Présidentielles 2027 : François Ruffin invité des Grandes Gueules de RMC
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous êtes avec les Gigi, avec les Grandes Gueules en direct sur RMC, RMC Story. Aujourd'hui avec Laurent Marton-Martinez qui est sophrologue, Charles Consigny, l'avocat, et Mourad Boudjellal, l'éditeur de Bande dessinée. Justement, c'est une BD dont on va parler maintenant avec un candidat à l'élection présidentielle. François Ruffin, bonjour. RMC, face aux Grandes Gueules. Il y a toujours un petit jingle, Olivier. Oui, mais j'avais oublié. Bonjour François Ruffin. Bonjour. Les aventures de François Ruffin, député reporter, Picardie, Splendor, aux éditions Les Arènes. On va en parler, mais tout d'abord une question, parce que c'était l'objet de notre débat juste avant.
Vous avez vous aussi une note confidentielle pour savoir précisément quelle est la cible électorale que vous visez, comme Raphaël Guxman ?
Oui, je vise les propriétaires de yachts qui ne payent pas leurs impôts en France, mais ont un paradis fiscal à Jersey. Voilà notre cœur de cible. Non, pour être sérieux, moi je veux la France en entier, je veux, voilà, je ne veux pas des bouts de France, il n'y a pas des parts de segment avec, voilà, on cible. Et puis ceux-là, on les laisse tomber, il n'y a pas de ça, quoi. Donc vous parlez à tout le monde ? Depuis 25 ans, je parle à tout le monde. Et dès qu'un patron m'ouvre la porte, je discute avec lui pour voir quelle est sa vision à lui de la société.
Dès que c'est un militaire à l'armée, j'y vais, et évidemment, je suis de manière plus quotidienne aux côtés des auxiliaires de vie, des charistes, des ouvriers.
Et vous serez candidat jusqu'au bout, même s'il n'y a pas de primaire à gauche ?
Je suis candidat à l'élection présidentielle, je souhaite qu'il y ait une primaire pour des raisons de départage, il y a plein de talents à gauche, et c'est quand même le meilleur mode de choix que de laisser parler les gens. Pour des raisons de débordement, je pense qu'on aurait 2 ou 3 millions de personnes qui se saisiraient d'un bulletin un peu comme on reprend son destin en main. Et pour des raisons de démocratie, ça fait 10 ans que Macron s'assoie dessus, si on veut que ça change, qu'on le prouve dès maintenant.
Maintenant, si les petits marquis de la politique et les apparatchiks, ils ne veulent pas de ça, pour moi, il n'y aura pas de négociation de salon, il n'y aura pas de congrès à ranger, et ça se passera, et ça se passe déjà devant les Français. J'ai fait un certain nombre d'entretiens d'embauche, puisque vous savez, j'ai vu une petite annonce qui disait République cherche président, CDD de 5 ans, homme ou femme, salaire à auto-fixer, nourri, blanchi, logé.
Je postule, je postule compte tenu du fait que je pense qu'il y a des choses, il y a des casques que je ne cause pas, je n'ai pas détourné de fonds, je n'ai pas reçu de valise de Kadhafi, je n'ai pas fait l'ENA, ni même Sciences Po, donc je vois bien que j'ai un certain nombre de handicaps, mais je pense que ça fait pendant 20 ans, j'ai eu ma petite entreprise, et finalement, je n'ai pas fait de déficit pendant tout ce temps-là, ça se revient pour la France.
Oui, mais vous allez subir la pression de tous ceux qui vont dire, oui, mais à gauche, donc déjà la gauche ne part pas favori, si en plus elle est divisée, elle n'a aucune chance d'être au deuxième tour, et donc pour y vêter un deuxième tour, je ne sais pas, à Bardella-Philippe, il va falloir s'unir à un moment donné.
