Hervé Berville - Le Barbier du matin du 11/06/24
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
– Hervé Berville, bonjour et bienvenue. – Bonjour et merci de l'invitation. – Secrétaire d'État à la mer et à la biodiversité. – C'est cela. – La biodiversité, ça existe aussi en politique. Et vous êtes député des Côtes d'Armor, c'est presque le député maintenant qu'on va avoir en face de nous parce que vous êtes en campagne législative. Comment avez-vous vécu cette soirée de dimanche et cette annonce de dissolution ?
– D'abord, il faut reconnaître la défaite. C'est un échec à la fois pour la majorité présidentielle, pour la liste que nous avions présentée. – Je crois aussi pour tous les partis républicains parce que personne ne peut se satisfaire d'avoir une extrême droite, un rassemblement national si haut dans les scores en France et partout en Europe. Après, moi, je ne confonds pas défaite et défaitisme et je ne confonds pas déception et abdication. Et donc, on repart en campagne. Le président de la République a fait le choix, je crois, à la fois le plus courageux et celui qui permet de la clarification.
Parce que quand on est dans une situation bloquée, dans une situation où on a un Parlement qui est paralysé, qui fait l'objet d'un théâtre, d'un certain cynisme porté notamment par la France insoumise sur la question d'Israël et de la Palestine, nous devons redonner la parole au peuple souverain et lui demander qui veut-il pour gouverner ce pays, pour faire les réformes nécessaires, pour accélérer la transition écologique, faire face au grand désordre du monde et porter un projet d'amélioration du quotidien, normalement, de lutte contre l'inflation et d'amélioration partout dans le territoire, notamment dans la ruralité du quotidien non-constitulé. C'est ça la question qui se pose.
Donc la dissolution, c'est dire aux Français, mais écoutez, si vous voulez le RN, allez-y.
Non, la question, c'est qu'on ne peut pas continuer trois ans avec un Parlement bloqué. Et chacun doit prendre ses responsabilités. Quand je vois un certain nombre de partis de gauche qui donnent des lignes rouges le matin et font alliance avec des personnes qui ont des idées noséabondes le soir... Ça a été très vite, hein ?
La NUPES est revenue...
Oui, mais ça montre bien le peu de conviction de certains. Et puis quand je vois à droite également des gens qui nous donnent des leçons de maintien, des leçons de finances publiques, et puis qui s'allient avec des responsables politiques qui demandent ou qui portent des programmes avec plus de 100 milliards de dépenses, je crois que ce que nous devons aux Français, c'est la clarification. Donc nous, nous allons porter nos idées sur tous les sujets importants, sur les sujets géopolitiques, sur les sujets, bien évidemment, de finances publiques, sur les sujets d'éducation, de santé, de services publics.
Et la question auxquelles les Français devront répondre, c'est est-ce qu'on continue avec cette paralysie au niveau français et ce blocage au niveau européen avec les nationalistes qui ont maintenant un poids important au Parlement ? Ou est-ce qu'on se donne les moyens d'avancer ? Parce que pendant ce temps-là, je terminerai juste sur cela, le monde continue d'avancer. La Chine continue de porter un projet qui doit nous questionner sur notre capacité en européen à y répondre, à y faire face. Et puis les États-Unis sont dans une course aussi présidentielle qui peut avoir des impacts très forts sur notre vie quotidienne.
Donc la question que le président de la République a demandé à nos Français, je pense que c'est une bonne question, c'est qui voulez-vous pour gouverner et peut-on continuer comme ça ? Je ne le crois pas. Et donc il faut une majorité à ce pays pour gouverner.
Le Rassemblement National est arrivé en tête en Bretagne, dans votre Bretagne. C'est inédit. Comment vous l'expliquez ?
Quand il y a 9 communes sur 10 qui ont mis le Rassemblement National en tête, au fond, la Bretagne se normalise par rapport à d'autres territoires.
Et on va retrouver ça aux législatives ?
Je ne le crois pas. Je ne le crois pas. Je pense qu'on rentre vraiment dans une élection différente. La politique, vous savez, ce n'est pas à vous que je vais le dire, l'amoureux de l'histoire politique. La politique, ce n'est pas de l'arithmétique, c'est une dynamique. Et la dynamique que nous souhaitons enclencher, c'est une dynamique, bien évidemment, qui est nouvelle. Appuyer sur aussi les parlementaires qui sont là pour certains, comme moi, depuis 2017. Et puis, avec la conscience très forte que ce qui va se jouer, le 30 et le 7 juillet, ça a des impacts le lendemain sur la vie de nos constituants, sur l'école, sur l'éducation, sur nos infrastructures.
