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Podcast / conversationfranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 18 août 2023 17 minComplaisantActualité / polémiqueSolidarités & familleEnvironnement & énergieImmigration & asileInstitutions & élections

Discours de d'Emmanuel Macron à Bormes-les-Mimosas, état de l'opinion sur la question climatique... Le "8h30 franceinfo" de Brice Teinturier

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 92 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:34OuverteÉludée

    Est-ce que c'est la réponse d'Emmanuel Macron aux émeutes du début de l'été ?

  • 0:55OuverteRéponse directe

    Quelles traces ont-elles laissées, justement, d'ores et déjà, ces émeutes urbaines du début de l'été ?

  • 1:40OuverteRéponse directe

    Les Français attendent quel type de réponse ? De la fermeté, essentiellement ?

  • 2:27OuverteRéponse directe

    Emmanuel Macron, doit-il s'attendre à une rentrée compliquée ?

  • 3:21OuverteRéponse directe

    Et face à cela, quelles sont justement les préoccupations principales des Français ? Le pouvoir d'achat reste en tête en cette rentrée ?

  • 4:42OuverteRéponse directe

    Face à cela, quel est l'état de l'opinion, si on peut le dire comme ça ? Brice Teinturier, est-ce qu'il y a de la résignation un peu de la part des Français ? De la colère sur certains de ces sujets ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:26PrésentateurFait
    « Il y a chez nos jeunes un appétit de liberté qui se cherche parfois, auquel nous devons répondre. »
  • 0:49InvitéFait
    « du deuxième quinquennat, du second quinquennat d'Emmanuel Macron, c'est la réforme des retraites et ses émeutes urbaines. »
  • 1:52InvitéFait
    « Si vous prenez les sympathisants de gauche, et notamment de la France insoumise, eux considèrent que ces émeutes sont la résultante de dysfonctionnements sociaux, de problèmes de richesse, etc. »
  • 2:11InvitéFait
    « Et l'idée, c'est qu'il faut, impérativement, beaucoup plus d'autorité, beaucoup plus de fermeté, et qu'on déverserait, disent-ils, trop même de moyens dans ces territoires, dans ces mondiaux. »
  • 2:38InvitéFait
    « C'est la tripartition de l'espace politique, sans majorité absolue pour le pouvoir en place. »
  • 3:29InvitéFait
    « Le pouvoir d'achat reste en tête. »
  • 3:35InvitéFait
    « la question de l'énergie qui revient en force. Avec la hausse des factures d'électricité. Avec la hausse d'électricité. Avec la hausse aussi du coût de l'essence. »
  • 3:50InvitéFait
    « La question de l'insécurité, en revanche, a augmenté. »
  • 4:12InvitéFait
    « entre des événements climatiques extrêmes et une attention qui serait encore plus forte vis-à-vis du réchauffement climatique. »
  • 5:00InvitéFait
    « C'est très segmenté. »
  • 5:04InvitéChiffre
    « C'est beaucoup, c'est quasiment un tiers de la population. »
  • 8:34InvitéChiffre
    « Vous avez plus de 80% de nos concitoyens qui estiment que nous vivons dans une société violente, que la violence a augmenté. »
  • 12:38InvitéChiffre
    « Nos enquêtes fractures françaises montrent que 65% environ de Français considèrent qu'il y a trop d'étrangers. »
  • 14:41InvitéFait
    « Non, je ne pense pas qu'ils soient en demande d'une action transpartisane. »

Temps de parole

  • Invité73 %
  • Présentateur12 %
  • Invité 29 %
  • Présentateur 25 %

4,2 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Et Aurélie Herbemont à mes côtés, bonjour Brice Tinturier, directeur général délégué d'Ipsos. On va prendre avec vous ce matin le pouls du pays à quelques jours de la rentrée, rentrée politique notamment à peine amorcée hier soir par Emmanuel Macron à Bormes-les-Mimosas, les commémorations de la libération de la ville, et un court discours, 13 minutes, qui contenait un petit message pour la jeunesse. Il y a chez nos jeunes un appétit de liberté qui se cherche parfois, auquel nous devons répondre. Il a parlé aussi de droit et devoir pour la jeune génération. Est-ce que c'est la réponse d'Emmanuel Macron aux émeutes du début de l'été ?