La proposition d'union est faite autour de la primaire, moi j'ai dit que j'avais les bras gros ouverts de Philippe Poutou à François Hollande, vous voyez, c'est difficile de faire plus large, donc j'étais favorable à ça, maintenant si ce n'est pas ça, ce sera aux Français de trancher, et au peuple de gauche de trancher, mais peut-être même au-delà.
Alors cette BD, Picardie, Splendor, en fait c'est une des cartes postales de la Picardie, cette Picardie que vous aimez, cette Picardie qui travaille, cette Picardie qui parfois est ostracisée, victime de racisme, entre autres.
La Pamp-Picardie, puisque quand même on va en Normandie, donc voilà, on va dans le Sud, on se balade beaucoup. Non, et donc, d'abord c'est un besoin que j'ai, moi c'est un besoin personnel de mettre, vous savez, la politique ça peut être ennuyeux, sale, laid, et de mettre là-dedans de la beauté et de l'humanité, de donner à voir les vies, les voix, les visages des gens pour qui on se bat, et c'est sûr que, puisque ça s'est écrit ces deux dernières années, ce que j'ai ressenté c'est une France en tension, à bout de nerfs, au bord de l'explosion, et mon sentiment c'est qu'on a une France fracturée mais qu'on peut encore la réparer.
Moir de Boudjela, Charles Consigny, Laurent Varton-Martinez alors, qui veut prendre la parole ? Charles ?
Moi, ce que je trouve, c'est que je ne partage pas du tout les convictions de François Ruffin, en tout cas pas sur les solutions pour le pays, même si je pense naturel et sain qu'un responsable politique se tourne avant tout vers les classes populaires. Ça, ça me paraît un peu un B.A.B. qui a été oublié par la Macronie, qui a eu tendance à être un pouvoir très bourgeois, donc voilà, mais je ne partage pas du tout les solutions qu'il préconise, qui à mon avis enfonce les gens dans la pauvreté. Ça, c'est ma position sur le fond.
Sur le plan politique, j'observe qu'au fond, il n'y a pas vraiment de candidat de gauche aujourd'hui, puisque Mélenchon n'est pas un candidat qui peut gagner, et Hollande et Glucksmann n'arrivent pas à se surmonter l'un l'autre, à se dépasser l'un l'autre, à s'imposer. Et peut-être que le défaut de François Ruffin, c'est que sans doute il parle au cœur des électeurs de gauche, mais il est peut-être moins habile que d'autres pour les manœuvres partisanes. Je pense que vous pourriez apprendre de François Hollande. Mais je vous le dis, vous voyez, c'est pas du tout une attaque, au contraire même. C'est presque un compliment. C'est presque un compliment.
Il y a des hommes politiques qui sont très forts pour agréger à eux, on ne sait comment, des tas de gens. Donc Hollande, il est de ceux-là, il agrège, il agrège à force de je ne sais quoi, de déjeuner, de promesses, de manœuvres diverses et variées. Et il y en a d'autres. C'est de la politique, ça s'appelle. C'est de la politique, oui, oui, mais la politique, il y a ça, et puis il y a aussi l'autre aspect, qui est de partir sabre au clair avec ses convictions. Et vous, je dirais qu'il y a 85% de sabre au clair et seulement le reste, peut-être que vous pourriez rééquilibrer les choses. Voilà, c'est un peu ma question ou ma remarque.
Comment feriez-vous pour finalement transformer cette sympathie qu'ont les électeurs de gauche pour vous en un mandat d'être candidat en leur nom ?
François Ruffin. Moi, je parle au français plus que dans les arrières salles, à des déjeuners. Ça, c'est très clair. Et je viens dire, moi, ici, que pour moi, on a trois défis, par exemple, à affronter. On a un défi qui est le défi productif, qui suppose qu'on pourrait avoir un grand pays, il faut une grande industrie qui a été complètement laissée tomber ces 40 dernières années. On a un défi démographique avec de plus en plus de personnes âgées dont il faut s'occuper, d'où aussi mon focus sur les questions des auxiliaires de vie.
