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interviewyoutube.com· 7 octobre 2025 39 min

L'interview intégrale de Bruno Le Maire sur Brut. en pleine crise politique

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Salut à tous, je suis très heureux de vous retrouver sur Brut pour une nouvelle interview politique. On se retrouve sur la chaîne YouTube de Brut une nouvelle fois pour parler politique dans un moment assez particulier. Vous voyez ces dernières heures, la France connaît une crise politique majeure qui s'est accentuée et l'un des noms qui a cristallisé les tensions ces dernières heures, c'est celui de Bruno Le Maire. Et Bruno Le Maire, il a choisi Brut pour une interview exclusive, pour revenir justement sur tout ce qui s'est passé ces derniers jours.

Des premiers contacts à sa nomination au gouvernement, au moment également où il a annoncé sa démission au président de la République, son ressenti sur la vie politique. Bref, on a parlé de tout ça pendant près de 40 minutes. Et je vous propose d'écouter cette interview où, comme d'habitude, on a essayé de porter les questionnements qu'on peut avoir dans les commentaires. Bonjour Bruno Le Maire. – Bonjour. – Merci d'avoir accepté l'invitation de Brut dans cette période politique assez exceptionnelle. J'avais envie de vous poser cette question. On est au lendemain de 24h totalement fous. Votre nom a cristallisé quand même pas mal de tensions.

C'est quoi un peu votre ressenti derrière toute cette situation ?

0:57
Bruno Le Maire

– Je suis très serein. La vie continue. Après, je ne vous cache pas que j'ai été stupéfait par la violence des attaques personnelles dont j'ai fait l'objet pendant 48h. Parce que des curés médiatiques, au cours de 25 années de vie publique, j'en ai connues. Mais celle-là, elle est hors concours. J'ai été stupéfait aussi par les attaques personnelles dont j'ai fait l'objet de la part du président des Républicains, des Républicains de manière globale. Parce que j'ai toujours eu des relations très courtoises, très cordiales avec le président des Républicains, comme avec beaucoup d'élus, les Républicains. Et donc ces attaques, pour moi, elles sont violentes, fausses et incompréhensibles.

– Comment vous l'avez vécu ? – Comme on peut vivre des attaques personnelles, ça vous blesse. Mais vous n'êtes pas le sujet. Je ne suis pas le sujet. Ça importe très peu. Et on voit bien que je suis un prétexte dans toute cette affaire. La question, c'est la formation du gouvernement. C'est qui dirige le pays demain ? Et quelles solutions on apporte aux problèmes quotidiens de nos compatriotes ? Et notamment cette question de la dette et des déficits, qui est aujourd'hui une question qui suscite beaucoup d'inquiétude de la part de nos compatriotes. C'est ça le seul sujet. Je ne suis pas le sujet. La France et les Français sont le seul sujet qui compte à mes yeux.

2:22
Présentateur

– Alors vous dites que vous n'êtes pas le sujet, pourtant vous l'avez été durant ces dernières 24 heures. Dans la tête d'une partie des Français, vous êtes perçu comme l'homme aux 1000 milliards de dettes. Qu'est-ce que vous répondez à ça justement quand on parle d'attaque personnelle ?

2:32
Bruno Le Maire

– Je réponds d'abord que j'ai ma responsabilité. Et quand vous avez été 7 ans ministre des Finances, vous ne vous défaussez pas de vos responsabilités. Et croyez-moi, ça reste un déchirement personnel très fort d'avoir dû quitter le ministère des Finances après la dissolution sans avoir laissé la maison en ordre. Moi, mon genre de beauté, c'est de laisser la maison en ordre. Et j'avais commencé en 2024 à rétablir les comptes publics, faire 30 milliards d'euros d'économie. Ça a été salué par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale. Et puis tout d'un coup, le coup près tombe, dissolution, et vous ne pouvez plus rétablir les comptes publics. Et depuis, ça n'est allé que de mal en pis.

Cette question des finances publiques a fait tomber le ministre des Finances d'abord, puis le Premier ministre Michel Barnier, puis un autre Premier ministre François Bayrou, puis enfin Sébastien Lecornu. Pour quelle raison ? C'est que lorsque vous voulez dépenser plus, tout le monde est avec vous. Mais lorsque vous voulez faire des économies, vous n'avez plus personne derrière vous. Et je peux en témoigner personnellement pour avoir voulu faire des économies, proposer des économies, et mettre vue opposée très souvent une fin de non-recevoir. Et je veux dire de manière plus...

3:41
Présentateur

– Il a fallu en savoir de qui ?

3:42
Bruno Le Maire

– Mais des oppositions, du membre de gouvernement, parfois des premiers ministres ou du président de la République. Donc il y a eu certaines victoires. Et puis par moments, il y a des défaites. Parfois vous vous dites, tiens, j'ai réussi à arracher 200 millions d'euros d'économies. On est dans la bonne direction. On rétablit les comptes publics et on sort du quoi qu'il en coûte, comme je le demande, depuis août 2021. Chaque semaine, chaque mois, chaque jour, je me suis battu pour faire des économies.

4:10
Présentateur

– Vous dites, vous êtes battu que si on devait donner un exemple…

4:11
Bruno Le Maire

– Je vous donne un exemple, vous faites 100 millions d'euros d'économies, vous êtes tout content, ça vous a demandé des semaines de négociations avec un ministre, avec des oppositions, vous êtes content, vous vous êtes levé le matin, j'ai enfin réussi à faire des économies, on va dans la bonne direction, c'est des petits pas, on met des petits pas dans la bonne direction, vous allumez votre radio, et là, on vous apprend que la Première ministre a décidé d'augmenter le point d'indice des fonctionnaires et que ça coûte 8 milliards d'euros par an. Donc c'est assez désespérant, il faut reprendre le travail depuis le début, mais c'est ça la vie du ministre des Finances.

4:45
Présentateur

– Là, vous citiez Elisabeth Borne.

