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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 2 décembre 2022 7 minContradictoireActualité / polémiqueSanté

Alexis Lévrier : "France-Soir est un média anti-journalistique dans son fonctionnement même"

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 70 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:16OuverteRéponse directe

    Vous êtes historien des médias. Qu'est-ce qui est reproché à François ?

  • 0:56OuverteRéponse directe

    Et à l'époque, Roselyne Bachelot qui était ministre de la Culture avait défendu François en ces termes « Le site présente des informations, des analyses et des commentaires susceptibles d'éclairer le jugement des citoyens ». Ça vous a surpris ça ?

  • 1:40OuverteRéponse directe

    Mais il y a encore des journalistes aujourd'hui dans l'équipe de François ?

  • 2:00OuverteRéponse directe

    Et il y a des anciens journalistes quand même ? C'est qui ces contributeurs ?

  • 2:44OuverteRéponse directe

    Mais c'est qui ce monsieur ? D'où vient-il ?

  • 3:25OuverteRéponse directe

    Et le site François génère aujourd'hui beaucoup de trafic ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:19Invité politiqueFait
    « Ce qui lui est reproché notamment, c'est d'avoir propagé pendant la crise du Covid des informations fausses qui ont mis en péril la sécurité sanitaire de beaucoup de nos concitoyens. »
  • 0:41Invité politiqueFait
    « à la suite d'une pétition qui avait été lancée par les derniers journalistes de François qui ont été licenciés en 2019 et qui lançait une alerte en disant « Ce journal ne fait plus du journalisme, il bénéficie des protections et des avantages qui sont liés au statut d'entreprise journalistique ». »
  • 0:58PrésentateurFait
    « Roselyne Bachelot qui était ministre de la Culture avait défendu François en ces termes « Le site présente des informations, des analyses et des commentaires susceptibles d'éclairer le jugement des citoyens ». »
  • 1:17Invité politiqueFait
    « Le pouvoir politique n'a pas voulu s'alienner une partie de l'opinion publique qui est sensible à ces théories du complot. »
  • 1:42Invité politiqueFait
    « Le statut de journaliste, il est donné en fonction non pas d'une éthique et on peut le regretter, mais du fait de tirer ses revenus d'une activité journalistique. »
  • 2:16Invité politiqueFait
    « Les derniers vrais journalistes, on peut dire, de la marque François, de la marque journalistique ont cessé leur activité en 2019. »
  • 2:25Invité politiqueFait
    « François, ce n'est pas simplement quelque chose qui ne relève pas du journalisme, c'est un média anti-journalistique dans son fonctionnement. »
  • 3:27Invité politiqueChiffre
    « Oui, il y a énormément de gens qui lisent les articles, qui regardent les vidéos. »
  • 3:54Invité politiqueFait
    « Une petite anecdote, Léonie Collian, qui est une figure anti-vax, est allée sur une grande chaîne russe au mois de mai à l'invitation du pouvoir politique russe. »
  • 4:46Invité politiqueChiffre
    « C'est un grand journal qui vient d'abord d'un journal de la résistance qui s'appelait « Défense de France » et qui ensuite a été, dans les années 50-60, sous la direction de Pierre Lazareff, un journal qui a tiré à plus d'un million d'exemplaires. »
  • 5:08Invité politiqueFait
    « Oui, dans les années 50-60, parce que ces tirages-là, on les a connus à la belle époque, mais les journaux-papiers qui étaient encore capables, dans l'après-deuxième guerre mondiale, d'avoir des tirages aussi importants, étaient devenus extrêmement rares. »
  • 6:08Invité politiqueFait
    « Mais pas grand-chose. C'est difficile de lutter contre le conspirationnisme, surtout lorsqu'on donne le sentiment que c'est l'État qui veut trier ce qui est bon et ce qui est mauvais. »
  • 6:39Invité politiqueFait
    « On le dit juste que ce n'est plus une entreprise de presse, mais le site va continuer à exister. »

Temps de parole

  • Invité politique82 %
  • Présentateur18 %

8,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

Il est 6h20, le coup près est tombé pour François. Ce média en ligne n'est désormais plus considéré comme un média. Il s'est vu retirer son statut d'entreprise de presse par la commission qui délivre les agréments en France. Ça veut dire que François ne touchera plus d'aides publiques et d'avantages fiscaux. Bonjour Alexis Lévrier.

0:15
Invité politique

Bonjour.

0:16
Présentateur

Vous êtes historien des médias. Qu'est-ce qui est reproché à François ?

