CIOTTI, WAUQUIEZ & CO : LA FRANCE DES VRAIS ASSISTÉS
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Il n'y a aucune fatalité au gaspillage de l'argent public. Cette dépense publique, on est aujourd'hui drogué à la dépense publique et ça ne peut pas durer parce que la dépense publique, elle produit des impôts et de la dette. Et ça, ce n'est pas supportable à long terme.
Le problème en France, c'est qu'on a un système social qui a déstructuré le rapport au travail. Est-ce qu'on va continuer à vivre à crédit cette politique du chéquier ouvert ? Ma conviction, c'est que si on veut redresser tout à la fois les finances publiques et l'économie, le point essentiel, c'est la différence entre le travail et l'assistanat.
Éric Ciotti est député des Alpes-Maritimes, questeur de l’Assemblée nationale, conseiller départemental des Alpes-Maritimes et candidat à la présidence de son parti - Les Républicains. Il a « la droite au cœur » : c’est lui qui le dit, sur son site officiel. Et c’est trop de modestie, car en vérité, il a au cœur une droite quelque peu extrême.
C’est ce qui l’a notamment amené à déclarer, en 2021, qu’en cas de second tour opposant Emmanuel Macron à Éric Zemmour pour l’élection présidentielle de 2022, il voterait sans état d’âme pour le second. Moi, je dis la vérité. Vous voterez Éric Zemmour au second tour ?
Entre Macron et Éric Zemmour ? J'ai dit que je voterais Éric Zemmour. Et vous le maintenez ?
Je le redis aujourd'hui avec la même clarté. Il a ensuite confirmé, sur la chaîne Public Sénat, le 20 octobre 2021 : Vous préférez toujours Éric Zemmour à Emmanuel Macron? Oui, je le redis, je partage une partie du constat que dresse Éric Zemmour.
Éric Ciotti appartient donc à une droite pour le moins râpeuse, et c’est tout naturellement qu’il réclame plus de sévérité contre certaines catégories de la population : les chômeurs, par exemple, qu’il présente comme des « assistés ». Ha ! Mesure tes paroles, eh beau soleil, je suis ton égal maintenant.
Mon égal ? Fonctionnaires, tous les deux payés par la municipalité. Toi comme garde, moi comme chômeur.
À moi la liberté, à toi le képi bourré d'intelligence. Il n’est bien sûr pas le seul à penser de cette manière au sein de son parti. Un autre Républicain éminent, Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, se réclame lui aussi d’une droite très à droite, et se présente lui aussi comme un fervent partisan de ce que ces gens appellent la « réduction de la dépense publique ».
Il n'y a aucune fatalité au gaspillage de l'argent public. Quand il a été élu président du conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, dénonçant les « habitudes déplorables » de son prédécesseur socialiste, a ainsi expliqué qu’il allait faire faire à la région de très substantielles économies. En 2016, il a donc fait voter la baisse des indemnités des conseillers régionaux, il a diminué de 10% les crédits des collaborateurs de cabinets, et il a promis de s’attaquer aussi, « en toute transparence », au train de vie des élus régionaux.
Mais ce sont tout de même les chômeurs et autres bénéficiaires des minima sociaux qui inspirent à ce grand économe les plus vives exaspérations. Les efforts sont toujours pour les mêmes, et de l'autre côté vous laissez exploser l’assistanat. Dès 2011, il s’emportait contre ce qu’il appelait « le cancer de l’assistanat » Cette question de la différence entre le travail et l’assistanat est aujourd'hui un des vrais cancers de la société française. et présentait donc les bénéficiaires des aides sociales comme des métastases, sans bien réaliser, peut-être, ce que cela pouvait avoir d’abominablement blessant, aussi, pour les victimes de véritables cancers.
C’est de la merde. Pour soigner cette maladie sociale potentiellement mortelle, le bon docteur Wauquiez voulait alors plafonner ces minima sociaux à 75 % du smic, et proposait d’obliger les bénéficiaires du RSA à effectuer cinq heures de travail social hebdomadaire. Ce qu'on propose donc, c'est de plafonner le cumul de tous les minima sociaux à 75% du SMIC maximum.
