Noël Mamère : Le Covid, les fake news, les journalistes ?
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 25 %Attaque 53 %Défensif 22 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 88 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:09OuverteRéponse directe
Noël Mamère, bonjour, nous vous recevons pour une chaîne internet qui s'appelle Thinkerview, nous sommes en direct, est-ce que vous pouvez vous présenter succinctement ?
- 0:17FerméeRéponse directe
Quel âge vous avez ?
- 2:54OuverteRéponse directe
Pourquoi il y a tellement de défiance face à la presse ? Est-ce que c'est vos années qui ont mis les graines de cette défiance ?
- 6:03RelanceRéponse directe
Qu'est-ce qui explique cette défiance du peuple face à la presse ? Qu'est-ce qui a créé ce climat délétère ?
- 6:16RelanceRéponse directe
C'est parce que les journalistes ne font plus correctement leur travail ?
- 7:23RelanceRéponse directe
Qu'est-ce que vous entendez par là ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 6:53Invité politiqueFait
« En 1988, j'ai écrit un livre qui s'appelait « La dictature de l'audimat ». »
- 7:10Invité politiqueFait
« il y avait déjà les signes de cette course à l'audience. »
- 7:29Invité politiqueFait
« Exactement, exactement. Et c'est ça qui a complètement pourri le monde de l'audiovisuel en particulier. »
- 7:59Invité politiqueFait
« la vérité n'est plus qu'une opinion comme une autre. »
- 8:27Invité politiqueFait
« C'est la dictature de l'instant, la tyrannie de l'émotion et la simplification. »
- 15:02Invité politiqueFait
« Dans le bouquin que j'avais écrit qui s'appelait La dictature de l'Olymat, j'avais dit que les médias parlent au média. »
- 18:32Invité politiqueFait
« la catastrophe c'est Tchernobyl en effet je présentais le journal de 13h au moment de Tchernobyl »
- 18:58Invité politiqueFait
« le professeur Pellerin »
- 20:05Invité politiqueFait
« il oubliait de dire qu'en Corse et dans l'Est il y avait des taux de radioactivité qui étaient très élevés »
- 22:10Invité politiqueFait
« la Cour Européenne des Droits de l'Homme qui a condamné le gouvernement français »
- 22:20Invité politiqueFait
« l'arrêt mamère »
- 23:38Invité politiqueFait
« ça fait partie d'une forme d'arrogance de la presse on considère qu'une fois que c'est dit c'est dit et qu'on n'a pas à revenir en arrière »
- 24:16Invité politiqueFait
« c'est le médiateur donc par exemple sur France Inter une fois par mois vous avez la médiatrice qui répond à des questions »
- 24:49Invité politiqueFait
« qui s'appelle l'Ombudsman qui existe depuis longtemps par exemple la presse américaine je pense en particulier au New York Times »
- 26:16Invité politiqueFait
« Le Pen le succès de Le Pen c'était la faute à la télé à l'heure de vérité »
- 33:47Invité politiqueChiffre
« le chiffre qui a été donné ce matin au moment où l'on parle c'est 10 millions de Français qui sont aujourd'hui en dessous du seuil de pauvreté »
- 34:26Invité politiqueFait
« la cantine c'est 1 euro, donc il n'y a plus de cantine pour nourrir votre enfant ça va vous coûter plus d'un euro »
- 35:27Invité politiqueFait
« la Covid a accéléré les inégalités qui est quand même aujourd'hui le mal principal de notre société »
- 38:26Invité politiqueFait
« le directeur de la santé qui vient vous expliquer qu'il n'y a pas besoin de masques alors qu'il sait pertinemment avec le gouvernement qu'ils n'ont pas assez de masques »
- 38:44Invité politiqueFait
« ces masques ont été périmés, oui, que ces masques n'étaient plus utilisables »
- 45:18Invité politiqueFait
« le titre du Monde d'aujourd'hui c'est la grande fatigue des soignants »
- 45:33Invité politiqueFait
« souvenez-vous de la loi sur les hôpitaux à l'activité donc il fallait que ça rapporte de l'argent on a supprimé des lits »
- 46:07Invité politiqueFait
« on nous avait dit on va augmenter de 12 000 lits ce qui n'a pas été le cas »
- 46:14Invité politiqueChiffre
« pour ajouter des lits de réanimation il faut compter à peu près 3 à 4 personnes pour s'occuper de ces lits de réanimation »
- 49:23Invité politiqueFait
« il y a toute une partie de la population française qu'on appelle les décrocheurs vous avez des profs des instits qui ne revoient plus un certain nombre de leurs élèves »
- 53:20Invité politiqueFait
« j'ai fait partie des six députés qui se sont opposés à la prolongation de l'état d'urgence après les attentats du Bataclan »
- 53:51Invité politiqueFait
« quand Macron est arrivé au pouvoir il a fait entrer dans le droit commun par une nouvelle loi un certain nombre de dispositions qui étaient vendues comme des dispositions d'exception »
- 57:40Invité politiqueFait
« Le taser dont nous avions demandé en 2000 l'interdiction par une proposition de loi qui évidemment a été rejetée à cette époque. »
- 1:01:19Invité politiqueFait
« Je ne le connaissais pas. »
- 1:02:55Invité politiqueFait
« Dans l'émission 28 minutes en effet il a voulu me faire un procès. »
- 1:03:11Invité politiqueFait
« J'avais des témoignages qui me le disaient. »
- 1:03:38Invité politiqueFait
« C'était lui qui m'avait attaqué en justice. »
- 1:04:32Invité politiqueFait
« C'est un truc totalement idiot. »
- 1:05:33Invité politiqueFait
« Elle n'était pas là et c'est elle qui depuis qu'on est marié depuis 30 ans fait les déclarations d'impôt j'ai oublié tout simplement de déclarer. »
- 1:05:58Invité politiqueFait
« Les assurances vie. »
- 1:06:46Invité politiqueFait
« Je n'ai volé d'argent à personne puisque ça a été déclaré à l'administration fiscale. »
- 1:08:55Invité politiqueFait
« C'est la vie c'était tous les soirs à 18h30 je participais à la conférence de rédaction le matin qui était la conférence de rédaction qui est préparée le 20h. »
- 1:18:55Invité politiqueChiffre
« L'indemnité d'un député toutes charges composées ça tourne autour de 5000 euros à peu près. »
- 1:22:04Invité politiqueFait
« Guetta il n'est plus journaliste, il est politique »
- 1:22:10Invité politiqueFait
« Je pourrais jamais revenir dans un journal, je le sais très bien »
- 1:48:54Invité politiqueFait
« ma génération c'était la très belle époque »
- 1:48:56Invité politiqueFait
« il n'y avait pas le chômage »
- 1:48:57Invité politiqueFait
« il n'y avait pas le sida »
- 1:48:58Invité politiqueFait
« on n'a pas connu la guerre »
- 1:50:02Invité politiqueFait
« les terrestres c'est une référence directe au livre de Bruno Latour »
- 1:50:14Invité politiqueFait
« il ne faudrait plus dire les terriens parce que les terriens ne savent pas habiter la terre »
- 1:50:30Invité politiqueFait
« j'ai fait mon métier de journaliste en proposant cinq éclairages différents »
Temps de parole
- Noël Mamère86 %
- Présentateur14 %
≈ 3,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Noël Mamère, bonjour, nous vous recevons pour une chaîne internet qui s'appelle Thinkerview, nous sommes en direct, est-ce que vous pouvez vous présenter succinctement ?
Alors je m'appelle Noël Mamère, mon prénom Noël est lié à ma naissance le 25 décembre 1948, j'ai été journaliste pendant longtemps, pendant plus de 25 ans, puis ensuite je me suis engagé dans la vie politique et j'ai donc été membre du parti écologiste, du parti vert, dont j'ai été le candidat à l'élection présidentielle en 2002, j'ai été maire de Bègle, une ville de la banlieue bordelaise, pendant 28 ans, et j'ai été député à l'Assemblée nationale, député écologiste, pendant 20 ans, de 1997 à 2017, date à laquelle j'ai laissé ma place de maire, considérant que 28 ans c'était beaucoup, et je n'ai pas été candidat aux élections législatives, considérant que 4 mandats, 20 ans de parlement, c'était suffisant, surtout quand on appartient à une formation politique qui réclame la vitalité démocratique et le renouvellement.
Voilà, j'étais donc, depuis cette époque, je suis plutôt dans la transmission, et j'ai renoué, on va dire, avec ce qui est mon seul métier, le journalisme, mais de loin, puisque je n'ai plus de carte de journaliste, mon numéro de carte était 29 678, et que je réponds à la sollicitation de mes amis écologistes lorsqu'ils me le demandent, sans m'imposer, parce que j'ai trop vu de vieux qui voulaient s'imposer lorsque j'étais en fonction, et quand j'ai des sollicitations pour des reportages ou des documentaires, je n'hésite pas à y répondre, d'ailleurs, pour ce qui concerne les documentaires, je n'attends pas qu'on vienne me chercher, je propose des idées de documentaires qui peuvent être réalisées, certains d'entre eux, d'ailleurs, ont été diffusés par Arte, France 5 ou France 2, avec notamment un réalisateur qui s'appelle Philippe Borrel.
On a décidé de vous faire venir aujourd'hui, en grande partie pour votre passif dans le journalisme, votre grande expérience dans le journalisme, on va discuter un petit peu de votre regard sur la presse, comment ça se passait déjà à votre époque, quel âge vous avez ?
Comme je suis né le 25 décembre 1948, si vous êtes bon en calcul, vous allez considérer que j'aurai 72 ans le 25 décembre 2020.
Donc Noël est encore bien vert. On vous a fait venir pour tout ça, pour aussi faire de la transmission, peut-être combler le fossé intergénérationnel, essayer de mettre les choses à plat. Pourquoi il y a tellement de défiance face à la presse ? Est-ce que c'est vos années qui ont mis les graines de cette défiance ? On va essayer d'explorer ce type de questions. On va essayer de se tarder aussi sur la crise du Covid, peut-être la crise écologique aussi, les institutions, le monde politique et toutes ces petites choses qui ne sont en fait que l'écume des choses.
Oui, enfin ce n'est pas l'écume des choses, tout ce dont vous venez de parler, ce sont les symptômes d'une société malade. Disons que si on devait résumer l'entretien que nous allons avoir pendant un certain nombre de quarts d'heure, ce serait de se demander pourquoi le futur a laissé la place à l'incertain. Et quand on est dans le brouillard de l'incertitude, ça touche toutes les catégories de la société. Comme dirait mes confrères journalistes, ça touche la société dans tous les compartiments du jeu. Ça ne touche pas que les plus vulnérables, ça touche aussi ceux qui sont considérés comme nantis. Parce qu'on ne peut pas construire un projet, un récit sur de l'incertitude.
Et c'est précisément ce à quoi nous sommes confrontés. Donc, quand vous évoquez la situation d'aujourd'hui, ce n'est pas simplement une situation sanitaire. C'est l'expression de ce que certains, que vous avez d'ailleurs reçus ici, comme Pablo Servigne, appellent les signaux, les perturbations qui peuvent conduire à l'effondrement d'un monde. Alors, je ne suis pas dans la lignée de ceux qui pensent que nous sommes en train d'assister à la fin du monde. Ça, c'est une forme, c'est une version apocalyptique et millénariste qui ne peut que conduire au fait qu'on refuse toute action politique pour changer le monde, puisqu'on est tellement vitrifié et figé par cette idée de l'apocalypse.
Ce que propose d'ailleurs Pablo Servigne, ce n'est pas du tout ça, c'est l'idée de la fin d'un monde.
C'est-à-dire qu'on est en train de voir, à travers cette métaphore géante et planétaire qu'est la Covid-19, on est en train de constater la fragilité et la vulnérabilité du modèle de société qui est aujourd'hui dominant, ce qu'on appelle le capitalisme ou le néolibéralisme, ce que certains auteurs comme Serge Audier, dans son dernier livre qui s'appelle La cité écologique, appelle l'anthropo-capitalocène, puisque les hommes estiment que c'est le capitalisme qui est la cause de tous nos maux, ce en quoi ils se trompent, parce que le productivisme soviétique a apporté les mêmes horreurs, à la fois en termes de liberté, en termes humains et en termes écologiques, et anthropocène, c'est sans doute une très bonne qualification, sauf que tout le monde n'a pas la même responsabilité, dans la situation écologique dans laquelle on se trouve aujourd'hui.
On va parler de votre marronnier plus tard, la presse.
Alors la presse, oui.
Attendez, attendez, attendez. Qu'est-ce qui explique cette défiance du peuple face à la presse ? Qu'est-ce qui a créé ce climat délétère ? C'est parce que les journalistes ne font plus correctement leur travail ? C'est parce qu'il n'y a plus de 10% des journalistes qui travaillent correctement ? C'est parce que 90% des journalistes ont été sélectionnés pour prolonger le ronron quotidien ? C'est parce que tout simplement les journalistes sont déconnectés ? Qu'est-ce qui a amené la presse à être détestée autant qu'un croque-mort ?
Alors dans votre question, il y a déjà plusieurs éléments de réponse. Il se trouve que, comme j'étais journaliste et que j'essayais d'avoir un regard détaché sur mon métier, j'ai essayé de l'analyser tout en étant dedans et dehors. Et en 1988, j'ai écrit un livre qui s'appelait « La dictature de l'audimat ». C'était sans doute prémonitoire. Mais si je l'ai écrit en 88, aux éditions La Découverte, c'est parce qu'il y avait déjà les signes de cette course à l'audience. Donc je pense que ce sont des raisons principalement économiques, finalement, qui ont conduit à la situation dans laquelle se trouve aujourd'hui la presse. Qu'est-ce que vous entendez par là ?
Eh bien parce qu'il fallait qu'elle soit rentable. Et moi je me souviens très bien...
