Etats-Unis : L’antivax Robert Kennedy Jr ministre de la Santé : « C’est très inquiétant » selon l’Académicien Raphaël Gaillard
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Bonjour Raphaël Gaillard, merci d'être venu porter votre regard singulier de psychiatre, d'homme de science, de lettres et d'académicien sur l'actualité de la semaine.
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Le fait du jour c'est peut-être en ce qui vous concerne l'arrivée au pouvoir aux Etats-Unis de deux hommes qui ne sont pas nécessairement des amis de la science ou en tout cas au plan académique et des vérités scientifiques. C'est Donald Trump et puis l'antivax Robert Kennedy Junior. Quelle réflexion vous inspire ces arrivées au pouvoir, vous qui dirigez le pôle hospitalo-universitaire de l'hôpital Saint-Anne à Paris ?
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Qu'est-ce qui se passe dans le cerveau de quelqu'un qui met tout en doute ou qui voit des complots partout ? Parce que beaucoup d'antivax ont justifié leur position contre le vaccin par des complots ou des suspicions.
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J'utilise ce que vous venez de me dire, l'incertitude. C'est finalement l'état dans lequel nous place Donald Trump. On ne sait pas ce qu'il va faire, s'il va tenir ses promesses, est-ce qu'il va faire du protectionnisme, est-ce qu'il va faire la paix par tous les moyens en Ukraine, avec un accord avec la Russie. Et tout cela nous plonge dans l'incertitude.
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Il y a dans l'équipe de Trump un autre élément, un grand caractère, un grand entrepreneur, un milliardaire. C'est Elon Musk qui lui, pour le coup, a quelques certitudes scientifiques et il les a démontrés avec beaucoup de talent. C'est Elon Musk. Et Elon Musk travaille dans l'une des filiales de son groupe sur des sujets qui sont en lien avec votre science à vous et vos connaissances à vous, Raphaël Gaillard. C'est la filiale Noralink qui veut faire des implants dans le cerveau des êtres humains. C'est une promesse ou une angoisse quand vous considérez ces technologies à venir ?
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Est-ce que la puce idéale d'Elon Musk pourrait permettre d'installer dans notre cerveau les 53 000 définitions du dictionnaire de l'Académie française dans sa nouvelle édition ? Est-ce qu'on pourrait imaginer, justement, d'avoir tout Balzac en tête et ce fameux dictionnaire de l'Académie qui a été remis hier au Président de la République ?
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« Pour ce qui est du ministre à venir de la santé aux États-Unis, Kennedy Junior, évidemment c'est très inquiétant puisque c'est en dépit de ce que toute la science peut dire, c'est la position extrémiste d'un antivax. »
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« Et en amont, ce qui se passe, c'est que nous sommes soumis à une incertitude croissante. »
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« Rappelons-le à cette antenne, 1% de la population générale souffre de schizophrénie. Une personne sur 5 souffrira de dépression au cours de sa vie. »
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« les premières implantations d'électrodes dans le cerveau, on les doit à un neurochirurgien français, Alim Benhabib, puisque c'est l'un des traitements très efficaces de la maladie de Parkinson. »
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« nous en sommes à la neuvième édition du Dix-Ceuxien de l'Académie française. »
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Bonjour Raphaël Gaillard, merci d'être venu porter votre regard singulier de psychiatre, d'homme de science, de lettres et d'académicien sur l'actualité de la semaine. Le fait du jour c'est peut-être en ce qui vous concerne l'arrivée au pouvoir aux Etats-Unis de deux hommes qui ne sont pas nécessairement des amis de la science ou en tout cas au plan académique et des vérités scientifiques. C'est Donald Trump et puis l'antivax Robert Kennedy Junior. Quelle réflexion vous inspire ces arrivées au pouvoir, vous qui dirigez le pôle hospitalo-universitaire de l'hôpital Saint-Anne à Paris ?