0:39
Invité

Non, je ne pense pas que ce soit la réponse définitive, mais on voit bien que c'est au moins le sujet qu'il met en avant, qu'il met le plus en avant. Non sans raison, pour les Français, vous avez eu deux marqueurs jusqu'à maintenant du deuxième quinquennat, du second quinquennat d'Emmanuel Macron, c'est la réforme des retraites et ses émeutes urbaines.

0:55
Présentateur

Quelles traces ont-elles laissées, justement, d'ores et déjà, ces émeutes urbaines du début de l'été ?

1:00
Invité

Une trace qui reste encore extrêmement forte. C'est pour ça qu'on voit bien qu'Emmanuel Macron réamorce l'idée d'un diagnostic avec ce discours sur les jeunes. Je pense qu'il y reviendra au moment de la rentrée. Il faut maintenant qu'il annonce des mesures. Pour l'instant, il avait dit qu'il fallait prendre le temps de la réflexion. Le temps de la réflexion, maintenant, va être achevé. Et les Français attendent quelque chose qui ne peut pas rester en apesanteur, parce que, véritablement, ces émeutes ont choqué, ont bouleversé le pays. On l'a vu, ensuite, dans toutes les courbes de popularité. Ce sont plutôt les personnalités qui défendent l'autorité, qui ont augmenté.

Donc, il s'est produit quelque chose qui a tétanisé, au mois de juin, de juillet, les Français. Les Français attendent quel type de réponse ? De la fermeté, essentiellement ? Ils attendent essentiellement, effectivement, de la fermeté. Une partie de la population... Enfin, la population est quand même très clivée, là-dessus. Si vous prenez les sympathisants de gauche, et notamment de la France insoumise, eux considèrent que ces émeutes sont la résultante de dysfonctionnements sociaux, de problèmes de richesse, etc. Voilà. Si vous prenez, maintenant, le bloc central et la droite, et, évidemment, encore plus du côté du RN ou d'Éric Zemmour, là, vous avez une toute autre lecture des événements.

Et l'idée, c'est qu'il faut, impérativement, beaucoup plus d'autorité, beaucoup plus de fermeté, et qu'on déverserait, disent-ils, trop même de moyens dans ces territoires, dans ces mondiaux. Ça sera un sujet de la rentrée. Emmanuel Macron, doit-il s'attendre à une rentrée compliquée ? Oui, je pense qu'elle est incontestablement compliquée. On le dit souvent à chaque rentrée. C'est vrai que c'est un peu en marronnier. Mais là, pour le coup, il y a toujours cet élément tout à fait nouveau et qui structure différemment notre vie politique. C'est la tripartition de l'espace politique, sans majorité absolue pour le pouvoir en place.

Donc, la grande initiative politique d'ampleur annoncée par le chef de l'État, elle s'inscrit dans ce besoin pour le gouvernement de retrouver de l'espace, de retrouver de l'oxygène, du coup, de retrouver aussi des capacités de réforme pour sortir justement de ces deux points négatifs que j'évoquais et négatifs dans l'opinion, la réforme des retraites et les émeutes de ces derniers temps, et pouvoir apparaître comme celui qui continue à réformer profondément ce pays. Mais pour ça, il faut des alliés. Et on voit bien que le chef de l'État est toujours un peu empêché, embourbé dans cette absence de majorité.

3:21
Présentateur

Et face à cela, quelles sont justement les préoccupations principales des Français ? Le pouvoir d'achat reste en tête en cette rentrée ?