Et on a un défi climatique qui est un gigantesque défi pour les Français, mais pour toute l'humanité, qui suppose à peu près tout transformer, nos déplacements, nos logements, notre industrie, notre énergie, notre culture, notre agriculture. Et pour tout ça, le défi productif, le défi démographique ou le défi climatique, la solution, c'est le travail. C'est travailler ensemble. C'est faire France ensemble pour relever ces défis-là. Quand depuis 40 ans, on a des dirigeants qui nous ont eu à nous proposer comme défi que le marché, la compétitivité, la mondialisation, ça n'est pas quelque chose qui donne envie de faire France ensemble. Et ma conviction profonde, je suis travailliste.
Je pense que le travail va mal depuis 40 ans. La société va mal parce que le travail va mal. Donc il faut mettre, je mets au cœur de mon programme, le travail. J'étais par exemple, pour qui je fais campagne ? Pas pour François Hollande, pas pour Boris Vallaud, pas pour Raphaël Guzman. Je fais campagne pour les gens. J'étais le 8 mai sur le site de ID Logistique, sous-traitant de Amazon, 77 milliards d'euros de profit l'année dernière. Les caristes sont à 1 500 euros. Ils transportent 10 tonnes par jour avec les bras. 10 000 kilos de croquettes pour chat et ainsi de suite. Et à la fin, ils sont à 1 500 euros.
Ils ne sont pas à 1 500 euros. Ils sont à 1 500 euros.
Non, ils sont à 2 700 euros.
C'est ce qu'ils coûtent les caristes. Ils coûtent d'abord, pour l'employeur. Ils coûtent 2 700 euros. C'est là que vient le problème d'ailleurs. La différence entre 2005 et 2007.
Avec les agissements Fillon et ainsi de suite, sur des bas salaires comme ça, ce n'est pas vrai M. Boudjellal. Non, non, là vous me parlez de salaire au-dessus du SMIC, on n'est pas en loi Fillon. On est là sur un sous-traitant d'Amazon qui fait plus de 31% de profit l'année dernière. ID Logistique, c'est plus 20%. Donc on a, et même de manière générale, les FIM dans notre pays, c'est plus 10% de dividendes l'année dernière. On a aujourd'hui dans une France qui, d'un côté, une France d'en haut qui se gave et une France d'en bas qui rationnait. C'est des travailleurs ordinaires qui disent, nous...
C'est l'État qui se gave pour les entreprises.
Là, en l'occurrence, je veux bien avoir une critique de l'État à y venir, mais là, aujourd'hui, on a les entreprises du CAC 40, c'est plus 10% de dividendes et de rachats d'actions. Et moi, je suis d'accord pour indexer les salaires sur les dividendes, voire l'indexer sur les salaires des PDG. Ah oui, ça, ça change.
Et les risques, vous les indexez aussi ? Pardon ? Les risques entre les salariés et les entrepreneurs pour les indexer, les mêmes risques ? On met les mêmes risques ? C'est-à-dire que si ça perd de l'argent, si une boîte, elle dépose, les salariés sont cautions comme le dirigeant ? En tout cas, j'étais dirigeant. Les nuits blanches. Les soucis de trésorerie. On fait tout, on globalise tout ou juste les avantages, on les partage et les problèmes, on se les garde. Non mais le risque, les salariés vivent le risque, ils vivent le risque tous les jours.
Ils vivent le risque non seulement sur le risque de licenciement, mais ils vivent le risque parce que tous les ans, c'est 100 000 personnes qui sont mises en inaptitude, qui sont broyées physiquement ou psychiquement par le travail, qui souffrent de troubles musculoskeletiques ou de burn-out.
