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interviewSUDRADIO· 10 juillet 2026 27 min

Le RN : encore un parti d'extrême droite ?

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Sud Radio, les débats de l'été, 10h-13h, Maxime Liedot. Et en ce vendredi midi, on avait d'une certaine manière envie de poser les choses, de peser le débat, de comprendre ce qui se passe depuis plusieurs longues heures, depuis plusieurs jours, à savoir ce séisme politique quand même d'une candidate qui était en théorie empêchée d'aller concourir à sa quatrième élection présidentielle et qui a finalement décidé d'y aller malgré une double condamnation et un pourvoi en cassation qui, pour l'instant, la laisse libre. Ça, ce sera les affaires de la justice, comme vous le suivez, depuis le début de la semaine sur Sud Radio.

Pour en parler et pour prendre le temps de comprendre ce qui se passe de ce côté-là du champ politique, nous sommes avec Jean-Yves Camus midi. Bonjour. Bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes chercheur associé à l'IRIS, directeur de l'Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean Jaurès. Ma première question que j'ai envie de vous poser, c'est vous, l'Observatoire et les spécialistes de ce camp-là, comment vous avez observé la séquence depuis ces deux, trois derniers jours ? La décision de la justice d'abord, puis Marine Le Pen candidate, puis les premières apparitions du fameux tandem qu'on nous vend comme étant révolutionnaire.

1:10
Invité

Alors, je suis un peu, non pas de parti pris, mais j'avais une option déjà avant que la décision tombe. Moi, j'ai toujours pensé, et je l'ai dit, que Marine Le Pen ne sortirait de la scène politique que le jour où elle le déciderait. C'est-à-dire, lorsqu'elle aura estimé avoir fait le tour de la question. Mais certainement pas sous une pression extérieure et certainement pas sur une condamnation. Donc, ça ne m'a pas paru aberrant qu'elle choisisse d'y aller, mais ce que je n'avais pas vu, par contre, c'était le choix du pourvoi en cassation, parce que je ne suis pas juriste et je n'avais pas creusé la question.

Moi, je pensais qu'elle pouvait tirer profit de la mise sous bracelet électronique. Et je me posais bien la question de savoir pourquoi elle avait par deux fois dit qu'elle ne ferait pas.

2:11
Présentateur

Avec un insistant, c'est les mots définitifs qui plus est.

2:13
Invité

Exactement. Et ça, ça m'avait semblé curieux, parce que je vois bien, effectivement, le souci d'obtenir un jugement définitif qui la blanchisse des accusations qui sont portées. Mais elle aurait pu faire campagne sous bracelet. C'est compliqué, mais le juge d'application des peines, d'abord, il a quatre mois pour vous rencontrer. Et donc, ça laisse passer l'été. Et ensuite, vous pouvez, a priori, obtenir de lui des dérogations pour participer à certains événements qui ne rentrent pas dans le cadre du travail que vous effectuez dans la journée. Vous êtes en gros autorisé à travailler pendant la journée. Et puis pour le reste, il faut demander l'autorisation.

3:00
Présentateur

Mais si je vous suis, Jean-Yves Camus, ça veut dire que vous ne faites pas partie des analystes de ces questions-là qui ont à un moment douté que Marine Le Pen soit candidate. Ça, pour vous, c'était une obligation ?

3:09
Invité

Quand on la connaît un peu, quand on l'a rencontrée une ou deux fois, on a rapidement compris quelle était sa tournure d'esprit, sa mentalité. C'est quelqu'un qui est orgueilleuse. C'est pour ça, d'ailleurs, qu'elle veut obtenir un jugement de relax sur les faits. Et c'est quelqu'un qui n'aime pas être soumise aux pressions extérieures. À partir de là, ça me semblait normal qu'elle aille jusqu'au bout et recherche une manière d'être présente à cette élection présidentielle. Après, ses avocats lui ont sans doute soufflé la voie de sortie du pourvoi en cassation. Mais c'est une battante. C'est quelqu'un qui n'est pas si âgé que cela. Elle a 58 ans. En politique française, elle a 58 ans.

