Interview d'Emmanuel Macron, ArcelorMittal, retraites... L'interview de Jean-Philippe Tanguy
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BFM TV face à face. Apolline de Malherbe. Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Jean-Philippe Tanguy. Bonjour Jean-Philippe Malherbe. Vous êtes député de la Somme. Vous êtes président délégué du groupe Rassemblement National à l'Assemblée Nationale. Vous avez tenu jusqu'au bout hier soir ?
Non, je dois le confesser. Vous m'avez percé à jour. J'ai préféré retourner en séance sur les questions des soins palliatifs et la sainte vie. Après, il faut bien dire la débâcle sur les référendums, puisque c'est Emmanuel Macron lui-même. qui avait promu aux Français lors de ses voeux de les consulter. Personne n'obligeait le président de la République à promettre aux Français de les solliciter, de les consulter. Enfin, nous allons fêter bientôt, s'il puis dire, les 20 ans du dernier référendum sur la Constitution européenne, qui est un double traumatisme déjà, puisque le choix des Français, le vote des Français n'avait pas été respecté.
Sur l'Union européenne, sur la construction européenne, sur la reprise en main de cette Europe. On en reparlera peut-être, parce que ça aurait changé beaucoup de choses. Sur l'acier, sur l'agriculture, sur le pouvoir d'achat des Français, sur les finances publiques. Si on avait écouté les Français, on n'en serait pas là. Mais, et aussi, les 20 ans, du fait que ce personnel politique est en apesanteur, ne veut pas entendre les Français, ne veut pas les écouter. D'ailleurs, j'ai trouvé, pour répondre à votre question, que le ton, finalement, a été donné dès les premières secondes de cet entretien.
« Vos collègues ou vos confrères de TF1 ont fait un sondage pour demander aux Français, est-ce que la France va mieux ? » Depuis les deux mandats d'Emmanuel Macron, 69% de mémoire ont dit non. Et, que répond M. Macron ? Il ne s'excuse pas, il ne s'explique pas. Les Français sont pessimistes. Donc, si les Français ne sont pas contents du bilan de M. Macron, ce n'est pas à cause de ces faillites, de ces échecs nombreux et variés, malheureusement. C'est la faute des Français qui sont pessimistes. Et, finalement, tout au long de cet entretien, c'était ça. Dès qu'un problème surgit, ce n'est pas lui. Les finances publiques, ce n'est pas de sa faute. Les normes, la bureaucratie, ce n'est pas lui.
Les prisons, c'est la faute des maires. Bref, ce n'est jamais lui. Donc, il va à la fois tout concentrer, parce que finalement, qu'est-ce qui reste de cette émission ? C'est un roi telé qui veut être remettre en son royaume, tout commenter, tout savoir, faire le singe savant. Et donc, ce paradoxe entre le singe savant et l'impuissant.
Jean-Philippe Tanguy, le référendum, comme vous disiez, vous espériez un référendum ? Il ne ferme pas toutes les portes.
Mais enfin, il n'en annonce aucun. Voilà, il ne ferme pas toutes les portes. Enfin, c'est du Macron. La porte est entre-ouverte. Mais il faut aller un peu fermer quand même sur le pied des Français. Et ça fait mal, parce qu'on veut quand même être consultés. Les Françaises et les Français, au-delà de leur étiquette politique d'ailleurs, veulent être consultés. C'est quand même le sens, rappelons-le, de la Ve République. Pourquoi est-ce que le président de la République a autant de pouvoir avec le général de Gaulle ? C'est qu'il y a ce référendum en permanence pour rééquilibrer aussi avec l'avis populaire sur le pouvoir fort du président.
Et puis, j'en finirai par là, parce qu'il y a aussi un point intéressant. C'est vrai que l'Assemblée travaille lentement. C'est vrai qu'il n'y a pas de grand texte, puisque avec la dissolution et les magouilles d'entre-deux-tours, il n'y a pas eu de majorité forte avec Jordan Bardella. Donc, le référendum pourrait permettre des grands choix, pourrait permettre des grands débats nationaux qui font avancer la France.