3:29
Invité

Le pouvoir d'achat reste en tête. Et puis, on a maintenant, depuis le début de l'été, la question de l'énergie qui revient en force. Avec la hausse des factures d'électricité. Avec la hausse d'électricité. Avec la hausse aussi du coût de l'essence. On est dans un moment de vacances. Et évidemment, tout cela pèse énormément. Donc, le pouvoir d'achat reste la grande question pour les Français. Ensuite, la question des retraites, qui avait beaucoup augmenté, a baissé. La question de l'insécurité, en revanche, a augmenté. Ça, ce sont les éléments plus conjoncturels. Et la question de l'environnement n'a pas du tout disparu.

Justement, on va rentrer dans une séquence de canicules en France ces prochaines heures. Ça reste aussi une des préoccupations de nos compatriotes ? Ça reste une des préoccupations majeures des Français. Même s'il n'y a pas de lien direct. On a parfaitement vu l'année dernière, par exemple, entre des événements climatiques extrêmes et une attention qui serait encore plus forte vis-à-vis du réchauffement climatique. L'année dernière, vous avez eu des réchauffements. On a eu plusieurs épisodes de canicules. Tout à fait. Vous avez eu une hausse du climato-sceptique l'année dernière. Alors même qu'on avait eu cet été caniculaire. Donc là, on verra ce qu'il en est.

Ce qui est important, en revanche, c'est que, évidemment, cette question du réchauffement climatique continue à faire partie des trois, quatre premières attentes préoccupations des Français.

4:39
Présentateur

Face à cela, quel est l'état de l'opinion, si on peut le dire comme ça ? Bristin Turier, est-ce qu'il y a de la résignation un peu de la part des Français ? De la colère sur certains de ces sujets ?

4:49
Invité

J'ai envie de vous dire les deux. Il y a à la fois une partie de la population, parce qu'encore une fois, on ne peut plus raisonner en disant les Français. C'est la limite de l'exercice, tellement ce pays est divisé. C'est très segmenté. Donc vous avez une partie de la population qui reste animée par une très forte colère. C'est beaucoup, c'est quasiment un tiers de la population. L'immense majorité est mécontente, soit en colère, soit mécontente. Et puis vous avez une partie qui est non pas résignée, mais qui se dit de toute façon, que pouvons-nous faire ? Sur le plan politique, il n'y a pas d'échéance d'alternance avant 3 ans et demi, presque 4 ans. Il n'y a pas de majorité.

Certes, des scrutins intermédiaires vont intervenir, et puis il y a les élections européennes. Avec les européennes en juin prochain. Mais voilà, que peuvent-ils concrètement faire ? Donc ce n'est pas de la résignation, c'est simplement la prise en compte d'une situation qui fait que le changement de politique aujourd'hui n'est pas possible, et puis qu'il y a une polarisation, encore une fois, sur les enjeux du quotidien, et notamment sur les questions de pouvoir d'achat. Beaucoup de responsables politiques nous disent que la France est une cocotte minute. Est-ce que c'est une analyse que vous partagez ?

Oui, je pense qu'effectivement, on peut parler d'un chaudron français, plus que jamais, avec beaucoup de peur. Moi, ce qui me frappe aussi, c'est les inquiétudes des Français. Il y a des angoisses de disparition dans ce pays. Quand les Français s'inquiètent sur l'avenir, sur la dissolution de la France dans la mondialisation, sur le réchauffement climatique, sur une supposée submersion par l'immigration, etc. Je n'ai même pas évoqué les crises sanitaires potentielles, avec un petit retour de la Covid. Quel est le point d'union entre toutes ces peurs ? C'est une angoisse de disparition.

Donc, vous avez véritablement un pays qui reste fondamentalement inquiet, mais un pays qui est inquiet et, pour partie aussi, très en colère. Donc, la moindre étincelle, elle peut réactiver ses colères, ses mouvements. Les manifestations sur les retraites ont frappé. C'est un enseignement important, justement, par leur maîtrise, par leur calme. Mais on voyait bien que le désaccord était extrêmement profond et les émeutures urbaines sont un autre phénomène qui montre à quel point la situation peut, à tout moment, déraper.