Et la merde, ça rapporte, c'est ça ?
Exactement, exactement. Et c'est ça qui a complètement pourri le monde de l'audiovisuel en particulier. Alors, quand on ajoute à ça la naissance des télévisions d'information en continu et la privatisation de grandes chaînes publiques, l'avènement des réseaux sociaux, vous voyez bien qu'aujourd'hui, quand vous regardez notamment les télévisions d'information en continu, elles sont dans une concurrence obscène et effrénée avec les réseaux sociaux. Au point que, comme le dirait Trump, la vérité n'est plus qu'une opinion comme une autre. et cette course folle, elle est un véritable poison.
Moi je veux souvent expliquer que, au fond, la presse d'une manière générale, mais il ne faut pas mettre toute la presse dans ce même panier parce que ce n'est pas vrai, mais disons que le mainstream, il est victime de trois poisons qui d'ailleurs se sont répandus dans l'ensemble de la société. C'est la dictature de l'instant, la tyrannie de l'émotion et la simplification. Vous voyez bien qu'aujourd'hui, quand vous regardez certaines émissions absolument effroyables, je pense notamment à des émissions comme celle de CNews, l'émission de Pascal Praud, par exemple.
Ou le journal de France 2.
Ou le journal de France 2, oui, qui ne va pas aussi loin que l'heure des pros. Mais oui, en effet, on vit la télévision d'une manière générale. Alors, disons, on va faire des classifications. La télé d'information en continu, elle véhicule l'image d'un monde qui ne peut pas se passer d'image. C'est un petit peu la technique du sapeur camembert. Il y a un trou, il faut le remplir. Donc, c'est ainsi que vous pouvez voir émerger des faits divers totalement banals qui n'ont aucun sens journalistique, qui ne suscitent pas une explication pour éclairer l'opinion, puisque le rôle du journalisme, c'est d'essayer d'éclairer l'opinion afin qu'elle se fasse une idée sur...
C'est de l'éclairer ou d'influencer ?
Non, c'est de l'éclairer. Non, c'est pas de l'influencer, bien sûr.
Je vous pose cette question, on va rebondir sur les élections américaines.
Mais je n'ai pas terminé mon explication sur le...
On a du temps.
D'accord.
Je vous coupe. Les élections américaines, les journalistes sont censés être éclairés, je suis entièrement d'accord avec vous. Mais comment se fasse que les résultats ne soient pas annoncés officiellement et que déjà les médias annoncent...
Ah oui, non, mais là, vous parlez des Etats-Unis, c'est tout à fait différent.
Non, mais le courant français de la presse fait la même chose, emboîter le pas tout de suite derrière.
Non, mais ça fait longtemps.
Alors, même si Biden a déjà gagné, ou pas, ils ont les résultats de où ? C'est ça, éclairé ? C'est-à-dire donner une tendance ou influencer l'opinion publique ?
Non, mais ça, c'est lié à la... En effet, on peut très bien dire aujourd'hui, mais alors là, vous vous classez du côté des complotistes qui...
Pourquoi on se classe devant les complotistes ?
Parce que c'est une tradition aux Etats-Unis. D'abord, on ne dit pas qu'il est élu. Il est le president-elect. D'ailleurs, les télévisions sont appelées après avoir consulté l'agence AIP, qui est une coopérative de plusieurs agences qui fixe d'une certaine manière la règle, qui est une règle non écrite. Lorsque AIP considère qu'on peut... « It's time to call » pour appeler. Alors, les télévisions, c'est la tradition, annoncent cette élection. Mais ils l'annoncent sur des bases solides. Et pourquoi il n'y a pas d'annonce ? On n'attend pas l'annonce officielle. Pourquoi il n'y a pas l'annonce officielle d'un ministère de l'Intérieur ?
Parce que les Etats-Unis sont un gouvernement, sont une république fédérale, et que ça dépend des Etats, que de toute façon, le dépouillement ne se fait pas au même moment, ou en tout cas pas à la même vitesse, qui ne se fait pas au même moment, parce qu'il y a quatre fuseaux horaires, donc on ne peut pas être dans la même logique qu'en France. Mais ce système fonctionne depuis le XIXe siècle, et jusqu'à maintenant, il ne me semble pas qu'il y ait eu des erreurs si graves que ça remettait en cause ce qu'annonçaient les télévisions à la suite de l'agence IP.
Pour répondre à votre question, c'est vrai que les sondeurs, les sondages, les sondeurs ont pris de plus en plus d'importance dans la vie politique. Et dans la vie des journalistes ? Oui, dans la vie des journalistes, sans doute, oui, puisque vous avez aujourd'hui, mais ça c'est une perversion des sondages, puisqu'on fait un sondage à n'importe quelle occasion. Vous avez bien vu comment, par exemple, sous la période sarkoziste, on a pratiqué ce que nous appelions, certains d'entre nous, le populisme pénal. À chaque fait divers important, on suscitait une loi. Il n'y a rien de pire. C'est ce que j'appelle la dictature de l'émotion.
Et on ne construit pas l'état de droit, et on ne garantit pas nos libertés, en répondant uniquement à l'émotion. La force de la loi, c'est justement d'être délibéré, d'être débattu à froid. Et c'est vrai qu'à chaque fois, vous aviez des télés, notamment les télés d'information en continu, qui lançaient des sondages. Ces sondages, ils sont un petit peu comme Facebook. Je n'y vais pas. Moi, je n'ai jamais fréquenté les réseaux sociaux, ni Facebook, ni Twitter, un peu par principe philosophique, influencé par celui qui était mon professeur avec qui j'ai milité, qui s'appelle Jacques Ellul. Mais, en effet, vous voyez bien que Facebook, ce sont des petites tribus.
C'est comme des espèces de bantoustans, comme l'été en fait du sud. Vous parlez de quelque chose que vous ne connaissez pas. Oui, quand vous faites des sondages après des faits divers, la question qui est posée, c'est des questions qui suscitent des réponses qui vont dans le sens de ce que souhaitent les journalistes, et même quelquefois le pouvoir. Bien souvent, les journalistes se transforment en relais d'un pouvoir qui de plus en plus prétend représenter le peuple en choisissant les méthodes du populisme. Parce que ça, c'est du populisme.
C'est vous qui virez complotiste, là.
Pardon ? C'est vous qui virez complotiste. Non, je ne vire pas complotiste. Je fais un constat. Je ne vire pas complotiste. Je ne vous accuse pas de complotisme. Mais je pense que ce qui se passe aux Etats-Unis ne peut pas être remis en cause, sauf par M. Molson-Naro ou Mme Le Pen. C'est qui est exactement le cas aujourd'hui, je vous le signale.
Très bien. Est-ce que le fait que la population soit en défiance totale face à la presse, ça va faire changer la presse ou la presse va continuer son ronron quotidien ?
Mais la population, elle n'est pas simplement... C'est ça, le problème. C'est que la population, elle n'est pas simplement en défiance vis-à-vis de la presse. Elle est en défiance vis-à-vis des politiques, aussi. Et elle met dans le même sac la presse et les politiques. C'est ce que, dans une version de la simplification, on appellerait les élites contre le peuple. On a notamment qualifié le mouvement des Gilets jaunes d'un mouvement du peuple contre les élites. Il y avait de ça dans le mouvement des Gilets jaunes.
Mais ce qu'on remit en cause, et c'est ça qui est le plus important à mon point de vue, et on n'en a pas encore tiré les conséquences, c'est que les Gilets jaunes, ils ont interpellé, pour la première fois depuis longtemps, la représentation politique et la représentation des journalistes. Et en effet, ils ont montré qu'il y a une sorte de lien aujourd'hui entre le monde politique et le monde médiatique qui fonctionne finalement d'une manière un petit peu en circuit fermé, qui fonctionne un petit peu hors sol. Dans le bouquin que j'avais écrit qui s'appelait La dictature de l'Olymat, j'avais dit que les médias parlent au média.
Et au bout d'un moment, vous avez toute une partie de la France qui ne se sent pas concernés par la manière dont on aborde le monde ou dont cette catégorie aborde le monde, ils deviennent de plus en plus invisibles et ils nourrissent ce qui est le carburant du populisme, le ressentiment. C'est d'ailleurs là-dessus que par exemple Trump a prospéré. Et c'est vrai que dans le journalisme, il y a en effet cette tendance depuis longtemps à une forme d'embourgeoisement. il ne faut pas non plus mettre tous les journalistes dans le même panier.
C'est 2%. La plupart des journalistes en France, pardonnez-moi l'expression,
c'est des crèves ladales. Tout à fait. Je peux en témoigner puisque j'étais journaliste et puis après j'étais interrogé par les journalistes. À la salle des 4 colonnes par exemple, à l'Assemblée nationale dont je faisais partie, dont j'étais un bon client, je voyais des jeunes journalistes qui étaient des portes-micros en fait. On leur disait il faut que tu fasses 30 secondes de ma mère, 40 secondes de trucs, une minute d'intel. Mais ce n'est pas ça le métier.
Je me disais les malheureux, on les a transformés en soutiers de l'information, ce sont des OS de l'information, ce qu'on appelait et c'est vrai qu'ils pratiquent le métier selon des exigences finalement économiques parce qu'on leur dit si tu ne fais pas ça, il y en a 10 derrière toi qui accepteront de le faire. Donc c'est vrai qu'on est dans le monde journalistique aujourd'hui, c'est un monde de classe. Il y a les aristocrates de l'information, puis après il y a les petits bourgeois et puis après il y a ceux qui remplissent la machine.
Parlons de votre...
Et qui eux sont complètement précarisés.
Parlons un peu de votre grande expérience. Vous avez présenté un journal un jour, quelque chose qui ressemblait ?
Ah oui, j'ai même fait plus que ça. Oui, à la demande de Louis Berriot, il faut rendre à César ce qui lui appartient, même si Louis est aujourd'hui décédé, il était rédacteur en chef de la rédaction d'Antenne 2, donc Jean-Pierre Elkabach était le directeur de l'information et il m'a fait venir de Bordeaux pour créer avec lui, je parle de Louis Berriot, la première émission généraliste traitant de questions d'environnement et de défense du consommateur qui s'appelait C'est la vie.
Donc j'ai présenté et dirigé cette émission pendant 5 ans de 1977 à 1981 ce qui est à peu près la préhistoire pour ceux qui nous écoutent aujourd'hui et ensuite pendant 5 autres années j'ai présenté le journal de 13 heures qui s'appelait Antenne 2 Midi et après pendant 5 autres années j'ai animé et conduit une émission sur les droits de l'homme qui s'appelait Résistance où mon métier consistait à aller voir les victimes plutôt que les bourreaux un peu partout dans le monde.
