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InterviewFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 11 décembre 2022 19 minComplaisantActualité / polémiqueInstitutions & électionsEurope & internationalSécuritéImmigration & asile

Vincent Martigny : "Les modérés sont évincés du cœur du parti LR, on les retrouve chez Macron ou à l'UDI"

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 10 %Défensif 60 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 98 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:00OuverteRéponse directe

    Quel est l'état de la droite ? Quel est son avenir ?

  • 0:07OuverteRéponse directe

    On va parler de l'élection à la tête de LR entre Ciotti et Retailleau.

  • 0:33OuverteRéponse directe

    Si on tient compte du report des voix d'Aurélien Pradié, est-ce avantage à Ciotti ?

  • 1:09RelanceRéponse partielle

    Est-ce que ce second tour est un premier signe d'affaiblissement pour LR ?

  • 2:01OuverteRéponse directe

    Huit points d'écart seulement entre Ciotti et Retailleau au premier tour. Ça vous a surpris ?

  • 3:06OuverteRéponse directe

    Cette campagne très à droite va-t-elle se ressentir dans les futures orientations de LR ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 4:32InvitéChiffre
    « Il y avait une enquête du Sevipov qui avait été faite entre août et septembre 2021, en près de 15 000 électeurs de droite et du centre, parmi lesquels 3 000 sympathisants à l'air. »
  • 7:44InvitéChiffre
    « Le 10 avril, lors du premier tour de l'élection présidentielle, 41% des électeurs de François Fillon en 2017 ont voté pour Emmanuel Macron. »
  • 7:51InvitéChiffre
    « 26% sont votés pour Marine Le Pen, 9% pour Éric Zemmour. »
  • 12:34InvitéFait
    « Il défend quand même l'abolition du droit du sol. »
  • 12:38InvitéFait
    « Il défend la constitutionnalisation des origines, des racines chrétiennes de la France. »
  • 12:41InvitéFait
    « Il veut faire un Guantanamo à la française. »
  • 12:44InvitéFait
    « Il reprend la théorie du grand remplacement. »

Temps de parole

  • Invité77 %
  • Présentateur15 %
  • Présentateur 28 %

2,1 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Quel est l'état de la droite ? Quel est son avenir ? Eh bien, on va en parler en attendant l'élection dans quelques heures du favori Éric Ciotti ou de son rival Bruno Retailleau à la tête du parti Les Républicains. Bonjour Vincent Martigny. Bonjour. Vous êtes politologue, vous êtes maître de conférence en sciences politiques. Je suis venu professeur depuis. Ah bon ? Félicitations. Félicitations. Êtes-vous toujours chercheur associé au Cévi-Pof ? Absolument. Et d'un point de vue éditorial, vous êtes membre du comité de rédaction de la revue trimestrielle Zedig et du 1 hebdo, ça tient toujours ? Toujours. Les adhérents LR élisent donc leur président, second tour aujourd'hui.

Si on tient compte du report des voix du candidat malheureux Aurélien Pradié, est-ce bien, plutôt ce matin, avantage à Éric Ciotti ?

0:47
Invité

Oui, a priori, Aurélien Pradié n'a pas appelé à voter pour Éric Ciotti, mais ses proches, les gens qu'il avait soutenu, je pense notamment à François Baroin, a déjà annoncé qu'il rejoindrait Éric Ciotti. Vous l'avez dit dans le journal un peu avant que j'arrive, il y a quand même a priori l'espoir chez Éric Ciotti d'une victoire assez nette. Donc en tout cas, on peut croire que, si on regarde les équilibres internes à LR, aujourd'hui c'est plutôt Éric Ciotti qui devrait l'emporter.

1:09
Présentateur

Mais au premier tour, on pensait qu'Éric Ciotti allait largement dominer, peut-être même dès le premier tour, cette élection. Il y a eu un second tour. Est-ce que c'est peut-être un premier signe d'affaiblissement ?

1:21
Invité

Non, pas vraiment. Enfin, il faut savoir que les Républicains, historiquement, ont toujours été divisés. Il y a plusieurs courants au sein des Républicains. Je pense notamment au livre de ma collègue Florence Hegel, qui avait écrit un livre il y a une dizaine d'années, qui s'appelait « Les droites en fusion ». Et dans ce livre, elle disait qu'il y a trois grands courants chez les Républicains ou chez l'UMP à l'époque. C'était l'égoliste. Alors aujourd'hui, cette famille, elle est difficile à attraper parce qu'on ne sait plus trop ce que ça veut dire, l'égoliste.