Quelques années plus tard, en 2017, il s’en prenait plus spécifiquement aux chômeurs, qui selon lui « profitent de la vie » aux frais de la collectivité – et donc des contribuables. Est-ce qu’il est seul, au sein de son parti, à poursuivre ces chimères ? Absolument pas : l’excellent Éric Ciotti partage exactemen t les mêmes obsessions.
En 2016, par exemple, le député des Alpes-Maritimes expliquait qu’il voulait punir les chômeurs et les chômeuses en privant de RSA celles et ceux qui refuseraient deux « offres raisonnables » d’emploi. Quelle indignité. Plus récemment, le même Ciotti, candidat à l’investiture de son parti pour l’élection présidentielle de 2022, a dévoilé, à l’automne 2021, et sous les applaudissements nourris de la presse de droite, ce qu’il présentait comme un projet présidentiel « de rupture » : il proposait notamment la suppression de 250.000 postes de fonctionnaires, le retour aux 39 heures payées 38 dans la fonction publique, la réduction par paliers des allocations chômage, et le plafonnement des aides sociales à 66 % du Smic.
Quand on mettra les cons sur orbite, t'as pas fini de tourner. Puis enfin, le 12 novembre dernier, il a confectionné ce tweet où les chômeurs et les chômeuses étaient de nouveau dénoncés, comme des privilégiés : « Je veux réhabiliter la valeur travail. Il est inadmissible que ceux qui ne travaillent pas touchent autant que ceux qui travaillent.
Le travail ne trouve plus de distinction avec l’assistanat ! » En résumé : Éric Ciotti et Laurent Wauquiez ne cessent de brailler que les allocataires des aides sociales qu’il s’agisse de l’allocation chômage pour laquelle la plupart de ses bénéficiaires ont cotisé en tant que salariés, ou du RSA – sont des « assistés ». Des parasites, en quelque sorte, qui se la coulent douce aux frais des contribuables.
Et bien sûr : ces deux élus communient aussi dans la dénonciation des immigrés qui ne viendraient en France que pour se gaver d’aides sociales. Fort bien. Mais penchons-nous maintenant d’un peu près sur les situations et sur les pratiques de ces deux personnages.
En 2017, six ans après avoir dénoncé « le cancer de l’assistanat » et au moment précis où il baissait de 10 % l’indemnité des élus de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez s’est accordé à lui-même ce que le site Basta! avait très justement appelé « une sympathique indemnité ». Le conseil régional a en effet voté cette année-là une délibération lui accordant le remboursement de ses frais d’hébergement et de ses frais de bouche, sur présentation des justificatifs correspondants.
Cela constituait, toujours selon Basta!, une indemnité de 1500 à 3000 euros par mois, en fonction du nombre de nuits et de repas indemnisés. Elle venait s’ajouter aux revenus de président de la région et de député de la Haute-Loire de Laurent Wauquiez dont le cumul lui garantissait déjà une rémunération d’un montant total de 8272,02 euros bruts par mois.
Je possède des thunes, je suis à l'aise financièrement, je ne me plains pas, les affaires marchent en ce moment. Cette indemnité supplémentaire, qui n’a rien d’illégal, est payée par la collectivité. Mais bien sûr : Laurent Wauquiez ne considère pas du tout que cette augmentation de la dépense publique est une forme d’assistanat.
Mais alors la taille, c'est pour qui ? C'est pour le roi ? Non, c'est pour Salustre.
Voleur ! Mais non pas voleur, c'est pour Salustre. Voilà !
Plus récemment – c’était le mois dernier : Mediapart a révélé que Laurent Wauquiez avait organisé dans un château, et aux frais de la région Auvergne-Rhône-Alpes, un très fastueux « dîner des sommets » auquel avaient été conviés 90 invités triés sur le volet. Cette petite sauterie a coûté plus de 100 000 euros à la région. Soit plus de 1 100 euros par invité – ou, pour le dire autrement : deux fois le montant du RSA dont Laurent Wauquiez voulait conditionner l’attribution à des heures de travail hebdomadaires.