0:19
Invité politique

Ce qui lui est reproché notamment, c'est d'avoir propagé pendant la crise du Covid des informations fausses qui ont mis en péril la sécurité sanitaire de beaucoup de nos concitoyens. Et cette décision, on peut dire même qu'elle est assez tardive puisqu'il y avait déjà début 2021 une saisine de cette commission paritaire à la suite d'une pétition qui avait été lancée par les derniers journalistes de François qui ont été licenciés en 2019 et qui lançait une alerte en disant « Ce journal ne fait plus du journalisme, il bénéficie des protections et des avantages qui sont liés au statut d'entreprise journalistique ». Donc ça arrive très tard cette décision.

0:56
Présentateur

Et à l'époque, Roselyne Bachelot qui était ministre de la Culture avait défendu François en ces termes « Le site présente des informations, des analyses et des commentaires susceptibles d'éclairer le jugement des citoyens ». Ça vous a surpris ça ?

1:07
Invité politique

Oui, ça nous a tous surpris et je crois qu'il faut le mettre en parallèle avec par exemple la volonté d'Emmanuel Macron au début de la crise d'aller à l'IHU à Marseille et de rencontrer Didier Rao. Le pouvoir politique n'a pas voulu s'alienner une partie de l'opinion publique qui est sensible à ces théories du complot. Donc il y avait la volonté de ne pas s'en prendre, de ne pas créer une fracture médiatique avec tous ceux qui sont sensibles à ces discours-là. Et donc on a attendu. Le problème c'est que pendant toute cette période-là, les théories du complot ont continué à être diffusées notamment par l'intermédiaire de ce site.

1:40
Présentateur

Mais il y a encore des journalistes aujourd'hui dans l'équipe de François ?

1:42
Invité politique

Alors c'est tout le problème. Le statut de journaliste, il est donné en fonction non pas d'une éthique et on peut le regretter, mais du fait de tirer ses revenus d'une activité journalistique. Or comme la commission paritaire reconnaissait à François le statut d'entreprise de presse, il y a des gens qui actuellement sont considérés comme journalistes à François alors qu'ils font tout le contraire du journalisme.

2:00
Présentateur

Et il y a des anciens journalistes quand même ? C'est qui ces contributeurs ?

2:03
Invité politique

Alors ce sont, on ne les connaît pas exactement dans le détail. Et ils sont nombreux ? Ils sont une petite poignée encore. Les derniers vrais journalistes, on peut dire, de la marque François, de la marque journalistique ont cessé leur activité en 2019. Ils ont été renvoyés par Xavier Azalbert qui a pris le contrôle du site en 2014 et qui progressivement a fait dériver la ligne éditoriale vers quelque chose qui est le contraire du journalisme. Il faut bien comprendre qu'en fait François, ce n'est pas simplement quelque chose qui ne relève pas du journalisme, c'est un média anti-journalistique dans son fonctionnement.

Et c'est pour ça que Xavier Azalbert a choisi de reprendre cette marque parce qu'elle renvoie l'imaginaire de la presse des années 50-60. C'était un grand journal populaire et il a voulu retourner cette marque contre le journalisme.

2:44
Présentateur

Mais c'est qui ce monsieur ? D'où vient-il ?

2:45
Invité politique

Alors c'est un entrepreneur, c'est un industriel. Alors il n'est pas le premier industriel à reprendre une entreprise de presse, mais simplement lui le fait dans un esprit de contestation des médias dominants et avec une cible. Ce n'est pas simplement diffuser les théories du complot, mais c'est le faire toujours avec cette idée de contester les valeurs, l'éthique, le fonctionnement même de la presse. Il l'a encore fait récemment, c'est Libé qui racontait ça. Il y a un site de vérification de l'info qui s'appelle Fact and Furious, qui fonctionnait très bien et qui a eu une crise interne et donc qui a disparu. Et Xavier Azalbert a cherché à racheter la marque là encore.

Donc c'est toujours le même fonctionnement chez lui. Il s'agit de reprendre des titres d'entreprises de presse ou de sites d'information pour retourner ça contre le journalisme lui-même.

3:25
Présentateur

Et le site François génère aujourd'hui beaucoup de trafic ?

3:27
Invité politique

Oui, il y a énormément de gens qui lisent les articles, qui regardent les vidéos. Il y a tous les jours des vidéos en ligne avec les mêmes figures. Celles qu'on a longtemps vues dans les médias mainstream et qui ont fini par en être évincées parce qu'on voyait bien à quel point leur discours était dangereux. Donc les Didier Raoult, les Christian Perron, les Louis Fouché ont table ouverte sur François.

3:46
Présentateur

Et vous pensez qu'il y a une possible confusion que parmi les personnes qui vont sur ce site, pense aller sur l'ancienne marque François, ce que représentait François ?