On a le temps de faire des choses. Voilà, vous avez le temps de faire des choses et ne pas être candidate. D'accord. Et quoi faire ? Et quoi faire ? Ça aurait sonné comme une retraite dans le double sens du terme, comme une mise à la retraite et comme une retraite devant l'obstacle, un refus d'obstacle en quelque sorte.

4:36
Présentateur

Mais Jean-Yves Camille, est-ce que vous comprenez aussi, en rappelant que vous êtes chercheur associé à l'Iris et surtout... Je ne le suis plus. Pardonnez-moi. Alors regardez, je corrige en direct et je précise. Directeur de l'Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean Jaurès. Qu'est-ce que ça va raconter aussi de cette campagne ? Plusieurs candidats le craignent. Ils l'ont exprimé publiquement. Ça a été notre débat, nos débats ici sur cette radio. Est-ce qu'il n'y a pas un risque que la campagne présidentielle, peu importe le camp, soit à un moment ou à un autre, confisqué uniquement par les nombreuses questions que provoqueront l'actualité judiciaire de Marine Le Pen ?

5:10
Invité

Ça, c'est effectivement une possibilité. Parce qu'en plus, si j'ose dire du son, on a les images. Et on l'a vu hier matin sur le marché de la Flèche, où Marine Le Pen et Jordan Bardella se sont rendus. On aura tout au long de la campagne des adversaires du Rassemblement national qui viendront pour expliquer que la moralité n'est pas du côté de Marine Le Pen. Après, je m'autorise à les mettre en garde, et je ne suis pas le seul, contre le fait de faire campagne contre Marine Le Pen, uniquement par le rappel de sa condamnation. Ça, c'est un point absolument fondamental, parce que ce parti a aujourd'hui plus d'un demi-siècle.

À l'époque de Jean-Marie Le Pen, les attaques étaient faciles et fondées. Il suffisait d'entendre ces déclarations, on avait de quoi réagir.

6:06
Présentateur

Ce qui veut dire qu'aujourd'hui, elles le sont peut-être un peu moins fondées concernant Marine Le Pen.

6:09
Invité

Non, je ne dis pas qu'elles le sont un peu moins, je dis qu'il y a une paresse. Il y a une paresse qui s'est installée, qui consiste à répéter tout en sachant que ça ne fonctionne pas auprès des électeurs. Ce parti a été fondé par des gens dont un s'est engagé dans la FNSS, ce qui est hexa, mais il est mort il y a plus de 30 ans. Et par quelqu'un qui s'est engagé dans la milice, ce qui est tout à fait hexa, mais il est mort depuis longtemps. Et puis ensuite, on va passer à la série, ce parti, pour candidat à la présidentielle, quelqu'un qui... etc. Ça n'est pas suffisant. Ce qui manque, c'est l'argumentaire de fond.

Parce que cela fait maintenant plusieurs décennies que le RN, avant lui, le FN, était au centre de la vie politique française. C'est-à-dire qu'il s'est positionné comme un astre autour duquel tout tourne. Il parle, ses adversaires réagissent. Et il n'y a plus que ça. Mais ce qu'on attend des adversaires du RN, ce n'est pas qu'ils réagissent au RN, c'est qu'ils présentent aux Français une alternative crédible. Une alternative qui aille au-delà de la simple dénonciation des incohérences du programme ou des inconnus du programme du RN.

Sinon, on va encore une fois se retrouver dans la situation où, au second tour, nous aurons soit un candidat de la gauche radicale et la candidate du RN, et disons-le tout de suite, le match semble plié. Soit il y aura un candidat du Bloc central contre Marine Le Pen, et le Bloc central nous dira sur quoi il aurait raison. C'est la meilleure des tactiques pour lui. Écoutez, vous avez refusé l'aventure de la gauche radicale en n'amenant pas Jean-Luc Mélenchon au second tour. On a refusé maintenant l'aventure de la droite radicale.