Bref, je crois profondément que la majorité que nous allons proposer, que nous proposons avec le modem Horizon et UDI, elle est claire, elle est cohérente. Il n'y a pas d'ambiguïté entre nous. Et surtout, elle propose des réponses aux défis de notre pays, aux défis de notre temps, qui sont cohérents, qui sont puissants. On n'a pas tout fait bien, loin de là. Sinon, on n'aurait pas eu un certain nombre de scores qu'on a pu voir. Mais je considère que c'est avec ce projet que nous portons que nous pourrons améliorer la vie de nos concitoyens et, encore une fois, être une France puissance, indépendante et qui répond notamment aux défis de la transition écologique.
On voit les alliances déjà se faire. La NUPES se reforme à grande vitesse, Reconquête et le RN discute. Et vous, la main tendue par la majorité, par le président dimanche soir, elle semble n'être saisie par personne.
On verra au niveau local. Il peut y avoir des ententes circonscription par circonscription. C'est aussi l'un des enjeux de ce scrutin. Mais je crois que nous, nous sommes clairs, en fait. On ne rentre pas dans toutes ces combinations ou dans tous ces petits jeux électoraux. Parce qu'en fait, notre majorité, elle est claire. Il y a le modem, horizon, UDI. Et donc, on ne va pas, là, en trois semaines, réinventer des coalitions. Et c'est là la contradiction d'un certain nombre d'anciens partis de gouvernement. C'est qu'au fond, il y a peu de cohérence. Et ce qui prime, c'est plutôt les enjeux électoraux que la cohérence intellectuelle et la capacité à porter une vision cohérente.
Comment voulez-vous qu'on ait, de la part de nos concitoyens d'ailleurs, une vision parfois un peu plus optimiste et positive de la politique ? Quand nous voyons des gens, le matin, Raphaël Glucksmann dire, voilà, j'ai telle ligne rouge. Et le soir, faire alliance avec Rima Hassan ou d'autres qui portent un projet radicalement opposé à ce qu'ils ont sur l'échiquier européen international et sur la question géopolitique. Bon, à mon avis, la contradiction sera sur la place publique et se verra.
Est-ce que le plus à craindre, finalement, ce n'est pas qu'on se retrouve début juillet avec une autre assemblée ingouvernable, sans majorité, avec une arithmétique impossible ?
Un, je ne fais pas de politique fission. Et deux, je ne crains pas le vote et je ne crains pas la démocratie. Donc, moi, ce que je dois faire, ce que nous devons faire, c'est de faire campagne, là, dès cette semaine. Chacun dans son fief. Chacun dans son fief. Et on attend la clarification. Avec une vision. C'est-à-dire qu'il ne faut pas parler simplement de ce que font les autres et de dire notre projet.
Moi, en Bretagne, j'ai beaucoup de sujets qui m'importent, qui me passionnent sur les enjeux de souveraineté alimentaire, sur les enjeux d'accès à la santé, sur les enjeux très importants aussi de transition énergétique, pour ne pas dépendre du gaz qui vient de l'autre bout du monde ou du pétrole du Moyen-Orient, pour faire en sorte que nos concitoyens puissent se loger décemment et dignement dans des territoires qui sont parfois traversés par cette hausse des prix importante qui est liée aussi au tourisme. Bref, il y a tellement de sujets sur lesquels à la fois on a eu des avancées, à la fois on a apporté des améliorations et surtout des sujets sur lesquels on veut continuer d'avancer.
Et je vous donne juste un exemple, parce qu'il ne s'agit pas de faire un bilan ici, mais on a apporté des choses, on a amélioré la situation de nos concitoyens. Je pense notamment à la question du chômage. Il reste encore beaucoup à faire sur la question du travail, de l'emploi. Nous allons continuer et dire en clarté, dire en toute transparence quel est le projet que nous voulons encore
pour les prochaines années. Ce réformisme de la majorité, il était exigeant. On l'a vu avec l'assurance chômage, on l'a vu avec la réforme des retraites, il demandait des efforts aux Français. Vous ne craignez pas que les Français vous punissent et choisissent la facilité des démagogues ? Le RN arrive en disant la retraite, ça sera 60 ans et 62 ans. C'est assez séduisant.