Votre regard sur les fake news première question est-ce que vous avez été obligé d'annoncer au journal des fake news qui se sont révélées des fake news
par la suite ? Non je n'ai pas été confronté à cette situation
Si je vous demande de vous mettre dans la peau par exemple
J'ai vécu un moment que j'ai d'ailleurs expliqué plus tard qui m'a valu un procès pendant 10 ans qui a été réglé d'ailleurs par la Cour Européenne des Droits de l'Homme la catastrophe c'est Tchernobyl en effet je présentais le journal de 13h au moment de Tchernobyl mais on était deux présentateurs qui alternaient semaine après semaine et donc c'est vrai que j'ai vu comment le lobby nucléaire était en train de nous monter ils avaient délégué le premier d'entre eux qui était le patron du SCPRI qui s'appelait le service central de protection des rayons ionisants qui était l'équivalent de l'autorité de sûreté nucléaire qui s'appelait le professeur Pellerin et qui venait nous expliquer sans le dire formellement que finalement il n'y avait rien à craindre en France et que le nuage de Tchernobyl n'avait pas franchi nos frontières il ne l'a pas dit textuellement mais nous recevions des images les grandes chaînes sont abonnées à une bourse d'images qui s'appelle les EVN qui sont envoyées le matin et le soir donc quand vous regardez aujourd'hui le journal de TF1 ou le journal de France 2 ou tous les autres journaux vous voyez souvent pour des événements où les reporters les envoyés spéciaux de ces chaînes n'étaient pas présents vous voyez souvent les mêmes images ce sont des images envoyées par cette bourse d'échange et la bourse d'échange nous envoyait des images de Suède et d'Allemagne où ils expliquaient que le nuage avait franchi leurs propres frontières et donc il nous a fallu plusieurs jours pour que l'on fasse comprendre pour que l'on convainque les journalistes du service scientifique que ne pouvaient pas rester sur cette position puisque la Suède et l'Allemagne se sont expliqués que le nuage n'avait pas franchi les frontières de la France donc le professeur Pellerin qui n'arrêtait pas d'expliquer que si on faisait des moyennes il n'y avait rien à craindre sauf qu'il oubliait de dire qu'en Corse et dans l'Est il y avait des taux de radioactivité qui étaient très élevés a été viré a été comment dire interdit d'antenne il a été remplacé par le ministre de l'industrie de l'époque qui s'appelait Madeleine et après alors bien après l'OMS a effectivement démontré que ce qu'avait raconté le lobby nucléaire n'était pas juste alors le procès c'est un procès qui m'est arrivé mais bien longtemps après en 2000 j'étais l'invité d'une émission de Thierry Ardisson je ne sais plus comment ça s'appelle mais il fait toujours la même sous des titres différents avec Michel Pollack et Michel Pollack c'était un grand lecteur j'ai découvert beaucoup d'auteurs grâce à ce qu'écrivait au conseil de Michel Pollack et Michel Pollack évoque au cours de cette émission le livre d'une auteure qui est devenue depuis prix Nobel qui s'appelle Svetlana Alexievich qui a écrit trois grands livres sur l'Union soviétique le premier sur l'Afghanistan qui s'appelle Cercueil de fer le second sur Tchernobyl qui s'appelle La supplication et le troisième qui s'appelle La fin de l'homme rouge c'est ce qu'elle appelle des livres de parole où elle recueille des témoignages et La supplication c'est un livre formidable sur Tchernobyl et donc il évoque ce livre et moi ça me rappelle ce que j'avais vécu en 86 pendant le journal et je dis ah tiens mais je me souviens du professeur Pellerin d'un sinistre personnage voilà exactement ce que j'ai dit d'un sinistre personnage qui s'appelait le professeur Pellerin et qui venait nous expliquer que le nuage n'a pas franchi les frontières de la France et le professeur Pellerin ne m'a pas attaqué pour sinistre personnage en diffamation mais parce qu'il n'a jamais prononcé le mot le nuage n'a pas franchi les frontières de la France donc j'ai perdu en première instance j'ai perdu non il n'avait pas raison parce qu'il avait menti sur les effets du nuage donc c'est ça que moi je voulais dire donc j'ai été condamné en première instance en appel en cassation et mon avocat Antoine Comte m'a dit on ne peut pas en rester là et donc on est allé devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme qui a condamné le gouvernement français et je suis revenu devant les tribunaux pour que cette diffamation soit supprimée de mon casier judiciaire et ça s'appelait l'arrêt mamère voilà
très bien l'arrêt mamère ça passe bien
c'est un nom facile c'est un nom qui peut être interprété dans tous les sens
tout à fait je vous pose une question est-ce que vous pouvez vous mettre dans la peau d'un journaliste qui nous annonce les armes de destruction massive d'où Saddam Hussein est-ce que vous pensez que tous les journalistes qui nous ont annoncé ça à longueur de journée ont eu une conduite introspective
non je pense qu'ils se sont
il y a eu un mea culpa des chaînes de télé
aucun mais vous n'avez jamais vu de mea culpa des chaînes de télé d'ailleurs ce serait injuste de n'attaquer que les chaînes de télé quand des journaux de la presse écrite mettent en une affichent en une des gens dont on ne sait même pas s'ils sont coupables ou innocents et dont on découvre l'innocence après vous les avez vus vous excusez vous ces gens dont la vie peut-être totalement chamboulée par Nicolas Sarkozy non non mais c'est valable ça c'est autre chose la justice est là pour pour faire la vérité et j'espère que les juges d'instruction qui sont en charge de cette affaire ne vont pas la laisser tomber
quelle indignité
mais la réalité c'est quoi c'est qu'en effet ça fait partie d'une forme d'arrogance de la presse on considère qu'une fois que c'est dit c'est dit et qu'on n'a pas à revenir en arrière de toute façon tout le monde l'aura oublié maintenant il y a des gens qui ne l'oublient pas d'abord ceux chez qui ça laisse des traces durables ils ne l'oublient pas parce que ça peut chambouler leur vie et les plonger dans de profondes dépressions et puis parce que la logique voudrait qu'en effet il y ait non pas l'amende honorable de la presse mais qu'elle reconnaisse ses erreurs alors pour la petite réponse qui a été apportée je pense que ça date des années 80 c'est pas si vieux que ça finalement c'est le médiateur donc par exemple sur France Inter une fois par mois vous avez la médiatrice qui répond à des questions à des réflexions des auditeurs qui ont estimé que tel ou tel reportage ou tel ou tel éditorial était biaisé selon eux c'est hérité c'est hérité d'une vieille comment dire d'une règle qui existe d'une coutume qui existe principalement dans les pays anglo-saxons que nous avons copié qui s'appelle l'Ombudsman qui existe depuis longtemps par exemple la presse américaine je pense en particulier au New York Times et à d'autres grands journaux lorsqu'ils commettent lorsqu'ils ont ce qu'ils ont affirmé et remis en cause et que la vérité n'ont pas alternative parce que ce mot là est absolument effroyable mais lorsque la vérité est établie et qu'ils se sont trompés ils le disent et le reconnaissent ce n'est pas le cas dans notre pays où il y a cette espèce de poids de la télé moi quand j'étais journaliste et que je présentais des journaux on n'était que deux journaux que deux chaînes deux grandes chaînes qui avaient un journal à 13h c'était TF1 et Antenne 2 vous imaginez le poids qui était le nôtre bon peut-être il y avait moins de moins de récepteurs de télé mais c'était énorme aujourd'hui c'est complètement explosé je ne sais pas combien de chaînes ça ne veut pas dire pour autant que l'influence est multipliée par autant de chaînes non je ne crois pas mais et de toute façon je pense qu'il faut aussi que l'on soit comment dire que l'on soit équilibré avec ça parce que on se rend compte que ce ne sont pas les télés qui font les élections par exemple quand on a accusé l'heure de vérité qui était une émission politique des années 80 qui avait invité Le Pen vous avez entendu à plusieurs reprises la Vox Populi ou certains commentateurs et observateurs dire que Le Pen le succès de Le Pen c'était la faute à la télé à l'heure de vérité mais c'est une équivoque totale Le Pen il est né dans la société et si Le Pen a prospéré c'est sur les renoncements de la gauche sur les complaisances de la droite les odeurs de Chirac et tout ce qui a pu être toutes les concessions qui ont été faites à l'extrême droite avec des gens qui sont allés braconner sur leur terre c'est ça qui a fait prospérer Le Pen c'est pas la télé et Giscard on disait qu'il tenait la télé quand j'y étais Giscard il a été battu par Mitterrand donc les télés elles n'influencent qu'aux marges aux marges mais c'est pas elles qui font l'élection
est-ce que vous êtes sûr de ça ?
j'en suis certain la preuve je viens de vous l'apporter
est-ce que vous pensez pas que le fait je vais me faire l'avocat du diable est-ce que est-ce que vous pensez pas que le fait qu'on ne parle pas des gens qui votent extrême droite ou qu'on les décrive à chaque fois comme des fronts plats des cutéreux des arriérés cato ou des choses comme ça est-ce que ça les pousse pas à se radicaliser à chaque fois ?
est-ce que le journaliste de tendance extrême gauche formé dans une université d'extrême gauche issu d'un milieu où l'extrême gauche se gargarise de son côté intellectuel est-ce que vous pensez pas que le fait d'avoir deux prismes de lecture totalement opposés ne génère pas de la radicalisation de l'autre côté du micro de l'autre côté de la caméra c'est-à-dire que quand on voit l'avocat du diable quand on voit à chaque fois tout le temps tout le temps toujours les mêmes présentés comme des attardés est-ce que vous pensez pas que c'est cette presse cette télévision qui les pousse à se radicaliser je prends le même exemple avec les anti-vaccins à chaque fois les décrire comme des demeurés bon on va dire qu'il y en a certains ils ont une sacrée couche quand même mais à chaque fois de ne pas avoir cette bienveillance ne pousse-t-il pas à ce qu'ils se radicalisent et le pire qu'ils se taisent
alors là encore il y a des réponses dans les questions que vous posez non je ne suis pas du tout convaincu de ce que vous dites sur les journalistes d'extrême gauche d'abord à la télé il n'y en a pas de journalistes d'extrême gauche ils sont tout de suite éliminés pourquoi ? parce que justement ils sont considérés comme subversifs et donc la pensée dominante elle n'est pas d'extrême gauche que je sache donc quand on est d'extrême gauche et bien on se réfugie dans des dans des journaux en ligne Libération ?
non Libération ce n'est pas d'extrême gauche ce n'est pas d'extrême gauche mais il y a je ne connais pas mais je sais qu'il y en a par exemple est-ce que c'est d'extrême gauche mais il y a des lieux de réflexion très intéressants je pense par exemple à Le Vent Se Lève une autre qui s'appelle Lundi Matin bon ce sont des ce sont beaucoup d'intellectuels et aussi de journalistes qui sont plutôt radicaux que vous pouvez qualifier d'extrême gauche je ne sais pas si on peut leur attribuer ce titre là il y a ultra gauche comment ?
il y a ultra gauche non ultra gauche ça c'est une ça c'était inventé par madame Aliot-Marie et son cabinet noir pour mieux stigmatiser les gens de Tarnac et tout ça c'est une invention ben vous avez c'est très bien que vous parliez d'ultra gauche parce que ça a été inventé par un cabinet de droite qui voulait diaboliser les gens de Tarnac après ce qu'on a après toutes les aventures que l'on a connues pour essayer de démontrer qu'ils étaient les responsables tout simplement parce que Koupa et ses copains sont qualifiés comme des gens subversifs parce qu'ils ont une pensée radicale hétéronome on va dire et ça ne plaisait pas au pouvoir parce que le pouvoir en avait peur comme il a eu peur de Notre-Dame-des-Landes ça veut dire que quand on a peur de gens comme ceux qui sont à Notre-Dame-des-Landes ou qu'on a peur des gens de Tarnac ou des gilets jaunes ou des gilets jaunes c'est pas à l'opposé d'ailleurs ou des gilets jaunes ça veut dire que la démocratie est très faible puisqu'elle a peur non pas de son nombre mais elle a peur de tout ce qui lui renvoie ses défaillances tout ce qui lui renvoie au visage comme un miroir ses renoncements et ses complaisances mais ultra gauche c'est en effet un mot qui a été inventé par le cabinet d'Aliomari un mot typique de la propagande qui a été repris comme un seul homme qui a été repris comme un seul homme par l'ensemble de la presse voilà et donc c'est vrai que les journalistes se précipitent bien souvent sans vérifier sur ce qu'on leur donne à manger d'une certaine manière
parce qu'on les a affamés derrière avant on les a affamés donc ils sont
non les journalistes ne sont pas affamés mais ils sont ils sont affamés ils sont affamés de scoop ils sont affamés de bruit ils sont affamés de buzz médiatique pour beaucoup d'entre eux
ils sont affamés la plupart des journalistes
affamés dans quel sens ? ils gagnent pas un radis ah bon ça c'est autre chose mais ça n'a rien à voir le statut social et l'économie du journalisme
comment on fait pour qu'un chien obéisse à votre époque ? on faisait comment ?
j'ai jamais eu de chien donc je peux pas vous dire comment on fait pour qu'un chien obéisse en tout cas ce que je sais c'est que
soit on leur tape sur la gueule
soit on les affame non on peut peut-être il y a peut-être d'autres méthodes pour faire au bien
qui sont plus douces bien sûr qu'il y a d'autres méthodes est-ce que les journalistes c'est un peu pareil c'est-à-dire qu'on leur donne pas à manger on leur donne des salaires de misère et ensuite on leur dit maintenant vous allez rapporter donc ils mordent tout ce qui bouge ils attrapent tout ce qui bouge
ce que je vous expliquais tout à l'heure dans la mesure où une très grande partie des journalistes est dans la précarité ces journalistes-là peuvent être en effet un terreau favorable pour aller chercher y compris dans les poubelles enfin pour aller ça on est bien d'accord mais ce n'est pas une raison suffisante pour qualifier tous ces journalistes de fouilles poubelle et de fouilles merne il faut dire les mots comme ils sont moi j'en ai vu beaucoup de ce qu'on appelle en fait ils appartiennent à quelle catégorie ?
ils appartiennent à la catégorie qu'on appelle les intellectuels précaires bon vous allez aller dans une grande radio aller dans des grandes émissions de télé qui ne sont pas produites par les télés mais par des producteurs vous avez beaucoup de gens qui préparent ces émissions qui sont des précaires qui vont aller travailler pendant trois semaines ou un mois ou deux mois à tel endroit une période de chômage et puis tous ces gens-là ils étaient où ?
