout à l'heure, je parlais des caisses de grève. Il y a quelque chose que j'ai oublié, mais enfin, la CFDT, elle annonce elle-même qu'elle a plus de 120 millions d'euros de caisses noires. Il faut savoir que les militants CFDT avec lesquels j'ai discuté m'ont déjà dit qu'eux, ils savaient que leur journée de grève allait être en partie indemnisée.

C'est très bien, mais est-ce que c'est les militants de la CFDT qui vont gagner ? Est-ce que c'est juste les militants de la CGT, juste les militants de Solidaire ? Non, c'est ceux qui vont se mobiliser. Et donc, ce ne serait pas fort en fait d'arriver, en plus de donner un plan de bataille, de dire, on vous explique tout de suite, il y a tant de millions d'euros de caisses de grève qui seront au service de tout le monde, mettez-vous tous en grève. On vous remboursera, on vous aidera, on vous indemnisera. Je vous ai parlé de la CFDT, la CGT, elle revendique 700 000 adhérents.

Si elle demandait ne serait-ce que 1 euro de toutes les cotisations qui prennent chaque mois, dire, on va prendre de toutes les cotisations du mois de janvier, 1 euro, ça va aller dans une caisse de grève générale, vous faites rentrer 700 000 euros et vous ajoutez les 300 000 adhérents ou 400 000 adhérents de force ouvrière, Solidaire, UNSA, etc. On arrive avec un plan de bataille réel et une force de frappe en fait. Ce n'est pas la même chose quand tu as une stratégie de grève reconductible et qu'en même temps, tu la couples avec l'ensemble des choses qui peuvent être néfastes.

Les gens ne reprennent pas le boulot par gaieté de cœur, ils reprennent le boulot parce qu'ils sont contraints, parce qu'ils n'ont pas le choix. Mais s'ils savent que tu peux leur assurer de pouvoir continuer à vivre, notamment dans cette période-là, c'est central. Et il y a quelque chose d'autre qui pour moi est important pour la suite, c'est les mots d'ordre. Je veux dire, par là, on ne peut pas se contenter. Déjà pour moi, le retrait total de la réforme, c'est un minimum qui n'est pas encore clair aujourd'hui. On ne parle pas de retrait de l'ensemble de la réforme. C'est très ambigu.

Mais moi, déjà, je tiens à l'affirmer, il faut exiger le retrait total de cette réforme sans aucune concession. Il faut revendiquer, non pas uniquement le retrait, mais il faut revendiquer une retraite à 60 ans, à minima et 55 ans pour les métiers pénibles. Il faut réclamer l'indexation des salaires sur l'inflation pour dire à toutes celles et ceux qui se mobilisent demain, vous ne vous mobilisez pas uniquement sur le retrait de la réforme, mais pour aller chercher du mieux. Parce qu'on le sait, le mois de mars, on nous l'annonce déjà comme un mois noir, en fait, en termes d'augmentation des prix. Et je veux dire, ça va nous rattraper.

Et on est fatigué, je veux dire, de faire des grèves et des manifestations tous les deux mois, tous les trois mois. À un moment donné, on a envie d'en découdre une bonne fois pour toutes. Je pense qu'aujourd'hui, cette journée, elle est suffisamment forte et importante pour essayer de donner le là à quelque chose de bien plus fort. Mais comme je le dis, je le répète, sans stratégie, sans rien du tout, on n'y arrivera pas. On est face à nous, un camp qui est coordonné, qui est organisé, qui a ses médias bourgeois, juristes, etc., sa police et autres, face à ces personnes qui... Vous n'entendrez jamais Bernard Arnault critiquer Macron.

Vous n'entendrez jamais un patron qui est millionnaire critiquer un milliardaire. Jamais vous n'entendrez un patron qui gagne 20 000 euros par mois critiquer celui qui gagne un million. Ils sont coordonnés. Ils se défendent parce qu'ils savent leur intérêt en face. Ils savent ce que ça dit. Vous savez, quand vous êtes en réunion CSE avec la Tôle et que vous avez une DRH qui est cheminote, et qui, de fait, va travailler plus longtemps et que vous voyez que dans son discours, elle a un discours de patronne alors qu'elle-même va devoir partir plus longtemps, vous voyez face à qui vous êtes. Et donc face à ce secteur-là qui est coordonné, qui va essayer de...

Même s'ils sont, je veux dire, pas trop d'accord, pas ceci, cela, ils se disent certains, c'est quoi ton délire là, c'est pas le moment. Néanmoins, ils sont tous soudés, ils ne lâcheront pas Macron comme ça. Et donc il faut qu'on se coordonne, il faut qu'on s'organise par en bas, qu'on fasse le front le plus large. Et si tu me permets une dernière chose, il faut le mouvement antiraciste, il faut le mouvement féministe, Daniane a parlé de la question du féminisme, mais ceux qui vont douiller, c'est le visage des travailleuses de l'hôtel Ibis. D'accord ? C'est elles qui vont être frappées de plein fouet. Ce sont ceux qui viennent tard en France.

21:33
Présentateur

Les métiers essentiels qui ont célébré

21:35
Invité

pendant la crise sanitaire. Et qui vivent les inégalités sociales et raciales dans le pays. Les métiers des femmes dont on ne reconnaît toujours pas aussi les pénibilités, parce que les pénibilités sur les métiers majoritairement exercés par des femmes, c'est une vraie bataille.

21:48
Présentateur

Je vais laisser le mot de la fin à William Ghosn. On parlait des prochaines échéances. Vous vous rapprochez donc du secteur de l'énergie, des raffineries pour le calendrier. Vous serez... Du coup, c'est quoi les prochaines dates ?

22:00
Invité

En tout cas, c'est quelque chose d'amilité. Nous, par exemple, dans les écoles, on a effectivement les cantines qui se sont mises en grève. On a aussi les animateurs qui se mettent en grève. Donc, on a aussi d'autres secteurs qui travaillent dans les écoles avec qui il faudrait se coordonner. Donc ça, il n'y a pas de secret. En fait, le but, c'est de les faire venir en nager et de leur faire découvrir parfois des méthodes de lutte, parce que ce n'est pas donné à tout le monde. Et on sait, effectivement, on parlait des femmes. Ben voilà, les femmes, elles ont souvent des carrières qui sont hachées. Donc, c'est vrai par cette réforme.

Donc voilà, nous, on veut qu'il y ait des salaires, notamment pour les femmes, et des salaires pour tout le monde. Parce que si on augmente les salaires, forcément, on peut cotiser, bref, pour les retraites. Donc oui, il y a cette volonté de s'organiser collectivement. Effectivement, avec les raffineurs qui, eux, peuvent bloquer le pays, on va batailler pour effectivement se coordonner. Et on sait très bien que la réponse en face, ça va être mais on ne comprend pas vraiment ce que vous voulez. Vous êtes de l'éducation et vous êtes en train de vous... Mais pourquoi est-ce que vous souhaitez parce qu'en fait, il y a une stratégie qui a été comprise en réalité.

C'est que c'est collectivement qu'on va pouvoir gagner des choses parce qu'on se bat pour un même idéal. Et ça, on l'a compris.