Or, cette stagnation du pays, cette inertie, l'impression que le monde avance, pas l'impression d'ailleurs, la réalité, que le monde avance très vite, de manière très inquiétante, et qu'à côté de ça, la France stagne et coincée dans l'inertie, et que les Françaises et les Français paient très cher à tout point de vue sécurité, immigration, pouvoir d'achat, salaire. Cette inertie se fait durement ressentir dans le pays.
Je souhaite que l'on puisse organiser une consultation multiple sur de grandes réformes économiques, sociales ou démocratiques dans les mois qui viennent. C'est au gouvernement d'y réfléchir et à moi ensuite de prendre la décision sur le budget. Il dit au fond, pourquoi pas un référendum éventuel, mais il rappelle qu'on ne peut pas soumettre un référendum à un débat fiscal. Chaque fois qu'on est bloqué, on peut aller au référendum, je prendrai mes responsabilités.
Mais on est bloqué sur tout. Sur quel sujet on a avancé ? Sur le pouvoir d'achat, sur les salaires, par exemple. Toute la campagne des législatives de M. Attal, peut-être ceux qui nous écoutent l'ont oublié, c'était déjà ce qu'il a annoncé après la consultation, un rapport sur les charges salariales, comment les baisser pour sortir des trappes à bas salaire. Je rappelle que quand M. Macron est arrivé au pouvoir, il y avait 10% de SMICAR en France. On est à presque 15% de SMICAR, donc c'est quand même une augmentation de 50%. Ceux qui travaillent sont coincés dans des bas salaires, les classes moyennes ne s'en sortent plus. Là, on aurait pu attendre une décision, il n'y a rien.
Sur la fin de vie, on aurait pu avoir un référendum, il n'y a rien. Bref, ce n'est pas cohérent.
Jean-Philippe Tanguy, sur la question sociale, et vous le disiez à l'instant, la question du travail qui ne paye pas assez. Emmanuel Macron dit qu'il souhaite une conférence sociale sur la question du mode de financement de notre modèle social. Son financement repose beaucoup trop sur le travail. Il faudrait peut-être taxer davantage la consommation. Est-ce que c'est le retour de la TVA sociale ? Est-ce qu'au fond, il faut un, baisser les charges sur les salaires, comme il laisse entendre qu'il faudrait le faire ? Et deux, est-ce qu'il faudrait dans ces cas-là aller chercher du côté d'une TVA sociale ?
Mais bien sûr que c'est le retour de la TVA sociale. Le sous-entendu était très lourd, pour ne pas dire lourdingue. Et puis moi, j'entends bien dans les couloirs de l'Assemblée aussi, ceux qui murmurent dans les groupes qui soutiennent Emmanuel Macron, ou même chez certains députés qui soutiennent M. Wauquiez ou M. Retailleau. C'est toujours de la facilité. Encore augmenter un impôt le plus injuste. La TVA est l'impôt le plus injuste, un des plus massifs. Il touche tout le monde, quel que soit vos revenus.
Alors, il se recevait à Mille de Monchalin, la ministre du Budget, sur l'ARC ce matin. Elle va vous dire que c'est formidable. Non, elle ne dit pas que c'est formidable. Elle dit juste que ce sera les partenaires sociaux qui décideront. Et elle dit surtout, non, non, ce n'est pas la TVA sociale.
Oui, écoutez, on verra ce que c'est. En tout cas, aux dernières élections, Gabriel Attal, vous l'avez reçu ici, à de nombreuses reprises, avait promis que suite à ce rapport, on discute, il y a des rapports, il y en a plein les couloirs, il y en a plein les placards, il y en a plein les tables de rapports, de conférences sociales, on n'en peut plus. Il y a ce conclave interminable sur les retraites. Il n'y a toujours pas de décision. On sait ce qu'il faut faire. Il faut évidemment que le travail paie mieux. Il faut alléger soit les charges, soit la CLG. Et pour ça, il faut faire des économies. Et d'ailleurs, c'était aussi une des nombreuses impasses hier de M.
Macron qui racontait absolument n'importe quoi sur l'état des finances publiques, mais expliquant que c'était la faute des crises, qu'il avait subi un certain nombre de problèmes. Tous les pays européens ont subi des crises, les mêmes crises. Tout l'Occident du Japon à Corée, les Etats-Unis, le Canada a subi ces crises. Et il n'y a que la France. Il y a les Etats-Unis, c'est un peu particulier. Dans une situation telle, des finances publiques, des économies, il y a de quoi faire.