il suffisait d'aller à nuit debout pendant la période de nuit debout vous alliez place de la république j'habite à côté c'est pas parce que j'habite à côté que j'y allais d'ailleurs c'est parce que c'était intéressant et vous aviez beaucoup beaucoup de ceux qui étaient à nuit debout c'était ce qu'on appelle des intellectuels précaires et ces intellectuels précaires aujourd'hui avec la crise de la Covid-19 ils sont particulièrement menacés et encore plus fragilisés et encore plus vulnérables et je ne parle pas de tous ceux que l'on appelle les invisibles et qu'on commence justement à voir sur les écrans de télé c'est peut-être un des aspects et disons un effet collatéral qui peut être considéré comme positif puisque ça rend visible la misère dans laquelle se trouve un certain nombre de Français aujourd'hui je crois que le chiffre qui a été donné ce matin au moment où l'on parle c'est 10 millions de Français qui sont aujourd'hui en dessous du seuil de pauvreté et ça c'est un chiffre effrayant c'est un chiffre effrayant et donc en effet j'ai le souvenir puisqu'on a le temps d'en parler pendant le premier confinement j'avais lu un excellent reportage d'une journaliste du Monde qui s'appelle Couvler sur la situation à Clichy Clichy-sous-Bois un reportage qui montrait comment des familles qui par exemple pouvaient bénéficier de la cantine la cantine c'est 1 euro donc il n'y a plus de cantine pour nourrir votre enfant ça va vous coûter plus d'un euro donc des familles qui se trouvaient subitement d'abord dans un confinement qui était en aide sur population et avec avec un budget qui n'arrivait pas à nourrir la famille et donc j'avais vu dans ce reportage que l'association Assez le Feu de mon copain Mohamed Meshmash était très active pour venir en aide à ces familles j'ai appelé Mohamed qui m'a dit et en effet s'il n'y avait pas eu si on n'était pas là et s'il n'y avait pas ces associations pour les aider à se nourrir en fait et à subvenir à leurs besoins il y aurait il y aurait des explosions enfin il y aurait des situations plus que critiques et on les voit aujourd'hui regardez les camps de migrants le camp de migrants qui est au nord de Paris où déjà est en train d'apparaître une maladie comme la gale que l'on croyait éradiquer donc c'est vrai que la Covid a accéléré les inégalités qui est quand même aujourd'hui le mal principal de notre société
revenons à nos fake news la dernière fake news que vous avez vu annoncer sur le service public vous avez vu quoi comme fake news la dernière fois annoncée sur le service public
vous voulez dire en tant que spectateur
en tant que spectateur
je ne sais plus je ne sais plus d'abord parce que pour ne rien vous gâcher je ne regarde pas beaucoup les journaux alors oui je paye ma redevance mais je regarde très peu les journaux
normalement à votre âge ce n'est pas gratuit la redevance
je ne crois pas non il faudrait demander à ma femme je ne sais pas non je la paye la redevance pourquoi j'ai l'écrit gratuite pour moi
je ne sais pas à partir de la carte vermeille je crois qu'on a une redevance gratuite non c'est en fonction
des revenus
c'est vrai vous avez peut-être raison on va demander avec notre communauté de fact-checker ça
la dernière grosse
fake news que vous ayez entendue sur le service public vous n'en rappelez pas c'était que Tchernobyl c'était quoi les armes de destruction massive
il y a longtemps entre temps il y a eu sans doute d'autres fake news alors est-ce que les français il y a eu l'immense fake news c'était celle de celle de Bush Bush le fils sur les armes de destruction massive là ça a été j'allais dire c'est le contraire puisqu'on a eu le Villepin qui avait un certain panache d'ailleurs à préposition à l'organisation des Nations Unies contre l'explication de Colin Powell à l'époque
encore des services de renseignement qui bossaient
essayer de prouver que oui cela dit la France n'était pas blanc-bleu si je puis dire avec Saddam Hussein rappelons-nous de la visite de Chirac à Saddam Hussein et nous l'avons beaucoup aidé ce sinistre au Irak c'est ça oui absolument oui tout à fait donc on a essayé de lui vendre du nucléaire et donc la France a une responsabilité évidemment a eu une responsabilité dans la prospérité de Saddam Hussein de la même manière qu'elle en a eu dans la prospérité de Kadhafi qui était pourtant
est-ce que la France
mais ce jour-là en effet la fake news elle était aux Etats-Unis et peut-être dans d'autres pays affidés aux Etats-Unis mais pas en France mais la dernière fake news pourquoi vous avez un exemple à me donner
je vous pose la question est-ce que pour vous le départ de l'épidémie du Covid ça a été
ah oui en effet alors la dernière fake news c'est quand le professeur Salomon qui est un petit peu le clone du professeur pèlerin de Tchernobyl en 1986
attention pas de diffamation chez nous
non je ne je n'ai pas du tout à diffamer Salomon mais on peut on peut faire le parallèle entre 86 Tchernobyl le responsable du nucléaire qui vient vous expliquer qu'il n'y a pas de risque qu'il n'y a pas de problème et puis 40 ans plus tard en 2019 le directeur de la santé qui vient vous expliquer qu'il n'y a pas besoin de masques alors qu'il sait pertinemment avec le gouvernement qu'ils n'ont pas assez de masques qu'il n'y a pas eu de renouvellement des masques que ces masques ont été périmés oui que ces masques n'étaient plus utilisables ça c'est une fake news
il faut aussi lui dire merci
pourquoi il faudrait lui dire merci
imaginez-vous un vent de panique dans une population qui est un désœuvré paniqué atterré en perte de confiance est-ce qu'après deux ans de gilet jaune le fait que Salomon mente consciemment
il n'est pas le seul il a menti au nom des autres c'est une responsabilité solidaire
donc est-ce que c'était pas un geste patriotique de dire tout va bien se passer les enfants continuez à aramer parce que sinon ça va être compliqué
on peut l'analyser comme ça si vous voulez j'ai fait l'avocat du diable oui mais moi c'est pas d'abord pour croire au diable il faut croire au bon dieu donc à chacun c'est pas obligatoire à chacun ici de nous dire ce qu'il en pense
vous avez un imaginaire si j'ai un imaginaire non est-ce que vous avez un ami imaginaire
est-ce que j'ai un ami imaginaire
est-ce que vous croyez en dieu
j'ai été élevé chez les prêtres oui j'ai même fait la totale j'ai été élevé chez les prêtres les bonnes soeurs et les jésuites et votre côté quand ma mère se désespérait ma mère ma maman se désespérait de ne pas me voir aller à la messe avec mes frères je disais maman il n'y a pas de problème on a 150 ans de messe devant nous puisqu'on allait à la messe tous les jours quand on était chez les prêtres donc oui j'ai été élevé dans la religion catholique ce qui ne m'empêche pas aujourd'hui de croire d'abord en l'homme
vous y croyez ou pour vous c'est une fable comme le père noël
je pense que je ne sais pas si on peut dire que c'est une fable comme le père noël mais non je n'y crois pas non disons que je suis agnostique maintenant
vous n'attendez plus en dessous du sapin
je l'entends attendu en dessous du sapin mais le sapin c'est pas de toute façon je pense que le sapin c'est beaucoup plus profane c'est lié à la religion mais c'est lié surtout le sapin quand vous parliez de la marchandisation de l'information le sapin c'est une manière de marchandiser la religion c'est à dire on l'a fait entrer dans le domaine séculier mais c'était uniquement pour des raisons finalement des raisons souvent très commerciales
quelle était ma première question juste avant l'histoire du sapin
votre première question c'était de me demander quel a été elle s'était demandé si j'avais un ami imaginaire et la question d'avant c'était de me demander si quelle était ma dernière vision enfin mon dernier constat de fake news et en effet je ne m'en souvenais pas c'était je l'ai évoqué devant vous grâce à vous c'est la question la question du masque je ne suis pas d'accord avec votre analyse je pense que ce gouvernement comme beaucoup d'autres sans doute à sa place a été paniqué devant l'ampleur que prenait la pandémie mais vous savez en fait cette première réaction du gouvernement face à la pandémie c'est conforme d'ailleurs à ce qui est dominant dans nos sociétés c'est le déni de la même manière qu'on pratique le déni face au dérèglement climatique et à l'effondrement de la biodiversité et à ses conséquences pour l'espèce humaine de la même manière on a été dans le déni vis-à-vis par rapport aux pandémies on se croit c'est ce que c'est la question de la démesure et de la puissance l'homme moderne de nos sociétés dites modernes se pense tellement puissant qu'il se croit invincible donc on n'a pas tiré les leçons de Ebola on n'a pas tiré les leçons du SIDA on n'a pas tiré les leçons du premier SRAS ce qu'ont fait d'ailleurs les asiatiques avec plus de pertinence parce qu'on considérait qu'on était épargné et d'ailleurs j'ai entendu cette semaine quand Pfizer a annoncé la mise au point d'un nouveau d'un nouveau vaccin j'ai entendu un infectiologue dire c'est génial ils ont trouvé une méthode qui est totalement révolutionnaire grâce à ça nous n'aurons plus jamais de pandémie où nous pourrons résister à toutes les pandémies et bien encore une fois on fonctionne dans le déni on fonctionne dans cette idée selon laquelle la technique comme le disait si bien Ellul pourrait nous protéger de tout sans remettre en cause les raisons qui conduisent à la situation dans laquelle on se trouve parce que la question de la pandémie elle n'est pas arrivée comme ça c'est ce qu'on appelle les zoonoses c'est quoi une zoonose c'est quand l'homme se rapproche de plus en plus du monde sauvage or comme ben oui c'est exactement ce qui est en train de se passer plus vous déforestez pour nourrir avec du soja transgénique les bestiaux que nous mangeons ici plus vous vous rapprochez du monde sauvage plus vous vous rapprochez d'un monde qui est porteur de virus qui ne sont pas pathogènes pour lui mais pathogènes pour l'homme donc continuons comme ça et d'autres pandémies encore plus létales nous en connaîtrons
revenons à notre ami Jérôme Salomon oui et à notre ami le gouvernement vous ne trouvez pas qu'ils n'ont pas bien agi
je ne sais pas s'ils n'ont pas bien agi au départ ils ont agi avec les moyens du bord que vouliez-vous qu'ils disent ils n'avaient pas de masque donc ils étaient obligés de mentir de dire le masque ça sert à rien oui donc ils étaient complètement démunis est-ce qu'ils pouvaient dire à la société qu'ils commençaient avoir une grande trouille est-ce qu'ils pouvaient dire à la société qu'ils étaient démunis
ils ne servaient à rien en fait
la réponse est non la réponse est non parce que la réaction de la société aurait été terrible d'ailleurs pas du tout pas simplement par rapport à la survie du gouvernement en termes politiques mais du point de vue sociétal la société déjà qu'on est dans un monde où de plus en plus qui ressemble de plus en plus à ce que racontait Hobbes sur l'homme est un loup pour l'homme là on serait on serait entré dans un on serait entré dans une une logique absolument effroyable finalement on a eu plutôt de la chance mais ce qu'il faut dire aussi c'est qu'il n'y avait pas simplement un problème de masque c'était aussi payer au prix le plus élevé c'est ce que on est c'est ce que les soignants sont en train de payer cher le titre du monde d'aujourd'hui c'est la grande fatigue des soignants c'est que on a payé le prix de politique menée par la gauche et par la droite de privatisation non pas de privatisation mais de marchandisation des hôpitaux ou en tout cas de réduction de moyens souvenez-vous de la loi sur les hôpitaux à l'activité donc il fallait que ça rapporte de l'argent on a supprimé des lits donc le résultat il est là et aujourd'hui on est dans une situation à laquelle on ne peut pas faire face et on est à chaque fois sur une ligne de crête qui peut amener comme c'est le cas en ce moment en Italie à une situation que l'on ne contrôle plus et alors ce qui est dingue c'est qu'entre le premier confinement et aujourd'hui le second confinement on nous avait dit on va augmenter de 12 000 lits ce qui n'a pas été le cas ce qui était un gros mensonge d'abord parce que pour ajouter des lits de réanimation il faut compter à peu près 3 à 4 personnes pour s'occuper de ces lits de réanimation et la formation de ces soignants qui sont très spécialisés c'est-à-dire entre 3 et 4 ans mais comme on a réduit le personnel soignant ben voilà où on en est où on en est aujourd'hui donc c'est vrai que c'est vrai que tout ça tout ce que nous connaissons aujourd'hui tout ce sentiment de fragilité cette obligation que nous avons de ne plus être en contact les uns avec les autres cette naissance d'une société sans contact qui ne fait qu'enrichir d'ailleurs les géants du numérique c'est lié aussi à des politiques publiques qui ont conduit à un retrait de ce que l'on doit au public à un retrait qui n'ont fait de la santé qu'une variable d'ajustement or aujourd'hui il est clair qu'on doit considérer que la santé est la priorité des priorités dans toutes les sociétés modernes
revenons à la défiance est-ce que vous ne pensez pas que c'est le gouvernement qui est le plus grand propagateur de défiance au sein même de sa population à force de raconter des conneries à force de s'arranger avec la vérité à force de s'arranger avec l'actualité est-ce que maintenant il n'est pas trop tard dans une grande partie de l'opinion publique pour retrouver confiance dans ces instances dirigeantes
je ne peux pas le dire aujourd'hui mais les ingrédients pour l'érosion encore plus grande de la confiance de cette partie de la population sont là en effet on voit bien que alors je pense que ce serait exagéré d'attribuer la seule responsabilité à ce gouvernement c'est une responsabilité qui vient de loin
la défiance
vis-à-vis du monde politique elle ne date pas d'aujourd'hui elle s'est construite cette défiance
mais dans le même sac on met les écoles qui ont formé cette upper class
oui c'est pas parce que vous supprimez l'ENA que pour autant vous supprimez la formation des upper classes Bourdieu l'a expliqué beaucoup mieux sur la reproduction je ne vois pas au nom de quoi on supprimerait Sciences Po l'idée c'est de faire de permettre l'accès à Sciences Po de toutes les catégories sociales mais ça veut dire qu'avant non non non c'est pas comme vous dites on ne le voit pas c'est pas que du violent c'est aussi quel est le rôle que l'on donne à l'école et est-ce qu'on va faire les efforts nécessaires pour que l'école elle aille partout y compris dans ce qu'on appelle aujourd'hui des territoires oubliés de la République ce qui est d'ailleurs effrayant on entend le discours
du politique qui ressort tout de suite mais non pas du tout pas du tout on va revenir sur l'école et l'hôpital juste après revenons
mais c'est la reproduction évidemment évidemment c'est la reproduction quand vous êtes dans une famille qui a les moyens de vous suivre par exemple comme pendant le confinement pendant le confinement celui qui est en situation de survie il va se préoccuper d'abord de sa survie plutôt que de l'éducation de ses enfants qui ne vont plus à l'école ce qui fait qu'aujourd'hui il y a une série il y a toute une partie de la population française qu'on appelle les décrocheurs vous avez des profs des instits qui ne revoient plus un certain nombre de leurs élèves et qui ne les revoient plus ceux-là ils sont passés par profits et pertes on va dire du néolibéralisme d'une société qui considère qu'en effet il y a un certain nombre de gens qu'on ne reverra pas qui peut-être comme ça a été le cas en 2005 se révolteront et puis on matera la révolte et puis voilà et puis on oubliera et puis entre temps d'ailleurs on votera des lois qui permettront de réduire encore un petit peu plus de rétrécir encore un petit peu plus nos libertés comme la dernière qui est censée répondre aux questions de sécurité générale et qui juge sur l'intention je n'ai jamais vu ça dans le droit français bref et à faire des flics effectivement à donner encore un petit peu plus d'impunité aux flics tout ça en effet ne peut que contribuer à nourrir ce sur quoi j'insiste le ressentiment d'une partie de la population qui va même peut-être et c'est là où votre question est intéressante qui va peut-être même organiser son invisibilité par rapport au pouvoir et se réveiller sous des formes qui peuvent être extrêmement extrêmement dures je pense qu'on est à la veille on n'a pas encore vu peut-être qu'un jour on se dira finalement les gilets jaunes c'était plutôt sympa
ou les mecs de l'ultra gauche
c'était plutôt sympa parce qu'ils écrivaient des bouquins et ils ne venaient pas il n'y avait pas d'explosion en effet mais en effet on peut se retrouver dans des situations de tel c'est plus que du désenchantement de tel sentiment d'injustice de tel ressentiment vis-à-vis d'une autre partie de la population c'est comme s'il y avait deux France ou trois France même qu'on verra exploser dans certaines parties du pays des formes de révolte qui seront extrêmement dures et qui seront réprimées d'une manière très très brutale et très violente elles justifieront d'ailleurs malheureusement ça justifiera des régimes autoritaires
j'en arrive à la deuxième partie de ma question qui est les préconisations pour éviter d'en arriver là parce qu'on est bien d'accord que le pouvoir en place ou l'administration en place chargée de faire le maintien de l'ordre s'y attend on le voit dans la militarisation de l'espace urbain la militarisation des procédures on le voit bien on le sent bien mais vous en tant que vieux journaliste en tant que musée du journalisme
vous n'êtes pas sympa de me placer dans les musées
antiquité non
non je ne sais pas est-ce que vous avez des préconisations
est-ce que vous avez des préconisations à donner soit à vos confrères soit au gouvernement pour éviter d'en arriver là
d'abord les préconisations elles ne peuvent pas venir d'un seul homme ou d'une seule personne ça c'est croire à l'homme providentiel et nous avons dans ma famille politique toujours combattu cette idée extrêmement pernicieuse les préconisations elles sont simples que ce soit par rapport au terrorisme que ce soit par rapport aux tentatives de réduction de nos libertés que ce soit par rapport même aux conséquences que peut entraîner une pandémie comme la Covid une conséquence et des conséquences politiques la seule préconisation c'est de défendre l'état de droit c'est de défendre nos libertés et c'est de les préserver et c'est de se battre contre tous ceux qui veulent les remettre en cause contre tous ceux qui prétextent d'un événement particulier ou d'une succession d'événements pour réduire encore un petit peu plus nos libertés ce qui à court terme apporte de la satisfaction à la société parce qu'elle a peur mais qui à moyen terme et à long terme devient dangereux pourquoi j'ai fait partie des six députés qui se sont opposés à la prolongation de l'état d'urgence après les attentats du Bataclan parce que nous avions dit les six réfuseniques nous avions dit que des prolongations comme celle-ci il y en aurait d'autres il y en a effectivement eu d'autres on était en train d'entrer dans une spirale qui a d'une certaine manière non pas englouti mais rétréci nos libertés et ça s'est terminé comment ?
