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interviewRMC· 25 mars 2023 8 min

"Climat de guerre civile", "gueules cassées"... L'interview de Fabien Roussel en intégralité

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

C'est une première depuis huit jours hier soir. Pas de débordement, pas de casse, une nuit assez calme. Il est temps de calmer le jeu, de part et d'autre, Fabien Roussel ?

0:11
Fabien Roussel

Il est temps que cette réforme des retraites à 64 ans soit retirée, suspendue, non promulguée, tout ce que vous voulez, mais que la situation sociale de notre pays soit apaisée par le retrait de cette réforme dont personne ne veut.

0:25
Présentateur

C'est le seul moyen pour éviter les violences, pour éviter le climat insurrectionnel, dit le premier adjoint à la mairie de Paris.

0:31
Fabien Roussel

Ça fait deux mois qu'à l'appel de l'intersyndical, il y a des mobilisations, des manifestations, il y en a eu dix, exemplaires, pacifiques, bienveillantes, joyeuses, dans lesquelles j'ai pu danser, merveilleuses. Alors qu'est-ce qui se passe depuis dix jours ? Le président de la République, droit dans ses bottes, a provoqué les Français, suscité beaucoup de colère, non seulement en autorisant la première ministre à mettre en œuvre le 49-3, d'une part, et d'autre part par son intervention télévisée de lundi tellement décalée, méprisante, pleine de morgue. Eh bien, qu'est-ce que vous voulez ? Qu'est-ce qu'on a vu ?

La réaction a été immédiate, il n'y a jamais eu autant de monde dans la mobilisation qui a suivi. Malheureusement, malheureusement, et je le dis malheureusement, ça a suscité aussi une colère violente de la part de quelques-uns, de quelques individus.

1:27
Présentateur

L'arrivée des black blocs dans les cortèges qu'on n'avait pas ou peu vu jusqu'ici.

1:30
Fabien Roussel

Effectivement, et quand il y a mille individus violents sur 3,5 millions manifestants, eh bien on parle des dégradations et des mille individus, et pas des 3,5 millions qui manifestent pacifiquement. Et quelque part, je me demande si ce n'est pas ce que cherche le président de la République. C'est-à-dire à tout faire pour radicaliser le mouvement, pour susciter tant de colère qu'elle déborde, et jouer l'opinion contre les organisations syndicales, de retourner l'opinion contre les manifestations.

Et c'est ça qu'il est en train de faire, et c'est grave, et c'est extrêmement grave, parce que ça met le pays dans une situation insurrectionnelle, effectivement, qui n'est pas voulue par l'intersyndicale, qui n'est pas voulue par nous-mêmes. Ce que nous demandons, c'est le retrait de la réforme, tout simplement.

2:19
Présentateur

Fabien Roussel, le résultat, c'est jeudi, ce cheminot gravement touché à l'œil par une grenade de désencerclement, son chirurgien vient de lui annoncer qu'il avait perdu définitivement l'usage de son œil. On a l'impression de revivre les pires heures des Gilets jaunes. Les Gilets jaunes ont été remises en service. Les Braves aiment la brigade de répression de l'action violente motorisée. Enquête ouverte depuis hier, après cette vidéo, cet enregistrement sonore de nos confrères du monde et de l'Oopsider qui ont pu se le procurer. à écouter ces policiers qui appartiendraient à cette brigade tenir ce genre de propos face aux manifestants.

2:55
Auditeur

Tu la fermes ou tu la fermes ? Tu la fermes ou tu la fermes ? Je ne ferme pas. Je ne ferme pas, tu commences à bégayer, tu en veux peut-être une, non, pour te remettre la mâche à droite ? Je peux te dire que si tu veux revenir dans la rue, tu as traversé la rue, tu étais oxyé. Moi, je suis chaud. T'inquiète, ta petite tête, on l'a déjà en photo, tu as juste à te reponter dans la rue au prochain moment. Je peux te dire que nous, les têtes, on est vachement fusions, on les retient. T'inquiète pas que la prochaine fois qu'on vient, tu ne monteras pas dans le quart pour aller au commissariat. Tu vas monter dans un autre truc qu'on appelle l'ambulance pour aller à l'hôpital.

3:27
Présentateur

Fabien Roussel, plusieurs responsables politiques, des députés de la France Insoumise notamment, ont réclamé le démantèlement de cette brigade, vous aussi ce matin.

3:34
Fabien Roussel

Mais cette brigade, elle fait des dégâts, elle est terrible. Oui, cette brigade n'a pas lieu d'être. C'est une politique de maintien de l'ordre qui est répressive et qui fait du mal. Jusqu'à maintenant, tout s'est bien passé. Ces braves M sont pointés du doigt dans plein de vidéos, par plein de responsables, par une partie de la police aussi, par les syndicats de policiers qui remettent en cause leur méthode de maintien de l'ordre. Tout cela crée de la tension et des dégâts, des blessés. J'apporte d'ailleurs tout mon soutien à ce cheminot qui a été abîmé. D'ailleurs, je l'ai dit dans une intervention, j'ai dit, on est passé de manifestation pacifiste aux gueules cassées.