7:55
Présentateur

Vous parlez du poids que passe désormais le RN dans l'électorat auprès des Français. Dans la vie de la Vème République française, Jean-Yves Camus, il y a quand même une question aussi qui se pose. Le RN est le seul parti pour l'instant à avoir utilisé cette méthode de vendre un tandem. On le savait, Jordan Bardella, Marine Le Pen. À quoi, d'une certaine manière, ça peut paraître futile comme question, mais à quoi doit-on s'attendre désormais avec ce tandem ? On ne sait pas réellement s'il existe des tensions. Est-ce aussi idyllique que cela ? Et même politiquement, qu'est-ce que représente ce tandem ? Est-ce que les deux lignes, comme on l'a tant inventé, existent réellement au RN ?

8:30
Invité

Il représente l'union de deux personnes qui ont des points de désaccord assez clairs sur l'économique et le social en particulier, sur le positionnement politique, ni droite ni gauche pour Marine Le Pen, droite assumée pour Jordan Bardella, mais qui sont assez contraintes de travailler ensemble jusqu'au jour de l'élection. Non, mais contraintes par la rationalité.

Je sais bien que tout ça n'est pas forcément rationnel, mais contraintes par la rationalité, parce que comme ils amènent chacun une portion d'électorat, des portions d'électorat, et que pour être élu, c'est-à-dire remporter 50% des voix plus une, il y a un effort considérable à accomplir à partir des 40 et quelques pourcents du dernier scrutin présidentiel. Il faut aller chercher les électeurs partout, partout, partout. Dans toutes les classes d'âge, dans toutes les CSP, dans tous les segments de population. Donc Marine Le Pen en amène, Jordan Bardella en amène d'autres.

9:31
Présentateur

Et comment expliquer, par exemple, dans ce que vous dites, que bien sûr, les deux lignes différentes, bien sûr, on entend le développement sur la mentalité de Jordan Bardella et Marine Le Pen, mais comment vous expliquez en réalité, comment je pourrais dire ça d'une certaine manière, que ce duo-là n'arrive pas à s'aligner sur l'essentiel ? Est-ce qu'entre deux, il n'y en a pas un qui, à un moment ou à un autre, arrivera à dégager quelque chose de majoritaire ? Sur la ligne, j'entends.

9:57
Invité

Il est quand même aligné sur une bonne partie de l'essentiel. On rappelle quand même les trois sujets principaux qui motivent les électeurs du RN. Le cœur des électeurs... Après, on parlera de ceux qu'il faut qu'ils convainquent. Mais le cœur des électeurs, le pouvoir d'achat, l'immigration, la sécurité slash insécurité. Le pouvoir d'achat, Jordan Bardella n'a jamais dit, ce serait suicidaire, écoutez, le pouvoir d'achat des Français n'est pas terrible, les réformes libérales vont le limiter encore plus. Bon, l'immigration, ben oui, ils sont éliés. Oui.

10:37
Présentateur

Donc en fait, ce n'est pas des divergences de fonds. Ce que vous nous dites, c'est qu'il y a des divergences de fonds. Non, même dans le programme, en fait, il n'y a rien qui soit des divergences de fonds. Il y a des sensibilités différentes, simplement.

10:47
Invité

Oui, j'ai bien entendu Marine Le Pen dire, par exemple, la fiscalité française, c'est super, l'État, il faut encore renforcer les effectifs de la fonction publique. Non, ils ont une manière différente de voir qui est liée aussi au fait qu'ils appartiennent à deux générations. Moi, je vais ramener le problème à ma vie personnelle, à mon vécu personnel. Je suis un petit peu plus âgé que Marine Le Pen. À ma génération, et ça restait encore à la sienne, il est né en 1968, nous étions assez certains que le modèle social français issu des ordonnances de 1945, donc le programme du Conseil national de la résistance mis en musique en 1945, était viable, durable, et que ça durerait toujours.

