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interviewFrance Inter — L'invité de 6h20· 4 décembre 2025 7 min

Loïc Cantin : "Le logement a été sacrifié sur l'autel de l'accord idéologique et politique"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Il est 6h21, rarement l'immobilier a connu une telle crise en France, ça fait 3 ans que ça dure. Alors si l'ancien se porte un peu mieux, le neuf est toujours à la peine. Pour relancer les constructions, le gouvernement veut créer un nouveau dispositif fiscal. Mais les promoteurs ne sont pas du tout convaincus par ce qui n'est devenu selon eux qu'une mesurette. Ils ont rendez-vous d'ailleurs aujourd'hui avec le ministre du Logement. Pour faire le point sur cette crise, je reçois ce matin Loïc Quentin, bonjour. Vous êtes le président de la FNAIM, la Fédération Nationale de l'Immobilier. Donc c'est vraiment le neuf qui coince aujourd'hui.

Là, il n'y a vraiment aucune amélioration pour le neuf ?

0:39
Jean-philippe Cantin

Ce n'est pas que le neuf, je dirais. C'est l'investissement locatif de façon générale, puisque les Français le savent et sont confrontés à une offre qui est de plus en plus rare et à un retrait, une attrition du parc locatif, de moins en moins d'appartements alloués. Les étudiants chaque année le savent, les ménages qui sont mutés le savent. Grande difficulté dans toutes les grandes agglomérations à trouver un logement. Donc l'important c'est de redonner un avantage à l'investissement, réfléchir, redonner de l'intérêt à cet investissement.

1:05
Présentateur

D'où la proposition, le statut du bailleur privé qui doit être créé dans le cadre de l'examen du budget de l'État. Alors ce dispositif a d'abord, on va essayer de simplifier, a d'abord été approuvé par l'Assemblée. Le Sénat l'a ensuite voté le week-end dernier, mais le Sénat l'a voté en réduisant la portée de cette mesure. Alors il y a des petites mesures techniques pour plafonner telle ou telle mesure, réduire des paramètres. Bref, ça devient une coquille vide selon les promoteurs, vous êtes d'accord avec eux ?

1:31
Jean-philippe Cantin

Oui, une coquille vide, parce que le Sénat l'a sous-amendé de façon un peu plus stricte que l'avait fait l'Assemblée nationale. Donc c'est-à-dire qu'aujourd'hui il n'en reste rien de ce statut. Et qui n'impacte pas l'ancien, aucune mesure pour l'existant. Alors que l'existant est largement concerné par la crise du locatif. Je vais faire un lien immédiat avec l'indécence énergétique. Je ne vais cesser de le rappeler aux ministres et aux sénateurs rencontrés, aux ministres du logement. Maintenant, nous allons avoir 700 000 logements classés F qui vont sortir du parc locatif dans deux ans. Donc l'urgence, elle est là.

Et des Français qui ne peuvent pas faire des travaux de rénovation énergétique ou des copropriétés qui ne sont pas au rendez-vous. Et nous nous l'avons dit, il faut suspendre cette mesure.

2:07
Présentateur

Oui, mais pour les locataires, ce n'est pas génial non plus de vivre dans un appartement qui est une passoire thermique.

2:11
Jean-philippe Cantin

Oui, une passoire thermique. Je dirais que vous avez des très belles passoires thermiques. Vous savez, je crois qu'on fait une fixation notamment sur l'indécence énergétique. Mais l'indécence est plus grave que l'indécence énergétique.

2:21
Présentateur

Pour en revenir au statut du bailleur privé, donc à cette mesure qui est discutée actuellement dans le cadre de l'examen du budget de l'État. Est-ce qu'on peut dire que finalement c'est un match entre deux ministres ? Parce que le ministre du logement, il est favorable à cette mesure. Et Améline Monchalin, la ministre des comptes publics, c'est elle qui a dit au sénateur, ça coûte trop cher, il faut faire quelque chose. C'est un match entre les deux ministres et c'est Bercy qui a gagné pour le moment ?

2:42
Jean-philippe Cantin

Je crois que de toute façon, dans ce genre d'épreuve, Bercy gagne toujours. Améline Monchalin a gagné. Mais je pense que les députés aussi, qui ont été mis à l'épreuve dans les débats, les décisions à prendre, ont montré notamment, je dirais, une stratégie de compromis, voire même de compromission au nom d'intérêt autre que ce du logement. Et on a sacrifié l'intérêt général du logement pour les Français pour d'autres stratégies. Mais qui sont des stratégies politiques et idéologiques. La suspension de la réforme des retraites, on cherche une majorité au sein de l'hémicycle et on fait des concessions pour arriver à un objectif qui n'est pas celui recherché, au moins pour le logement.