quand Macron est arrivé au pouvoir il a fait entrer dans le droit commun par une nouvelle loi un certain nombre de dispositions qui étaient vendues comme des dispositions d'exception voilà dans quelle spirale on est en train d'entrer et vous n'avez pas tort de dire que le gouvernement sait très bien qu'il peut être confronté à des situations explosives c'est la raison pour laquelle il militarise de plus en plus la société et il l'accompagne de réduction de nos libertés en favorisant d'ailleurs un petit peu plus cette militarisation c'est l'exemple de l'interdiction de diffuser les images de policiers pendant des manifestations heureusement qu'il y a eu des gens comme Dufresne et quelques militants solides et quelques ONG pour montrer ce qu'était devenue l'impunité de la police dans un certain nombre de manifestations heureusement que des avocats se sont associés associés pour défendre les victimes de violences policières mais vous savez tout ça a commencé bien plus tôt qu'on ne le croit et se trouve qu'après la mort de Rémi Fraisse la mort tragique de Rémi Fraisse à Sivins nous avions encore le groupe écologiste à l'Assemblée nationale
nos auditeurs qui était Rémi
Rémi Fraisse c'était un jeune militant écolo qui a rejoint la zone à défendre de Sivins qui existait depuis plusieurs mois qui se battait contre un barrage qui devait se faire à destination des irrigants de maïs et qui était qui ne s'inscrivait pas du tout dans la logique de lutte contre le réchauffement climatique et qui ne pouvait que contribuer un petit peu plus à épuiser la ressource en eau donc c'était une bagarre d'écolo en fait et ce jeune Rémi Fraisse il est venu rejoindre un soir les militants et il a été tué par une grenade tirée par un garde mobile qui défendait d'ailleurs un endroit qui n'avait pas à être défendu qui était un chantier une semaine avant une semaine avant ce drame j'y suis allé avec Cécile Duflo sur le terrain on a rencontré les zadistes on a rencontré le préfet qui avait une relation extrêmement tendue avec les militants sur place qui n'avaient même pas dénié parler au porte-parole que l'on a amené avec nous dans le bureau du préfet et on lui a dit vous savez monsieur le préfet si vous ne faites pas un effort de discussion et de compréhension il risque de se passer des choses graves une semaine après Rémi Fraisse était tué tragiquement et après ça nous avons demandé une commission d'enquête parlementaire sur le maintien de l'ordre la tradition veut qu'à l'Assemblée nationale lorsqu'il y a une instance judiciaire une procédure judiciaire on ne peut pas demander une commission d'enquête parlementaire sur le cas précis donc on ne l'a pas demandé sur Rémi Fraisse et donc la commission d'enquête parlementaire son titre c'était comment assurer comment adapter le maintien de l'ordre c'était ça l'idée comment adapter le maintien de l'ordre à la liberté d'expression et au droit de manifester donc comme c'était une initiative qui partait de notre groupe j'ai été président de cette commission d'enquête parlementaire mais le groupe socialiste a refusé que j'en sois le rapporteur et c'est en général le rapporteur qui a le plus de pouvoir dans une commission d'enquête parlementaire puisque c'est sur son rapport que la commission vote mais comme je sentais le souffre pour le PS je n'ai été que président donc pendant six mois tous les jeudis nous avons auditionné différents acteurs venant de tous les milieux y compris d'ailleurs des jeunes qui avaient été blessés par des tirs de taser le taser dont nous avions demandé en 2000 l'interdiction par une proposition de loi qui évidemment a été rejetée à cette époque et le rapporteur était un proche de Manuel Valls c'était un des spécialistes paraît-il de la sécurité au PS qui s'appelle Pascal Popelin qui était député PS du nord de Paris je crois et dans son rapport son rapport c'est devenu comment adapter la liberté d'expression et le droit de manifester au maintien de l'ordre donc j'ai été le seul avec Marie-Georges Buffet le seul des 30 commissaires à voter contre ce rapport mais quand vous lisez bien ce rapport vous y voyez déjà le changement de doctrine du maintien de l'ordre dans ce pays et si le maintien de l'ordre est devenu de plus en plus brutal et comment dire ne correspondant plus à ce qu'était la doctrine de la mise à distance et de et de la de la volonté de la désescalade et bien c'est à partir de ce rapport là donc vous voyez que il faut aller quelquefois fouiller dans les archives pour comprendre d'où cela vient et ne pas attribuer toujours les mêmes responsabilités à ceux qu'on voit pour l'instant parce qu'avant eux il y a eu un certain nombre de de politiques qui ont qui ont eu une responsabilité et qui ont conduit vers la situation dans laquelle on se trouve donc pour répondre à votre question oui il y a en effet un chemin qui devient de plus en plus chaotique et de plus en plus dangereux qui peut nous conduire à des situations d'une de à une société qui en tout cas aura non pas renoncé oui qui aura renoncé à l'essentiel c'est à dire la garantie de nos libertés aujourd'hui on est dans un pays dans lequel le préfet le policier et le procureur précèdent le juge or le juge or le juge c'est celui qui garantit nos libertés le journaliste il n'est pas il n'est pas lui qui il n'est pas préfet il n'est pas policier il n'est pas procureur
c'est lui qui est sous le robinet
du policier c'est lui qui est sous le robinet le journaliste bien souvent il ne fait que contribuer à renforcer disons à cautionner ce nouvel état des choses ce nouvel ordre juridique mais il y a aussi des journalistes il y a aussi des journalistes qui se battent contre ça je me souviens très bien mais écoutez il y a quand même
le juge qu'on leur a donné c'est les moines il en reste encore mais ils ne sont pas nombreux oui ils ne sont pas nombreux
mais par exemple quand on a fait avec reporter d'Hervé Kempf on avait fait à l'époque une enquête avec ces journalistes qui étaient disséminés à Nantes à Paris je ne sais plus dans quelle autre ville pour faire le bilan des violences policières et nous avons fait une conférence de presse avec Amnesty International avec le syndicat des journalistes le syndicat national des journalistes au SNJ à l'Assemblée Nationale sur cette enquête qui montrait à l'évidence les problèmes rencontrés d'ailleurs on n'a pas servi à rien puisque le défenseur des droits M.
Toubon à l'époque a accepté la saisine avec Pouria Amir Chrahi nous avons saisi le défenseur des droits sur cette question des violences policières à partir de l'enquête que nous avions menée avec reporter c'est le défenseur des droits a accepté cette saisine et dans son rapport a proposé l'interdiction de la LBD
c'est quoi la charte de Munich ? la charte de Munich la charte de Munich ? de Munich comme la ville
la charte de Munich je ne sais pas pourquoi vous posez cette question juste comme ça j'ai une question d'internet éclairez-moi c'est quoi la charte de Munich ?
c'est un peu comme le serment d'Hippocrate mais chez les journalistes
je ne le connaissais pas mais de toute façon il n'y a pas de je pense qu'un code de déontologie des journalistes c'est ce qu'il y aurait de pire parce que le journalisme ne peut pas être codifié de cette manière comme par exemple on va codifier la médecine d'abord parce que ce n'est pas une science exacte pas plus que la médecine et que ça doit être la responsabilité des sociétés de journalistes oui qu'il y ait des sociétés de journalistes qui aient plus de pouvoir au sein des rédactions et puis le problème des journalistes c'est que vous pouvez avoir le meilleur code de déontologie du monde si vous êtes dépendant de grands groupes comme c'est le cas aujourd'hui votre code de déontologie vous voyez ce que je veux dire d'ailleurs ce n'est pas pour rien que le reniement ou la conversion ou le changement de Takiédine dans quel journal il s'est fait dans Paris Match à qui appartient Paris Match à Lagardère qui est membre du conseil d'administration de Lagardère Sarkozy
ça n'engage que vous attention
non mais je pourrais vous donner plein d'autres exemples bon question d'internet je prends la première qui me passe sous les yeux ça ne veut pas dire que je pense que Sarkozy est responsable dans cette histoire c'est pas à moi de le dire c'est la justice
bonjour comme on parle de fake news virgule Noël Mamère en 2013 a accusé l'ex-président mauritanien Aziz d'être le parrain de la drogue
oui c'est vrai dans l'émission 28 minutes en effet il a voulu me faire un procès alors en effet je pense que ce que j'ai dit n'était pas faux mais que je n'avais c'était peut-être pas vrai je pense que c'était vrai parce que j'avais des témoignages qui me le disaient mais je ne pouvais pas en apporter la preuve donc je ne suis pas allé jusqu'au bout non c'est pas parce que vous ne pouvez pas apporter la preuve de quelque chose il y a eu des je ne sais pas s'il y a des crimes parfaits mais il y a des épisodes judiciaires qui montrent que quand vous ne pouvez pas administrer la preuve c'est le bénéfice du doute vous êtes ben oui et donc j'ai renoncé à poursuivre d'abord c'était lui qui m'avait attaqué en justice j'ai renoncé parce que je n'étais pas en mesure d'apporter des preuves suffisantes mais je ne sais pas quel est le follower qui suit ça et s'il suit ce qui se passe du côté de la Mauritania et de la zone subsaharienne il sait très bien que dans cette zone là la question du trafic de la drogue n'est pas loin
alors question qui fâche je la lis qu'est-ce que ça a donné la haute autorité pour la transparence de la vie publique a annoncé mercredi soir avoir saisi la justice dès la déclaration de patrimoine de fin de mandat de l'ex-député écologiste de Gironde Noël Lamère vu un doute sérieux lié à l'omission d'une partie substantielle du patrimoine qu'est-ce que c'est que ça ?
alors c'est un truc assez idiot
c'est la maison Mémé qui n'a pas été déclarée ?