Un homme de 30 ans comme Jordan Mardela, ça fait au minimum 10 ans qu'il sait que ce modèle-là, pour ce qui concerne notamment la question des retraites, eh bien, il ne lui profitera pas de la même manière.

11:54
Présentateur

Donc forcément, ce sont des questions qui provoquent ce qu'on appelle des sensibilités différentes, et vous avez aussi eu une petite phrase sur laquelle il me semble important de revenir, sur le fait de Marine Le Pen et son impossibilité à se qualifier de femme de droite. C'est aussi intéressant, on y reviendra, parce que de ceci découle aussi la ligne du Rassemblement national, qui est, je crois, très importante pour les électeurs, et on tirera enfin la discussion sur les électeurs, certes convaincus, bon, alors eux, c'est très bien, mais il y a ceux qu'on doit convaincre, et la fameuse union des droites qui plane toujours sur la sphère, en tout cas, de ce camp politique.

Ce sera des questions intéressantes à vous poser, Jean-Yves Camus, directeur de l'Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean Jaurès. Vous restez avec nous et sur Sud Radio à l'heure du repas. On poursuit cette conversation très politique. On vous donne des billes, en réalité, pour la conversation du dimanche. A tout de suite. Sud Radio, les débats de l'été, 10h-13h, Maxime Liedot.

Suite de notre conversation sur Sud Radio avec Jean-Yves Camus, le directeur de l'Observatoire des radicalités politiques à la Fondation Jean Jaurès, on avait envie de discuter avec lui, parce que ce spécialiste, justement, des radicalités politiques de la droite, de l'extrême droite, avec ce qui s'est passé cette semaine, dans ce camp-là, on avait envie de prendre un tout petit peu de recul, d'essayer de comprendre ce qui s'était passé.

On s'est quitté sur une interrogation, Jean-Yves Camus, à laquelle j'aimerais que vous répondiez, parce que c'est aussi une question, je pense, qui est dans la tête de beaucoup d'auditeurs, et peut-être même directement de beaucoup d'électeurs du Rassemblement National. Pourquoi Marine Le Pen a-t-elle, à ce point, du mal à se qualifier de femme de droite ? Contrairement à Jordan Bardella, vous le soulignez.

13:21
Invité

Alors, c'est sans doute une manière de s'affranchir d'une étiquette politique qui avait été accolée avec un préfixe à son père, une manière de se démarquer. Mais c'est aussi une conviction liée au fait que le cœur de son électorat, au fond, sur les questions économiques liées au chômage, à la réforme des retraites, au pouvoir d'achat, il se moque bien que les réformes positives soient effectuées par la droite ou par la gauche. Ils veulent juste voir leur vie changer. Ils veulent juste voir leur vie changer. Sur les questions d'immigration, ils ont quand même conscience que la vision n'est pas la même à droite du spectre politique qu'à gauche.

Mais sur la question de l'insécurité, à vrai dire que ce soit Jean-Pierre Chevènement, ministre de l'Intérieur, qui parle des sauvageons, ou que ce soit un ministre de droite, ça leur parle tout autant.

14:23
Présentateur

Mais vous venez de rappeler, en effet, que beaucoup encore, en tout cas, je crois que c'est même comme ça que le Conseil d'État souhaite qu'on présente le Rassemblement national. Vous avez parlé de Jean-Marie Le Pen qui était qualifiée de candidat d'extrême droite. Il y a toujours, j'ai l'impression, un débat qui devient de plus en plus gênant, un peu comme un éléphant dans la pièce quand on parle du Rassemblement national. Est-ce qu'on doit, encore, le qualifier comme étant un parti d'extrême droite ?

14:47
Invité

Alors ça, c'est un débat scientifique que les politistes ont. Ça donne lieu à la production d'un nombre innombrable de volumes dans toutes les grandes langues du monde. J'ai encore de boucler deux chapitres consacrés au sujet pour des ouvrages collectifs.