Ça, c'est du risque. Vous avez aussi le patronat. Le burn-out, c'est depuis que c'est apparu. Je vais vous dire quelque chose. Sincèrement, je vous respecte et je trouve que vous faites du bien à la politique parce que vous êtes... Même si je ne voterai pas pour vous, sauf si il y a un deuxième tour, Bardella-Ruffin, je pense que je voterai pour vous. Mais je trouve que vous avez un des rares en politique qui est sincère. Je ne suis pas d'accord avec vous, mais vous êtes sincère. C'est indéniable. Ce que vous dites, vous le dites depuis toujours. Vous n'êtes pas sur des modes, sur des tendances, sur des sondages.
Vous avez une idéologie sincère et je trouve que ça fait du bien à la politique un peu de sincérité. Même si on n'est pas d'accord toujours avec les idées. C'est ce que je pense. Mais on est quand même dans... Comment vous expliquez ? Si vous voulez que le profit n'existe plus, même dans des façons disproportionnées, les prises de risques n'existeront plus dans des profits disproportionnés. Et on est sur un marché mondial. Aujourd'hui, si vous voulez taxer sans arrêt comme vous le faites, les gens iront ailleurs. Moi, j'ai créé beaucoup d'emplois, j'ai créé beaucoup de richesses dans ce pays. Mais je suis le premier à réfléchir à partir. À partir.
Là, je vais peut-être vendre une société et je me dis que la prochaine société que je monte, le siège, il ne sera pas en France. Et ça me fait de la peine de le dire. Mais j'y pense pour la première fois de ma vie. Parce qu'on est sur une surfiscalité, on est sur une fiscalité qui devient confiscatoire. Et moi, autant je peux respecter vos idées, parce que, bien sûr que je suis attaché aussi aux classes populaires, au partage des richesses, mais on ne peut pas faire n'importe quoi dans une économie mondialisée. On a trouvé notre place. Alors, répond de François Ruffin.
Je n'ai jamais eu pour but d'interdire le profit. Mais vous en parlez comme si c'était un crime. Non, il y a les sur-profits, il y a les sur-sur-profits. Mais c'est quoi un sur-profit en fait ? Écoutez, quand chaque année, les dividendes battent des records, et que c'est du record sur record, je ne sais pas si vous vous souvenez de Sergueï Boubka, ce perchiste souméthique, qui, tous les dimanches, après-midi, à tous les concours de saut à la perche, il battait le record. Bon, parce qu'à chaque fois, il avait une prime. Oui, oui, ça dure encore avec le gré. Et voilà, on est sur du record de record de record de record. Il fallait vous lancer dans le saut à la perche, monsieur.
Mais non, justement, là, il s'agit de dire, mais non, on doit rééquilibrer les deux plateaux de la balance. Moi, je ne suis pas là pour interdire les profits, mais je suis là pour qu'on soit dans une société de décence et de bon sens. Je veux dire, quand les 500 fortunes françaises pesaient l'équivalent de 6% du PIB il y a 30 ans, que c'était 20% à l'arrivée d'Emmanuel Macron, moi, je pense que le pays a plus besoin de Bernard Arnault que de Jean-Luc Mélenchon, à mon avis.
Très bien, vous êtes trop intelligent pour ne pas le savoir que c'est la plupart de ces fortunes sont faites ailleurs. Mais ce n'est pas vrai, elles sont faites... LVMH fait sa fortune ailleurs dans le monde entier comme total, et ça crée des richesses pour le pays.
Les fortunes-là sont faites aussi ici, je le redis, ces 500 fortunes, c'était 6% du PIB il y a 30 ans, c'était 20% à l'arrivée... Oui, ils ont profité la mondialisation. Écoutez, je peux aller au bout d'une phrase, je sais que vous êtes à peu près tous d'accord ici. Non, non, non, mais si, mais si, mais si, mais si, mais si, c'est factuel. C'est pas grave, mais je n'ai même pas parlé de LVMH, donc si vous voulez parler des 500, il y en a 500, il n'y en a pas un, d'accord ? Les 500, c'était 6% du PIB il y a 30 ans, c'était 20% du PIB à l'arrivée d'Emmanuel Macron au pouvoir, c'est aujourd'hui au-delà des 40%. Et dans le même temps, qu'est-ce qui se passe ?