4:46
Bruno Le Maire

– Oui, je cite Elisabeth Borne, je dois citer d'autres exemples, et ça ne cible pas Elisabeth Borne en particulier, c'est juste pour dire ce qu'est la vie du ministre des Finances. Tout le monde veut dépenser plus, personne ne veut faire d'économies. D'ailleurs, ceux qui vous reprochent les dettes excessives sont les mêmes qui, lorsque j'ai protégé les Français, lorsque nous avons pris les décisions indispensables pour protéger nos entreprises, protéger nos industries, protéger nos hôtels, nos restaurants face à la crise du Covid, on a fait tout ce qui était nécessaire. Et c'est ma fierté d'avoir protégé les Français à ce moment.

Mais tous ceux qui critiquent aujourd'hui, qu'est-ce qu'ils disaient ? Ils disaient c'est trop ? Non, ils disaient c'est pas assez. Ils disaient arrêter ? Non, ils disaient continuer. Et quand moi j'ai dit arrêter, ils disaient non, il faut surtout que vous continuiez. D'où la situation dans laquelle nous sommes. Et je vais juste élargir un peu pour que chacun comprenne la gravité du problème et à quel point il faut se battre pour établir nos comptes publics. Dans le fond, j'aimerais bien être le seul responsable. Parce que dans ce cas-là, il suffirait que je m'en aille pour que les choses s'améliorent. Mais il ne semble pas que depuis que je suis parti, ce soit beaucoup amélioré.

Et puis ça supposerait qu'avant, il n'y avait pas de difficultés. Or la dette est un problème français. C'est un problème depuis 50 ans. La dette publique a augmenté de 20 points sous François Mitterrand. Elle a augmenté de 30 points sous Nicolas Sarkozy. Elle a moins augmenté sous François Hollande, je le reconnais, parce qu'il a augmenté massivement les impôts. Et quand je suis arrivé ministre des Finances en 2017, pour établir la vérité et les faits, la dette approchait déjà les 100% par rapport à notre richesse nationale. 97% pour être tout à fait précis.

Donc nous avons fait 15 points de dette supplémentaires pour protéger nos compatriotes, les salariés, nos usines, nos sites de production, nos compétences, nos services, nos restaurants, nos hôtels, face à la crise économique la plus grave depuis 1929, et face à une explosion de l'inflation. Qu'est-ce qu'on aurait voulu ? Que les prix de l'électricité augmentent de 20, 24 ou 25%, comme ça a été le cas dans certains pays européens, que les gens se retrouvent avec une facture d'électricité qui double ou qui triple ? J'ai refusé cela. J'ai fait ce choix. Je regrette simplement que, parce qu'il a fallu revenir à la normale, là j'ai regardé, il n'y a plus personne. – Mais il y a quoi ?

Un manque de courage ? Un manque de courage, et surtout un manque de capacité à regarder la réalité. La vie poétique française est hors sol. C'est des discours, c'est des déclarations préemptoires, c'est des attaques, c'est des marchandages entre les uns et les autres, mais elle est à côté de la réalité. La réalité, c'est que la dépense publique en France, c'est quoi ? C'est deux choses. C'est les dépenses de retraite, et c'est les dépenses de notre modèle de santé auquel je suis viscéralement attaché.

Donc si on ne veut pas traiter le sujet des retraites, et si on ne veut pas regarder le financement, notre modèle de santé, à un moment où on le sait, notre démographie s'est beaucoup ralentie, il y a moins de gens pour cotiser pour ceux qui sont à la retraite, et nous vivons plus longtemps, tant mieux, mais ça veut dire des dépenses de soins plus importantes. Si vous ne traitez pas ces deux sujets, vous ne traitez pas le réel. Je vous donne un chiffre pour qu'on soit précis au-delà de ces milliards, pour quels personnes ne comprend grand-chose. Sur 1 000 euros de dépenses publiques, vous en avez 250 qui sont consacrées aux retraites. 200 au modèle de santé. C'est-à-dire quasiment la moitié.

Après, les dépenses de l'État dont tout le monde parle, vous savez, tout le monde vous dit, il faut supprimer telle agence, il faut supprimer telle institution, il faut réduire les trains de vie de l'État. Très bien, je suis pour, je suis archi pour, mais c'est 60 euros. Donc regardons le réel en face. C'est ça la responsabilité politique, regarder le réel en face. C'est ce que j'ai toujours fait lorsque j'étais ministre.

8:36
Présentateur

– Vous évoquiez justement le quoi qu'il en coûte, c'était entre 2020-2022, et cette notion de vouloir ensuite rétablir les comptes publics. Mais vous vous êtes sorté à qui, finalement ?

8:45
Bruno Le Maire

– Je me suis heurté à à peu près tout le monde. – Même le président de la République ? – Même le président de la République, mais il est dans son rôle de président de la République. Les présidents, ça adore dépenser. Les ministres, ça adore dépenser. Je dépense, donc je suis. Vous n'avez qu'à voir, un ministre, dès qu'il arrive, qu'est-ce qu'il veut faire ? Une annonce, aller à la radio, j'ai obtenu telle aide, j'ai obtenu tel soutien supplémentaire, j'ai obtenu tel soutien financier pour telle association, ou tel hôpital, ou telle école, ou telle crèche. Mais c'est très bien, à un moment donné, il faut choisir. La politique, c'est décider. Et décider, c'est choisir.

Quelles sont nos priorités ? Qu'est-ce que nous voulons faire ? Qu'est-ce que nous ne faisons pas ? Or, aujourd'hui, tout le monde veut tout faire. Par conséquent, vous n'arrivez pas à rétablir nos comptes publics. Mais quand j'ai voulu supprimer le bouclier tarifaire sur le gaz, je me dis « stop, c'est pas possible », ça va être trop coûteux politiquement. Lorsque j'ai voulu, en août 2023, désindexer partiellement les pensions de retraite. Pas celles des plus modestes, pas celles de tous ceux qui ont des toutes petites pensions, mais celles de ceux qui avaient des pensions de retraite élevées. Ça représentait une économie considérable.

On m'a dit « c'est pas le moment, on ne peut pas le faire ». Donc je me suis battu, tous les jours, tous les jours, tous les jours, pour qu'on rétablisse nos comptes publics, pour qu'on avance dans la bonne direction. Mais j'ai rencontré des résistances farouches. Le meilleur exemple étant, en avril 2024, quand on peut avoir fait beaucoup d'économies, j'ai dit « si on veut aller plus loin », et il faut aller plus loin. Il faut une loi d'économie, ce qu'on appelle une loi de finances rectificative. On m'a dit « niette ». Le président de la République, le Premier ministre ont estimé, et c'est leur responsabilité, c'est eux qui font l'agenda législatif, ce n'est pas le ministre des Finances.