Est-ce qu'il faut baisser les charges sur les salaires ?
Soit les charges, soit la CLG. On est ouvert. Il y a plein de solutions possibles. Mais pour ça, il faut faire des économies. Et on voit bien hier qu'il refuse tous les tabous. On n'a pas parlé de l'Union Européenne hier, c'est quand même incroyable. Et son coût de plus en plus exorbitant pour la France. On n'a pas parlé du coup de l'immigration. Il nous a expliqué que tout allait bien, qu'il n'y avait pas de sujet. Encore un sujet où il a refusé. D'ailleurs, le référendum où il a expliqué que, soit disant, l'immigration familiale, par exemple, c'était uniquement les épouses et les époux. Enfin, on est n'importe quoi. On est dans un délit total. On ne va pas dire un délire sur l'immigration.
Donc, pas d'économie sur l'immigration. La bureaucratie, l'interlocutrice qui était venue de l'IFRAP a courageusement montré à quel point M. Macron avait voulu, dans son livre Révolution, promettre la fin de la bureaucratie. La bureaucratie, Mme de Mérard, c'est 40 milliards de surcoûts par rapport à l'Allemagne, un pays qui est déjà solidement administré.
Taxer les produits qui proviennent notamment de Chine, par Chine, par Temu, est-ce que ça, c'est une solution ?
Ça peut être une solution, mais ça fait combien de temps ? 20 ans qu'on en parle ?
Non, parce que Chine et Temu n'existaient pas, mais disons qu'en tout cas, ces derniers mois, tout le monde s'agite là-dessus.
Excusez-moi, ce n'est pas vrai ce que vous dites. Enfin, ce n'est pas vrai. C'est formellement vrai, mais sur le fond, c'était les quotas sur le textile. Parce que c'est quoi, Chine et Temu ? Alors, il y a des colis, il y a des gadgets. Enfin, c'est beaucoup de textiles. Or, c'était les quotas sur le textile qui protégeaient nos industries, les industries du Maghreb aussi, par exemple, sur la Chine. Bon, qui est-ce qui a supprimé tous les quotas pour protéger nos industries textiles ? J'entends d'Arnaud Montebourg qui le soulignait justement la semaine dernière au Sénat. C'est l'idéologie d'Emmanuel Macron, pour ne pas dire Emmanuel Macron lui-même quand il était ministre de l'économie.
Donc, écoutez, tout ça se tient. Et en fait, encore cette impuissance, parce que vous savez qu'aujourd'hui, par exemple sur l'acier, on discute sans cesse de taxes sur le carbone, sur l'importation de carbone, sur l'intensité carbone de l'acier, de la métallurgie, des produits chinois. Il ne se passe rien.
Vous auriez nationalisé ArcelorMittal ?
C'est sans doute nécessaire au terme de nationaliser ArcelorMittal. La nationalisation, ça va toujours venir à la fin, quand tout a été essayé.
Mais ce n'est pas la fin là, maintenant ?
Je crains qu'on ne soit pas loin de la fin, malheureusement. Je vais vous expliquer pourquoi. M. Macron a encore menti hier. Quand il dit qu'on va seulement sauver les deux hauts fourneaux, celui de Fausse et celui de Dunkerque, ce sont vraiment deux installations industrielles massives, il ment une fois plus aux Français. Parce que quand il ne restera que cette question des deux hauts fourneaux, il n'y aura plus rien en fait. Il n'y a pas que des hauts fourneaux, ils ne sont pas hors sol comme M. Macron. Il y a des filières derrière, il y a des ingénieurs, il y a de la recherche, il y a de la transformation de cet acier en bobine, en d'autres filières.
Il y a beaucoup de segments de métallurgie. Il ment aussi quand il dit qu'il ne reste que 40% du marché européen pour l'acier. Pourquoi ? Parce que tout a fermé. L'acierie française est déjà très affaiblie par les différents plans sociaux et l'abandon de cette filière par les différents gouvernements, contrairement à ce que voulait Marine Le Pen. D'ailleurs, le marinisme, il est né aussi à Florange. Le marinisme, le succès électoral de Marine Le Pen, il est aussi né dans malheureusement le désespoir des ouvriers qui ont été abandonnés par François Hollande, déjà avec Emmanuel Macron dans la police.
