Guerre commerciale: la prise de parole en intégralité de François Bayrou depuis Coulommiers
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Qu'on les honore, qu'on soit là pour partager avec eux les défis qui sont devant eux et en même temps pour soutenir leur production. On a vu beaucoup de fromage, beaucoup de production laitière, beaucoup de production viticole, et c'était formidable d'enthousiasme. Et on est là pour les aider. — Alors on vit un moment qui est un moment terrible, totalement inattendu, avec une guerre commerciale lancée par les États-Unis qui s'ajoute aux craintes et aux difficultés qui venaient de la Chine. Et tout ça crée un univers dans lequel l'incertitude, l'inquiétude aussi sont impressionnantes et dans laquelle tout le monde comprend qu'il n'y a qu'une réponse possible, c'est la réponse européenne.
Et cette réponse européenne, elle impose de se serrer les coudes, d'avoir de bonnes stratégies, de savoir dans quel domaine on place la résistance et aussi dans quel domaine on investit l'envie de progresser. Et tout ça, c'est évidemment le cadre de ce que chaque agriculteur, chaque éleveur vit en ce moment. Et cependant, ils sont toujours là avec de l'enthousiasme, de la volonté, eux, les organisations dans lesquelles ils travaillent. Et c'est infiniment précieux d'être avec eux. Et ce type de foire, c'est ici la deuxième foire la plus importante d'Île-de-France après, évidemment, le salon de l'agriculture.
Mais c'est très important pour toute la profession et pour toute la région qu'on découvre qu'ils ne sont pas tout seuls, qu'on est là, que le gouvernement est là, que réunit chacun dans son engagement et sa spécialité pour les aider, les soutenir.
On voit que la Chine est en embuscade quelque part. Est-ce qu'il faut s'attendre à commercer davantage avec les Chinois ? Peut-être que plus de produits chinois arrivent en France aussi ?
Oui. Il y a des gens qui pensent qu'il serait plus simple de remplacer les uns par les autres. Et c'est pas du tout ça, une crise. Une crise, c'est une certaine organisation du monde qui s'effondre ou qui est dans l'incertitude. Parce que quand le président des États-Unis ajoute des taxes, c'est un tremblement de terre. Mais quand le président des États-Unis, 48 heures après, supprime des taxes, c'est encore un tremblement de terre. Surtout que sans qu'on s'en aperçoive, ayant agité le spectre de taxes très très fortes, il dit « je les baisse », mais il laisse quand même des taxes qui sont aujourd'hui trois fois plus importantes que ce qu'elles étaient avant.
Et l'idée que l'un pourrait être remplacé par l'autre, les États-Unis par la Chine, est une idée terriblement dangereuse aussi, parce que la Chine joue sa carte. Et sa carte, c'est de remplacer dans le monde agricole et dans le monde industriel tous les producteurs européens. Et c'est dans ce déséquilibre, dans cette tempête-là que notre Union européenne est prise. Mais aujourd'hui, au moins, personne ne peut soutenir l'idée qu'on serait plus fort tout seul. Tous ceux qui, depuis des années, racontaient que c'était simple, il suffisait de sortir et que, sortant de l'Europe, on trouverait des conditions plus favorables, sont aujourd'hui, si j'ose dire, anéantis par les événements.
Et si quelqu'un prétend que c'est facile ce qu'on a à relever comme défi, il se trompe. — Mais qu'est-ce qu'on peut faire qu'on peut faire avec le Chimara ? — Ce qu'on peut faire, c'est que les Européens soient solidaires, qu'ils pèsent exactement les chances et les risques. L'Europe n'a jamais été contre le commerce international. Mais elle ne peut accepter en matière industrielle comme en matière agricole qu'un commerce équilibré, justement équilibré. C'est-à-dire si mon concurrent veut participer à notre marché, il doit avoir les mêmes règles que les nôtres. Et c'est vrai particulièrement en matière agricole.
L'existence de règles et de normes, elle est liée au fait que tous les producteurs doivent obéir aux mêmes règles. Et cette loi-là, c'est la loi que le gouvernement français veut imposer. C'est la règle que nous nous fixons pour toutes les relations internationales entre les différents marchés de la planète. Il faut que les règles soient les mêmes. Si symétriques et justes, s'il y a en Europe des restrictions pour ne pas utiliser des produits dangereux ou pour ne pas utiliser des méthodes de production qui soient un risque pour la santé de nos concitoyens, des êtres humains, alors il faut que ceux qui sont nos concurrents aient les mêmes règles et qu'on puisse les vérifier.
Et la traçabilité, comme disent les spécialistes, la traçabilité, la capacité de vérifier que ces règles sont respectées, que quand vous interdisez des antibiotiques en excès ou quand vous interdisez des hormones pour la croissance des animaux, il faut qu'on puisse vérifier que d'autres ne les utilisent pas. Et vous voyez que le respect des règles et le respect réciproque des règles, que tout soit en miroir symétrique, si les producteurs français et européens se voient imposer une discipline, eh bien il faut que les autres aient la même discipline. C'est un combat de tous les jours que nous menons, que mène le ministère de l'Agriculture et que mène la présence en Europe.
Et c'est vital pour notre avenir.
Alors ici, on vous a vu, vous tâchez tous les produits tirés à toutes les mains. Est-ce que vous êtes un Premier ministre en campagne au moment où les sondages ne sont pas géniaux et où le RN brandit à nouveau la menace, vous s'en suivez ?