Ils ont estimé que ce n'était pas le bon moment. Donc vous le voyez, la vie du ministre des Finances, c'est une vie de combat. Ça tombe bien, j'adore le combat. Il y en a que vous gagnez, et puis il y en a que vous perdez.

10:43
Présentateur

Quand je vous écoute, est-ce que finalement, vous prenez la position de celui qui était un peu un bouc émissaire, en mode « le président de la République, les premiers ministres, les ministres ont pris des décisions, ont acté des dépenses qui n'étaient pas forcément de votre choix, et finalement s'est retombé sur vous, sur votre image ? »

10:56
Bruno Le Maire

Ma image n'a aucune espèce d'importance. Enfin honnêtement, je m'en fous, mais complètement. En revanche, ce qui m'importe, mais de manière tripale, c'est qu'on sorte de ce piège de la dette dans lequel nous sommes enfermés depuis 50 ans. C'est ça qui m'importe le plus. Et je dis très simplement que nous n'y arriverons pas si tous collectivement, de manière sereine, posée, sans invective, sans pointer du doigt l'un ou l'autre, on se dit « quel est le problème français ? » Le problème français, il se régime en une phrase. Nous dépensons plus de richesses que nous n'en produisons. C'est ça le problème français.

11:37
Présentateur

– Mais en parallèle, il y a aussi beaucoup de Français qui ont ce sentiment de se dire, on nous parle de la dette, des dépenses publiques qui sont énormes, mais qui ont ce sentiment aussi en parallèle de déclassement de leur vie, fermeture des services publics, que leur quotidien est aussi plus compliqué. Et que aussi, beaucoup de gens ont du mal à s'en sortir malgré le système, les aides sociales. Donc comment on arrive à mettre en parallèle les deux, finalement ?

11:57
Bruno Le Maire

– Je comprends parfaitement ce sentiment, parce que ce n'est pas un sentiment, et là, c'est une réalité. La situation de nos services publics, je pense en particulier aux hôpitaux, aux services d'urgence, et je pense à l'école, qui est la clé de la société française et de son avenir, sont aujourd'hui confrontés à des difficultés majeures. Je dis simplement que dans ce cas-là, il faut faire des choix, et dire c'est quoi nos priorités sur les finances publiques, à quoi est-ce qu'on touche pour faire des économies qui sont indispensables, et qu'est-ce qu'on préserve, parce que c'est une priorité.

Et pour moi, il y a trois priorités, elles sont très simples, pas quatre, pas cinq, pas six, pas dix, trois. Trois, la sécurité, l'école, l'hôpital. Ces trois dépenses-là, vous les préservez. Toutes les autres, vous faites des économies. Et dans le même temps, parce que c'est ce que nous avons fait depuis 2017, et nous avons obtenu des résultats là-dessus, je ne voudrais pas être résumé, nous et notre action, uniquement à la question des finances publiques. Il faut dans le même temps avoir plus de personnes qui travaillent. Il faut que ceux qui ont plus de 50 ans puissent continuer à faire valoir leur expérience. Il faut qu'il y ait plus d'activité, plus de croissance, plus d'innovation.

La dette, ce n'est pas mauvais, si ça va vers l'innovation, la croissance, la création d'emplois. C'est mauvais, si c'est fait pour entretenir la toiture et payer les dépenses de fonctionnement. C'est exactement le cas aujourd'hui.

13:18
Présentateur

– On évoquait les critiques, ce que vous avez vécu en tant que ministre de l'économie, mais on va revenir sur le temps présent. Ce qui s'est passé ces derniers jours, c'est quoi le premier contact envers vous, pour être nommé ministre des armées ?

13:30
Bruno Le Maire

Le premier contact, c'est le secrétaire général de l'Élysée, Emmanuel Moulin, qui a été mon directeur de cabinet au ministère des Finances. – C'est quatre jours ? – M'excellent directeur de cabinet. C'est vendredi matin à 10h, au moment où j'allais partir et j'étais chez moi avec ma femme Pauline dans mon appartement parisien. Puisque j'habite Paris et pas en Suisse, comme ne cesse de le répéter, là aussi, des rumeurs malveillantes. – Donc là, on vous appelle vendredi 10h. – Donc Emmanuel Moulin m'appelle et me dit, voilà, je vais te dire quelque chose qui ne va pas te plaire. Le président de la République souhaiterait que tu prennes le ministère des armées. Et ma réponse a été très simple.

Je lui ai dit, écoute, ça fait 15 jours que je dis, par oral et par écrit, que je ne veux pas revenir au gouvernement. J'ai refait ma vie ailleurs, en quittant le gouvernement en 2024. Je m'occupe d'une association qui me tient très à cœur, qui s'appelle Impact, qui est dirigée par une femme exceptionnelle, comme il y a des millions de Français exceptionnels qu'on n'entend pas, qu'on ne voit pas, qui s'appelle Céline Gréco, chef de service à l'hôpital Necker et qui s'occupe de l'aide sociale à l'enfance. Ça me tient à cœur. Ces dizaines de milliers de gosses qui ont été maltraités par leurs parents, qui sont en difficulté, m'occuper d'eux, ça me tient à cœur.

Je suis engagé chez ASML, qui est une des plus grandes entreprises de technologie en Europe. Je considère que gagner la bataille des semi-conducteurs entre la Chine et les États-Unis, c'est clé. Et il se trouve que je suis engagé comme conseiller dans cette entreprise pour gagner cette bataille. Entreprise qui vient d'investir plus d'un milliard quatre pour le champion de l'intelligence artificielle français, Mistral. Je veux continuer ce combat. Et puis j'enseigne tous les lundis à Lausanne, à des étudiants que j'aime beaucoup, à des échanges qui sont formidables, donc je ne veux pas arrêter ça. Ma réponse, c'est non. Il rappelle le soir à 18h. Il me dit, je me permets d'insister.