non non non d'abord alors c'est un truc totalement idiot ça s'est passé c'était ma déclaration la dernière déclaration que je devais faire la première déclaration que j'ai faite la loi sur la haute autorité la haute autorité a été créée en 2013 donc il a été demandé aux députés de faire une déclaration d'intérêt et de patrimoine en 2014 c'était un an après ce qui était tout à fait normal et après la loi voulait que lorsque vous terminez votre mandat vous devez refaire une déclaration de patrimoine pour savoir si votre patrimoine a évolué de manière normale ou s'il s'est passé des choses
résumé très vieillement si vous en êtes mis plein les fouilles non non pas du tout je ne suis pas du tout mis plein les fouilles pour résumer
j'ai tout simplement comme j'étais tout seul parce que tout simplement le père de mon épouse venait de mettre fin à ses jours elle n'était pas là et c'est elle qui depuis qu'on est marié depuis 30 ans fait les déclarations d'impôt j'ai oublié tout simplement de déclarer c'est c'est allons c'est pas les assurances comment on appelle ça mince je devrais le dire comment ça s'appelle pension de reversion non non non c'est pas les pensions de reversion excusez-moi j'ai un trou
les assurances vie
les assurances vie voilà donc j'ai oublié ces assurances vie donc c'est une omission cette omission elle a été sanctionnée ce qui est tout à fait normal mais cette omission a été pour que les choses soient bien claires entre nous cette omission des assurances vie a été indiquée à la haute autorité par l'administration des finances ce qui veut dire qu'elles ont été toutes déclarées donc je n'ai aucune je n'ai aucun problème avec l'administration fiscale puisque c'est l'administration fiscale qui a dit à la haute autorité mais attendez il y a il y a il y a telle et telle assurance vie pardonnez-moi
il y en avait pour combien comment il y en avait pour combien
vous n'avez pas à le savoir parce que c'est mon c'est notre affaire mais en effet j'ai été condamné enfin condamné j'ai été sanctionné pour cette omission ce qui est tout à fait tout à fait normal mais je n'ai volé d'argent à personne puisque ça a été déclaré à l'administration fiscale vous n'avez pas reçu
de pot de vin
pourquoi j'aurais reçu des pot de vin
mais non la question c'est sur la transparence
mais la transparence c'est celle-ci c'est que j'ai été transparent totalement puisque l'administration fiscale c'est elle qui a dit à la haute autorité que j'avais omis les assurances vie pardonnez-moi pour le temps que j'ai mis à trouver assurance vie mais c'est ça exactement ce qui s'est passé
un journaliste qui devient politique c'est un petit peu comme un infiltré
non
est-ce que vous avez vu des choses
c'est rare un journaliste qui devient politique il n'y en a pas beaucoup il y en a eu quelques-uns Péricard était-il déjà politique quand il présentait les journaux je ne sais pas il y a eu mon collègue qui est mort prématurément le maire de Toulouse je vais le retrouver on est assez peu nombreux en fait je ne sais pas on est peut-être 5 ou 6 à avoir été Dominique Baudis qui était le successeur de son père à la mairie de Toulouse pardonnez-moi c'est la vieillesse sans doute qui commence à creuser dans mon cerveau et donc oui on n'est pas très nombreux non non non c'est pas du tout c'est un choix délibéré donc j'avais le sentiment d'avoir fait le tour de ce que je voulais faire à la télévision en fait j'ai eu beaucoup de chance parce que j'ai fait que des émissions engagées les 5 ans de C'est la vie c'était une émission engagée sur l'environnement puisque notre notre objet c'était de dénoncer les les failles de dénoncer tout ce qui pouvait être toutes les atteintes à l'environnement j'ai eu une parenthèse qui est tout à fait que j'ai adoré qui était celle du Trésor où vous imposez une obligation de réserve par rapport à vos à vos engagements ce qui est tout à fait normal par respect pour les spectateurs et puis après les 5 autres raniens de résistance c'était une émission qui était une émission militante sur les droits de l'homme donc j'ai quand même eu j'ai eu beaucoup de chance j'ai eu une grande liberté en fait dans l'exercice de mon métier parce que pour vous donner un exemple c'est la vie c'était tous les soirs à 18h30 je participais à la conférence de rédaction le matin qui était la conférence de rédaction qui est préparée le 20h et j'arrivais au bout au bout de la consultation du rédac chef il y avait la politique étrangère service société service culture et toi Noël qu'est-ce que tu as ?
je disais vous inquiétez pas tout va bien donc jamais personne m'a emmerdé mon ami Serillon disait de toute façon Noël il fait de l'information au ras de la toile cirée parce qu'à l'époque si vous voulez la noblesse du journalisme c'était d'aller faire du grand reportage sur du grand reportage de guerre et le journalisme que je pratiquais c'est-à-dire du journalisme de la porte d'à côté de proximité ça n'avait pas encore de c'était c'était méprisé d'une certaine manière et le fait que ce soit méprisé par une grande partie des journalistes m'a permis une très grande une très grande liberté après je peux vous couper oui
je peux vous couper avec une question un peu vulgaire
allez-y
est-ce que vous ne trouvez pas que les les présentateurs télé aussi appelés journalistes lèchent pas un peu trop le cul des politiques quand ils leur font leurs interviews est-ce que vous est-ce que vous imaginez pas ce petit fil de bave vous voyez ce côté un peu en adoration devant leurs idoles
oui il y a toujours eu de la part de beaucoup de journalistes on va dire oui d'une majorité de journalistes qui se qui sont choisis pour cet exercice parce qu'ils sont pas très nombreux
parce qu'ils ont pas de réflexe de déglutition c'est ça ?
non c'est pas ça c'est qu'il y a cette espèce de fascination de fascination pour le pouvoir comment le dire autrement nous n'avons pas cette culture dans le journalisme français nous n'avons pas cette culture dans le journalisme français qui est celle des pays anglo-saxons quand vous regardez par exemple l'une des dernières interviews de Fox News qui était considérée comme l'ami de Trump de cette grande représentatrice vedette de Fox News elle a été sans concession avec Trump alors qu'on aurait pu imaginer qu'elle soit très docile et qu'elle ne pose pas de questions qui dérangent oui c'est vrai que l'histoire montre que dans ce pays c'est sans doute l'héritage du poids du gaullisme pendant plusieurs décennies sur la télé qui a laissé des traces oui je pense que c'est ça et de toute façon les traces de ça qui sont des traces politiques elles ont été remplacées par des dépendances économiques donc j'allais dire on est à peu près dans la même situation il y a très peu d'intervieweurs qui sont capables d'aller un peu plus loin que le convenu comment on fait
pour changer et améliorer tout ça là on sent bien que le pays part un petit peu à volo on a une upper class qui est en panique qui navigue à vue une administration qui se rend compte qu'elle doit un petit peu plus travailler qu'elle doit être un petit peu plus secouée surtout quand il y a des événements exotiques délétères on sent bien que la résilience de notre administration était l'équivalente d'un gamin de 4 ans face à son caca dans la main qu'est-ce qu'on fait pour arranger ça qu'est-ce qu'on fait
ce qu'on fait c'est que en effet c'est la question de la démocratisation de la société c'est comment éviter que cette société ne fasse que reproduire un certain nombre de schémas qui sont le schéma néolibéral oui même peut-être empire c'est par exemple quand vous dites la upper class ça pose la question ça pose la question du consentement à l'impôt ça pose la question de la redistribution ça pose la question de la solidarité ça pose la question du service public c'est quoi un service public de l'accès de tous à ces services publics que ce soit le service public de la connaissance et de l'éducation que ce soit le service public de la culture que ce soit le service public de la santé et comment on réintroduit dans la société ceux qui aujourd'hui en sont d'une certaine manière à la périphérie ceux qui n'ont pas eu la chance de réussir entre guillemets et je pense que c'est sur cet axe-là qu'il faut qu'il faut revoir nos sociétés et donc la question des inégalités est la question qui prime on ne peut pas parler d'écologie sans l'adosser à la question des inégalités à la question de la démocratie comment un associ comment on comment vous dire on vit dans des sociétés en silo en fait ce que vous venez de dire c'est ça c'est que chacun est dans son silo et ces silos se parlent de moins en moins communiquent de moins en moins entre eux pourquoi ils communiquent de moins en moins entre eux parce que face à la vulnérabilité du monde et à l'incertitude dont je parlais au début de cet entretien chaque silo a tendance à se refermer sur lui-même et puis quand vous prenez les réseaux sociaux Facebook c'est la même chose c'est chacun qui parle qui se conforte dans sa même idée donc au lieu qu'il y ait des passerelles entre ces différentes catégories aujourd'hui il y a des murs qui se construisent c'est la question du commun qu'est-ce qui nous est commun et comment fait-on pour que ce commun devienne la règle et qu'il concerne l'ensemble de la société vous comprenez ce que je veux dire nous sommes aujourd'hui dans des sociétés qui ont oublié la question des communs la question de ce qui nous est commun parce que elles se sont enfoncées dans des formes d'égoïsme qui ne sont pas simplement des égoïsmes nationaux mais des égoïsmes internationaux qui font que chacun va essayer de se défendre de défendre ce qui peut lui assurer sa survie mais ce n'est pas pour rien d'ailleurs qu'aujourd'hui face aux menaces que fait peser le réchauffement climatique sur nos sociétés il y a un mouvement qu'on appelle le survivalisme le survivalisme ce sont principalement des ultra riches pour beaucoup venus d'ailleurs de la Silicon Valley qui vont aller investir qui investissent en Nouvelle-Zélande au point que la Nouvelle-Zélande a fait voter des lois pour limiter les achats de terres dans son pays ce sont d'autres qui vont construire des bunkers et s'armer pour éviter de tomber avec les autres mais sauf que ce n'est pas comme le Titanic le réchauffement climatique il n'y aura pas peut-être que la première classe disparaîtra un petit peu après la deuxième et la troisième classe mais son destin il est déjà écrit donc il faut aller chercher les ferments du commun dans ces petits lieux que sont les lieux les écolieux et les lieux alternatifs comme Notre-Dame-des-Landes par exemple et dans toutes les initiatives qui sont prises dans la société il n'y a pas besoin d'aller dans des écolieux pour que le commun prospère comment on fait pour pardonnez-moi
comment on fait pour que le commun prospère alors que vous avez des factions à gauche à droite au centre qui pratiquent la pureté idéologique et qui refusent de tendre la main pour s'entendre sur une route commune comment on fait l'extrême droite le fait l'extrême gauche le fait ils le font tous et on se retrouve avec des minorités très agressives pratiquant l'idéologie la plus pure
pour eux oui alors tous ceux-là ils peuvent mourir guéris mais ils mourront ils mourront de leur pureté d'abord comme vous l'avez dit ils sont minoritaires donc je pense que quand une société se mobilise de manière massive ces minorités sont appelées à rester minoritaires et même à être complètement dépassées il y aura toujours dans nos sociétés il y aura toujours des minorités qui chercheront la pureté idéologique et qui au nom de cette pureté sont capables d'aller de faire faire les autres non mais qui sont capables d'aller jusqu'à tuer il y a beaucoup d'analyses qui sont aujourd'hui développées sur ces fameux et tristes et sinistres islamistes qui sont capables d'aller couper la tête des gens mais il n'y a pas de fatalité dans une société il n'y a pas de fatalité à ce qu'elle soit débordée par ces minorités toutes les idéologies qui ont défendu la pureté et qui ont voulu la faire appliquer contre les libertés contre la vie elles ont échoué ça a duré longtemps pour certaines le totalitarisme soviétique a duré longtemps il y a eu l'épisode tragique de la Shoah au nom de la pureté de la race mais fort heureusement les sociétés ont été capables de se réveiller ou en tout cas de réagir et de se mobiliser donc je pense que même si le déni est prime aujourd'hui dans l'ensemble du monde il n'y a pas de fatalité à ce que nous restions dans le déni d'abord parce qu'il y a des gens
il n'y a pas de fatalité à ce qu'on reste dans le déni c'est ce que vous venez de dire oui
il n'y a pas de fatalité à ce qu'on reste dans le déni parce que comment vous dire moi si je me suis engagé dans la vie politique pendant 25 ans ou 28 ans c'est bien parce que j'avais plus de raison d'espérer que de désespérer quand vous vous engagez dans la vie politique c'est pas simplement contre un masque que croient beaucoup de gens pour dire on va gagner du fric j'ai gagné plus de fric à la télé
combien vous gagnez ?
quand j'étais député je crois que l'indemnité d'un député toutes charges composées ça tourne autour de 5000 euros à peu près et dans la télé c'est ? dans la télé c'est beaucoup plus je ne sais pas combien mais c'est beaucoup plus c'est quoi les salaires ? je ne les connais pas les salaires de la télé quand je suis parti de la télé il n'y avait pas encore les euros je gagnais 26 000 balles
net ?
ouais mais attendez après je suis parti je suis parti ben oui je suis parti en 92 26 000 francs mais je peux vous dire que quand je suis parti déjà il y avait eu il y avait eu Berlusconi à la 5 et le PAF était en train d'exploser avec des salaires avec des salaires incroyables attribués à des animateurs pour venir faire les beaux jours de la chaîne donc c'était c'était très loin de cette somme là et aujourd'hui des présentateurs de journaux les animateurs ils gagnent bien plus que ça oui
je ne sais pas combien il gagne je ne peux pas vous dire une petite fourchette non je ne sais pas 10, 15, 30 ?
non je pense que c'est plutôt ça tourne plutôt entre 10 et 15 000 euros sans doute net ? je ne sais pas si c'est net ou pas je ne suis pas fonctionnaire de l'administration fiscale
question interne que je vais essayer de synthétiser comment on fait pour qu'il n'y ait plus de journalistes qui deviennent porte-parole de politique
mais je ne vois pas pourquoi il faudrait que le follower précise sa question est-ce qu'il parle de journalistes qui sont en fonction de journalistes dans un média
Bernard Guetta eurodéputé LREM et Bruno Roger Petit devenu porte-parole de l'ISÉ mais Bernard Guetta
il n'est plus journaliste Bernard Guetta il a été journaliste donc il est le porte-parole de son groupe à l'Assemblée nationale mais vous n'allez pas lui reprocher d'avoir été journaliste il a été journaliste on va leur reprocher d'être porte-parole d'un politique derrière et pourquoi on pourrait le reprocher mais attendez
journaliste c'est pas une profession c'est pas une profession
c'est pas une profession
c'est pas une profession qui doit être sacralisée mais pas du tout pas du tout
Pierre Salinger a été le porte-parole est-ce que le journaliste Pierre Salinger a été le porte-parole de John Fitzgerald Kennedy et ensuite le correspondant pour toute l'Europe de la chaîne ABC est-ce que ça l'a empêché de faire son métier de journaliste réponse non les hommes sont capables on peut être journaliste on est dans un pays où on voudrait nous mettre dans des cases alors vous avez été journaliste vous resterez journaliste toute votre vie vous pourriez rien faire d'autre bah non non c'est pas parce que j'ai été journaliste que j'ai pas pu m'engager dans la vie politique et d'ailleurs le fait qu'on me voyait tous les soirs à la télé a été pour moi au début un handicap parce que les gens ils étaient contents de voir la star entre guillemets qui sortait de son petit écran et il voulait le toucher comme si j'étais un roi tomaturge je leur disais non je suis pas venu sortir de mon écran pour vous faire plaisir oui je suis venu pour essayer de vous convaincre pour essayer de défendre les idées auxquelles je crois devant vous non non je pense que Guetta bah il a fait un choix voilà et maintenant bah maintenant Guetta il n'est plus journaliste il est politique
est-ce qu'un politique peut redevenir journaliste ?
et moi par exemple je pourrais jamais revenir dans un journal je le sais très bien voilà c'est comme ça
pourquoi ?