Vous aviez, il y avait une dimension souverainiste là-dedans, les chrétiens, minorités, qu'on retrouve auprès de Bruno Retailleau, et les libéraux. Aujourd'hui, les libéraux sont pas mal répartis. Donc, qu'il y ait des tensions entre différents électorats, qu'il y ait des hésitations, ça ne veut pas forcément dire que le parti est affaibli pour cette raison. Il est affaibli, mais pas pour ça, à mon avis.

2:02
Présentateur

Cela dit, huit points d'écart seulement entre Éric Ciotti et Bruno Retailleau au premier tour. 42% pour le premier, 34% pour le second. Est-ce que ça vous a surpris quand même ?

2:12
Invité

Ce qui est assez surprenant, si vous voulez, c'est que ce soit des candidats qui représentent, en tout cas historiquement, une des principales familles françaises, et qui représentent quand même une taille électorale et un type de, comment dire, de contour, d'idées politiques qui soit quand même aussi faible dans l'opinion. C'est ça que je trouve assez étonnant. C'est-à-dire, vous avez d'un côté M. Retailleau qui vient du mouvement pour la France, qui était l'ancien bras droit de Philippe de Villiers, qui a quand même des idées très, très, très fortes. Donc un conservateur et un souverainiste.

Très conservateur, proche de sens commun, le mouvement qui était Manif pour tous, lui-même justement vraiment très engagé sur des questions qui sont quand même marginales dans le sens français, même si elles sont importantes à droite. Et puis de l'autre, Eric Ciotti, qui a quand même été certes le bras droit pendant très longtemps de Christian Estrosi, un sarkoziste, mais qui était vraiment parmi les plus sarkozistes, les plus identitaires des sarkozistes, des gens qui sont déjà historiquement à la marge de la droite et qui aujourd'hui en constituent le centre. Et ça, je trouve ça intéressant.

3:07
Présentateur

Vous parliez, pardon, juste pour parler des courants, ça existe depuis quand Nicolas Sarkozy, parce qu'avant, sous Jacques Chirac, c'était « je veux voir une seule tête » et pas d'autre.

3:17
Invité

En réalité, c'est pas le cas, parce que sous Jacques Chirac, il y avait déjà des courants, il y avait déjà des visions différentes, parce que rappelez-vous que l'UMP, c'est déjà la combinaison entre deux mouvements, le RPR, qui était plutôt néo-gaulliste, et l'UDF, qui était une coalition de partis, parmi lesquels on avait plutôt des chrétiens, des identitaires et des centristes. Mais ça se voyait moins,

3:32
Présentateur

parce que le parti était plus bonapartiste. D'ailleurs, on avait un vrai chef

3:37
Invité

et voilà, je pense que la vraie différence, depuis 2012, c'est-à-dire depuis la campagne ratée de Nicolas Sarkozy pour sa réélection, vous avez une crise de leadership qui n'a pas été résolue.

3:46
Présentateur

Cette campagne dont on vient de parler, très à droite, avec les deux candidats, Ciotti et Retailleau, est-ce que ça va se ressentir dans les futures orientations du nouveau, je mets ça entre guillemets, parti Les Républicains ?

3:59
Invité

Ça, c'est évident, puisque aujourd'hui, Les Républicains continuent leur trajet vers une forme de droitisation. Cette droitisation, elle a commencé sous Nicolas Sarkozy, dans le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Et d'une certaine manière, c'est une machine qui a initié l'ancien président de la République, qui ne s'est jamais arrêtée. Et vous avez la conséquence de dix ans de droitisation. Mais attention, la droitisation, ce n'est pas seulement ceux des cadres. En réalité, les cadres, les Républicains, je pense notamment aux députés ou aux sénateurs, sont beaucoup plus centristes que les électeurs eux-mêmes. Et notamment les militants des Républicains. Les adhérents.

Ces militants et les adhérents, eux, sont de plus en plus radicalisés. Il y avait une enquête du Sevipov qui avait été faite entre août et septembre 2021, en près de 15 000 électeurs de droite et du centre, parmi lesquels 3 000 sympathisants à l'air. Et qu'est-ce qu'on constatait ? Leur priorité, c'était plutôt la lutte contre un délinquance, le terrorisme, la santé, la lutte contre l'islamisme et contre l'immigration clandestine. Tous les enjeux économiques, d'éducation, étaient vraiment largement secondaires. On se rend compte que sécurité et immigration, c'est devenu la priorité absolue, en tout cas des adhérents des Républicains.