Le président, il tient beaucoup. Le lendemain, samedi après-midi, Sébastien Lecornu m'appelle. Sébastien Lecornu, ce n'est pas n'importe qui. Ce n'est pas parce qu'il est le Premier ministre. C'est juste que ça a été mon collaborateur pendant des années, que c'est un ami, qu'on a travaillé dans l'heure pendant des années et des années. Et lui fait appel à mon sens du devoir. Il me dit, je sais que vous ne vous êtes jamais dérobés.

On a besoin de vous, comme ministre des armées, pour accélérer l'industrie de défense, vous connaissez ça par cœur, pour construire un partenariat avec l'Allemagne, vous êtes un des spécialistes de la relation franco-allemande, et pour travailler sur une Europe de la défense et garantir la sécurité stratégique du continent. Et là, vous dites, bon coup, on y va. Vous ne pouvez pas vous défiler. Je connais votre sens du devoir, vous ne pouvez pas vous défiler. Je vous le dis très sincèrement, oui, ça m'a fait réfléchir, instinctivement. Je savais que c'était risqué. Mais mon sens du devoir l'a emporté sur mon instinct politique.

Et ça a toujours été le cas, dans ma vie personnelle comme dans ma vie publique. Et donc, quand le président de la République, non, je l'ai accepté le dimanche à 15h, quand le président de la République m'a appelé et a employé les mêmes arguments, on a besoin de toi. On a regardé la feuille de route, défense européenne, autonomie stratégique du continent, construction d'une nouvelle relation avec les Allemands, renforcement de l'industrie de défense. J'étais parfaitement aligné sur cette feuille de route. Le président de la République est chef des armées. Inutile de vous dire que la situation géopolitique n'a jamais été aussi dangereuse. Il y a la guerre en Ukraine.

Il y a des provocations russes en permanence sur le sol européen. Vous faites quoi ? Vous dites je me défile ? Je me dérobe ? Ou vous répondez à votre sens du devoir ? J'ai répondu à mon sens du devoir. Et je vais vous dire, Rémi Buzine, il y a une seule chose qui compte dans ma vie, personnelle et politique. J'aime bien pouvoir me regarder en face, dans la glace, quelles que soient les attaques, quelle que soit la curée médiatique dont j'ai fait l'objet, quelles que soient les accusations infondées sur la dette, les déficits, où personne ne veut prendre ses responsabilités. Le matin, je peux me regarder dans la glace.

Car lorsqu'on m'a demandé de remplir une mission pour la France et pour les Français, j'ai répondu oui.

17:41
Présentateur

Dimanche après-midi, donc, vous l'acceptez ?

17:43
Bruno Le Maire

Dimanche après-midi, à 15h, j'ai accepté d'être ministre des armées. Après l'appel du président de la République. Je n'imagine pas une seconde que ça allait soulever ce torrent d'attaques personnelles. Mais jamais une seconde. Et surtout, je le redis, de la part de responsables politiques avec lesquels j'ai toujours eu les relations les plus cordiales.

18:04
Présentateur

Pour moi, ça reste incompréhensible. – Ce qu'on disait à Brisquet, vous n'attendiez pas justement le niveau de ces commentaires, de ces attaques de la part de certains responsables politiques ?

18:12
Bruno Le Maire

– Non, mais je vais vous dire, je suis un peu bas de plafond. Enfin, il ne m'avait pas échappé que la situation politique était sacrément fragile. Donc, je prenais tous les risques. Et franchement, ça ne m'arrangeait pas. Je le redis, j'avais une vie passionnante qui répondait à ce que je voulais faire. L'engagement social, l'engagement pour la tech, les étudiants et l'enseignement qui ont toujours été une de mes premières vocations. Il fallait faire une croix là-dessus. Enfin, je vous passe les détails techniques, mais c'est assez compliqué. Donc, ça n'avait pas échappé.

Je savais que c'était fragile, mais je ne mesurais pas que la vie politique, en un an, depuis que j'avais pris un peu de distance, c'était dégradée à ce point. Et qu'elle était devenue aussi hystérique, aussi violente, aussi éloignée de la réalité, aussi polarisée. – Pour vous, l'ambiance s'est dégradée entre le moment où vous avez quitté le ministère… – Oui, terriblement. Et je trouve ça triste. Triste, je le redis, pour la seule chose qui compte pour moi, c'est-à-dire mes compatriotes, c'est-à-dire la France. Et je trouve ça inquiétant. Parce que je ne vois pas le chemin dans les années à venir si nous restons dans une démocratie où l'insulte a pris la place du dialogue.

19:25
Présentateur

– Mais est-ce que dimanche soir, justement, qu'on comprend très rapidement que votre nom va cristalliser des tensions ? Qu'est-ce que vous faites à ce moment-là ? Vous ne dites pas, j'appelle le président de la République et je démissionne immédiatement, avant même d'avoir pris mes fonctions ?

19:37
Bruno Le Maire

Est-ce que vous avez songé ? – Un oui, non. Un oui est un oui. Vous dites oui, vous engagez. Enfin, on ne parle pas de sujets anecdotiques. On parle de la sécurité des Français. On parle des armées françaises. Moi, il se trouve que j'aime les armées françaises. Que ça fait partie de mon ADN politique. Que j'ai commencé ma vie diplomatique et ma vie politique.

20:02
Présentateur

– Et certains auraient pu se dire que Bruno Retailleau aurait pu être calmé, entre guillemets.

20:05
Bruno Le Maire

– Je vais y venir. Je vous dis simplement à quel point les armées, ça me tient à cœur. Ça me tient à cœur personnellement, familialement. J'ai un grand-père qui s'est engagé volontaire alors qu'il était trop jeune dans la guerre de 14 et qui était blessé au front en 1918. J'ai des amis qui sont militaires. J'ai commencé ma carrière diplomatique comme conseiller pour les affaires de sécurité et de défense auprès de Jacques Chirac et de Dominique de Villepin. C'est des sujets que j'adore. J'avais dit oui, je m'étais engagé et je voulais juste faire bien mon travail. Donc quand j'ai vu que ça commençait à vaciller, je me suis dit mais qu'est-ce que c'est que cette histoire ?