15:05
Présentateur

Alors justement, vous, Jean-Marie Camus, qui êtes le spécialiste de ces questions-là, est-ce qu'il faut encore qualifier le Rassemblement national de parti, bien sûr, d'extrême droite ?

15:12
Invité

Je ne veux pas tourner autour du pot, mais on a énormément de définitions de l'extrême droite produites par d'excellents collègues dont, d'ailleurs, les définitions varient selon qu'on se situe dans le contexte allemand où on a une définition juridique de droite radicale, droite extrême dans le contexte américain, britannique, bref, tout ce qu'on veut. La définition à peu près canonique de l'extrême droite au début des années 2000, c'est celle que donnait mon collègue néerlandais Casmud qui disait « C'est un parti nationaliste, populiste, xénophobe, partisan, donc, de la loi et l'ordre, et d'une certaine forme d'intervention de l'État. » Bon. Après, il faut déconstruire.

Nationaliste, oui, certainement, bien que Marine Le Pen et Jordan Bardella, d'ailleurs, vous diront, mais ce n'est pas du nationalisme, c'est du patriotisme. Voir du souverainisme. Voir du souverainisme. Sur la question de la loi et l'ordre, oui, enfin, à vrai dire, ça ne me paraît pas être un déterminant majeur. On ne connaît personne en politique qui soit partisan des ordres. Ensuite, il y a les modalités, il y a le positionnement des électeurs, par exemple, sur un sujet comme le rétablissement de la peine de mort, où ce sont les électeurs qui y sont le plus favorable. la xénophobie.

Alors, la xénophobie, dans le programme du Rassemblement National, il y a quelque chose qui constitue le cœur du réacteur, et sur quoi Marine Le Pen comme Jordan Bardella sont d'accord, c'est la fameuse priorité nationale slash préférence nationale. Est-ce que c'est de la xénophobie ? Ça consiste incontestablement à donner aux Français, mais aux Français, quelle que soit leur origine, c'est là le petit truc qui change, de donner aux Français des droits que les personnes de nationalité étrangère vivant sur notre sol, à titre légal ou illégalement, n'auront pas. C'est clairement une discrimination sur le marché du travail.

C'est, en principe, le plus compétent qui est embauché et celui qui accepte les conditions, notamment salariales, qui sont fixées par celui qui l'embauche. Ceci étant, même si on continue à classer le RN dans la catégorie extrême droite, le problème de cette catégorie, c'est qu'elle renvoie à un impensé. Et c'est quoi l'impensé ? L'impensé, c'est de 1930 à 1945. C'est le fascisme, ce sont les ligues, c'est la collaboration. Et là, effectivement, ça devient plus compliqué parce qu'il y a encore effectivement des incidents qui sont rapportés ici ou là de militants, voire d'élus, qui sont quand même pas très très prudents dans leurs attitudes et dans leurs paroles.

Mais vous n'arriverez pas à convaincre, et c'est là que je sors de mon rôle de chercheur, mais vous n'arriverez pas à convaincre quelqu'un sur un marché dans une compagnie électorale que le candidat qu'elle voit

18:34
Présentateur

représente le fascisme. Donc ça, au moins, la ligne est tracée. On parlait pour la qualification de l'extrême droite et c'était important de revenir sur ces qualifications avec ça, Jean-Yves Camus. Autre problématique ou en tout cas autre élément de réflexion qu'on doit avoir dans cette campagne, c'est la fameuse ligne du parti. Alors, la fameuse ligne du parti, alors là, on n'arrête pas d'en entendre parler, Jordan Bardella, Marine Le Pen, plus libéral, plus social, blabla. C'est quoi la réalité pour les électeurs ? Parce qu'en fait, ce qui est intéressant, c'est les électeurs. Les électeurs attendent quoi du Rassemblement National ? Qu'ils fassent le ménage, qu'ils renversent la table.