Pour ce qui est du ministre à venir de la santé aux Etats-Unis, Kennedy Junior, évidemment c'est très inquiétant puisque c'est en dépit de ce que toute la science peut dire, c'est la position extrémiste d'un antivax. Et en fait c'est en dépit de la science, en dépit des vérités et c'est donc la maladie des temps modernes, la maladie de la vérité qui affecte le monde entier, qui affecte chacun. J'en discutais récemment avec le réalisateur Eric Toledano qui soulignait que les jeunes passent leur temps à dire en vrai, en vrai. C'est bien dire que c'est la préoccupation du moment, en vrai, mais on ne sait plus ce qui est vrai.
Et on ne sait tellement plus ce qui est vrai qu'au fond, dire des énormités qui ne le sont pas, c'est ce qui passe encore le mieux. Nietzsche le disait très bien, le monumental n'a pas besoin d'être vrai. C'est comme ça qu'on peut gagner une campagne aux présidentielles.
Qu'est-ce qui se passe dans le cerveau de quelqu'un qui met tout en doute ou qui voit des complots partout ? Parce que beaucoup d'antivax ont justifié leur position contre le vaccin par des complots ou des suspicions. La cupidité des laboratoires pharmaceutiques, parfois l'antisémitisme, parfois des fariboles technologiques. Dans le vaccin, il y avait des composants qui permettraient de pister l'activité. Voilà, des choses comme ça. Qu'est-ce qui se fabrique dans le cerveau à ce moment-là ?
Alors c'est une excellente question parce que la question doit porter sur ce qui se passe en amont. Et en amont, ce qui se passe, c'est que nous sommes soumis à une incertitude croissante. Le monde est incertain. Nous ne savons pas ce qui va se passer demain. D'un point de vue géopolitique, c'est peut-être demain la Troisième Guerre mondiale. L'afflux d'informations par le fait des réseaux sociaux, des nouvelles technologies est tellement massif que nous sommes balottés d'un endroit à l'autre. Et la résultante, c'est l'incertitude. Or, notre cerveau n'aime pas l'incertitude. Le meilleur moyen de faire déprimer une souris, c'est de la soumettre à l'incertitude.
C'est vraiment le meilleur moyen. Si elle ne sait pas ce qui lui arrive demain, elle finit par déprimer. Alors que si vous la maltraitez tous les jours à heure fixe, elle résiste très bien. Et nous, les êtres humains, nous avons un moyen de défense. Et ce moyen de défense, il est terrible. Il consiste à adopter des croyances. Donc, face à l'incertitude, qu'est-ce que nous faisons ? Nous adoptons une croyance et nous nous arrimons fermement à cette croyance. Donc, face à l'incertitude croissante, que faisons-nous ? L'incertitude globale, nous choisissons une certitude locale. Et peu importe qu'elle ne tienne pas la route, elle servira de paratonnerre à l'incertitude.
Une, cette croyance, elle est volontiers complotiste. Et voilà pourquoi elles vont galopantes, ces croyances complotistes.
Raphaël Gaillard est l'invité de la matinale de Radio Classique. Il est psychiatre et académicien. J'utilise ce que vous venez de me dire, l'incertitude. C'est finalement l'état dans lequel nous place Donald Trump. On ne sait pas ce qu'il va faire, s'il va tenir ses promesses, est-ce qu'il va faire du protectionnisme, est-ce qu'il va faire la paix par tous les moyens en Ukraine, avec un accord avec la Russie. Et tout cela nous plonge dans l'incertitude. Et pour répondre à cette incertitude longtemps, on a dit mais Trump est fou. Et c'est une façon un peu facile de qualifier l'homme qui pour la deuxième fois est élu président des Etats-Unis.
C'est un fou qui réussit bien à la tâche manifestement. Et puis je me méfie de cette utilisation de la psychiatrie comme un anathème, comme une façon de dénoncer. Parce que d'abord c'est très stigmatisant pour les personnes qui souffrent et qui sont très nombreuses. Rappelons-le à cette antenne, 1% de la population générale souffre de schizophrénie. Une personne sur 5 souffrira de dépression au cours de sa vie. Donc je n'aime pas ce dévoiement du vocabulaire de psychiatrie. Je crois qu'il n'est pas sain. Ce que je vois c'est que mieux que diviser pour mieux régner, effectivement rendons le monde plus incertain encore pour imposer des certitudes.
