"Pour les pyromanes, le passage à l'acte représente une forme de soulagement"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Sud Radio, il est 7h38, soyez les bienvenus si vous nous rejoignez. Cette question ce matin, pyromanes incendiaires, que se passe-t-il dans leur tête ? Deux personnes ont été mises en examen, dont un pompier volontaire, après l'incendie. Les incendies qui ont ravagé la forêt de Fontainebleau au total depuis le début de l'été. Dans toute la France, ce sont une soixantaine d'individus qui ont été interpellés pour des mises à feu volontaires ou accidentelles. Bonjour Marjorie Sueur. Bonjour. Et merci d'être avec nous, vous êtes psychologue, consultante en criminologie. Vous connaissez donc très bien le sujet. Qu'est-ce qui motive exactement un pyroman ?
Quel plaisir il éprouve à provoquer de telles catastrophes ?
En fait, c'est le plaisir, la fascination pour le feu qui peut être à l'origine. Il y a aussi ce qu'on appelle une compulsion. C'est-à-dire que pour lui, il est impératif de passer à l'acte et donc d'allumer le feu. Il faut savoir qu'avant qu'il ne passe à l'acte, il est dans une tension interne très élevée et que pour lui, le passage à l'acte représente le soulagement. Donc, au niveau du cerveau, si vous voulez, il y a des choses qui s'activent. Il y a un processus, un circuit de récompense, notamment au niveau de la dopamine, qui fait qu'il va y avoir cette excitation, cet état de...
Alors, soit une excitation, soit un état de mal-être intense qu'il n'arrive pas à exprimer autrement, qui va donc, par le passage à l'acte, par l'allumage du feu, va venir réduire, apporter un soulagement. Et donc, après, ça va être une récompense dans le sens où je suis étendue, je sais qu'en faisant cet acte-là, je vais retrouver une certaine sérénité, un certain confort, donc je peux passer à l'acte. Après, les motivations peuvent être aussi différentes.
Et c'est les enquêtes, les techniciens d'investigation criminelle, avec tous les indices qu'ils vont relever sur la scène d'infraction, qu'on va pouvoir arriver, adresser plus ou moins le portrait de la personne recherchée, à leur portrait psychologique, le profil psychologique, et déterminer aussi la motivation qui se cache derrière cet acte-là.
Le profil type du pyromane, on a l'impression que ce sont souvent des hommes, des jeunes, c'est ça, le profil type ?
Alors, c'est ce qu'on voit, effectivement. Maintenant, je dirais que, comme dans toute infraction délictuelle ou criminelle, on a toujours quelque chose, une part auquel on n'a pas accès. Donc, jusqu'à présent, effectivement, on a plus interpellé d'hommes que de femmes, mais on n'est pas à l'abri non plus que des femmes ne commettent pas cet acte-là.
Et des pompiers, un pompier volontaire, mis en examen après les incendies de Fontainebleau, ce n'est pas un mythe, le pompier pyromane, Marjorie Sueur ?
Alors, il y en a beaucoup moins que ce que l'on pense, heureusement. Malheureusement, cette personne, quand c'est un pompier pyromane, ça vient entacher toute une profession, mais ce n'est pas la majorité de ces cas-là. Après, dans le cas du pyromane pompier, il y a une double gratification, dans le sens où il a soit un besoin de reconnaissance qui va être à l'origine de sa mise à feu, il va donc déclencher l'alerte, de là, il va pouvoir intervenir sur les lieux mêmes de l'incendie qu'il aura déclenché, et la récompense finale, c'est la félicitation et la valorisation, soit de ses pairs ou de la société, parce qu'il aura éteint lui-même le feu qu'il aura allumé.
Donc, lui, il a vraiment une puissance, j'allais dire, une jouissance, excusez-moi pour le terme, du début de la mise en action du départ de feu jusqu'à l'arrivée.
Est-ce que la pyromanie peut être assimilée à une forme de maladie psychiatrique ? Vous nous avez expliqué le fonctionnement. Est-ce que c'est assimilable à véritablement une maladie psychiatrique ?
Non, on ne le rentre pas forcément dans cette catégorie. On le voit plus. Alors, il y en a effectivement où on va parler de troubles de la personnalité, et on peut retrouver éventuellement des psychopathes qui agiraient de cette façon-là, et dont les conséquences, c'est vraiment le cadet de leurs soucis. Et après, vous avez plus des personnalités qui présentent des troubles de l'humeur, ou qui ont plutôt une faible d'estime d'eux-mêmes, qui peuvent avoir des difficultés relationnelles, ou un problème de réguler leurs émotions. Donc, pour eux, le passage à l'acte de mettre le feu va répondre à leurs besoins.
J'aimerais qu'on termine par ça. Vous avez posé le mot, le terme « psychopathe ». On a des tueurs en série qui ont débuté leur parcours criminel par des incendies. Est-ce qu'il y a un lien entre les deux, Marjorie Sueur ?
Alors, on trouve effectivement un triptyque dans la personnalité des tueurs en série, mais on ne peut pas dire que toute personne qui va mettre le feu va devenir effectivement un tueur en série par la suite. De même que quand on fait l'analyse de leur personnalité, de leur enfance, on s'aperçoit qu'il y a des carences. Mais là aussi, j'insiste sur le fait que ce n'est pas parce qu'ils ont des carences. Tout le monde a eu des traumatismes au cours de son enfance. Et ce n'est pas pour autant qu'on arrive à développer des comportements inadaptés et qui prennent autant d'ampleur dans notre société.
Un grand merci pour cet éclairage très précis, Marjorie Sueur. Je rappelle que vous êtes psychologue et consultante en criminologie. Je vous souhaite une très belle journée.