Et à ce titre-là, il se rapproche beaucoup sur ces questions-là des adhérents et des électeurs du Rassemblement National.

5:05
Présentateur

Du coup, Vincent Martini, est-ce qu'il reste une droite modérée ?

5:09
Invité

Alors oui, il y a une droite modérée encore. On la trouve dans deux espaces. D'abord, au sein de ce qu'on appelait les centristes, ceux qui étaient associés à la droite, l'UDI, ce qu'on appelait le nouveau centre, des gens qui viennent de désigner Hervé Merseille à leur tête hier. Un sénateur.

Le sénateur, président du groupe union centriste et qui, justement, essaie de se distinguer des Républicains tout en essayant de se distinguer du pôle macroniste qui est le deuxième endroit où vous trouvez aussi une droite dite modérée puisqu'on le sait, il y a toute une série de membres importants des Républicains parmi lesquels Édouard Philippe, parmi lesquels Gérald Damanin, Bruno Le Maire, Franck Riester, il y en a toute une série qui rejoint les macronistes. Mais donc les modérés

5:43
Présentateur

sont déjà partis en fait ?

5:44
Invité

Ils sont partis, oui.

5:45
Présentateur

Ils en restent ou pas ?

5:46
Invité

Encore une fois, chez les Républicains, vous avez quelques modérés, mais enfin, je pense à Philippe Juvin qui s'est présenté à la primaire fermée LR l'année dernière, mais il a fait un score assez faible. Aujourd'hui, les modérés sont évincés du cœur du parti des Républicains, mais en revanche, ça ne veut pas dire que dans la culture politique de la droite, qui encore une fois dépasse largement la question du parti des Républicains, ces modérés soient totalement marginalisés. On les retrouve encore une fois chez Macron, mais on les retrouve aussi à l'UDI.

6:11
Présentateur

Mais du coup, ça veut dire qu'à l'issue de cette élection, cette partie modérée qui donc n'est plus là ne sera pas récupérée par Édouard Philippe parce qu'il compte récupérer les miettes, j'ai envie de dire, de son ancien parti, non ?

6:21
Invité

Mais encore une fois, ça dépend de ce que vous appelez récupérer les miettes, c'est-à-dire que les cadres, il en reste quelques-uns, notamment au Sénat. Gérard Larcher est quelqu'un de plutôt modéré par rapport au reste de LR. Les sénateurs, en général, les Républicains, sont plus modérés que l'ensemble des autres cadres. Et les cadres eux-mêmes sont plus modérés que la plupart des adhérents.

Donc encore une fois, il faut voir ce que vous appelez récupérer les miettes puisque Édouard Philippe pourrait tout à fait récupérer, si c'était le cas, les cadres qui, eux, peut-être se sentiraient gênés par une ligne de plus en plus droitière de la part d'Éric Ciotti ou de Bruno Rutaillot si c'était lui qui devait être élu et qui seraient en décalage justement avec les adhérents eux pour essayer de reconstruire auprès des sympathisants une offre politique plus modérée.

7:00
Présentateur

Que ce soit Éric Ciotti ou Bruno Rutaillot, chacun est d'accord pour rejeter toute alliance avec Emmanuel Macron. Comment la droite peut-elle éviter de devenir une force d'appoint lorsqu'il s'agira de voter la réforme des retraites sans apparaître comme une alliée de la Macronie justement ?

7:16
Invité

Je pense d'abord qu'elle ne peut pas. Aujourd'hui, il n'y a pas d'espace politique pour que la droite devienne autre chose qu'un parti éventuellement supplétif. Encore une fois, ça ne veut pas dire que c'est pour toujours mais pour l'instant, elle n'a aucun autre espace. C'est comme si vous vous demandiez comment est-ce que le Parti Socialiste peut redevenir la force majoritaire à gauche. Aujourd'hui, pour l'instant, ce n'est pas possible.