Donc vous nationaliseriez de manière définitive, ponctuelle ?
Le but est toujours... L'entreprise en elle-même, les cuisines ? Si on n'arrivait pas à trouver une autre solution pour Arcelor, la nationalisation devrait être temporaire.
Mais pardon, je vous repose la question, c'est quoi l'autre solution ?
Là, c'est maintenant. On peut trouver un repreneur privé, on peut retrouver des acteurs privés. L'État, pour moi, doit faire leur relais. Une bonne solution, ce n'est pas que l'État dirige tout dans notre économie. L'État français ne sait pas produire et commercialiser de l'acier. Mais c'est toujours, en dehors de quelques secteurs très particuliers comme l'électricité ou les autoroutes, le programme de Marine Le Pen ne veut pas des nationalisations définitives. C'est toujours un relais vers des investisseurs privés, vers un fonds souverain à jour peut-être, car l'État ne sait pas tout faire et il ne sait pas produire et commercialiser de l'acier sur le long terme.
Jean-Philippe Tanguy, vous évoquiez à l'instant la question de l'immigration. L'immigration du travail, vous l'avez entendu, un certain nombre de patrons, des rapports qui disent qu'ils ne peuvent pas faire tourner quelques secteurs, le BTP, l'hôtellerie et restauration en particulier, sans une main d'œuvre étrangère, sans une immigration de travail. Je voudrais que vous écoutiez les propos du patron de la FNAC d'Arti. La FNAC d'Arti, c'est 18 000 employés en France, c'est 800 magasins. Il s'appelle Enrique Martinez, il était mon invité hier sur RMC. Et voilà ce qu'il dit de l'immigration, de l'intégration et du travail. On est dans un continent qui est de plus en plus vieux.
On a besoin des personnes qui ont envie de venir s'intégrer dans nos pays. Moi, je suis espagnol, il y a beaucoup de personnes qui nous écoutent. C'est des familles qui sont les résultats de l'immigration successives dans nos pays. Ce n'est pas le problème de l'immigration, c'est l'intégration des personnes. Et le travail, c'est une formidable formule d'intégration pour des personnes qui ont envie de partager avec nous notre société. Donc, il faut éviter de faire la démagogie avec l'immigration. L'immigration a d'autres problèmes d'intégration, d'assimilation, etc. Le travail, c'est une magnifique formule pour intégrer les personnes dans nos sociétés.
Le travail, c'est une magnifique formule pour intégrer. Et il plaide, comme beaucoup d'autres patrons aujourd'hui, pour une immigration de travail.
Non, mais ça, c'est le boulot à prière et à profit du patronat. Ça fait 40 ans qu'ils nous sortent les mêmes salades. Il y a plus de 5 millions de chômeurs dans notre pays. Dans la somme, chaque semaine, dans ma permanence, je reçois des gens qui attendent une formation, qui attendent un emploi.
Mais les 5 millions de chômeurs, vous pensez que c'est à cause de l'immigration ?
En partie, oui, madame. Non, mais c'est en cause d'une partie d'un patronat qui ne prend pas ses responsabilités, d'un gouvernement qui ne prend pas non plus, de syndicats aussi d'ailleurs, qui utilisent toujours ces salariés comme une armée de réserves pour jouer à la baisse sur les salaires. Justement, on a beaucoup de chômeurs qui ne sont pas formés dans notre pays, qui pourraient bénéficier de ces emplois. Mais ils ne veulent pas parce que les Françaises et les Français et les étranges en situation régulière, ils défendent leurs droits. Ils ne se laissent pas exploiter.
Ils n'acceptent pas d'arriver à 6h du matin, de s'arrêter 4h à midi et de rentrer chez soi par le dernier RER à minuit et parfois de le rater. Donc, il y a les conditions de travail. D'ailleurs, il y a l'accès au logement. Si on avait réservé, comme le veut Marine Le Pen, les HLM aux travailleurs français, on pourrait être infirmière au centre de Paris. Mais ce n'est pas avec 2200 euros que vous pouvez payer un appartement au centre de Paris pour vos enfants et travailler à l'hôpital à Paris. Donc, tout cela se tient. L'immigration, malheureusement, est utilisée comme phénomène. Pas les braves gens qui viennent travailler. Mais vous faire mourir ?