Mais c'est pour ça qu'il ne faut pas céder aux sirènes de la démagogie et que nous, ce que nous devons expliquer et ce que nous devons démontrer par les actes que nous avons portés, que la facilité ne doit pas conduire au fond à des projets qui sont illusoires pour notre pays et qui mènent dans le mur. Quand vous regardez ce qui s'est passé en Angleterre avec l'East Trust qui avait promis monts et merveilles, gouvernement qui tombe, instabilité politique, est-ce que ça a amélioré le quotidien de nos amis anglais ? Non. Et donc nous, nous avons une exigence, déjà une exigence républicaine. Je crois que c'est important dans le moment que nous vivons.
Nous sommes un parti qui respecte vraiment ces idéaux républicains et nous ne transigeons pas avec la laïcité, avec l'antisémitisme, avec le racisme, avec la xénophobie. Ça, c'est important de le dire. Parce que la politique aussi, ce sont des valeurs. Et puis ensuite, je crois que le projet que nous portons, c'est un projet de puissance, d'indépendance et également un projet qui doit, et c'est mon portefeuille ministérielle qui parle ici, qui doit nous permettre de faire face au grand défi du siècle qui est celui du changement climatique, du dérèglement climatique.
Et ceux qui vous expliquent qu'il n'y a rien à faire, ce sera nos enfants, nos petits-enfants qui devront gérer ces inconséquences, ces renoncements et ces reculs.
Sur le terrain, vous allez devoir donc tendre la main à la fois, par exemple, aux écologistes avec ce programme contre le réchauffement climatique, à la fois à la droite parce qu'il faut redresser les finances publiques. Ce et en même temps, il est encore tenable, il est encore possible. Alors,
on ne va pas tendre la main aux écologistes. Non, mais aux électeurs. Encore moins dans la version que l'on a pu voir. Mais aux électeurs sensibles à l'écologie. Mais oui, il y a beaucoup d'électeurs sensibles à l'écologie qui nous ont rejoint, qui voient bien qu'il y a des choses qui ont été faites, notamment sur la réduction des émissions, qui voient bien qu'il y a des choses qui ont été faites sur la protection de la nature, de son cadre de vie, de la biodiversité que je porte avec beaucoup de passion depuis des mois. Et en même temps,
les petits contribuables, les petits patrons qui veulent des finances publiques en orgue.
Parce qu'en fait, nous représentons une culture politique en France qui existe, qui a existé dans la tradition française qui a été au gouvernement, que ce soit de Giscard en passant par Rencord. En France, Giscard, etc. Bien évidemment. C'est encore vivant ça. Mais oui, cet espace politique, il existe. Alors, il y a des sigles, des noms de partis politiques qui changent. Mais quand je constate que de 2022 à 2024, les partis de gauche changent de nom de Front Populaire à NUPES, à autres, en passant, ce n'est pas une caractéristique de notre bloc central.
Ce qu'il faut que l'on continue à porter, c'est qu'au fond, le discours, le bruit ambiant qui est porté par les extrêmes, moi, je suis convaincu que c'est mauvais pour notre pays, c'est mauvais pour les Français et que nous, notre bloc central, dans nos propos, dans la manière dont on le dit, on peut le dire de manière tempérée, modérée, mais que les propositions que nous portons sont radicales dans ce qu'elles ont, qu'elles vont chercher à la racine les problèmes. Et c'est ça qu'on va continuer de porter sur le chômage, sur l'éducation, sur la santé, sur la transition écologique.
Raphaël Guixmane propose Laurent Berger à Matignon pour incarner une gauche modérée. Laurent Berger, c'est quelqu'un avec qui, presque, vous pourriez travailler.
Avec qui j'ai travaillé dans mes différentes fonctions, notamment de député. C'est quelqu'un qui est, je crois, très estimable et qui a une longue carrière dans son domaine. Moi, je ne pense pas que ce soit le premier ministre qu'il nous faut pour ce pays, mais, en fait, moi, je regarde plutôt ce que nous, nous proposons, plutôt que ce que les autres mettent sur la table.
Vous ne craignez pas la division de la Macronie, c'est-à-dire horizon d'un côté, modem de l'autre, naissance ? Tout le monde va être uni ? Vous constatez,
depuis dimanche, qu'il n'y a pas de cacophonie, contrairement à d'autres spectres politiques. Donc, on avance en clarté, en cohérence, et nous, on n'a pas besoin de faire des conciliabules puisque, en fait, le projet sur lequel on veut avancer, il est clair. Et surtout, au-delà d'être clair, il est à la fois financé et je crois que sur certains éléments, nous avons fait la preuve que nous pouvions mettre des améliorations pour nos concitoyens et il y a des choses à améliorer,
il y a des choses à changer et c'est ce qu'on va proposer. Candidat dans la deuxième circonscription des Côtes d'Armor. Exactement, la plus belle de France. A bientôt.
Hervé Berville