7:31
Présentateur

Pas d'allié, cela dit, Emmanuel Macron va tout faire pour séduire cette force d'appoint à droite pour voter la réforme des retraites. Comment ne pas passer

7:39
Invité

pour un allié à ce moment-là ? Il en a besoin. Alors, encore une fois, je voudrais revenir sur un chiffre important. Le 10 avril, lors du premier tour de l'élection présidentielle, 41% des électeurs de François Fillon en 2017 ont voté pour Emmanuel Macron. 26% sont votés pour Marine Le Pen, 9% pour Éric Zemmour. Donc, vous avez de fait une grande partie des sympathisants, je ne parle pas des adhérents, mais des sympathisants à l'air, qui déjà sont tentés par le macronisme.

Et donc, si des gens comme Bruno Retailleau ou comme Éric Ciotti, eux, veulent bien se distinguer parce qu'ils ont peur de disparaître, soit de disparaître d'un côté Macron, du côté Macron, soit de disparaître en faisant une alliance imaginaire avec le Rassemblement National. Donc, à ce titre-là, eux, ils vont tout faire pour exister politiquement. Mais ce n'est pas exactement la même chose que ce que la droite elle-même, c'est-à-dire en tant que culture politique, est en train de devenir.

Je fais une différence entre, d'un côté, le fait que vous aurez encore un parti qui va s'appeler Les Républicains, qui va se positionner avec ses 60 députés, sa majorité au Sénat, parce que le gros enjeu, c'est quand même l'année prochaine, septembre 2023, les élections sénatoriales. Est-ce que les Républicains garderont ce bastion qu'ils maîtrisent depuis plus de 100 ans ? Ou est-ce qu'ils vont être aussi évincés du Sénat ? C'est-à-dire qu'elle va être l'avenir de cette droite à l'intérieur du macronisme ou éventuellement de l'UDI qui peut-être pourrait tirer ses marrons du feu en étant dans une position plus intermédiaire entre Emmanuel Macron et la droite. Vous parliez du rapprochement

9:00
Présentateur

avec le Rassemblement National. Entre Éric Zemmour et Emmanuel Macron, je préfère voter Zemmour. Est-ce que cette phrase d'Éric Ciotti va décomplexer un parti qui auparavant se faisait un point d'honneur de ne pas franchir le Rubicon ?

9:12
Invité

Là encore, vous avez deux réponses. Du point de vue des cadres, je ne pense pas parce qu'en fait ce n'est absolument pas l'intérêt. D'ailleurs Éric Ciotti l'a rappelé, ce n'est absolument pas l'intérêt des Républicains de s'allier avec les Rennes. Vous ne vous alliez pas quand vous êtes si faibles parce que vous allez être complètement aspirés. Donc ce n'est pas du tout l'intérêt. Du point de vue des sympathisants, c'est un peu plus compliqué. C'est-à-dire je pense que entre guillemets la marque Le Pen, l'idée de voter Le Pen reste un repoussoir pour beaucoup de Français qui appartiennent à la droite dite républicaine ou des républicains ou de la droite dite classique.

Mais en même temps, les enquêtes que nous réalisons au Cévi-Pof, elles démontrent que sur les questions dites régaliennes, ordre de sécurité, ordre public, immigration et insécurité, bon, vous avez quand même des rapprochements très très forts entre les électeurs des Républicains et les électeurs du Rassemblement national. Voire même une similarité de position. Sur les questions, par exemple, la question faut-il mieux défendre les valeurs traditionnelles de la France ? Les Républicains sont même plus conservateurs que les gens qui votent pour Marine Le Pen et ses amis. Donc à ce titre-là, vous voyez bien qu'il y a une difficulté qui existe et qui n'est pas nouvelle.

Elle ne date pas de cette élection. Elle date déjà de quasiment une dizaine d'années depuis encore une fois la droitisation qu'avait fait entamer Nicolas Sarkozy à son parti. Eh bien, vous avez un recoupement quasiment parfait sur les valeurs dites culturelles et en même temps encore un décalage sur les questions économiques puisque le Rassemblement national est plus, on va dire, défenseur de l'État-providence alors que la droite des Républicains est plus libérale. Et c'est ça qui les différencie pour l'instant.

Mais on ne sait pas comment les choses vont évoluer et encore une fois, la seule chose qui pourrait sauver les Républicains c'est qu'ils n'ont pas d'intérêt une fois de plus à s'allier avec le Rassemblement national.