6:57
Présentateur

Brice Tenturier, directeur général délégué d'Ipsos. Vous restez avec nous. On poursuit cet échange après l'essentiel ce matin à 8h40 avec Elia Bergel. Jusqu'à 41 degrés attendus ce week-end dans le sud-est, un dôme de chaleur arrive sur le pays. 19 départements sont placés en vigilance orange. Calicule par Météo France aujourd'hui du Gers au Doubs en passant par la Savoie ou la Corrèze. Le député européen écologiste Benoît Habiteau estime sur France Info que le gouvernement n'a pas compris les attentes sociétales. L'élu participe au convoi de l'eau qu'organisent aujourd'hui les opposants au projet de méga-bassine de Sainte-Séline, départ des Deux-Sèvres, direction Paris.

Les Nations Unies annoncent le retrait des casques bleus d'un troisième camp au Mali. C'est ce que prévoit le plan de départ de l'ONU à la demande de la junte arrivée au pouvoir après un coup d'État il y a trois ans. C'est parti pour la nouvelle saison de rugby ce soir. Le top 14 reprend avec Bayonne, Toulouse à 21h avant la Coupe du Monde de rugby en France qui commence le 8 septembre. France Info

8:01
Invité

Nous sommes toujours avec Brice Tinturier, directeur général délégué d'Ipsos. Vous parliez de la colère des Français, du mécontentement. On a vu aussi ces dernières semaines, ces derniers mois, beaucoup de violences, de violences notamment contre les élus pendant la réforme des retraites, pendant les émeutes urbaines et puis il y a quelques années il y avait eu les gilets jaunes. Est-ce qu'il faut s'habituer à ce contexte, à ce climat de plus en plus violent ? Oui, je crois. Les Français en tous les cas en sont persuadés. Vous avez plus de 80% de nos concitoyens qui estiment que nous vivons dans une société violente, que la violence a augmenté.

Et puis on a des éléments qu'on a pu voir dans l'actualité qui viennent alimenter cette idée, qui sont des éléments objectifs de violence, vous l'avez souligné, de plus en plus fortes à l'égard des élus, ce qui est quand même un phénomène relativement nouveau. Il y a toujours eu dans l'histoire politique de ce pays des violences verbales, des agressions, des coups de poing, même, on oublie un peu sous la Troisième République, la violence des débats et même des violences physiques. Mais malgré tout, le système s'était un peu pacifié sur une partie de la Cinquième République.

Et là, de plus en plus, on a le sentiment que des barrières tombent vis-à-vis des élus, vis-à-vis d'un certain nombre de biens communs qui étaient davantage respectés. et ces déclenchements de rage, de violence, sont de plus en plus fréquents et inquiètent de plus en plus la population. Comment on l'analyse ? Il y a une série de facteurs, je crois, qui concourent. Il y a des facteurs d'abord économiques et sociaux, ils existent, il ne faut pas les mettre de côté ou les nier, avec des populations qui ont le sentiment qu'en termes d'avenir, l'avenir n'est pas pour eux, qu'elles sont enfermées dans des ghettos, qu'il n'y a pas de possibilité d'ascension.

Je pense que la question de la mobilité sociale, du fameux ascenseur social, est quelque chose de décisif. Quand vous avez le sentiment d'une société totalement bloquée et que vous êtes du mauvais côté, alors je ne dis pas que ça favorise, ça explique. En 2017, Emmanuel Macron faisait campagne contre ce phénomène d'assignation à résidence. Il n'a pas réussi à y répondre jusqu'à ceci. Il n'a pas réussi et cette société bloquée, c'est un problème qui, par moment, peut générer aussi des réactions ou faciliter des réactions de violence. Mais ça ne suffit pas à expliquer, bien évidemment, ce qui se passe.