3:54
Invité politique

Bien sûr, c'est vrai à l'intérieur du pays, mais aussi à l'extérieur. Une petite anecdote, Léonie Collian, qui est une figure anti-vax, est allée sur une grande chaîne russe au mois de mai à l'invitation du pouvoir politique russe. Il a brandi une une de François qui, effectivement, pour l'occasion, avait fait une une papier. Donc toujours la volonté de jouer avec la confusion avec l'ancien site. D'ailleurs, ça singeait la présentation matérielle, le logo historique. Et le titre, c'était « L'homme qui n'aimait pas la France » avec une photo d'Emmanuel Macron. Et il a dit à la télévision russe « Regardez ce que dit la presse française d'Emmanuel Macron. Nous sommes en dictature.

Toute la presse est contre lui, mais on n'a pas le droit de le dire, etc. » Et ça a fait des millions, des centaines de millions de vues, cette vidéo. Ça montre bien à quel point cette confusion entretenue par Xavier Hazalbert avec le site, avec la marque historique de François, fonctionne auprès d'une partie du public en France, mais aussi à l'étranger.

4:43
Présentateur

Pour nos plus jeunes auditeurs, est-ce que vous pouvez nous rappeler ce qu'a été le François de la grande époque ?

4:46
Invité politique

C'est un grand journal qui vient d'abord d'un journal de la résistance qui s'appelait « Défense de France » et qui ensuite a été, dans les années 50-60, sous la direction de Pierre Lazareff, un journal qui a tiré à plus d'un million d'exemplaires. On peut se rappeler, au moment de la mort de De Gaulle, justement, la Une a battu des records. Ça a été tiré à plus de deux millions d'exemplaires.

5:08
Présentateur

Donc ça a été le plus grand journal de France à un moment donné ?

5:10
Invité politique

Oui, dans les années 50-60, parce que ces tirages-là, on les a connus à la belle époque, mais les journaux-papiers qui étaient encore capables, dans l'après-deuxième guerre mondiale, d'avoir des tirages aussi importants, étaient devenus extrêmement rares. Et François, grâce au tarant de l'an de Pierre Lazareff, grâce aussi à une façon, déjà, d'anticiper ce qu'allait devenir l'Info en continu, il y avait jusqu'à sept éditions par jour de François, et avant le règne de la télévision. C'est en fait la télévision qui a marqué un coup d'arrêt à ça, progressif.

Et le journal, à partir de l'arrivée justement de la télévision, donc des années 70, a commencé un lent déclin qui a abouti finalement à cette parodie de journal qu'il est devenu aujourd'hui. C'est très triste, l'histoire de François. Et malheureusement, ça raconte aussi une partie de l'histoire de la presse papier-française qui connaît une longue crise depuis les années 70.

5:53
Présentateur

Alors justement, à propos de cette lutte contre les fake news, contre le complotisme, Emmanuel Macron avait créé une commission contre le complotisme et les fake news, qui a remis son rapport en janvier dernier. Il y avait une trentaine de préconisations. Depuis, il s'est passé quelque chose ?

6:08
Invité politique

Mais pas grand-chose. C'est difficile de lutter contre le conspirationnisme, surtout lorsqu'on donne le sentiment que c'est l'État qui veut trier ce qui est bon et ce qui est mauvais. Donc c'est plutôt aux journalistes eux-mêmes de faire ce travail-là. De ce point de vue-là, cette commission paritaire, elle fonctionne de manière relativement indépendante. Mais il y a eu des coups de pression du pouvoir, non pas pour aller vers... C'est ça que les Français doivent bien comprendre. C'est-à-dire que le pouvoir politique n'a pas eu tendance, comme a le dit aujourd'hui Xavier Hazalbert, à aller dans le sens d'une censure. D'ailleurs, il n'y a pas de censure de François.

On le dit juste que ce n'est plus une entreprise de presse, mais le site va continuer à exister. Le pouvoir public a eu tendance à freiner, de peur, comme je le disais, de s'aliéner toute une partie de l'opinion publique. Donc les choses vont très lentement. Et la grande victime, c'est le journalisme, parce qu'on entretient la confusion entre ce qui est journalistique et ce qui ne l'est pas, et en l'occurrence, entre ce qui est très hostile au journalisme.

6:58
Présentateur

Merci beaucoup Alexis Lébrier, historien des médias. Et je cite votre dernier livre, Jupiter et Mercure, le pouvoir présidentiel face à la presse. C'est paru aux éditions Les Petits Matins. Bonne journée à vous.

7:08
Invité politique

Merci.

Alexis Lévrier : "France-Soir est un média anti-journalistique dans son fonctionnement même" · Pourquijevote