Oui, mais si j'avais voulu la popularité, je ne serais évidemment pas dans... J'aurais évidemment pas accepté la fonction de Premier ministre dans un temps aussi déstabilisé. Je vous rappelle que quand nous sommes arrivés, le gouvernement de Michel Barnier venait d'être renversé, que nous n'avions... On était quasiment à Noël. On n'avait pas de budget pour l'action publique, on n'avait pas de budget pour l'action sociale et on a dû surmonter pour les faire adopter six motions de censure successives. Six. Jamais un gouvernement avait eu à vivre un tel défi et une telle difficulté. Et donc, quand vous acceptez une responsabilité comme celle-là, ne vous attendez pas à être populaire.
Parce que c'est pas possible. Mais attendez-vous à avoir en tête une seule chose, qui est le sens de toute notre équipe. Soyez prêts à être courageux. Et nous allons traiter un à un tous les problèmes qui se posent à la France, y compris ceux que depuis des décennies, on n'a pas traités. Nous allons regarder en face les défis les plus exigeants, et d'autant plus exigeants que la crise s'y ajoute. La France traîne des pathologies, je dirais, ou en tout cas des déséquilibres, depuis des décennies. Allez, disons depuis 30 ans. Elle traîne des déséquilibres comme ça. Ils sont d'autant plus difficiles à traiter que nous sommes entrés en temps de crise.
Et nous allons cependant les exposer aux Français pour partager avec eux. Il y aura une grande communication mardi sur ce sujet, le mardi 15. On va partager avec les Français tous les risques. La vérité est décisive pour qu'on puisse prendre les décisions qui s'imposent. Et donc, on ne s'attendait pas à être populaires. Et ce n'est pas ça la question. La question est, est-ce qu'on décide de ne rien faire ou est-ce qu'on décide de traiter toutes les questions qui se posent ? On va les traiter toutes.
On parle beaucoup de souveraineté, justement, sur un autre dossier. Est-ce que la reprise de Vankorex par les Chinois, c'est une entreprise potentiellement stratégique ? Vous inquiètez, est-ce que vous comprenez ?
Alors, si j'ai bien compris, parce que j'ai suivi le dossier avec les organisations syndicales et avec les élus locaux, ce n'est pas la reprise de Vankorex. C'est la reprise d'une petite partie des activités de Vankorex par une entreprise qui part ailleurs à des capitaux chinois. Écoutez, je préfère l'activité que la fermeture. Et je l'avais dit depuis le début. Vous savez que les salariés avaient proposé une offre de reprise. Elle n'a pas été acceptée.
Nous sommes complètement en soutien du maintien de l'activité parce que c'est une activité qui s'était développée sur le site de Vankorex qui a des aspects, en effet, tout à fait essentiels pour un certain nombre de productions, même si les producteurs en question ont de produits très sensibles pour notre économie, pour le nucléaire, etc., pour notre défense, avaient pris leurs précautions. Mais nous sommes du côté de l'activité. Et nous préférons l'activité à la fermeture.
Vous parlez de courage. Est-ce qu'être courageux, ça peut être aussi de décider d'augmenter les impôts ?
Non, mais si... J'ai souvent dit ça. Je le répète pour vous. S'il y avait dans le monde un pays qui se portait bien parce qu'il a plus d'impôts que les autres, la France serait le pays du monde le plus heureux, le plus prospère, puisque nous sommes le pays du monde dans lequel il y a le plus d'impôts et le plus de dépenses publiques que nous finançons, en effet, par des prélèvements, mais aussi par du déficit, c'est-à-dire par de la dette. Et ceci n'est pas du courage. Donc il faut prendre en compte la situation et avoir en tête que ce n'est pas la multiplication d'impôts qui permet à un pays de réussir. Ça se saurait autrement.
Et donc notre ligne de conduite doit être clairement exposée aux Français et elle le sera.
— Et sur le point de vue, hier, un jour, il y a un gendarme devant la commission d'enquête pour informer que c'était intervenu directement sur l'affaire du père Caricard.
— Madame, soyons absolument claires, et ça sera prouvé parce qu'il y aura la commission et que j'irai devant la commission jamais, pas une seule fois de ma vie, de toute ma vie politique, je ne suis intervenu dans une affaire judiciaire. Jamais. — Je ne sais pas s'ils mentent, c'est... Bah, les juges et les gendarmes, vous savez, ça se trompe comme les autres. Moi, je vous dis que de toute ma vie, jamais je ne suis intervenu dans aucune affaire judiciaire. Et si quelqu'un peut venir me voir en disant « Vous êtes intervenu, j'y étais », à ce moment-là qu'ils viennent... — C'est ce qu'ils disent. — Non, pas du tout. Ah, pas du tout. C'est pas ce qu'ils disent.
Ils disent « Quelqu'un m'a dit que quelqu'un lui a dit que... ». Ça n'a rien à voir. Jamais. — Non. Absolument pas. Alors je maintiens. J'apporterai toutes les preuves qu'il faut. D'abord, ça serait strictement interdit par la loi. Vous imaginez pas qu'un procureur général peut accepter une intervention d'un homme politique de surcroît que je ne connaissais pas. Je ne connais pas cet homme. Et donc ceci n'est pas la vérité. Et le contraire de la vérité. Alors il y a peut-être des gens de bonne foi, des gens qui ne savent plus ce qu'ils avaient à cette époque. Mais tout ça sera prouvé.
François Bayrou