Est-ce qu'on peut appeler ça aussi le dégagisme ? Parce que depuis plusieurs jours, on avait posé, c'est est-ce que vous pensez que cela peut gêner certains électeurs qui, peut-être même encore aujourd'hui, hésitent à voter le Rassemblement National, voter Le Pen ? Est-ce qu'ils pourront le faire avec quelqu'un qui a été doublement condamné pour des tournements de fonds publics ? Certains disaient « Mais on s'en fout, nous, on veut qu'ils fassent le ménage ».

19:28
Invité

C'est ça que vous décrivez ? Je crois, effectivement, vous parlez de dégagisme. Il y a un terme qui monte en ce moment, il est d'origine sud-américaine, c'est l'affuérisme. Oui, à Fouera venant

19:39
Présentateur

de M. à la tronçonneuse, d'une certaine manière. Dehors, je veux dire

19:43
Invité

que tout ça dégage. Oui, Millet, mais aussi Vox en Espagne. Voilà, on dégage l'ensemble du système. Je rappelle que le FN puis le RN définissaient le système comme ce qu'ils appelaient la bande des quatre, ou autrement formulée UMPS. Bon, ben, UMPS, ça n'est plus l'UMP, c'est les Républicains, c'est l'ensemble du spectre politique des partis qui ont alterné au pouvoir depuis 1980. Voilà, donc tout ça, on dégage et on donne autre chose aux Français, une autre orientation. Et à vrai dire, que celui qui la porte s'appelle Marine Le Pen ou Jean Dombardella, je pense que pour le cœur des électeurs, il n'y a pas de différence.

Ensuite, on en vient au point crucial de savoir comment on passe de 40 et quelques pourcents à 50. Et là, il ne s'agit plus du cœur des électeurs, il s'agit d'en conquérir d'autres.

20:40
Présentateur

Et c'est là où moi, je voulais vous interroger sur la fameuse union des droites. On a toujours senti, arrêtez-moi si je me trompe, Jordan Bardella, légèrement plus enclin à cette option, inspiration Nicolas Sarkozy avec les déjeuners, les entrevues qu'on a découvertes dans la presse, c'est-à-dire aller chercher sur absolument toutes les terres. Et une Marine Le Pen un peu plus, on va dire, avec peut-être un peu plus de mépris vis-à-vis de ceux qu'elle a combattus depuis des années et des années. Est-ce que l'union des droites, Marine Le Pen, pourrait en être l'une des actrices en 2027 ?

21:08
Invité

Alors, il y a le discours de campagne qui assure que l'UDR d'Éric Ciotti et Marion Maréchal, avec son petit mouvement Identité Liberté, auront une part dans cette campagne parce qu'ils représentent des sensibilités qui viennent s'ajouter aux voix déjà acquises en parlant d'autres catégories

21:29
Présentateur

d'électeurs. Vous connaissez ces milieux mieux que personne, Jean-Yves Camus, vous avez vu l'actualité des dernières heures où en interne, justement, de ces petits partis, que ce soit des équipes de Marion Maréchal et des équipes d'Éric Ciotti, on se dit, ah, peut-être que Jordan Bardella avait quelques faiblesses plus apparentes, mais on aurait peut-être préféré Marine Le Pen parce que pour nous et notre ligne, c'est peut-être pas avec elle qu'on va pouvoir la plus facilement la défendre.

21:49
Invité

Ah, ça, c'est assez clair que du côté d'UDR, on doit se poser la question de savoir si le choix de coller au RN, version Marine Le Pen, était finalement si malin. Peut-être pas, en fait.

Dans la réalité, la situation juridique de Marine Le Pen peut rebuter des électeurs de la droite classique, y compris des déçus de LR, qui se disaient, bon, Bardella, finalement, c'est pas une mauvaise option puisque sur l'immigration, sur la sécurité, je suis en phase, mais qui seront peut-être un petit peu effrayés parce que ces électeurs tiennent avant tout à la sécurité, mais pas la sécurité version en droit public, la sécurité des investissements, du standing de la France à l'international, de leurs économies, de leur retraite, etc. Il faut peut-être se dire, oulala, déjà, ni droite ni gauche, c'est pas ça pour moi.