10:15
Présentateur

Il y a aussi l'idée du paysage politique de plus en plus polarisé, vous l'évoquiez un peu, des partis politiques, des sujets qui divisent. Ça, ça explique aussi ces violences. On ne peut plus communiquer tellement.

10:27
Invité

J'allais y venir. Il y a aussi des normes et des valeurs qui se sont modifiées. Regardez, moi je suis très frappé par exemple à la question de la colère. Aujourd'hui, la colère est quelque chose qui parfois est valorisé. On dit, oui, mais vous comprenez, ils sont en colère ou ils étaient en colère, quand il a commis tel ou tel acte jusqu'il y a encore une dizaine d'années. On essayait ou on apprenait aux gens à réfréner leur colère et donc à avoir un comportement qui permettait, même quand on était en désaccord ou mécontent, d'éviter de passer par la case violence ou colère. Là, c'est quelque chose qui parfois est même valorisé ou en tous les cas qui sert de justification.

Donc vous avez une évolution dans l'ensemble sur un certain nombre de valeurs qui peuvent favoriser ensuite le passage à l'acte. Une fois que vous valorisez la colère, eh bien le passage à l'acte, il est malgré tout facilité. Et puis vous avez une polarisation extrême. Vous avez tout à fait raison de souligner ce phénomène qu'on n'avait pas encore une fois quand le pays était en alternance gauche-droite plus classique. Là, la polarisation entretient l'idée de l'antagonisme, l'idée qu'il n'y a pas de zone de consensus, de négociation possible. Et s'il n'y a pas de négociation possible, il ne reste que la violence.

11:32
Présentateur

Sur tout type de sujet, on est pour ou contre les soulèvements de la terre, on est pour écouter la jeunesse ou pour protéger en priorité la police, par exemple ?

11:40
Invité

Oui, il y a aussi un débat qui est de plus en plus caricatural, qui polarise de plus en plus les points de vue, avec là aussi une forme de valorisation de ce qui serait cash et définitif, là où la nuance, la négociation, le compromis, le respect de la minorité, tout autant que celui évidemment de la majorité, tout cela constitue des valeurs aujourd'hui un peu en retrait. Et donc, on favorise le clash verbal, mais encore une fois, c'est un gradient. Quand vous êtes dans le clash verbal, vous vous rapprochez ensuite du passage à l'acte physique. Un sujet va beaucoup cliver en cette rentrée, c'est le dossier de l'immigration.

Emmanuel Macron promet qu'il y aura un projet de loi, projet déjà jusqu'ici plusieurs fois reporté. Qu'est-ce que les Français attendent sur l'immigration ? Globalement, ils attendent une réponse de fermeté. Ils sont inquiets sur cette question de l'immigration. Ils considèrent que, depuis longtemps, qu'il y a trop d'étrangers en France. Nos enquêtes fractures françaises montrent que 65% environ de Français considèrent qu'il y a trop d'étrangers. Cela ne veut pas dire que 65% de Français pensent qu'il faudrait qu'il y ait zéro étranger, ou qu'il faudrait rejeter ses étrangers. Mais c'est un phénomène qui les préoccupe. Ce n'est pas la première des préoccupations.

Je n'ai pas cité l'immigration, par exemple, dans les grands sujets. Dans les trois principales préoccupations des Français. Mais ça arrive ensuite, en cinquième rang, souvent, suivant ce que vous avez dans la liste. Et l'idée que le pays permettrait trop facilement à des étrangers de venir, et que cela pose de plus en plus de problèmes d'intégration, est une idée qui s'est répandue dans la cité française depuis maintenant longtemps. On a vu dans plusieurs sondages qu'il y avait effectivement cette demande de fermeté. Et en même temps, le gouvernement voudrait mettre en place des titres de séjour pour régulariser des travailleurs qui exercent leur profession dans des secteurs en tension.