à moins d'être éditorialiste dans un journal engagé qui je pourrais par exemple je sais pas faire des chroniques ce qui m'est arrivé d'ailleurs j'avais un blog dans Reporters et je je suis membre du conseil d'administration de Bastamag mais j'y écris pas mais je me vestis mais c'est pas voilà c'est bon ce sont des journaux engagés vous ne me voyez pas revenir présenter une émission à France 2 non non et ça ne m'empêche pas de proposer des documentaires mais c'est j'ai le droit d'avoir un regard sur le monde et de et de le faire partager à travers des documentaires
question internet avez-vous déjà participé au dîner du siècle ? si oui quelles ont été vos observations ?
jamais jamais je n'ai jamais été invité je fais pas partie de ce monde là c'est quoi ce monde là ? bah écoutez c'est un monde je connais pas mal de gens qui étaient au dîner du siècle mais je ne fonctionne pas c'est des gens avec qui j'ai entretenu des relations que je connais que j'ai croisé mais c'est pas mon monde voilà donc je n'étais pas convié au dîner du siècle et je pense que ceux qui l'organisaient et les responsables du dîner du siècle ne m'y voyaient pas ça tombe bien je ne m'y voyais pas non plus
pourquoi ?
parce que je vous dis c'est pas mon monde ça correspond à ce que vous disiez au milieu de notre entretien c'est une manière de ces cénacles ces cercles qui deviennent des cénacles enfin on appelle ça des cercles d'ailleurs ça s'appelait comme ça en tout cas ce sont des cercles où on reste entre soi c'est de l'entre-soi on cultive cet entre soi pour se sentir très bien entre nous voilà il y a eux puis il y a nous ou il y a nous et il y a eux c'est pas mon truc
les journalistes ils doivent être sur ce type de cercle ou pas ?
non je crois pas je crois qu'un journaliste qui vous savez le siècle ça ça fait partie de ces cercles qui sont qui sont la marque de votre reconnaissance sociale et de votre réussite sociale donc c'est pas du tout étonnant qu'on voit des journalistes très heureux de faire partie du siècle parce que c'est une manière c'est une manière pour eux d'être reconnus dans leur statut de devenir de faire partie de l'élite pour reprendre une expression qu'on a utilisée pendant cet entretien mais moi je ne m'y vois pas et je pense que les journalistes ne devraient pas participer à ce genre de cercle
vous avez quel souvenir de votre école de journaliste
je n'ai jamais fait d'école de journalisme j'ai fait j'ai fait une licence qu'on appelle aujourd'hui une maîtrise de droit un diplôme de sciences politiques tout ça à Bordeaux je suis titulaire d'une thèse de troisième cycle en sciences de l'information et de la communication mais mon métier je l'ai appris sur le tas comme on dit car en sortant de première année de droit en 1969 donc tous ceux qui vous suivent n'étaient pas nés c'est pas vrai on a des gens de votre âge très bien alors tant mieux salut même plus vieux alors bienvenue au club oui en sortant de première année de droit je suis devenu journaliste à l'ORTF ça s'appelait encore à Bordeaux où je faisais de la radio et de la télé des reportages télé et j'ai présenté mon premier JT à 20 ans à l'ORTF à Bordeaux donc j'y allais pratiquement tous les soirs pour faire les commentaires des journaux télévisés et pour faire la radio pendant l'année universitaire et puis pendant les vacances universitaires pour moi c'était pas du tout une charge c'était au contraire un plaisir je faisais le journaliste qui faisait des reportages et puis j'ai en sortant de en sortant de Sciences Po en 1974 j'ai été assistant associé à l'IUT de journalisme qui s'appelle l'IJBA aujourd'hui qui était une des trois écoles de journalisme reconnues par la convention collective des journalistes avec Lille et Strasbourg j'y ai enseigné à la radio et la télé aux étudiants pendant trois ans voilà et après je suis entré à Antenne 2 mais je n'ai pas fait d'école de journalisme
deux petites questions qui continuent dans le même sens de Dick Yonek vous connaissez Dick Yonek c'est un très bon film on vous le conseille
non
quitte de la connivence des journalistes et des politiques qui sortent souvent des mêmes écoles issues des mêmes couches sociales point d'interrogation
oui ça a été alors il faut dire à ce follower je ne sais pas à quel âge il a
Dick Yonek ça doit être du 26-27 ans
alors s'il a 26-27 ans je ne vais pas le recommander de se précipiter dans une librairie parce qu'en ce moment ce n'est pas possible mais qu'il fasse un click and connect et qu'il se procure un livre majeur d'un sociologue américain des années 50 qui s'appelle Charles Wright Mills et Charles Wright Mills c'est le sociologue qui a écrit sur les élites les élites parlent aux élites et comment ces élites sont formées dans les mêmes moules et comment ils se reproduisent
vous avez lu ce fameux livre Propaganda
oui bien sûr mais j'ai surtout lu le livre de Jacques Ellul qui s'appelle Propagande au pluriel et qu'il faut absolument lire pour détricoter les méthodes de propagande de l'extrême gauche comme de l'extrême droite ou de la droite comme de la gauche et lui il a écrit ce livre en pratiquant une étude très fouillée notamment sur la technique puisque c'était sa spécialité sur les techniques de propagande des nazis et les techniques de propagande des staliniennes et vous verrez qu'il y a beaucoup de ressemblances
Jouer qu'avec
des tricheurs c'est quand même assez dur mais moi contrairement à ce que dit ce follower je ne pense pas qu'il n'y a que des tricheurs
C'est moi qui a rajouté que lui sa question c'était peut-on jouer honnêtement à un jeu avec des tricheurs
ça dépend combien il y a tricheurs dans le jeu c'est un équilibre s'il y a 4 tricheurs et un qui triche pas c'est un petit peu difficile mais les tricheurs s'annulent à force de tricher donc ça peut permettre à celui qui ne triche pas d'émerger
Ou de couler le capitalisme et de nous envoyer par le fond avec eux
Oui couler le capitalisme Est-ce que vous pensez
que la presse spécialisée la presse économique la presse scientifique d'ailleurs récemment est-ce que on l'a bien vu avec la crise de 2008 la presse économique était complètement larguée depuis des années et ne faisait que de sculpter de l'air chaud et de brasser de la fumée à grand coup de on sait tout vous inquiétez pas on est sur des rails est-ce que la presse scientifique s'est fait démasquer comme la presse économique en 2008 c'est-à-dire ça ne brasse que du vent ça occupe qu'une seule chaise ça fait chauffer un petit peu le faux cuir de sa chaise de bureau ça écrit de temps en temps des petits papiers mais quand réellement le carton arrive ils sont complètement perdus et ils embrayent sous le robinet de l'information politique
il faut aller plus loin que ce que vous dites parce que là je ne vais pas faire le savant mais franchement s'il y a un bouquin à lire en ce moment sur les connexions entre les publications y compris d'ailleurs des publications scientifiques je ne sais plus je ne sais pas si le Lancet en fait partie mais des publications scientifiques et la presse dite scientifique et même le journalisme scientifique qui est en fait en liaison avec beaucoup de grands lobbies industriels ou pharmaceutiques il faut lire le livre de Stéphane Foucard de Stéphane Foucard Stéphane Essel et je vais retrouver le nom du sociologue qu'il a fait avec eux qui est sorti il y a deux mois aux éditions La Découverte qui s'appelle Les gardiens de la raison bon il faut savoir que Stéphane Foucard et Stéphane Essel sont les journalistes qui sont responsables de la page Planète dans le monde et qui sont comment dire des journalistes d'investigation c'est eux qui avaient sorti les Monsanto Papers et donc leur livre et j'allais dire je ne sais pas si on peut dire qu'il est effrayant mais il est très instructif parce qu'il démontre comment vous avez un certain nombre de journalistes moi je me souviens qu'il n'y a pas très longtemps dans une émission de LCP je me suis fait démonter par une journaliste qui est journaliste au point que l'on voit régulièrement sur BFM TV et donc je ne citerai pas le nom qui m'a sorti le brévière de Laurent Alexandre le brévière du pro-EGM pro-Ridoré pro-nucléaire en disant enfin on a le droit d'être pro-nucléaire mais je suis d'accord mais si vous voulez avec des vous préférez être pro-nucléaire
ou pro-central à charbon ?
je ne suis ni pro-nucléaire ni pro-central à charbon je suis pro-efficacité énergétique pro-énergie renouvelable et pro-économie d'énergie et surtout contre l'oléodépendance et donc par exemple que des sociétés des banques comme la BNP et d'autres quand elles investissent 7 euros dans les énergies fossiles elles investissent 1 euro dans les énergies renouvelables donc il faut arrêter de nous prendre pour des imbéciles mais là encore Bastamag a comment dire une branche qui s'appelle l'observatoire des multinationales qui raconte ça très bien et qui le démontre très bien et qui démontre très bien qu'elle est aujourd'hui l'hypocrisie du gouvernement et de toutes ces sociétés qui font qui font du greenwashing donc en effet il y a aujourd'hui ces gardiens de la raison ont réussi à enfin c'est comme le film qui a eu beaucoup de succès des nouveaux chiens de garde de Serge Halimi c'est à peu près pareil aujourd'hui il y a des nouveaux chiens de garde ces chiens de garde c'est les chiens de garde qui par exemple comme nos philosophes médiatiques patentés qui s'attaquent à la figure de Greta Thunberg y compris d'ailleurs en mettant en avant son notice Masperger c'est vraiment des attaques ad hominem si je puis dire parlant d'hystérie mais ça se reproduit c'est ce que vous raconte très bien le livre de Stéphane Essel et Stéphane Foucard quand Rachel Carson en 1962 a écrit le printemps silencieux qui a été à l'origine du mouvement écolo aux Etats-Unis qui a fait beaucoup de bruit sur le DDT elle était traitée d'hystérique bon ben 50 ans plus tard ou 60 ans plus tard Greta Thunberg est traitée d'hystérique par les mêmes ce sont ces chiens de garde qui ne veulent surtout pas voir changer les choses qui sont pour le statu quo et qui sont en fait les alliés objectifs les idiots utiles de ces grands lobbies qui eux veulent satisfaire leurs intérêts à court terme et qui sont en train de comment dire de brouiller qui ont réussi en fait à faire bifurquer l'information scientifique vers de la propagande
alors revenons à l'information scientifique et aux journalistes scientifiques là avec la crise du Covid on voit émerger les anti-masques les anti-vaccins et ainsi de suite qui se servent des mensonges de notre gouvernement et des mensonges relayés par les journalistes scientifiques pour fiouler pour mettre de l'énergie à leur discours de vous voyez bien ça sert à rien de porter des masques on vous raconte n'importe quoi c'est le nouvel ordre mondial on veut euthanasier tous les pauvres et je vous en passe c'est des meilleurs le yaourt concentré de tout un tas de bêtises on fait quoi on s'attaque à madame Michu qui quand même se rend compte que ce qu'on lui a raconté à la télé c'est parce qu'elle vit dans la vraie vie qu'un con lui dit le masque tu comprends faut pas le mettre bon maintenant tu comprends faut le mettre sinon c'est 135 euros est-ce que qui est responsable c'est madame Michu c'est le con de journaliste qui n'y connait strictement rien qui a été formé à l'arrache qui prend ses 2000 balles par mois avec sa niche fiscale et qui est très content de réciter sa petite on va dire prière religieuse qu'on lui a demandé d'apprendre ou c'est le politique qui était en panique qui a essayé de gérer comme il pouvait c'est qui c'est tout ce biotope c'est le journaliste qui est à la rue le politique qui est à la rue ou madame Michu qui est à la rue
c'est j'allais dire c'est
c'est un système éducatif qui n'a pas surprendre c'est ni l'un
ni l'autre et l'autre c'est sans doute un ensemble d'abord c'est certainement pas la faute de madame Michu le comportement de madame Michu il n'est que la conséquence d'un défaut d'explication il n'est que la conséquence de mensonges pour ce qui concerne par exemple les masques au début du premier confinement et le comportement de madame Michu il se nourrit justement de toutes ces imperfections et de toute cette comment dire c'est pas de l'opacité parce que c'est pas exactement le mot parce que faire croire que tout est opaque c'est une manière de contribuer au complotisme non c'est un défaut c'est un défaut tragique d'une carence démocratique qui fait qu'on ne s'attache pas à l'explicitation de la complexité du monde
dans la bienveillance