Le Premier ministre m'a appelé dimanche soir. Il m'a dit honnêtement, on a un sujet du côté des Républicains. Je suis tombé de mon armoire. Je lui ai dit mais un sujet, pourquoi ? Pourquoi ? Enfin c'est quoi ce délit de sale gueule ? Qu'est-ce qui ne leur va pas ? Il m'a dit essaye de joindre Bruno Retailleau. Je dis mais aucun sujet. Moi j'ai texté entre relations et Bruno Retailleau depuis des années. Il n'y a pas de difficulté. Je l'appelle une fois, il ne répond pas. Je l'appelle une deuxième fois, il ne répond toujours pas. J'envoie un texto, pas de réponse. Je lui dis bon, aux grands mots, les grands remèdes.

Donc je prends mon téléphone, je regarde sur Google et je trouve le numéro du ministère de l'Intérieur. Donc j'appelle au ministère de l'Intérieur où il y avait un agent qui était de permanence.

21:15
Présentateur

Vous appelez le standard ?

21:15
Bruno Le Maire

Oui, j'appelais le standard, je n'arrivais pas à joindre. J'appelle sur le porteur mais on ne répond pas. J'appelle le standard comme n'importe quel citoyen. Et là je tombe au standard sur un garçon très sympathique qui devait être l'agent de permanence. Il dit bonjour, c'est Bruno Le Maire au téléphone. Je voudrais parler au ministre de l'Intérieur. Il dit écoutez monsieur, je ne sais pas qui vous êtes. Il en est dimanche 22h, donc ce n'est pas l'heure des blagues. Et il a raccroché. Donc voilà, c'est ça l'histoire. J'ai essayé de calmer le jeu, de joindre Bruno Retailleau et je n'y suis pas arrivé.

21:45
Présentateur

– Et la suite ?

21:45
Bruno Le Maire

– La suite, vous la connaissez. – Le lundi, comment ça se passe ?

21:48
Présentateur

Est-ce que vous avez essayé par exemple de joindre le président de la République pour avoir une discussion avec lui ?

21:51
Bruno Le Maire

– Non, parce que je ne savais pas où on en était exactement. Je ne me suis pas mêlé de ces sujets de politique politicienne. Enfin, les tripatouillages, les marchandages, de savoir qui va être secrétaire d'État à ceci, qui va être ministre délégué à cela. Ce n'est pas mon sujet. Moi je me suis engagé pour les armées françaises. – Est-ce que c'est parce que… – Pour la sécurité des Français. Pas pour rentrer dans les tripatouillages de bas étage et d'arrière-cours sur la composition d'un gouvernement. Ce n'est pas mon sujet.

22:14
Présentateur

– Est-ce que avant de démissionner, Sébastien Lecornu a essayé de vous convaincre pour vous mettre en retrait ?

22:19
Bruno Le Maire

– Pas du tout. Absolument pas. Moi j'étais en train d'écrire le lundi matin le discours de ma passation de pouvoir, de peser chaque mot sur des sujets, je le redis, qui sont très sensibles. – Et donc là vous apprenez… – Pendant qu'on s'occupe du gouvernement, de ses postes, de ses intérêts personnels, de ses ambitions des uns et des autres, la guerre se poursuit en Ukraine. Les menaces restent les mêmes en Europe. Et c'est ça qui m'intéresse.

22:42
Présentateur

– Mais est-ce que vous comprenez qu'en parallèle ça puisse aussi choquer les Français de se dire qu'il y a eu des élections législatives en 2024 qui désavouent finalement Emmanuel Macron et finalement il y avait énormément de ministres dans ce gouvernement qui étaient de celui de François Bayrou ou encore de Michel Barnier qui avait été censuré en décembre dernier. Quand on regarde finalement la copie gouvernementale, le gouvernement qui a été nommé, c'est quasiment le même nom pour nom. Et on se dit, il y a Bruno Le Maire qui revient, il était ministre de l'économie, il a été contesté sur la fin, il revient aussi.

23:10
Bruno Le Maire

– Ça peut choquer aussi quelque part. – Je comprends parfaitement les réactions des Français. Simplement j'ai accepté un poste, je n'ai pas accepté un gouvernement. – Mais c'est-à-dire que vous ne savez pas… – Je ne savais absolument pas le dimanche qui allait être nommé, à quel endroit, comment les équilibres avaient été décidés. Ce n'est pas ma responsabilité. Je ne suis pas rentré dans les négociations politiciennes. – J'ai répondu à un appel du président de la République à une demande insistante pour prendre un poste stratégique à un moment stratégique.

Tout le reste, je suis à milieu de ces négociations, j'ai appris le gouvernement comme n'importe quel citoyen au moment où il a été présenté aux Français. – Ça vous a surpris ou pas quand même, entre nous ? – Non, c'est…

23:56
Présentateur

– Parce que c'est vrai que c'est quand même… Je veux dire, quand on regarde, moi j'aurais pu sortir le même sujet que j'avais fait il y a six mois sur la même liste gouvernementale.

24:01
Bruno Le Maire

– C'est pour ça que je comprends la réaction qu'a pu être celle des Français. Mais on ne m'a pas dit, tu vas rentrer dans ce gouvernement, à cette place, avec tels autres ministres autour. Ça n'était pas mon sujet, je le redis.

24:11
Présentateur

– Vous l'auriez fait ?

24:13
Bruno Le Maire

– J'aurais répondu de la même façon à la mission que m'avait proposée le président de la République en me disant, la France a besoin d'un gouvernement. Elle a besoin d'hommes et de femmes d'expérience qui dirigent le pays. Qui dirige aujourd'hui ? Plus personne. Qui est le chef ? On ne sait plus. Où va le pays ? On ne sait pas. Au moins dans les fonctions qui allaient être confiées, j'avais une idée de ce qui pouvait être fait pour nos armées françaises, pour nos soldats et pour la sécurité des Français.

24:45
Présentateur

– Vous dites, on ne sait plus, on ne sait pas. Justement, il y a eu deux prises de parole quand même assez fortes, celle de Gabriel Attal et d'Édouard Philippe, deux de vos anciens premiers ministres. Gabriel Attal, qui est quand même chef du parti d'Emmanuel Macron, qui dit, je ne comprends plus les décisions du président de la République. Édouard Philippe qui, ce matin, demande une présidentielle anticipée. Finalement, aujourd'hui, Emmanuel Macron, il a un peu lâché de toute port.