Et puis, quand même, enfin, cette situation assez surréaliste qui pourrait devenir d'une candidate que la justice ne rattrapera pas avant qu'elle entre en fonction si elle gagne, c'est quand même du jamais vu, non seulement dans l'histoire de l'international public.

23:05
Présentateur

Et si l'accord de cassation réellement ne se prononce pas avant les ordres, ce qui, selon ce qu'on a entendu du premier procureur de France, c'était hier matin sur une radio de service public, n'est pas si sûr que ça désormais. Alors, c'est possible,

23:17
Invité

mais ça n'est pas sûr. Et puis, là, je ne suis pas expert, je laisse aux juristes le choix d'en juger, mais certains disaient sur des plateaux où je me trouvais hier qu'il était possible pour l'ERN de jouer encore la montre en déposant des actes supplémentaires, voilà, en faisant un petit peu de procédure et en essayant de traîner

23:45
Présentateur

jusqu'à la présidentielle. Mais en tout cas, l'union des droites, est-ce que vous le pensez ce midi, Jean-Yves Femm ? Moi, je n'ai jamais cru. Ah ben voilà, c'est la question. Moi, je n'ai jamais cru. Et pourquoi ?

23:56
Invité

Parce que... Parce que d'abord, pour faire l'union des droites, il faut se dire de droite. Sinon, ça n'a pas de sens. Quelqu'un qui dit je ne suis pas de droite, mais qui réalise l'union des droites, c'est un peu compliqué.

24:10
Présentateur

C'est bizarre, oui.

24:11
Invité

Ensuite, parce que il y a quand même dans l'histoire du grand camp des droites des vieilles fractures. Les vieilles fractures, on le voit en ce moment avec ces collectivités locales tenues par le Rassemblement National, surtout sur le pourtour méditerranéen, qui commémorent, par exemple, le massacre d'Oran, qui est un épisode tragique et totalement méconnu de la guerre d'Algérie. Mais ça parle à leur électorat, une partie de leur électorat. Maintenant, pour les gaullistes, c'est un peu difficile, si vous voulez, parce que la guerre d'Algérie, c'est quand même une période de guerre civile.

Et derrière la décision de donner son indépendance à l'Algérie dans des conditions, c'est loin qu'on puisse dire un peu brusqu'il y a le général de Gaulle. Quand on commémore dans certaines villes les hommes, ce sont tous des hommes qui ont été fusillés pour cause de participation à l'OAS, ça ne résonne pas forcément de belle manière ou de régulisse.

25:19
Présentateur

On sent bien à quel point il y a différentes lignes. C'est peut-être tout ça qui va devoir, à défaut de se rassembler, en tout cas peut-être se préciser dans les prochains mois et d'ici la date fatidique de l'élection présidentielle de 2027. Mais en même temps,

25:31
Invité

c'est loin. En même temps, c'est loin. C'est-à-dire qu'on voit bien comment la mémoire de la résistance versus collaboration, par exemple, était encore un problème dans les années 80-90 parce qu'il y avait au Front National des gens venant des deux camps, des gens qui avaient combattu les armes à la main dans deux camps qui voulaient s'éliminer l'un l'autre. Je les ai connus. Le dernier que j'ai connu est mort en 2012. Le dernier titulaire de R. Francisque appartenant au FN décédé à un âge avancé. Il n'y en a plus. Donc, pour des gens d'aujourd'hui de 25-30 ans, si vous voulez, c'est dans le livre d'histoire mais ce n'est pas pertinent quand il s'agit de voter.

26:16
Présentateur

qui pourrait déterminer un vote. Merci beaucoup, Jean-Yves Camus, d'avoir été avec nous pour essayer de nous éclaircir sur ces points qui vont forcément être énormément débattus ou en tout cas, ça c'est une certitude au centre de l'actualité ces prochaines semaines, ces prochains mois et certainement même encore ces prochaines années. Merci beaucoup d'avoir été avec nous, directeur de l'Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean Jaurès.