Est utilisée à la baisse sur les salaires et sur les conditions de travail.
Je ne sais pas si vous avez regardé, mais en Italie, vous avez Giorgia Meloni qui vient d'accorder un nombre record depuis plusieurs années de visas de travail.
Oui. Qu'est-ce que vous dites à ça ? Nous ne sommes pas dans la situation démographique de l'Italie. Peut-être qu'un jour, malheureusement, on y viendra. On est proches ? Non, on n'est pas proches. Parce que ça fait très très longtemps, vous savez que les Italiens, les familles italiennes, malheureusement, n'ont pas d'enfants. C'est un bout de temps. Nous, c'est récent, c'est depuis François Hollande où la politique de natalité et la politique familiale s'est effondrée, je le regrette. Avec la fin des allocations familiales pour les classes moyennes, nous les rétablirons. Mais nous ne sommes pas encore dans cette situation. Et surtout, une fois plus, j'y reviens.
Parce que quand j'entends partie de la droite et de la Macronie qui, après 50 ans de chômage de masse, expliquent que c'est la faute des gens au chômage s'ils ne travaillent pas.
Mais personne n'a dit ça.
Vous rigolez ? On veut supprimer le RSA au bout de trois mois. Il y a des gens qui cherchent un emploi dans ma circonscription. Moi, je reçois des femmes, des hommes depuis 50 ans. Ça fait deux ans, trois ans.
Donc vous, le RSA, c'est sans durée limitée ?
Vous avez une obligation de formation, ce qui a toujours existé. Une obligation de recherche d'emploi, évidemment. Quand il y a un emploi pour voir dans la Somme, par exemple, eh bien, il faut le prendre. S'il y a une formation à faire, on l'a fait. On reste pas chez soi, évidemment. On ne profite pas du système. Mais faire croire qu'il y a 5 millions de chômeurs, et vous le savez très bien, vous en parlez suffisamment, sur vos antennes. Il y a 300 000 emplois libres. Donc il faut arrêter, même si on occupe ces 300 000 emplois. Et il faut les occuper. Ce n'est pas une raison pour ne pas les occuper. Il restera encore 4 500 000 personnes au chômage ou en temps partiel subi.
Donc ces gens-là, ils font quoi ? Mais qu'est-ce qu'il y a derrière ? C'est que les gens qui sont responsables de cet effondrement économique, de la destruction de notre industrie, de l'affaiblissement de l'agriculture ou de la pêche, et bien ils mettent la responsabilité sur les pauvres gens, sur les chômeurs. Cette inversion de la responsabilité est insupportable pour gratter trois voies. Et je comprends utiliser la colère de ceux qui travaillent et qui en ont assez de travailler effectivement pour maintenir ce système. Je comprends qu'ils soient en colère. Mais vraiment, la colère doit s'exercer vers les responsables politiques et pas vers les gens qui subissent cette politique.
Jean-Philippe Tanguy, sur les retraites, c'était au début de l'émission, donc j'imagine qu'à ce moment-là, vous regardiez encore. Vous étiez plutôt Sophie Binet ou Emmanuel Macron sur la question du retour à la retraite à 62, voire à 60 ans ?
Moi j'étais du côté des Français, contrairement à Madame Binet qui a dit « j'ai voté pour vous, je ne comprends pas ce qui se passe ». Écoutez, il n'y a que Madame Binet qui ne savait pas que M. Macron était pour la retraite à 64 ans et qu'il allait trahir et planter dans le dos. Vous dites à Sophie Binet
« vous auriez dû voter pour nous » ?