25:05
Bruno Le Maire

– Il y a les institutions et puis il y a les hommes. Et je pense que pour nos compatriotes, qui sont, je le redis, en proie à une inquiétude viscérale. Et ils ont raison. Et je partage leur inquiétude.

25:20
Présentateur

– Mais est-ce que vous partagez les constats qui ont été faits par Gabriel Attal ?

25:22
Bruno Le Maire

– Non, je ne partage pas ces constats. Moi, j'estime qu'il y a des institutions. Et quoi qu'on pense d'Emmanuel Macron, il est le président de la République. Et que si vous fragilisez, de quelque façon que ce soit, l'institution présidentielle, vous fragilisez la France.

25:39
Présentateur

Or, tout mon engagement politique, c'est de renforcer la nation française.

25:44
Bruno Le Maire

De lui donner les moyens, d'avoir un chef, d'être conduite, d'avoir une direction sur les 25 ou 30 prochaines années. Fragiliser le président de la République, c'est fragiliser la direction du pays. Ce n'est pas ce que je veux faire.

25:59
Présentateur

– J'ai envie de revenir sur votre sentiment, justement, lundi. J'ai vu le tweet hier où, justement, on disait « je vais me mettre en retrait immédiatement ». À quel moment vous prenez cette décision de vous dire parce qu'on comprend que c'est un peu un mic-mac pour les gens qui nous regardent, mais il y a un gouvernement qui est nommé, il n'y a pas eu de passation de pouvoir, mais vous êtes quand même en poste puisque le journal officiel vous a nommé. Vous, vous dites finalement… À quel moment vous dites « bon, voilà, là, c'est trop, je ne peux pas rester ».

26:23
Bruno Le Maire

– Je me dis que la seule chose qui compte, c'est l'intérêt général. Et que l'intérêt général, c'est d'avoir un gouvernement. Et que si je suis le problème, je me retire. – À quel moment vous dites ça ? – Je ne compte pas dans cette affaire-là, je le redis. Mon destin individuel n'a aucune espèce d'importance. Donc en fin de matinée, vers 11h, avant le déjeuner en tout cas, j'ai eu le Premier ministre au téléphone et je lui ai dit « Sébastien, si je suis le problème, je me retire. Vous verrez bien que je ne suis qu'un prétexte. Et que le problème est malheureusement infiniment plus profond.

Mais puisque je suis perçu comme le problème, et que la perception, ça compte, je vais me retirer totalement. Si je ne veux pas être ministre des missionnaires en charge des affaires courantes pendant encore des semaines et des semaines, plus profondément, je ne me sens pas la légitimité de signer en affaires courantes des décrets qui concernent nos militaires, nos armées, la sécurité de nos compatriotes. Je n'ai pas la légitimité pour ça. Donc pour ces deux raisons, je ne veux pas être un problème dans la bonne marche de l'État, et je ne veux pas prendre de décisions pour lesquelles j'estime ne pas avoir la légitimité. Eh bien, je me retire totalement.

Ça suppose un décret du président de la République. J'en ai parlé au président, il a signé le décret. Et désormais, je suis totalement en dehors du gouvernement.

27:37
Présentateur

– Vous avez appelé le président de la République, vous avez pu...

27:39
Bruno Le Maire

– Bien sûr, mais j'ai toujours eu des échanges très directs avec le président de la République. Et je pense qu'il sait à quel point je suis attaché au sens de l'État. Nous sommes très peu de choses. – Mais quand vous l'avez dit, justement, ben voilà... – Rémi Buzine, nous sommes très peu de choses. Très peu. Les hommes et les femmes qui servent, nous sommes très peu de choses. Nous sommes là pour servir des institutions, un État, et la plus belle nation du monde, qui s'appelle la France, que j'aime, de toutes mes tripes. Il n'y a que ça qui compte pour moi. C'est ça le sens de mon engagement politique.

Donc quand je vois que je suis le problème, j'appelle le Premier ministre et je lui dis, je me casse, pas de problème. Et j'appelle le président de la République et je lui dis, je me casse, pas de problème. Et ce n'est pas moi le sujet. Moi, ce qui compte pour moi, c'est que ça marche. C'est que le gouvernement soit en ordre de marche. C'est que nos institutions fonctionnent. Et si je suis un grain de poussière dans ces institutions, ben le grain de poussière va se retirer. J'ai très peur, malheureusement, qu'on s'aperçoive assez rapidement que derrière toute cette mascarade, les problèmes sont beaucoup plus profonds.

28:37
Présentateur

– Quand vous appelez le président de la République, vous parlez justement de la légitimité. Lui, il cherche à vous convaincre encore ou il prend acte ?

28:41
Bruno Le Maire

– Non, je pense qu'il a parfaitement compris qu'on est sur des sujets graves et que je refuse d'être un problème pour lui, pour la majorité même relative, pour ce qu'on appelle le bloc central, peu importe, surtout pour les Français. Je ne veux pas être un problème pour les Français. J'ai consacré toute ma vie à m'engager pour les Français. Ce n'est pas pour devenir tout d'un coup un problème, alors que je suis venu avec les meilleures intentions du monde pour dire je vais servir et je vais remplir une mission.

29:08
Présentateur

– Mais vous êtes allé finalement au ministère des Armées ?

29:10
Bruno Le Maire

– J'ai refusé d'y aller. – Donc vous n'êtes même pas rentré au ministère des Armées ? – Non, parce que je crois au symbole et que je pense que la République, c'est des symboles. Et donc on ne se rend pas dans un lieu de pouvoir si on estime ne pas avoir la légitimité pour exercer ce pouvoir. J'estimais que j'étais un problème, je me suis retiré. J'estimais que je n'avais pas la légitimité pour continuer à signer des textes en affaires courantes, je me suis retiré. Je pense que c'est une question de dignité.

29:35
Présentateur

– Quand je vous entends là, j'ai l'impression qu'il y a un sentiment un peu de dégoût du monde politique.