10:45
Présentateur

Alors vous venez de prononcer le nom de Nicolas Sarkozy donc j'en profite. Où en est la droite avec Nicolas Sarkozy ? Bruno Retailleau, le filloniste, a clairement fait campagne contre l'ancien président. Est-ce qu'avec cette élection c'est définitivement la fin de l'influence de Nicolas Sarkozy sur sa famille politique ?

11:01
Invité

Alors pas forcément. Oui, Bruno Retailleau est un anti-Sarkozy. Il ne vient pas du tout de cette famille politique d'une certaine manière. Encore une fois, je le rappelle, il a été le bras droit de Philippe de Villiers. Nicolas Sarkozy, ce n'est pas du tout sa tasse de thé.

11:12
Présentateur

Mais Sioti, on n'a pas parlé tant que ça de Sarkozy. Non, enfin,

11:15
Invité

Sioti, c'est une créature qui est créée par Nicolas Sarkozy. Il appartient à la droite populaire qui était cette aile droite du sarkozisme dans le quinquennat de l'ancien président. C'est un proche. Encore une fois, avant de se fâcher avec Christian Estrosi, il faisait partie vraiment des troupes extrêmement fidèles de Nicolas Sarkozy. À ce titre-là, on sait que les deux hommes s'apprécient, se consultent, même si officiellement, évidemment, depuis que Nicolas Sarkozy a refusé de soutenir Valérie Pécresse à l'élection présidentielle, officiellement, on est en froid. On ne peut pas se vanter d'avoir le soutien de l'ancien président. Mais donc, son influence ?

Son influence, aujourd'hui, elle est réelle, je crois, auprès d'un certain nombre de troupes, de cadres qui encore ont du respect pour l'ancien président, qui savent ce qu'ils lui doivent, puisque Nicolas Sarkozy a été l'astre qui a dirigé la droite pendant dix ans et aujourd'hui qui a une influence encore très forte. Maintenant, encore une fois, Nicolas Sarkozy est empêtré dans d'autres affaires. Oui, mais ça gêne aussi la façon dont la politique va se réorganiser. Je pense que même Éric Sotti se doute que Nicolas Sarkozy c'est plus le passé que l'avenir de la droite.

12:09
Présentateur

Alors, une question quand même encore, vous dites le passé peut-être, mais il situe où aujourd'hui politiquement Nicolas Sarkozy parce qu'il n'est plus tout à fait LR. Il n'est pas complètement renaissance macroniste, donc vous le mettez où ?

12:21
Invité

Il est quelque part entre Macron et Sotti parce que sur les questions identitaires, sur les questions d'immigration, finalement, il est assez proche d'Éric Sotti. Éric Sotti va encore plus loin. Quand on se pose la question de savoir si Éric Sotti est vraiment à droite, il suffit de regarder ce qu'il défend. Il défend quand même l'abolition du droit du sol. Il défend la constitutionnalisation des origines, des racines chrétiennes de la France. Ce n'est quand même pas rien. Il veut faire un Guantanamo à la française. Il reprend la théorie du grand remplacement, etc. Je pense que Nicolas Sarkozy n'en est pas là.

Mais encore une fois, Éric Sotti, c'est une graine que Nicolas Sarkozy a plantée lorsqu'il fait le ministère de l'immigration et de l'identité nationale en 2007, en arrivant au pouvoir. Et ces graines, finalement, elles vont plus loin. C'est comme un Frankenstein qui aurait échappé à son créateur.

13:02
Présentateur

Donc j'ai bien compris Nicolas Sarkozy entre Emmanuel Macron et Éric Sotti. Ça, c'est pour le curseur. Mais avec combien de divisions ? C'est qui derrière ?

13:09
Invité

Nicolas Sarkozy, je pense qu'il n'a pas... Comme tous les anciens présidents, il rêve un peu de peser, comme Giscard l'avait fait. François Hollande aussi, ce serait son rêve. Maintenant, je crois qu'il ne faut pas donner une importance plus forte que cela au rôle de l'ancien président. Il est encore une fois une référence morale parce que c'est le dernier qui a gagné et qui a gagné de belles manières puisqu'on se souvient de cette victoire très large en 2007 et d'un quinquennat qui a profondément marqué ce qu'on appelle le peuple de droite, c'est-à-dire des gens qui se sont dit c'est mon président aujourd'hui encore. Vous n'avez qu'à voir les tournées de livres qu'il fait.