La France, au niveau des inégalités, vient de passer au-dessus de la moyenne européenne.
Malgré un pays qui est très redistributif, donc c'est peut-être un problème du modèle.
Ça veut dire que le pays ne l'est plus redistributif. On est dans une fiction là, le pays le plus redistributif au monde, c'est devenu une fiction. Aujourd'hui, le contenu des transformations fiscales qui ont été faites par Emmanuel Macron, il a allégé les impôts sur les plus gros, à la fois les plus grosses entreprises et sur les plus grandes fortunes, et il a renforcé la fiscalité sur les petits et les moyens, à la fois du côté des entreprises et des gens.
Si vous augmentez la fiscalité et que les entreprises quittent le pays, vous faites quoi ?
D'abord, les entreprises dont je parle, dans les patrons, c'est comme poisson, ça ne veut rien dire. À l'intérieur, il y a les requins et il y a les sardines. Pour moi, un patron, c'est quelqu'un qui parle de son argent. Donc je fais très bien la différence entre le patron de PME, de l'industrie que je rencontre, et les grandes fortunes que je viens de citer. Les firmes dont je parle, depuis 10 ans, c'est elles qui reçoivent le pulse d'aide. C'est elles qui payent le moins d'impôts.
Elles ne reçoivent pas d'aide, elles ont des exonérations fiscales.
Plus des aides, du crédit impôt compétitivité emploi, du crédit impôt recherche. Elles ne reçoivent pas d'argent. Elles reçoivent plus d'aide, d'exonérations, d'allègements, de tout ce que vous voulez, que les petites et moyennes entreprises. Elles payent moins d'impôts que les petites et moyennes entreprises. Ne prenez pas la question, M. Ruffin. Je vais vous répondre, d'accord ? Or, depuis 10 ans, ces firmes-là, elles suppriment des emplois. Elles ont pu supprimer plus de 300 000 emplois dans le pays. Mais c'est le monde qui est comme ça aujourd'hui. Non, et heureusement qu'il y a les PME, heureusement qu'il y a les TPE, parce que ce sont eux qui...
Vous voulez une France de petits commerces et d'artisans ? Non, mais pardon, mais... Ce n'est pas des petits commerces. C'est que même si on veut de l'industrie, et ça, c'est les rapports officiels, par exemple, de M. Luanzi. Qu'est-ce qu'il dit ? Et ça devait être remis à Emmanuel Macron. Il dit, c'est fini, l'État, il pense par le gros et par le haut. Ce n'est plus comme ça qu'on doit penser. Mais pardon, M. Ruffin, vous n'avez pas répondu à la question. On doit penser par les petits et les territoires, on doit penser par la PME à qui on permet de... Alors, les petits, qu'est-ce que vous leur proposez ?
Alors, M. Ruffin, vous posez une question aussi.
Oui, alors, juste moi, avant de poser, enfin, c'est de reposer la question de Mourad, à laquelle, malheureusement, vous n'avez toujours pas répondu, moi, je voulais vous féliciter quand même pour votre BD. Et je pense que, sans surprise, vous savez que je suis d'accord avec vos constats, mais pas d'accord avec vos solutions. Donc, c'est en plus avec toute franchise. Et je trouve ça d'autant plus très intéressant parce que ça remet, si vous voulez, vous parlez aux jeunes en faisant ça. Parce que maintenant, il y a une explosion des mangas, des BD.
Vous avez même des romanciers, je pense à Laurine Roux qui a mis l'un de ses très beaux livres sous forme de BD pour que, justement, ce soit accessible à plus de jeunes. Donc, merci de faire ça et de ne pas tomber dans le jeu des réseaux sociaux comme la plupart de vos collègues. Mais si vous aviez fait, je te coupe une seconde, si vous aviez fait une étude comme M. Glussmann, vous sauriez que votre cœur de cible n'est pas le cœur de cible qui lit de la BD. Mais j'ai pas de cœur de cible, ça tombe bien. Mon cœur de cible, c'est la France.