29:41
Bruno Le Maire

– Dégout absolument pas, la politique c'est un engagement très noble.

29:45
Présentateur

– Quand je parle de la politique, ce n'est pas l'engagement lui-même,

29:47
Bruno Le Maire

c'est l'atmosphère. – J'ai une inquiétude. Mon sentiment très profond, là aussi je vous parle vraiment avec mes tripes, c'est pas là que ça se passe. Là, je commence à être sacrément inquiet. Parce que je trouve que ça déconne big time, pour vous dire le fond de ma pensée. cette façon de ne plus avoir de débat posé sur la question de la dette, sur la question des services publics, sur la manière dont on aide nos compatriotes qui sont les plus en difficulté, sur la manière dont on répond aux entrepreneurs qui aujourd'hui sont tétanisés et se disent mais qu'est-ce que je vais faire, j'ai plus d'investisseurs, il n'y a plus rien qui marche.

La manière dont on répond aux jeunes ménages qui veulent investir, acheter une maison, acheter un appartement, et qui se disent avec toute leur couillonnade, on a les taux d'intérêt qui augmentent, et on n'arrive plus à emprunter. Mais qu'on n'arrive plus à avoir ce débat serein et qu'on soit dans la discussion permanente, pour savoir si c'est Plic ou Ploc qui va devenir secrétaire d'État, ça m'inquiète. Quand je vois la violence des attaques, ça m'inquiète. Quand je vois que le faux règne en maître dans la vie publique française, n'importe quoi, plus c'est faux, plus ça passe, ça m'inquiète. Parce que je vois une dérive que dans le fond une dérive à l'américaine.

Polarisation de la vie publique, hystérisation des débats. Là où le rôle d'un homme d'État, c'est de fixer un cap de long terme, de garantir la dignité des débats et la sérénité des relations entre les uns et les autres.

31:16
Présentateur

– Vous faites ce constat-là, dans ce moment-là, il y a deux solutions. C'est soit on se dit, on se bat contre ce constat, soit on se dit, c'est horrible, vous dites, je me casse, mais je me casse aussi de la vie politique.

31:26
Bruno Le Maire

– Je me suis engagé depuis 25 ans dans la République. J'ai dû faire des centaines et des centaines de conseils et des ministres. J'étais mise de l'agriculture avec une passion pour les paysans, le monde agricole peut-être aussi importante que celle pour les armées et les soldats. Donc est-ce que vous croyez vraiment, Rémi Buzine, que c'est pour vous dire, au bout de 25 ans d'engagement public, j'arrête, je raccroche les wagons et je suis dégoûté de tout ça. Non, je suis un combattant. Et les combattants, ils ne raccrochent jamais les gants. Ils peuvent s'engager différemment. – Mais comment vous allez vous engager ?

– Quand je m'engage pour l'association Impact pour être social à l'enfant, c'est une façon de servir les Français. Quand je me bats pour qu'on ait des semi-conducteurs produits sur le territoire français avec des usines françaises, c'est un engagement politique sous une autre forme. Mais je sers aussi les Français. Quand je fais des cours de géopolitique, alors on en pense ce qu'on veut. Ces cours, ils sont bien, ils ne sont pas bien. Il m'arrive d'en faire en France également. C'est une autre façon de s'engager. Mais ma parole publique, elle continuera, quelles que soient les circonstances.

32:34
Présentateur

Parce que… – Mais est-ce que votre voix, votre présence, elle a aussi envie de compter pour les présidentielles de 2027 ?

32:40
Bruno Le Maire

– Il y a combien de candidats et mubusines aujourd'hui à l'élection présidentielle ?

32:45
Présentateur

– Alors il y en a énormément qui sont déclarés, alors après il faut avoir les 500 signatures.

32:48
Bruno Le Maire

– 500, alors je ne vais pas me donner le ridicule aujourd'hui de rajouter une 501ème candidature à l'élection présidentielle. – Donc vous c'est sûr, vous n'avez pas le contrat de se dire… – Je vous dis simplement qu'aujourd'hui, c'est le moment des Français. Ce n'est pas le moment d'élection présidentielle.

33:03
Présentateur

– Mais vous n'excluez pas une participation d'une façon ou d'une autre ?

33:06
Bruno Le Maire

– Je vous dis qu'aujourd'hui, on doit s'occuper des Français. Et que cette façon de systématiquement anticiper les échéances, comme si la Terre tournait autour du monde politique, non, la Terre ne tourne pas autour des politiques. C'est les politiques qui doivent être au service des Français, et pas les Français qui doivent subir le calendrier des politiques. C'est comme ça que je conçois mon engagement. Mais en tout cas, comptez sur ma détermination pour continuer à parler haut, fort et librement.

33:32
Présentateur

– Vous évoquiez votre engagement, ce qui marquait, et vous évoquiez le fait que vous avez essayé de jouer de Bruno Retailleau quand même à plusieurs reprises, c'est que ces attaques, elles sont quand même venues de personnes de votre ancienne famille poétique, quelque part.

33:43
Bruno Le Maire

– Bien sûr. Mais c'est pour ça qu'elles sont incompréhensibles. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi. Moi, je le dis, je pourrais citer… Mais il y a eu, je ne veux pas les gêner, parce que si je dis que je suis proche d'eux, ça pourrait les gêner. Mais je veux quand même en citer une qui est députée amie depuis très longtemps, Virginie Dubimulaire, députée de Haute-Savoie, une femme pour laquelle j'ai beaucoup de respect, qui a un engagement politique en Savoie extraordinaire. Moi, j'aime beaucoup échanger avec elle, comme j'échangeais régulièrement avec Bruno Retailleau quand j'étais ministre, ou avec Gérard Larcher, de façon très cordiale.

Donc je le dis, je n'ai absolument pas compris cette subie déchaînement d'attaques personnelles et cette curée qui, je le redis, n'a pas beaucoup d'équivalent dans l'histoire politique récente. Enfin, si on peut être dans le Guinness record des attaques personnelles et de la curée médiatique, pourquoi pas ?