On voit que là aussi, les Français sont pour ces régularisations. Mais bien sûr, et ça fait partie des contradictions de l'opinion publique, qui d'un côté disent qu'il y a trop d'étrangers, mais qui d'un autre côté sont quand même soulagés qu'il y ait, y compris des médecins ou des infirmières étrangères, qui viennent soulager notre système hospitalier. On a beaucoup vu pendant le Covid. Voilà, pendant le Covid, mais pas seulement pendant le Covid. Pas seulement, au quotidien, oui. Au quotidien, encore aujourd'hui.

Ou que dans des secteurs en tension, comme la restauration, on est en période estivale où les Français sont davantage dehors, et bien que là aussi, il y ait une main d'œuvre qu'on ne trouve pas aujourd'hui dans une série de secteurs. Donc là, ce sont les tensions internes de la cité française, qui, ça peut paraître paradoxal, mais c'est parce que ça renvoie à des peurs différentes, mais qui d'un côté s'inquiètent d'un trop grand nombre d'étrangers, et puis d'un autre côté s'inquiètent d'une incapacité à avoir de la main d'œuvre dans des secteurs adéquats.

14:21
Présentateur

Vous l'évoquiez tout à l'heure, l'autre rendez-vous, là, dans les tout prochains jours, presque, l'initiative politique que propose Emmanuel Macron. C'est l'idée de faire avancer certains de ces sujets grâce aux partis d'opposition, en écartant la France insoumise et le Rassemblement national. Mais est-ce que les Français sont en demande d'une telle action transpartisane ?

14:41
Invité

Non, je ne pense pas qu'ils soient en demande d'une action transpartisane. En tous les cas, ce n'est pas ce qu'on voit dans nos enquêtes, puisqu'on est dans un phénomène aussi de tripartition, et vous l'avez souligné, de polarisation. En revanche, il y a bien intrinsèquement aussi cette idée que quelque chose ne va pas dans le système actuel. Et les Français sont très partagés sur, finalement, est-ce que c'est mieux d'avoir comme ça une majorité relative seulement, parce que ça oblige le gouvernement à faire des concessions, ou une majorité absolue ? Sur le papier, ils nous disent, c'est bien qu'il y ait davantage de négociations et de concessions.

Mais ce qu'on commence à voir apparaître aussi, c'est le sentiment d'un pays qui a des... Non, pas bloqué, pas à l'arrêt. Ça, ce n'est pas vrai. D'abord, le pays n'est pas bloqué, il n'est pas à l'arrêt. Et les Français n'ont pas ce sentiment. En revanche, c'est la perspective qui manque. C'est la capacité de souffle, d'engagement, de perspective sur un certain nombre de sujets qui les préoccupent. Vous avez souligné l'immigration. Les Français ont parfaitement compris qu'il y a des désaccords profonds, gauche, droite, bloc central, et que ce sujet-là, il a été mis à l'agenda et retiré de l'agenda de multiples reprises. Donc là, il y a quelque chose qui coince parce que...

Et à ce stade, Emmanuel Macron n'a pas de majorité pour le faire passer. Tout à fait. Et ce n'est pas le seul sujet sur lequel il y a une majorité impossible ou difficile à trouver. Sur la transition environnementale, autre sujet de préoccupation, des choses se font en réalité. Mais la ligne n'apparaît pas clairement aux yeux des Français. Et puis la ligne n'apparaît pas comme partagée sur plusieurs blocs politiques qui se mettraient d'accord et qui permettraient d'avancer. Donc le pays n'est pas à l'arrêt. Mais il y a ce sentiment que, quand même, on est dans une situation inédite avec des défis et des enjeux extrêmement complexes et extrêmement graves.

C'est le concept de polycrise où plusieurs crises arrivent au même moment. Et que, politiquement, institutionnellement, même si là aussi on pourrait dire que ce n'est pas forcément exact, le pays n'est pas suffisamment armé pour répondre à cette série de crises.

16:43
Présentateur

Merci, Brice Tenturier, directeur général délégué d'Ipsos. Merci d'être venu sur France Info. Ce matin, il est 8h50.