Bien sûr, je m'en fiche. De toute façon, les ouvriers qui votent CGT, ils votent pour Marine Le Pen, ils ont bien compris depuis longtemps, plus de 50% au premier tour, encore plus au deuxième tour, qu'il fallait voter Marine Le Pen. Elle ne représente plus les ouvriers pour M. Sophie Binet ? Non, elle ne représente plus les ouvriers puisque même la CGT lui restait un seul truc, c'était au moins de mettre un ouvrier à sa tête. Ce n'est même plus un ouvrier ou une ouvrière à la tête de la CGT, donc Mme Binet a escroqué une fois plus, il faut bien dire, les ouvriers qui croyaient en eux. Alors au-delà de Sophie Binet,
vous êtes toujours pour la retraite à 62 ans ? À un moment, vous étiez pour 60, ça c'est fini ?
Non mais 60, c'est pour les gens qui ont commencé à travailler avant 20 ans avec un système dégressif, puis vous avez commencé à travailler tôt et aussi pouvoir encourager les jeunes à travailler tôt pour augmenter le quota d'heures de travail. Plus vous partez tôt, c'est ça le contrat social que proposent Marine Le Pen et Jordan Bardella, c'est aussi lié à la difficulté du travail. Évidemment, souvent quand on commence à travailler tôt, les métiers que l'on exerce sont plus pénibles physiquement ou psychologiquement, mais ça, ça n'intéresse pas à Emmanuel Macron.
Jean-Philippe Tanguy, louer éventuellement des places de prison à nos pays voisins, est-ce que c'est une solution pour lutter contre la surpopulation carcérale ? L'Observatoire des prisons propose plutôt de vider les prisons.
Non, mais c'est la peste et le choléra. C'est-à-dire que la France, pays souverain, n'a même pas le moyen d'avoir des prisons. Alors, ça peut être un pialet, on peut regarder si on peut transférer quelques prisonniers ici ou là, mais c'est quand même pitoyable pour la France. Et M. Macron qui dit « Ah bah oui, au bout de 8 ans, j'ai fait 5000 places sur 15 000, c'est pas de ma faute, c'est les normes, c'est les maires, mais tout ça, c'est lui, tout ça, c'est sa responsabilité. S'il voulait, comme l'a démontré Robert Ménard, il a fait Notre-Dame très rapidement.
S'il avait voulu construire des prisons rapidement, il l'aurait fait, mais il ne veut pas parce qu'en fait, l'idéologie, peut-être pas Emmanuel Macron lui-même, mais l'idéologie qui est derrière lui au ministère de la Justice, c'est pas de prison. Et ce que vous avez dit, l'Observatoire des prisons, il faut les vider. Ce qu'ils avaient d'ailleurs fait au moment du Covid, encore un prétexte fallacieux, pour vider les prisons et déverser en France des gredins et des matras.
Jean-Philippe Tanguy, quand Emmanuel Macron dit qu'il faut 7 ans
pour construire une place de prison. Mais c'est faux. C'est 7 ans avec leurs normes débiles, effectivement, leur bureaucratie insupportable, où il faut un temps fou pour faire le moindre truc. Mais de toute façon, même dans les petites communes de la Somme que j'ai l'honneur de représenter, pour faire une rampe, pour les handicapés, il faut 2 ans, pour, comment dire, rénover une salle de sport, il faut 5 ans. Tout en France prend un temps fou à cause de cette bureaucratie qui traîne et qui coûte très cher. Parce que tous ceux qui nous écoutent le savent.
Quand vous avez un chantier qui traîne, quand vous avez un projet personnel qui traîne, vous savez bien que vos devis, ils augmentent et que ça a des coûts. Donc, c'est pour ça aussi que la France est ruinée. Tous ces délais, tous ces normes, ça coûte très cher.
Jean-Philippe Tanguy, parmi les pistes éventuellement ouvertes, celles de la fin du contrat à vie pour les fonctionnaires ?
Non, mais une fois de plus, on fait croire que c'est à cause de ça qu'il y a des problèmes en France. Le problème, c'est que quand vous avez un fonctionnaire qui a commis une faute, par exemple, j'ai interrogé le ministre de l'économie, sur l'erreur de 40 à 60 milliards d'euros. L'erreur. 40 à 60 milliards d'euros qui ont disparu de prévisions dans les comptes de Bercy qui nous ont mis dans le rouge écarlate. Ah ben, c'est la faute à personne. Voilà, donc, en France, j'avais vu qu'il y avait un monsieur qui avait été viré parce qu'il avait donné un sandwich, un SDF, sur son lieu de travail. Donc, lui, il a été viré.