C'est-à-dire qu'encore une fois, le meilleur moyen d'assurer une voie et une seule qui l'emporte sur toutes, c'est de cultiver l'incertitude. Et je crois qu'en la matière, Donald Trump a parfaitement compris cette mécanique qui consiste à asséner des certitudes, des vérités, ces vérités, y compris donc des contre-vérités, y compris donc en considérant que le monumental n'a pas besoin d'être vrai. Et ça passe très bien, puisque ça répond à cette nécessité pour tout un chacun de se soigner de l'incertitude qui nous est insupportable, qui est insupportable pour nos cerveaux.
Il y a dans l'équipe de Trump un autre élément, un grand caractère, un grand entrepreneur, un milliardaire. C'est Elon Musk qui lui, pour le coup, a quelques certitudes scientifiques et il les a démontrés avec beaucoup de talent. C'est Elon Musk. Et Elon Musk travaille dans l'une des filiales de son groupe sur des sujets qui sont en lien avec votre science à vous et vos connaissances à vous, Raphaël Gaillard. C'est la filiale Noralink qui veut faire des implants dans le cerveau des êtres humains. C'est une promesse ou une angoisse quand vous considérez ces technologies à venir ?
Alors moi, je me méfie toujours des personnes technophobes qui s'inquiètent de la transformation à venir de l'homme par la technologie. Généralement, ceux qui vouent aux gémonies ces technologies sont les premiers qui se précipitent dans le bureau d'un médecin pour demander les dernières technologies lorsqu'elles tombent malades. Et en l'occurrence, il faut rappeler que ces technologies, ces interfaces cerveau-machine, elles servent avant tout à soigner. Et d'ailleurs, bien avant Elon Musk, les premières implantations d'électrodes dans le cerveau, on les doit à un neurochirurgien français, Alim Benhabib, puisque c'est l'un des traitements très efficaces de la maladie de Parkinson.
Donc, ces technologies, essayons avant tout de nous en servir pour soigner. Il se trouve que le projet d'Elon Musk n'est pas uniquement de soigner. Aujourd'hui, il utilise ses implants pour soigner parce que les contraintes éthiques lui imposent, mais c'est d'augmenter. Et là, les questions, évidemment, sont plus grandes. Elles sont plus profondes parce qu'il faut se demander ce que cette augmentation par l'hybridation cerveau-machine pourra conduire, pourra amener pour l'homme. Et ça n'est pas simple.
Est-ce que la puce idéale d'Elon Musk pourrait permettre d'installer dans notre cerveau les 53 000 définitions du dictionnaire de l'Académie française dans sa nouvelle édition ? Est-ce qu'on pourrait imaginer, justement, d'avoir tout Balzac en tête et ce fameux dictionnaire de l'Académie qui a été remis hier au Président de la République ?
Alors non, ça, ça fait partie du fantasme de la science-fiction, c'est-à-dire se dire qu'une fois qu'on a accès au cerveau, on a accès à l'ensemble du cerveau, comme s'il y avait un port USB dans le cerveau, on se connecte. Non. Quand on installe une puce dans le cerveau, on accède à une partie du cerveau et donc on n'augmente qu'une partie du cerveau.
Raphaël Gaillard, donc académicien, c'est pour ça que je vous emmène vers le dictionnaire de l'Académie française. Il y a quelque chose d'assez fou à imaginer au siècle des machines, de toutes ces fermes informatiques qui contiennent des milliards d'espaces pour stocker la connaissance, qui est encore aujourd'hui une assemblée de gens plus ou moins jeunes qui, depuis 44 ans, travaillent à la 9e édition d'un dictionnaire créé au 17e siècle pour y mettre 53 000 définitions, alors que tout ça tient dans un smartphone, c'est-à-dire un travail artisanal, alors que, dans un claquement de doigts, on a des milliards de data à disposition. Qu'est-ce que ça vous inspire, ça ?
