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interviewyoutube.com· 26 mai 2021 10 min

ODG - ENTRETIEN : Rencontre avec... Carole Delga

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Carole Delga

Oui, tout à fait. Quand une femme prend la parole, on voit qu'elle est moins écoutée que quand c'est un homme, où souvent les hommes coupent facilement la parole à une femme quand elle est en train de parler. Donc oui, en tant que présidente de région, je me rends compte qu'en fait, l'attention, elle est plus soutenue quand je parle à la fin de mon discours qu'en début. En début, le public dévisage en premier une femme avant de l'écouter. Et puis après, aussi en tant que présidente de région, il y a des fois quand certains hommes politiques essaient de me couper la parole, je les remets fermement à leur place. Les inégalités flagrantes concernent tout d'abord la rémunération.

On voit clairement que sur les postes à responsabilité, les femmes ont une rémunération inférieure. Alors ce n'est pas vrai en politique parce que les indemnités des élus sont parfaitement égalitaires. Je fais en sorte aussi à la région Occitanie que mes cadres aient tous le même salaire et que ce ne soit pas vraiment en fonction, bien sûr, de la différence femme-homme. Et puis après, ce qui est vraiment très flagrant, c'est en fait les limites que se mettent les jeunes filles dans leurs ambitions. On voit bien que ces jeunes filles n'osent pas aller vers certains métiers, n'osent pas rêver à certains projets. Donc c'est la question de l'autocensure.

Il y a vraiment un gros complexe d'infériorité. Et là, il est nécessaire de mettre en place, dans le cadre de l'éducation, de nombreux correctifs. Et dans la région Occitanie, nous avons lancé un dispositif Génération Égalité, Femmes-Hommes, où nous avons formé plus de 120 000 lycéens ces dernières années pour justement déconstruire les stéréotypes, vraiment faire en sorte qu'il n'y ait pas d'autocensure de la part des jeunes filles et qu'il y ait une pleine possession de sa destinée et de son avenir.

Et puis, on a aussi mis en place un travail avec des associations, c'est plus de 180 associations qui travaillent sur les 13 départements avec la région, sur cette question de l'égalité femmes-hommes. Donc nous avons encore beaucoup de travail, mais surtout, il faut que les jeunes femmes aient confiance en elles et que les jeunes garçons se sentent vraiment dans une relation d'égalité avec les femmes. Oui, il y a encore des inégalités à l'égard des hommes, et tout particulièrement concernant la parentalité. Donc récemment, le congé parental pour les pères a été porté à 28 jours.

C'est une très bonne chose et il faut vraiment, sur la question de l'éducation des enfants, reconnaître toute leur place au père à égalité avec les mères. C'est une phrase émouvante parce qu'on sait que c'est une phrase qu'elle prononce juste avant de monter à l'échafaud, c'est-à-dire que sa liberté d'expression aura été terriblement punie, puisque c'est la mort et donc c'est la décapitation qui aura été choisie dans ce moment sombre de notre histoire. Tout d'abord, je lègue mon cœur à la patrie. C'est l'attachement d'une femme à ce qui était en train de devenir la nation française, la République. Donc c'est de dire que ce cœur, il va continuer à battre au-delà d'elle-même.

C'est quand même très fort. Ma probité aux hommes, c'est qu'elle juge qu'en effet les questions d'éthique, la question de négociation d'honnêteté ne sont pas assez respectées. Donc voilà, je pense que c'est un sujet qui est tout à fait d'actualité, auquel moi je suis très très attachée, parce que quand on parle de perte de confiance au XXIe siècle envers les politiques, c'est bien sûr lié sur les questions de droiture, d'honnêteté, de probité. Donc ça c'est toujours de l'actualité. Et mon âme aux femmes, je ne leur fais pas un don d'indifférence.

Si elle la colle, le terme femme au terme indifférence, c'est qu'il y a bien dans cette société du XVIIIe siècle encore trop d'indifférence au sort des femmes, trop d'inégalités, et qu'il y ait aussi la question des forces de l'âme. Pour la femme de gauche que je suis, c'est un bel hommage à la puissance des idées, et au fait que le combat ne se limite pas juste à une génération, mais s'inscrit dans les siècles. Donc, on a une très très belle phrase, et où on sent toute la sensibilité, toute l'intensité de l'âme de gauche. Non, je ne crois pas que l'égalité des sexes soit encore ancrée dans les mentalités.

Si en particulier on a une vision mondiale, on voit encore des comportements, y compris dans le domaine sportif, des comportements qui sont terribles. On peut voir un grand patron des JO, je ne dirais pas plus, indiquer que dans les réunions, les femmes parlent trop. Je suis souvent dans des réunions, je vois à quel point quand même les femmes parlent de réalisations concrètes, et sont moins sur l'écume des jours, où on va plus directement à l'opérationnalité. Donc, non, malheureusement, on n'est pas encore dans l'égalité des sexes. Puis, on a également des femmes qui n'ont pas tous leurs droits, leur droit de vote, le droit de disposer de leur corps, le droit aussi de bouger, d'être libre.

Si j'ai choisi le premier article de la déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, c'est par rapport à la question de la liberté. Moi, je suis très, très attachée à ma liberté, je suis très attachée à ce que toutes les femmes puissent pleinement connaître la liberté. C'est l'objectif qu'on progresse, qu'on progresse dans les prochaines années, et qu'on arrive à une égalité réelle entre les femmes et les hommes. Puis, surtout, que les jeunes femmes prennent leur destin en main, et que la société leur donne tous les moyens de pouvoir s'accomplir, d'avoir confiance en elles, d'avoir confiance dans les autres.

On voit, malheureusement, des comportements qui sont dénoncés à juste titre. Je dis malheureusement parce que ces comportements ne devraient pas de violence sexuelle, du fait de rabaisser la femme dans sa dignité. Donc, c'est important de le dénoncer, mais c'est surtout important d'éduquer pour que ça ne se reproduise plus. Donc, moi, je soutiens tous ces mouvements autour de MeToo, ainsi de suite, mais il faut vraiment avoir en même temps un travail vraiment à la base sur l'éducation pour que cela rentre dans les mentalités. Pour les politiques, il y a maintenant des lois sur la parité.

Par exemple, à la région, il faut qu'il y ait une égalité parfaite dans les listes, par exemple, des élections. Ce qui veut dire qu'après, dans l'Assemblée, il y a une parité. Ça a été le cas aussi au départemental avec le binôme. Mais on a encore des progrès à faire. Il y a 18 régions en France avec les territoires d'outre-mer. Nous ne sommes que 4 femmes présidentes de région. Sur la question aussi des postes à responsabilité dans les grandes entreprises, les femmes qui sont PDG d'entreprises du 440, elles sont assez rares. Voilà, donc il faut oser et il faut aussi que les hommes donnent leur chance aux jeunes femmes. Moi, j'ai eu cette chance-là.

J'ai toujours eu des parrains masculins en politique, que ce soit Martin Malvi ou que ce soit Damien Allary. Et donc après, quand on est aux responsabilités, on démontre qu'on fait aussi bien, voire mieux.