Et quand je parle des gueules cassées, je pense autant à ces manifestants qu'aux policiers qui se prennent là un pavé, là un coup.

4:26
Présentateur

Les gueules cassées, c'est un terme de la première guerre mondiale, Fabien Roussel.

4:29
Fabien Roussel

Oui, c'est un terme dur. Vous faites le parallèle ? Oui, parce que ça crée un climat, tout cela, le président de la République crée un climat de guerre civile dans le pays, employant des forces de police telles que les braves qui vont susciter de la peur, mais en même temps des dégâts physiques. Et ça génère des réactions violentes. Donc c'est un...

4:55
Présentateur

On l'a entendu, vous réclamez le retrait pur et simple de cette réforme. Mais est-ce qu'il ne faut pas aussi que chacun fasse un pas vers l'autre ? Quand Emmanuel Macron appelle les syndicats à venir le rencontrer à l'Elysée, alors certes pas pour parler de la réforme, mais pour parler d'autres sujets, est-ce qu'il ne devrait pas accepter un premier dialogue, une première ouverture ?

5:13
Fabien Roussel

Non mais il peut les inviter à boire un coup aussi, puis à faire un barbecue. Non mais c'est pas sérieux. Vous, si vous étiez invité, vous n'iriez pas ? Non. Non, je vous parle franchement. Aujourd'hui, d'ailleurs les syndicats le disent, ça fait deux mois qu'ils sont méprisés. Deux mois qu'ils ne sont même pas reçus ni par le gouvernement, ni par le président de la République alors qu'ils lui ont tendu la main. Deux mois. Et aujourd'hui, le président de la République laisse croire aux Français qu'il est prêt à les recevoir pour parler de tout, sauf de la réforme des retraites. Enfin, c'est se moquer du monde. Et nous, députés parlementaires, on s'interroge de la même manière.

Est-ce qu'on doit aujourd'hui aller discuter avec les ministres sur les sujets de loi qui vont arriver ? Est-ce qu'on doit les recevoir dans nos circonscriptions ?

5:57
Présentateur

Vous avez même évoqué l'idée de faire grève, ne plus vous présenter à l'Assemblée, au Sénat.

6:00
Fabien Roussel

Non, je n'ai pas parlé de grève. Nous devons réfléchir ensemble, sénateurs, députés communistes, et nous allons nous poser la question sur la manière dont nous, à notre manière, nous montrons que nous sommes dans une situation de blocage de la part du gouvernement et nous disons qu'il nous paraît compliqué de continuer à travailler comme si rien ne s'était passé. Et donc, comment on traduit ça ? Écoutez, on va en parler. Mais par exemple, on ne peut pas recevoir un ministre dans sa circonscription comme s'il n'y avait pas l'usage du 49-3, comme s'il n'y avait pas un blocage de leur part.

6:43
Présentateur

Et on ne peut pas recevoir Charles III non plus, dans un pays qui devrait pouvoir assurer sa sécurité. On reçoit des leçons de morale de l'Iran ce matin. On a un président hué au Stade de France à la 49e minute et 3 secondes. Il est beau le tableau, hein ?

7:00
Fabien Roussel

Oui, mais c'est vraiment... Il faut que le président de la République descende de son trône et mesure le climat de tension qu'il y a dans le pays et qu'il provoque. Alors c'est pour quand, Fabien Roussel ? Les Français ne veulent pas travailler jusqu'à 64 ans ou ne veulent pas travailler un à deux ans de plus.

7:20
Présentateur

Les jours heureux, c'est pour quand, Fabien Roussel ?

7:22
Fabien Roussel

Écoutez, c'est dans mon livre, édité au Cherche-Midi. Je raconte l'élection présidentielle et je montre qu'aujourd'hui nous devons relever ce défi des jours heureux. Il y a une majorité dans ce pays de gauche, de progrès, justement qui a mûri avec ce mouvement social très puissant. Nous, nous sommes prêts à gouverner et nous le ferons en accord, en cohésion avec les organisations syndicales, avec le monde du travail. Nous respectons la démocratie sociale sur laquelle le président de la République s'assit. Justement, nous, nous voulons mettre en œuvre des réformes de progrès, garantir une retraite à partir de 60 ans pour tous et pas seulement ceux qui ont travaillé entre 16 et 20 ans.

Et nous disons qu'elle est finançable, notamment en mettant toutes nos richesses à contribution et pas en demandant à tout le monde de travailler deux ans de plus.

8:12
Présentateur

Les jours heureux sont devant nous. C'est aux éditions du Cherche-Midi, votre livre qui vient de paraître, Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français. Merci d'avoir été avec nous sur la RMC. Bonne journée.

8:22
Fabien Roussel

Merci, au revoir.