Avançons, là, parce qu'il reste peu de temps.
Voilà, donc juste déjà, c'était merci pour ça et merci de ne pas jouer le jeu des réseaux. Maintenant, je suis désolée, mais vous n'avez pas répondu à Mourad et moi, la réponse m'intéresse. Que ferez-vous quand les entreprises auront délocalisé leurs sèches sociaux ? Par exemple, en Irlande, vous avez 12% de fiscalité pour une entreprise et que les usines seront rebasculées dans des pays de l'Est ou dans des autres pays où la fiscalité est meilleure et où les personnes sont payées moins cher.
Écoutez, d'abord, ces entreprises-là, je le dis depuis 10 ans, elles suppriment de l'emploi dans notre pays. Non, mais c'est toujours pas répondre à la question. Donc, autant qu'elles s'en aillent. Elles ne partiront pas. Elles ne partiront pas parce qu'il y a plein d'avantages au fait d'être situées en France et d'avoir son capital en France.
Mais si vous leur rajoutez des taxes, les avantages vont disparaître et elles vont partir.
Mais le choix aujourd'hui, il est, est-ce qu'on souhaite que dans ces entreprises, il y ait du capital national ou qu'on aille faire de la danse de vente devant les fonds d'investissement américains pour que ça soit du capital international.
Ça, je suis d'accord avec vous, mais vous ne répondez toujours pas à la question comment votre système tient. C'est pour ça que ce n'est pas mon système de taxer les entreprises parce que je ne veux pas être dépendante de ces grosses entreprises.
Comment faites-vous si ces grosses entreprises partent ? Mais elles seront taxées tout comme... Si elles ne sont plus en France, vous ne pourriez pas les taxer, vous n'aurez plus la main mise. Ah non ! McDonald's doit être... McDonald's n'a pas son siège en France et pourtant il devrait payer ses impôts en France. Ah mais ça, vous n'avez pas fait... On le devrait, mais il ne peut pas. Mais si ! Mais pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas d'effort qui est fait en ce sens-là. Parce que quand... Ben McDonald's partira.
Parce que quand ça apparaît publiquement dans les luxe-lix et dans un certain nombre de documents que les grandes entreprises fraudent, fuient, eh bien il n'y a pas un poids qui est mis par le ministère public pour dire « Allez, on met le paquet pour aller les rapports attraper par le code-back » et qui, si vous changez le modèle économique, il nous reste une minute. Maintenant je vais vous dire une chose, je vais vous dire comment on va faire cette grande révolution fiscale. Parce que le pays a besoin d'une révolution fixée pour deux raisons. Plus personne ne comprend rien, ni ses feuilles d'impôt, ni sa fiche de paye. Donc il y a besoin d'une grande révolution fiscale.
Oui mais il faut rapprocher le brut du net, c'est ce que veulent les salariés. Je vous dis, tout ça, ça ne peut pas se décider par un président, ça ne peut même pas se décider par des ministres, ça ne peut même pas se décider par une assemblée, parce qu'il va y avoir, quand on va ouvrir cette boîte-là, un tel ressentiment dans le pays que ça ne peut être fait qu'avec le pays.
Et moi ce que je souhaite, c'est qu'il y ait des états généraux de la fiscalité qui mettent sur le devant de la scène la question du budget de la nation et de nos protections et qu'à l'intérieur de ces états généraux, il y ait des retraités, il y ait des salariés, il y ait des indépendants, qu'il y ait des entrepreneurs, qu'il y ait des artisans et qu'il y ait aussi un siège pour Bernard Arnault. Et que c'est là que la question centrale, la question centrale de notre fiscalité soit débattue et je suis convaincu que dans un cadre comme celui-là, il y aura des solutions sinon consensuelles, du moins des compromis qui seront trouvés.