34:32
Présentateur

– Vous souhaiteriez toujours rencontrer Bruno Retailleau, vous qui avez insisté pour le voir dimanche, où vous vous dites, bon, attends, c'est bon, il m'a esquivé pendant 48 heures, je pars, ça ne m'intéresse plus.

34:41
Bruno Le Maire

– Je suis un garçon ouvert. Donc moi, je tends toujours la main. C'est fondamentalement mon caractère. C'est peut-être ce qui m'a amené à accepter la proposition du président de la République. et c'est ce qui fait que si je croise Bruno Retailleau ou n'importe qui d'autre des Républicains demain, je serais très heureux de discuter avec eux, sans aucun esprit de revanche. Mais uniquement pour se dire, quand est-ce qu'on se met autour de la table pour dire, là, il y a un problème et il faut qu'on le règle ensemble.

Il y a des Français qui sont inquiets, qui nous demandent des solutions, travaillons-y ensemble et jetons toute rancune à la rivière parce que la rancune, ça pourrit la vie et ce n'est pas bon à la vie publique.

35:20
Présentateur

– Pour conclure, il y a une question qui est énormément revenue hier, je pense que vous l'avez vu, sur les indemnités auxquelles ça donne droit quand on a été ministre, même pendant quelques heures. On parle de quelques trois mois de salaire, près de 30 000 euros après la perte du poste. Est-ce que vous allez les prendre ou pas ?

35:36
Bruno Le Maire

– C'est un débat un peu lunaire. Je n'ai pas pris d'indemnité quand je suis parti du ministère des Finances en 2024, après y avoir passé 7 ans. Je ne vais pas en prendre non plus maintenant, après avoir passé 12 heures comme ministre des Armées. Aucune indemnité. Aucune. Zéro euro.

35:54
Présentateur

– Donc là, vous le dites clairement, tous les avantages liés aux anciens ministres, vous n'en prendrez aucun. – Je n'ai jamais occupé le logement de fonction.

36:02
Bruno Le Maire

Jamais. Ni comme ministre de l'Agriculture, qui a pourtant un magnifique hôtel particulier dans le centre de Paris. C'est partie des choses qu'il faudrait liquider assez rapidement pour mettre plus de simplicité dans la vie publique. Ni comme ministre de l'Économie et des Finances, ni comme directeur de cabinet du Premier ministre. Jamais je n'ai occupé de logement de fonction. Jamais je n'ai utilisé davantage particuliers liés à mes fonctions. Aucune indemnité. Zéro euro. C'est le contribuable qui paye.

36:27
Présentateur

– Pour conclure, la suite à très court terme, pour vous, on a compris, j'hésitais même quand vous arrivez tout à l'heure à dire monsieur le ministre ou pas, j'ai compris que c'était pas qu'un. – Bruno, ce sera très bien. – La suite pour vous maintenant, vous reprenez votre liberté ?

36:38
Bruno Le Maire

– La suite, ça va être un footing dans quelques heures. Ça détend. Je recommanderais à chaque chef politique un peu énervé de faire un peu plus de sport et de prendre ses baskets. Ça fait beaucoup de bien au mental.

36:51
Présentateur

– Et donc là, sur votre engagement à très court terme, vous allez plutôt être en…

36:53
Bruno Le Maire

– L'engagement, c'est très simple. Ça va être un footing, comme je vous le disais, du sport pour garder son équilibre mental, qui est essentiel. Ensuite, j'irai enseigner lundi à Lausanne, donner mon cours de géopolitique comme chaque semaine. Après, j'ai des déplacements en Europe pour ASML qui sont prévus, à Berlin, à Rome. Donc je reprendrai ça avec beaucoup de détermination, parce que je pense qu'il est essentiel que l'Europe soit indépendante. – Mais finalement, très loin de la politique. – Oui, très loin de la politique, mais toujours très près des Français. Très près des Français. Je l'irai très prochainement dans la maison du Pays Basque, à Saint-Pé-sur-Nivelle.

J'aime beaucoup être au Pays Basque. J'aime passionnément cet endroit, comme j'aime passionnément mon pays. Et c'est pour ça que ça me fait mal, ce qui se passe aujourd'hui. C'est quand on aime passionnément la France et qu'on veut toujours la voir rayonner, être au premier plan, et voir des Français qui sont heureux, qui gagnent correctement leur vie, qui ne se posent pas de questions pour leur fin de mois. C'est un déchirement de voir ce qu'on voit aujourd'hui. De voir ces spectacles politiques pitoyables, ces attaques personnelles qui se font matin, midi et soir. Ce mensonge permanent, cette faucheté, cette hypocrisie. Enfin, retrouvons le sens de l'État, de la dignité.

Et essayons tout juste d'être à la hauteur de ce qu'est la France et à la hauteur de nos compatriotes.

38:14
Présentateur

– Merci beaucoup, Bruno Le Maire, d'avoir accepté la transition. – Merci, Rémi Buzina. – Voilà, un grand merci à toutes et à tous de nous avoir suivis sur Brut pour cette nouvelle interview politique que vous pouvez retrouver en intégralité sur notre chaîne YouTube. Des extraits sur les différentes plateformes de Brut. Vous dire qu'évidemment, avec toute la rédaction Brut, on va être mobilisés au quotidien pour vous informer sur cette crise politique, ses avancements, mais également avec d'autres interviews politiques à venir.

L'idée, c'est d'aller à la rencontre des différentes familles politiques, des différentes sensibilités politiques de notre pays pour poser tout simplement nos questions, mais aussi les vôtres. On lit à chaque fois vos commentaires. Donc n'hésitez pas, dans le respect, je l'espère, à réagir sous la vidéo, à donner vos réactions, vos critiques, mais aussi vos beaux commentaires, je l'espère. Et puis aussi vos likes, parce que ça permet aussi d'aider à la visibilité de cette vidéo. Et moi, j'ai eu plaisir à vous retrouver très vite sur Brut, sur d'autres contenus que vous pourrez voir sur les différentes plateformes, mais aussi ici même. On prend rendez-vous avec d'autres interviews politiques.

Donc d'ici là, je vous dis à très bientôt et prenez soin de vous. Je vous dis à très bientôt.

L'interview intégrale de Bruno Le Maire sur Brut. en pleine crise politique — Bruno Le Maire · Pourquijevote