Par contre, 40 milliards qui ont disparu dans les caisses de Bercy, ah ben là, c'est la faute à personne. Donc, au lieu de vouloir stigmatiser tous les fonctionnaires dont beaucoup, qui font beaucoup avec peu de moyens. Moi, je le vois une fois de plus sur le terrain, notamment dans l'éducation.
Donc, vous n'auriez pas viré la personne ?
Les hauts fonctionnaires, si. Oui, les hauts fonctionnaires, oui. Mais commençons avec les gens qui ont beaucoup de pouvoir, beaucoup de responsabilité et beaucoup d'argent.
Celui qui a récupéré les sandwiches, lui, vous ne l'auriez jamais fait.
Mais non, on ne vire pas quelqu'un parce qu'il a eu un geste d'humanité. On peut s'arranger. Jean-Philippe Tanguy,
vous le disiez.
Ça arrive régulièrement. Toutes les caissières aussi qui sont virées ou ceux qui nous écoutent, les Françaises et les Français voient au quotidien un nombre d'injustices hallucinantes et qui voient ceux qui dirigent, ceux qui ont des responsabilités en permanence, dire c'est pas nous, c'est pas de notre faute et qu'ils se protègent entre eux.
Vous disiez que vous aviez fini par éteindre la télé et retourner en séance sur la question de la fin de vie. Est-ce que vous voterez ce texte ou non ?
Moi, selon les garde-fous, évidemment, on ne va pas poser n'importe quel texte, mais si les garde-fous sur le discernement, sur la liberté des soignants est maintenu, moi, je voterai ce texte. C'est un sujet grave, c'est un sujet où il y a la liberté de vote dans notre groupe, garantie par Marine Le Pen et Jordan Bardella, qui sont contre ce texte. Mais moi, j'estime que le peuple français a besoin de ce droit nouveau et de cette possibilité de partir dans la dignité.
Donc, tout le monde n'est pas d'accord au RN, mais vous voterez en liberté. Est-ce qu'il faudrait aller jusqu'à un référendum ? Parce que là, pour le coup, il a laissé cette porte ouverte, Emmanuel Macron. Je souhaite que le texte sur la fin de vie soit adopté. Il faut un temps parlementaire, mais s'il y a un enlisement, alors à ce moment-là, un référendum peut être une voie pour débloquer.
Il y a déjà eu un temps parlementaire et c'est lui qui l'a arrêté avec la dissolution. Le texte avait beaucoup avancé. Il y avait à l'époque un seul texte, on en préférait deux. C'était une belle victoire aussi de Marine Le Pen obtenue auprès de François Béroux. C'est que les soins palliatifs, le développement des soins palliatifs, qui est un droit humain universel, soit séparé de la question de la fin de vie, de l'euthanasie, pardon, et du suicide assisté. C'était important parce que...
Vous dites euthanasie, vous ?
Oui, je dis euthanasie. Moi, je ne cache pas derrière mon petit doigt. Je ne sais pas pourquoi on n'utilise pas les bons mots. Parce qu'on a l'impression qu'on a quelque chose à cacher. Tout le monde sait. Et le peuple français, moi, je peux vous dire que quand je consulte les élus de terrain ou les habitants dans ma circonscription, ils parlent d'euthanasie et personne ne cherche des mots ou des paraphrases. Et je comprends que ça gêne les opposants, si vous voulez, qu'on n'utilise pas les mots tels qu'ils sont et qu'on essaie de tromper... Donc, vous votez pour mais vous assumez
qu'il s'agit d'euthanasie.
Oui, avec des appellations mensongères, une fois plus trompeuses. Moi, je ne suis pas pour tromper les gens et je ne suis pas pour l'hypocrisie de ceux qui veulent toujours enfumer tout le monde avec des faux-semblants.
Merci, Jean-Philippe Tanguy, d'avoir répondu à mes questions ce matin. Je rappelle que vous êtes député de la Somme et président délégué du groupe Rassemblement National à l'Assemblée Nationale. Il est 8h52 sur AMC BFM TV.
Jean-Philippe Tanguy