– Une dernière question qui n'a rien à voir avec la fiscalité des entreprises, mais je voulais avoir votre avis, c'est l'Eurovision ce week-end. Il y a des pays qui ont décidé de ne pas retransmettre la cérémonie, je pense à l'Irlande, l'Espagne ou la Slovénie, parce qu'Israël y participe, parce que la France devrait également boycotter l'Eurovision ce week-end.
– Oui, il ne doit pas y avoir de double standard. On ne peut pas être au vingtième train de sanctions contre la Russie, et je les approuve, et ne rien faire, ne pas avoir des sanctions contre l'État d'Israël de Benyamin Netanyahou, qui est accusé de crimes de guerre et génocidaire. Donc oui, il ne doit pas y avoir deux poids, deux mesures. C'est une faute morale que de faire deux poids, deux mesures. Mais c'est une faute diplomatique aussi, parce qu'on ne peut pas être entendu des autres pays. On ne peut pas être entendu des pays du Sud qui vont dire « Mais c'est quoi vos valeurs ? C'est quoi la démocratie ? C'est quoi vos droits de l'homme ?
» quand ça s'applique de manière différente, quand il s'agit de la Russie ou d'Israël. Donc oui, je suis pour qu'Israël ne participe pas à l'Eurovision, je suis pour que la France intervienne auprès de l'UEFA, pour que Israël ne soit plus dans le championnat d'Europe des nations, et que ça amène à une remise en cause profonde de la direction prise par l'État d'Israël, à la fois à l'égard des Palestiniens, mais aussi parce que maintenant, c'est un instrument de chaos mis au Moyen-Orient.
Et est-ce que l'Iran doit participer à la Coupe du monde de foot ?
L'Iran, pour l'instant, est un pays attaqué et non pas un pays qui attaque. Il attaque son propre peuple, c'est encore pire.
– Ce n'est pas aux États-Unis de décider qui est le bien et le mal. – Il attaque son propre peuple.
– Il y a d'autres pays qui attaquent leur propre peuple, on pourrait juste les prendre alors. – Je veux n'avoir aucun soutien auprès du gouvernement iranien, auprès de qui j'ai dénoncé les crimes depuis des années et des années. Maintenant, est-ce qu'il doit y avoir un droit d'ingérence sur ce qui se passe à l'intérieur des pays ?
– Donc on accepte l'Iran à la Coupe du monde et pas Israël à l'Eurovision.
– La ligne de partage, je veux bien réfléchir à cette question sur l'Iran. Je veux bien réfléchir. Mais je veux vous dire que la ligne de partage, aujourd'hui, pour moi, elle n'est plus entre les dictatures et les démocraties. La ligne de partage, elle est entre les pays qui respectent le droit international et ceux qui ne le respectent pas.
– Comment on peut sortir des trucs comme ça ? Il n'y a rien à voir entre l'Iran et ce qui se passe…
– Si l'Iran ne respecte pas le droit international, c'est pareil.
– Oui, mais c'est aux États-Unis de définir le droit international. Il y a un truc qui s'appelle l'ONU qui définit les choses. Donc ce n'est pas aux États-Unis de lire le bien et le mal.
– Le problème, il y a 150 pays qui attaquent leur peuple. – À ce tarif-là, les États-Unis ne doivent pas être des organisateurs de la Coupe du monde. On ne sait pas seulement y participer. – J'allais dans votre sens. C'est compliqué. – Nous devons même pas y participer.
– La Corée du Nord ne doit pas non plus participer à des compétitions. – On n'y participe pas. – On a les États-Unis comme faux-pleur de couple. – On peut aller attaquer les riches-faits parce qu'ils attaquent son peuple. En Érythrée, par contre, il n'y a pas de richesse.
– Merci François Ruffin. – Un grand merci à vous. – La BD Picardie Splendor aux éditions Les Arènes. Merci d'avoir été avec nous. Il est 11h25. – J'ai compris ce qu'il vous reste à faire. – MC, 9h midi, les grandes gueules.
François Ruffin