Il y a urgence pour le logement. Mais le Sénat a pratiqué la même chose, je dirais, la même politique, visant à trouver un accord, un consensus pour avoir un budget pour la France, que l'on peut comprendre. Mais encore une fois, le logement a été sacrifié sur l'autel, je dirais, de l'accord idéologique et politique.

3:29
Présentateur

Et pour vous, que faudrait-il faire pour relancer le secteur immobilier et relancer le locatif ?

3:33
Jean-philippe Cantin

Je crois que de toute façon, aujourd'hui, nous sommes dans une crise structurelle extrêmement grave. Le logement souffre dans toutes ses composantes, que ce soit le social, que ce soit le parc locatif privé, l'accession à la propriété. La question du statut du bailleur privé, on s'en fiche si ce n'est pas le statut du bailleur privé, mais il y a deux façons de se loger chez les Français. On est ou locataire ou propriétaire. Si on ne permet pas des Français de flécher l'investissement des Français vers le locatif, qu'on permette aux locataires qui ont besoin de se loger de devenir propriétaire.

4:00
Présentateur

De quelle façon ?

4:01
Jean-philippe Cantin

Mais ça, c'est une stratégie. Et or, cette stratégie n'existe pas. On est sur des vieux remèdes, des plats réchauffés et qui n'aboutissent à rien. Et à chaque fois, l'arbitre, on comprend. L'arbitrage, c'est Bercy. Il n'y a pas de moyens. Et à chaque fois, on considère que donner un peu d'argent au logement, c'est aider les riches. Moi, je considère que, et on le dit, la part des recettes fournies par le logement, que ce soit au niveau de l'État ou des collectivités, c'est 97 milliards. 93 milliards de prélèvements, l'impôt sur les revenus des personnes physiques rapporte 93 milliards à l'État. L'impôt sur le logement rapporte plus à l'État français que l'impôt sur les personnes physiques.

4:38
Présentateur

Et donc concrètement, quelles propositions vous aimeriez voir appliquées ou quelles mesures ou quelles enveloppes, je ne sais pas, pour relancer...

4:44
Jean-philippe Cantin

Je crois qu'il faut des vraies mesures pour aider les Français dans leur parcours résidentiel, que ce soit dans le locatif. Il faut redonner confiance à l'investissement locatif. Les Français, cet investissement aujourd'hui est boudé. Or, nous avons besoin d'une offre locative, que ce soit privée ou que ce soit sociale. On ne peut pas laisser des demandes de Français insatisfaites face au logement. Alors aussi, on agit sur l'accession à la propriété. Mais il est vrai qu'il y a des choix à faire. Il faut dégager des budgets.

Il faut dégager aussi des économies de poste pour pouvoir recharger et redonner une dynamique à notre pays en matière de construction de logements et d'offres indispensables.

5:18
Présentateur

Et l'encadrement des loyers ? Je vous pose la question parce qu'il y a une proposition de loi socialiste qui va être examinée dans une semaine, qui prévoit de pérenniser le dispositif. Parce que finalement, cet encadrement des loyers, c'était pas, quand ça a été mis en place dans certaines grandes villes, c'était pas quelque chose de définitif. C'est censé s'éteindre dans un an. Pour ou contre ?

5:34
Jean-philippe Cantin

Totalement contre. C'était à titre expérimental. On attendait, Valérie Létard avait demandé un rapport pour novembre 2026. Les socialistes ont présenté à la commission des affaires économiques hier une proposition de loi qui va être débattue le 11 décembre, la semaine prochaine. Ça, ça serait la goutte d'eau qui fait déborder le vache. Je dis tout simplement, en France, aujourd'hui, les loyers sont plafonnés dans 48% de l'offre. C'est-à-dire que les loyers évoluent moins que l'inflation. 16% d'augmentation en 10 ans, quand l'inflation était de 25%. Et notamment, l'encadrement ne concernerait que de nouveaux logements mis sur le marché. Mais quand il n'y en a plus, à quoi ça sert ?

Voilà une stratégie purement idéologique, dogmatique. Et en plus, ce que je soupçonne comme dangereuse, à l'approche des municipales, à l'approche des municipales, on va en faire un débat idéologique dont la France pourrait bien se passer.

6:18
Présentateur

Oui, mais pour les locataires ?

6:19
Jean-philippe Cantin

Mais pour les locataires, nous, nos locataires dans nos cabinets, ils ne connaissent pas d'augmentation de prix. Et nous sommes encadrés par la limitation et un plafonnement des loyers qui est soumis à la seule variation de l'indice sur la revariation des loyers. On ne peut pas augmenter plus que cet indice. Et aujourd'hui, un indice qui est moins important que l'inflation. Donc aujourd'hui, il y a une préservation du pouvoir d'achat. Vous savez, les loyers augmentent beaucoup moins que des denrées alimentaires aujourd'hui.

6:44
Présentateur

Merci Loïc Quentin, président de l'AFNAIM, la Fédération Nationale de l'Immobilier. Il est 6h27.