Jean-Noël Barrot: "La France souhaite tourner la page des tensions actuelles" entre Paris et Alger
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Mesdames et messieurs, je remercie de son invitation le président Teboun avec qui je me suis entretenu longuement en présence de mon collègue ministre des affaires étrangères avec lequel j'ai eu une réunion très utile ce matin. J'ai tenu à honorer cette invitation dans les plus brefs délais moins d'une semaine après l'appel téléphonique entre les présidents Macron et Teboun et leur communiqué conjoint. Nous avons vécu ces derniers mois une période de tension inédite qui ne sert pas les intérêts des Algériens ni ceux des Français.
Nous avons certes des divergences, nous ne pouvons pas les occulter, mais les liens humains, historiques et culturels qui nous unissent et je pense en particulier aux nombreuses familles franco-algériennes dont la vie se partage de part et d'autre de la Méditerranée, doivent nous conduire à reprendre le dialogue et à réinstaurer la coopération. Nos relations institutionnelles doivent être à la hauteur des relations humaines entre nos deux pays. Je suis venu à Alger pour porter le message du président de la République.
La France souhaite tourner la page des tensions actuelles pour reconstruire un partenariat d'égal à égal, serein et apaisé avec l'Algérie. Elle souhaite retrouver les voies de la coopération avec l'Algérie dans notre intérêt mutuel et retrouver toutes les voies de la coopération dans un souci d'efficacité et de résultat pour nos compatriotes. Avec le président Teboun et le ministre ATAF, nous avons mis sur la table avec franchise l'ensemble des sujets qui nous ont préoccupé ces derniers mois afin de décliner les principes posés par les présidents lors de leur entretien du 31 mars et de retrouver la dynamique et l'ambition fixée par les deux chefs d'État dans la déclaration d'Alger de 2022.
Nous avons décidé de le faire avec sérieux, discrétion, efficacité en réactivant dès aujourd'hui l'ensemble des mécanismes de coopération dans tous les secteurs. Nous revenons à la normale et pour reprendre les mots du président Teboun, le rideau se lève. Le rideau se lève d'abord sur le plan de notre coopération dans le domaine de la sécurité.
Les contacts entre les services de renseignement reprennent. Une réunion des plus hauts responsables de la sécurité de nos deux pays est désormais acté. Et de même nous aurons un dialogue stratégique sur le Sahel.
Dans le domaine de la coopération judiciaire. J'ai confirmé au président Teboun la visite prochaine du garde des SAAU. Elle s'accompagnera d'une reprise du dialogue judiciaire entre nos deux pays.
Nous avons beaucoup d'enjeux de coopération, notamment sur l'exécution des commissions rogatoires sur le dossier sensible des biens malakis. J'ai évoqué, mais le garde des SAAU aura l'occasion de le préciser, l'invitation par les services en charge du parquet national financier à leurs homologues algériens de juridiction compétente à se rendre à Paris pour étudier tous les dossiers. Dans le champ des mobilités, les deux présidents sont convenus de la reprise sans délais de la coopération migratoire, ce qui m'a été confirmé par le président Tbou.
Dans le détail, réadmission, visa, ces questions seront traitées dans le cadre des accords existants via les procédures normales et fluides de la coopération consulaire. Le président Teboun a indiqué qu'il était favorable à une rencontre prochaine entre les consuls algériens en France et les préfets. Nous allons maintenant l'organiser avec le ministère algérien des affaires étrangères.
Et puis nous sommes convenus de travailler au contenu des accords qui régissent notre relation sur les plans le plan des mobilités sur le plan migratoire et d'identifier les enrichissements nécessaires pour les rendre plus efficaces. J'en viens au sujet économique. J'ai eu l'occasion de rappeler les difficultés apparues ces derniers mois s'agissant du développement de nos échanges, en particulier dans les secteurs agroalimentaires, automobiles ou du transport maritime.
Le président Teboun m'a assuré de sa volonté de leur donner une nouvelle impulsion. Le président du MEDF recevra son homologue algérien du Créa le 9 mai prochain et nous avons acté la tenue avant l'été d'une réunion du comité mixte économique franco-algérien, le COMEFA, qui permettra d'adresser tous ces sujets. Sur le plan mémoriel, les contacts ont repris entre les historiens français et algériens de la commission mixte, je m'en suis assuré personnellement.
Et le président Teboun m'a confirmé que l'historien Benjamin Stora était invité à venir à Alger pour poursuivre le travail sur les restitutions d'objets culturels. Tout cela sera suivi à mon niveau et à celui de mon homologue. Nous actons la reprise du dialogue entre nos deux diplomaties et les secrétaires généraux de nos deux ministères se rencontreront dans les tout prochains jours.
Je souhaite enfin avoir un mot pour notre compatriote Boem sans sales. J'appelle de mes vœux, comme l'a fait le président Macron auprès du président Teboun, un geste d'humanité au vue de son âge et au vue de son état de santé. La conclusion de cette visite, c'est une volonté partagée de lever le rideau, d'entrer dans une nouvelle phase de notre relation, une relation d'égal à égal entre la France et l'Algérie au bénéfice mutuel de nos deux pays et de nos deux peuples.
C'est l'objectif de ma présence aujourd'hui. Je vous remercie. M.
Jean-noël Barrot