Alors moi, ça me fascine, ça me fait rêver et je crois qu'il faut qu'on prenne le temps de réfléchir au fait que nos auditeurs nous entendent, ils peuvent vaquer à leurs occupations ce matin tout en nous entendant et ça, c'est la puissance des mots parce que les mots leur permettent de nous comprendre et de voyager par la pensée. Et au-delà de nous écouter, ils vont rêver leur vie avant de la vivre, ils vont pouvoir construire des univers entiers par la pensée. Ça, c'est la force des êtres humains. Par les mots, nous pouvons recréer le monde. Mais par les mots aussi, on peut s'y perdre.
On peut s'y perdre parce qu'on peut dériver, on peut dérailler, on peut même délirer, on peut prendre des vessies pour des lanternes. Les mots ont leur dark side, si vous m'autorisez l'anglicisme. On peut se perdre dans les mots. Et finalement, un dictionnaire, c'est quoi ? C'est faire œuvre de salut public. C'est un remède. C'est quelque chose qui vient prévenir cette dérive. Pourquoi ? Parce que premièrement, on va cultiver la diversité des mots. Il en faut beaucoup de ces mots pour arriver à penser correctement le monde. Et deuxièmement, parce qu'il va falloir s'entendre sur le sens des mots. Et s'entendre sur le sens des mots, c'est le meilleur moyen de ne pas se perdre dans les mots.
Et donc, au-delà de la data, il faut qu'un certain nombre de personnes puissent, à un moment donné, s'accorder sur ce qu'est le sens des mots. Ça a voulu au cours du temps, vous l'avez rappelé, nous en sommes à la neuvième édition du Dix-Ceuxien de l'Académie française. Et c'est essentiel, et je le dis même ici comme psychiatre, plus que comme académicien, il faut que nous puissions donner un sens aux mots et que nous puissions cultiver la diversité de ces mots pour que notre pensée nous permette d'appréhender le monde.
Raphaël Gaillard, une dernière question. Le temps nous manque. Vous parlez de remède par les mots. Un procès, c'est un remède par les mots, par la libération de la parole, de la victime. On entend aussi les présumés coupables. Je voudrais savoir ce que vous inspire le procès qui traumatise, qui fascine en France, mais même à l'étranger. C'est l'affaire Pellicot. Il y a les derniers interrogatoires ces jours-ci. J'imagine que vous avez suivi cette affaire et que sa dimension émotionnelle vous a parlé.
Oui, alors je ne dirais rien du fond de l'affaire puisque je n'ai pas été amené comme expert à intervenir puisque je ne pourrais en dire grand-chose. Je pense que ce qu'on peut en dire quelque chose ici, c'est plutôt la fascination qu'elle exerce. C'est plutôt commenter la fascination qu'elle exerce sur le fond. C'est épouvantable que cette sexualité pauvre, pathétique, honteuse, lamentable autour d'une victime. Mais au-delà de ça, c'est la fascination. Et en fait, c'est la fascination devant un fait divers.
Fait divers, il faudra presque entendre que divers s'écrit comme la saison et qu'il s'agit de regarder quelque chose d'épouvantable en étant chaud chez soi, en ayant le frisson de quelque chose qui nous fascine. Et là, il y a quelque chose de pervers. Et pas seulement dans l'acte, pas seulement dans ce qui amène certains à être inculpés et à être sur le banc des accusés. Notre fascination collective, elle procède de ce frisson au chaud chez nous devant quelque chose d'épouvantable, ce vertige devant l'humanité qui n'est plus l'humanité. C'est comme regarder un film de zombies, en fait.
C'est regarder quelque chose qui n'est plus l'humanité, comment une sexualité peut exister sans le consentement, sans l'accord de deux corps, sans l'accord de deux personnes, de deux esprits. Et comment donc nous pourrions regarder cela avec cet emportement, cette fascination qui elle-même a quelque chose au fond de pervers. C'est une mise en abîme, c'est la perversité autour de la perversité.
Raphaël Gaillard, merci d'être venu parler aux auditeurs de Radio Classique ce matin. Je rappelle le titre de votre dernier ouvrage, L'homme augmenté, le futur de nos cerveaux, c'est paru chez Grasset, me semble-t-il, c'est ça ? Oui. Merci à vous. À suivre le rappel des titres, la revue de presse d'Avega Tegnaud et puis nos esprits libres aujourd'hui, Jean-Marie Colombani et Géraldine Vossner, Radio Classique.
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