C'est la vie de château avec toi Tout simplement, rester près de toi C'est la vie de château avec toi Là encore – il faut le répéter : l’addition a été payée par la collectivité. Mais bien sûr : jamais les contribuables n’ont été consultés sur l’opportunité de cette nouvelle augmentation de la dépense publique. Passons maintenant à Éric Ciotti, qui n’est pas en reste de privilèges payés par les contribuables.
Comme questeur de l’Assemblée nationale, ce virulent pourfendeur de l’assistanat dispose par exemple d’un confortable appartement de fonction parisien. En plus de son indemnité parlementaire de 7 239 , 91 euros bruts c’est-à-dire 5 679,71 euros nets par mois, il bénéficie surtout d'une indemnité spéciale de 4 537,11 euros par mois. Dont l’utilisation, détail charmant, n’est pas contrôlée.
Je possède des thunes, je suis à l'aise financièrement, je ne me plains pas, les affaires marchent en ce moment. Précision amusante, qui témoigne aussi de la bonne ambiance qui règne parfois au sein de la droite française : en 2019, une députée républicaine des Alpes-Maritimes, appartenant donc au même parti qu’Éric Ciotti, avait proposé à l’Assemblée nationale, au nom de la « réduction des dépenses publiques » et de « l’exemplarité des élus », une résolution visant à « supprimer les avantages et les indemnités supplémentaires attribués aux questeurs de l’Assemblée nationale ». Et bien sûr : elle n’a reçu aucun soutien de ses petits camarades qui étaient sans doute trop occupés à dénoncer l’assistanat et la dépense publique.
Cependant soyons justes, et reconnaissons qu’Éric Ciotti n’est pas seul à bénéficier de menus avantages. La semaine dernière, Le Canard enchaîné a en effet révélé que l’ex-femme de ce député et conseiller départemental des Alpes-maritimes avait naguère occupé plusieurs emplois simultanément, à l’Assemblée nationale, où son ex-mari l’avait gentiment embauchée comme assistante parlementaire, mais aussi à la mairie de Nice, et au département des Alpes-maritimes – le monde est petit. Éric Ciotti, qui s’est senti « bassement attaqué » par cette révélation, « réfute » selon Le Monde « tout cumul douteux d’emplois de son ex-femme ».
Manque de bol : Libération a ensuite publiée d’intéressantes informations complémentaires sur ces « opportunités professionnelles » offertes à l’ex-femme d’Éric Ciotti, « conduisant » selon Libé « à une envolée de ses revenus ». Pour ne citer qu’un seul exemple : en 2009, et toujours selon Libé, elle travaillait cinq heures et demie par semaine comme collaboratrice parlementaire d’Éric Ciotti, pour un salaire annuel de 20 000 euros, qui s’ajoutait à ses autres revenus. Soit une rémunération de 70 euros brut de l'heure, représentant tout de même huit fois le montant du smic horaire de l'époque.
Manifestement : la règle des « 39 heures payées 38 » qu’Éric Ciotti veut imposer aux fonctionnaires ne s’appliquait pas du tout à son ex-femme et collaboratrice. Il y a donc quelques petites choses que nous savons maintenant de façon tout à fait certaine. Nous savons qu’Éric Ciotti et Laurent Wauquiez sont au sein de la droite française, parmi les plus féroces dénonciateurs de ce qu’ils appellent l’ « assistanat ».
Nous savons qu’ils sont parmi les plus bruyants et les plus féroces détracteurs des bénéficiaires des allocations chômage et du RSA, régulièrement présentés comme des parasites et des profiteurs. Et nous savons enfin que lorsqu’il s’agit des avantages et autres facilités dont bénéficient ces deux personnages et dont le paiement creuse évidemment la dépense publique qu’ils prétendent vouloir réduire, leurs dénigrement des nécessiteux apparaît pour ce qu’il est : une misérable démagogie, qui ne suffit désormais plus à occulter qu’eux-mêmes vivent bel et bien aux frais de la collectivité. On peut tromper mille fois une personne, mais on ne peut pas tromper...
Si. On peut tromper une fois une...
Non, on ne peut pas tromper une fois mille personnes, mais on peut tromper une fois mille personnes. Mange ça, pourriture communiste!
Laurent Wauquiez