non la bienveillance ça veut rien dire j'aime pas ce mot la bienveillance c'est que vous soyez bienveillant avec moi ou que je sois bienveillant avec vous c'est ça la bienveillance c'est pas ça et puis moi je pense que c'est pas la bienveillance qu'on doit mettre en avant c'est l'entraide ce qui est autre chose qui était très bien expliqué par Reclus et Kropotkine et l'entraide ça implique la solidarité on n'a pas à être bienveillant je n'ai pas à être bienveillant avec celui qui est plus petit que moi ou celui qui est moins visible que moi j'ai à être dans l'entraide et dans la solidarité avec ceux qui aujourd'hui sont les plus pénalisés par le système dans lequel nous vivons et c'est justement ces gens qui sont pénalisés qui pensent que les autres ceux qui les nantis ceux qui sont pardon ceux qui sont dedans ne font que ne font que réfléchir que penser qu'être obsédé par le fait qu'il faudrait que que Mme Michu elle reste à l'écart bon ben ça ça implique un renversement de la pyramide démocratique oui évidemment qui est qui va qui est d'une très grande verticalité et qui justement est aussi malade et ça de ce point de vue Macron il y a beaucoup contribué qui est malade de la suppression de ses corps intermédiaires regardez la faiblesse des syndicats regardez aujourd'hui avec notamment tiens par exemple la Covid qui qui touche beaucoup les associations que ce soit des associations sportives ou des associations d'éducation populaire qui sont autant d'outils de socialisation autant d'outils de la connaissance autant d'outils qui permettent de faire des citoyens responsables et debout or là aujourd'hui c'est l'ignorance qui prime l'ignorance et la peur de soi vous savez quand j'ai marié deux hommes à Bègle le 5 juin 2004 j'ai reçu 4000 lettres d'insultes j'ai reçu j'ai pas fait que des trucs bien mais celui-là oui c'est la seule trace qui restera d'ailleurs de mon histoire politique mais quand j'ai fait ça c'était au nom de l'égalité des droits j'ai pas pris cette initiative tout seul c'est parce qu'avant il y avait eu un gars qui s'appelle Sébastien Nouchet qui avait été brûlé grièvement qui est dans une chaise roulante aujourd'hui qui a suscité la naissance du manifeste pour l'égalité des droits avec des gens comme Didier Ribon ou Caroline Mécari et quelques autres et qui ont demandé qu'il y ait dans ce manifeste pour l'égalité des droits il y avait le mariage pour les personnes de même sexe donc ils avaient demandé à des élus d'être associés de s'associer à ce manifeste ce que j'ai fait et puis on a fait une conférence de presse je vous raconte l'histoire brièvement on a fait une conférence de presse à Paris avec Clémentine Autain qui était adjointe au maire Christophe Girard Jacques Bouteau qui était maire du deuxième arrondissement mais envers et ils ont dit nous avons dit nous nous marierons on a la délégation on mariera des personnes de même sexe si elle nous le demande et donc Bertrand Delanoé qui était le maire c'est le maire qui donne les délégations a dit vous n'aurez pas la délégation de mariage mais moi j'étais maire donc j'étais le maître de mon destin si je puis dire et donc j'étais à Paris à l'Assemblée quand ma mairie m'a appelé en disant voilà il y a deux gars qui vous ont entendu à la télé ils vous laissent pas que c'est mais comme ils vous ont entendu ils veulent se marier qu'est-ce qu'on fait j'ai dit on va les marier et effectivement j'ai pas choisi un avocat et un journaliste du quatrième arrondissement c'était deux hommes du bas de l'échelle sociale l'un était magasiné et l'autre était au chômage voilà et ça a été un épisode ça a duré plus d'un mois et demi ça a été compliqué 4000 lettres d'insultes j'ai même un médecin qui a signé 11 lettres et qui reçut la 11ème lettre à dessiner un four crématoire ouais oui oui je recevais des lettres avec des traces des troncs et d'ailleurs un sociologue qui s'appelle Eric Fassin a fait travailler ses étudiants sur ces lettres qui ont été conservées évidemment et quand on me disait mais alors c'est des gens haineux et je répondais souvent et je réponds encore aujourd'hui que tous ces gens là n'étaient pas animés par la haine mais par l'ignorance et la peur de soi et s'il y a un trait d'union entre le journalisme et la politique c'est précisément de lutter contre la peur de soi et contre l'ignorance et c'est comme ça que vous faites des citoyens à part en dire parce que si vous avez peur de vous-même vous avez peur de l'autre vous perdez l'estime de vous-même en perdant l'estime de soi vous avez la haine de vous-même et donc forcément la haine de l'autre et donc je pense que ce qui animait ces gens là c'était cela en plus l'homosexualité la question de l'homosexualité fait appel à des choses extrêmement intimes qui révèlent d'ailleurs c'est très étonnant enfin non c'est pas étonnant en fait mais j'ai des copains très intelligents très cultivés qui ont beaucoup conduit qui ne sont pas journalistes donc qui sont universitaires qui ont beaucoup contribué à mon cheminement intellectuel et qui n'ont pas réussi à franchir le mur il y a quelque chose qui s'est bloqué chez eux mais ce qui était très intéressant c'est que à la demande de Jean-Michel Ribes le patron du théâtre du rond-point on a procédé à des lectures avec Ariane Ascaride François Martouré Serge Simon qui est devenu le vice-président de la Fédération Française de Rugby mais qui était le pilier de l'équipe de Bègle et qui a été championne de France en 1991 avec qui je suis copain et moi et on a lu ses lettres et quand Ariane Ascaride par exemple lisait ses lettres ça a dégoupillé toute la violence qu'il y avait dans les lettres les gens riaient donc vous voyez qu'il y a toujours un moyen d'extirper la violence dans la tête des hommes et dans les sociétés il y a toujours un moyen de le faire c'est difficile sans doute ça prend plus de temps qu'on ne le pense mais il n'y a pas de fatalité à ce que la violence prime la paix sociale prime la concorne
Inch'Allah une petite on vous corrige un petit peu c'est pas Stéphane Essel c'est Stéphane Aurel
Stéphane Aurel pardon pour les gardiens
de la raison
oui c'est ce que j'ai dit alors pardon c'est pas Stéphane Essel évidemment le pauvre paix à son âme et le troisième il s'appelle Laurence je vais retrouver son nom mais en effet c'est les gardiens de la raison c'est Stéphane Aurel et Stéphane Foucard pardonnez-moi mais ça fait longtemps qu'on parle on arrive à la fin
de notre interview est-ce que vous avez trois livres à conseiller à notre communauté
oui oui oui j'ai quelques livres à leur conseiller alors je viens de terminer deux livres qu'il faut lire les deux d'un auteur américain qui étudie l'histoire de l'Amérique à travers la question de la race il s'appelle Colson Whitehead et il a obtenu d'ailleurs pour ses deux livres le prix Pulitzer le premier le premier s'appelle Underground Railroad l'Underground Railroad c'était le nom que l'on donnait à ce à cette comment dire à ce réseau de gens d'hommes et de femmes qui aidaient des esclaves qui avaient fui les plantations à regagner le Canada ça s'appelait Underground Railroad et d'ailleurs un des pères de la désobéissance civile dans lequel tous les écologistes se reconnaissent Henri David Thoreau n'a pas simplement écrit Walden ou la vie dans les bois il n'a pas simplement écrit ce petit livre La désobéissance civile quand il refusait de payer l'impôt qui finançait l'esclavage et la guerre contre le Mexique mais avec sa mère et avec sa soeur il a aidé les esclaves à fuillards à regagner le Canada il était donc dans cet Underground Railroad et Colson Whitehead a écrit un deuxième livre qui a obtenu le prix Pulitzer cette année qui s'appelle Nickel Boys qui est un livre sur un centre de correction entre guillemets qui a existé et dans lequel les Noirs disparaissaient c'est en même temps une manière pour Colson Whitehead de regarder l'Amérique à travers cette question de la race qui est essentielle et là je suis en train d'écrire de lire un livre d'Éric Sadin Éric Sadin c'est un philosophe critique qui a écrit plusieurs livres un qui s'appelle La silicolonisation du monde un autre qui s'appelle L'intelligence artificielle ou l'enjeu du siècle c'est une référence directe au livre de Jacques Ellul écrit en 1954 qui s'intitulait La technique ou l'enjeu du siècle et le troisième j'arrive plus à me souvenir du titre L'individu tyran
ça finit par ça L'individu tyran
L'individu tyran et c'est L'individu tyran et en dessous vous avez en écriture assombrie la fin du commun et donc le livre de Sadin est un livre très intéressant et puis j'ai lu L'ère de l'individu tyran L'ère de l'individu tyran je recommande vivement et puis j'ai lu un petit livre très sympa qui est un exercice de style très intéressant de Laurent Godet qui s'appelle Salina que je vous recommande aussi
Est-ce que vous avez lu les critiques très virulentes du livre Les gardiens de la raison ?
Non non il y aura forcément des critiques virulentes des gardiens de la raison mais je alors là je vais vous dire je suis très partisan parce que je pense que le bouquin de Stéphane Aurel et de Stéphane Foucard est tellement bien documenté tellement bien argumenté que les critiques virulentes sont des critiques de gens qui sont les défenseurs de ce que nous n'aimons pas
Une dernière question internet de Tommy Monsieur Mamère fait un constat de choses qui ne vont pas entre parenthèses A et exprime aussi un avis sur ce qu'il faudrait entre parenthèses B Très bien mais comment passer du A au B ? Comment être sûr que l'on ne brasse pas du vent si l'on ne pense pas de façon réaliste ce qu'il est nécessaire de faire passer de faire pour passer de A à B ?
Oui bien sûr mais je ne sais pas si
Ne me dites pas engagez-vous en politique
Non je n'ai pas dit ça d'ailleurs je pense que vous voyez si on me parle des prochaines présidentielles par exemple c'est illusoire d'imaginer que tous ces jeunes qui marchent pour le climat tous ces jeunes qui marchent pour la justice pour tous je pense au collectif Adama et d'ailleurs c'était très intéressant de voir devant le tribunal de Paris la jonction qui s'est faite entre la justice pour tous du collectif Adama et ces jeunes beaucoup de jeunes des manifs pour le climat de la justice pour le climat les ont rejoints et donc on est maintenant dans une exigence d'une partie notable de la société d'une justice pour tous cela ce n'est pas un effet de mode non je ne pense pas je pense qu'il y a une réalité quand vous interrogez des jeunes lycéens qui font les grèves du Friday for Climate ou que vous interrogez des gens plus âgés cette génération des 20 ans ils sont extrêmement conscients de l'ampleur des inégalités sociales extrêmement conscients de cela et ils lient leur combat pour le climat à la question des inégalités et ils ont absolument raison mais ces jeunes là n'adhéreront jamais à un parti politique et donc c'est illusoire d'imaginer que des alliances entre partis pourraient suffire à faire émerger une candidature alternative à Macron donc je pense qu'en effet on peut très bien considérer comme ce follower que tout ce qu'on raconte et l'heure et demie qu'on vient de passer ensemble ce n'est que du vent peut-être que ce n'est que du vent mais c'est aussi une contribution et puis il n'y a pas je ne dirais pas que des gens comme moi on ne peut pas dire ça parce que je suis allé beaucoup sur le terrain mais il y a tous les jours des gens qui se battent et les sociétés ne sont aucune société n'a été transformée par le haut c'est par le bas et donc c'est par la mobilisation c'est ce que le jeune philosophe Baptiste Morisot voilà un livre à lire tiens sur la piste animale très bon livre et son dernier livre qui est encore plus intéressant qui s'appelle Manière d'être vivant manière au pluriel d'être vivant Baptiste Morisot il parle de l'archipélisation des luttes voilà il faut créer un archipel des luttes et des luttes il y en a il y en a beaucoup et toute la question de savoir c'est en effet si la somme de ces luttes ça fera société ou si au contraire ça restera finalement comme malheureusement une manière d'être les idiots utiles d'un capitalisme qui rebondit et qui est toujours capable de se de renaître
vous avez un conseil pour les jeunes générations autre que celui-ci
pour les jeunes générations c'est se battre se battre et se battre encore parce que ils savent eux que comme le dit le GIEC nous sommes rentrés nous sommes entrés dans la décennie critique ils ne sont pas moi ma génération en 68 quand on allait dans les dans les communautés comme on dit le retour à la terre on n'avait pas ce sentiment d'urgence ma génération c'était la très belle époque il n'y avait pas le chômage il n'y avait pas le sida on n'a pas connu la guerre enfin on a eu l'époque bénie en effet nous sommes des privilégiés
vous êtes bien gavés comment ? vous êtes bien gavés votre génération
oui c'est vrai c'est vrai
vous n'avez pas connu la guerre
c'est ce que je vous dis on n'a pas connu la guerre on n'a pas connu le sida on n'a pas connu le on n'a pas connu le réchauffement enfin l'urgence l'urgence climatique on n'a pas connu le chômage oui on a été on a connu une époque une époque bénie en effet mais les jeunes d'aujourd'hui sont parfaitement conscients de cette urgence et je pense qu'ils ne verront pas ils ne resteront pas les bras ballants et donc c'est à eux que l'avenir appartient et si moi je peux faire partie comme d'autres de ceux qui leur transmettent qui leur transmettent non pas un certain nombre de valeurs parce que je n'ai pas la prétention d'incarner plus de valeurs que les autres mais un certain nombre d'outils mais je n'aurais pas servi à rien voilà
c'est quoi le nom de votre dernière BD là ?
alors le nom de ma dernière BD ça s'appelle les terrestres c'est une référence directe au livre de Bruno Latour qui est pourrait-on dire le chef de file de ce qu'on appelle les éco-philosophes et son livre s'appelle Où atterrir ?
avec un point d'interrogation dans lequel il explique qu'il ne faudrait plus dire les terriens parce que les terriens ne savent pas habiter la terre mais les terrestres c'est-à-dire comment habiter la terre autrement et donc c'est une série de reportages dans des éco-lieux qui commencent à Notre-Dame-des-Landes que je considère comme matricielles et puis dans d'autres lieux c'est cinq éclairages j'ai fait mon métier de journaliste en proposant cinq éclairages différents dans ces éco-lieux qui sont le contraire du survivalisme qui sont vraiment branchés sur le tissu local et les luttes locales même avec une jeune dessinatrice libanaise de 30 ans qui s'appelle Raphaël Macaron très talentueuse et qui a réussi à traiter un sujet dit sérieux que l'on croit dont on pense que la graphie sera austère avec des couleurs flashy des couleurs de son époque de sa génération et qui a su surtout très bien mettre en scène ses interrogations ses peurs parce qu'en effet elle appartient à cette génération qui lorsqu'on lui parle d'effondrement ou de chaos c'est tellement vertigineux que ça les branle totalement moi je connais des jeunes qui ont fait des petits moments de dépression face à ça et donc petit à petit au fur et à mesure des reportages grâce au vieil écolo qui est à côté d'elle elle prend conscience qu'on n'est pas en train d'assister à la fin du monde mais à la fin d'un monde et comment à partir de ce monde qui est finissant comment en construire un autre
Noël Mamère merci
c'est moi qui vous remercie merci
Noël Mamère