Il y a vraiment une sorte de ferveur et en même temps, ce n'est pas la même chose que de se dire que c'est une personnalité qui pourrait peser deux mains dans le débat politique.

13:45
Présentateur

Un mot sur l'UDI parce que la droite, c'est aussi l'UDI qui a désormais un nouveau patron en remplacement de Jean-Christophe Lagarde empêtré dans les affaires Hervé Marseille, nouveau patron de l'UDI dans le journal, on en parlait. Quel est le poids de l'UDI à droite ?

14:00
Invité

L'UDI, il faut faire attention, ça n'a jamais été un poids énorme. Centre droit. L'UDI, eux, ils viennent eux-mêmes du nouveau centre. C'était, vous savez, cette branche de l'UDF qui en 2007 avait décidé de rejoindre Nicolas Sarkozy alors que le patron de l'UDF de l'époque c'était François Bayrou qui lui avait refusé de soutenir Nicolas Sarkozy. Et donc ils avaient créé l'UDI. L'UDI, c'est le centre historique, c'est-à-dire un centre droit qui pèse assez fortement au Sénat parce que c'est vraiment un groupe très important qui dirige avec les Républicains. sénateurs depuis une dizaine d'années.

Donc le Sénat, c'est une chambre que les Français connaissent moins bien mais qui compte énormément dans la fabrication de la loi, dans la création d'équilibre politique. Donc je dirais que l'UDI, c'est une force un peu souterraine. Ils ne sont pas très importants sur le plan... 10 000 adhérents, je crois. Oui, c'est 10 000 adhérents, c'est une proportion de votes aux élections législatives qui est faible.

14:48
Présentateur

On dit souvent que c'est des partis de barons.

14:49
Invité

Oui, c'est un parti de barons. C'est-à-dire c'est un parti qui a quelques bastions dans le territoire mais en même temps, c'est un parti qui, au moment où la droite se recompose, où elle ne sait pas trop où donner de la tête, c'est un parti qui semble garder un cap historique d'une droite modérée, sociale, européenne avec la difficulté qu'a cette droite. C'est comment se distinguer d'Emmanuel Macron puisque son positionnement lui ressemble.

15:09
Présentateur

Alors regardons maintenant vers l'avenir. Est-ce que vous comprenez la stratégie de Laurent Wauquiez ?

15:16
Invité

Alors...

15:17
Présentateur

Qui se positionne pour 2027 ? Oui, on peut la comprendre. Et Laurent Wauquiez,

15:21
Invité

il avait essayé autre chose. Il est un peu comme Jacques Chirac. Laurent Wauquiez, il essaie plein de choses, il voit ce qui marche. Alors, en décembre 2017, il avait essayé de prendre le parti. On se rappelle qu'il avait été élu président des Républicains en décembre 2017. Ça, ça a été un échec total. Il a braqué tout le monde. Il a dû partir en 2019. Ça s'était vraiment très mal passé pour lui. Sur les élections européennes ? Paradoxalement, son successeur Christian Jacob qui avait tenté une stratégie de reconquête par le terrain, eh bien, Laurent Wauquiez l'a écouté. Il s'est retranché dans sa région d'Oveen-Rhône-Alpes qui est vraiment d'une gère, d'une main de fer.

Et donc, il laboure le terrain. Il a compris cette leçon historique de la droite et du chiracisme. Il faut un fief. Et là, dans ce fief, il construit une forme de baronie très dure d'ailleurs. C'est quelqu'un qui négocie très durement avec non seulement ses alliés mais aussi ses adversaires qui le craignent. Et à partir de là, il espère devenir l'homme providentiel de la droite puisqu'on sait que c'est une famille politique qui est très attachée à cette image-là. On connaît la proximité entre Éric Ciotti et Laurent Wauquiez. D'ailleurs, Éric Ciotti avait appelé Laurent Wauquiez pour lui dire est-ce que tu ne veux pas y aller à la présidence ? Si tu y vas, moi, je n'y vais pas.

Et je n'irai que si tu n'y vas pas. Donc, les deux hommes ont une sorte de pacte induit a priori.

16:26
Présentateur

Mais si les adhérents avaient souhaité avoir Laurent Wauquiez comme futur candidat à l'élection présidentielle, ils auraient peut-être voté plus largement pour Éric Ciotti ? On a l'impression quand même que finalement, il n'est pas tant attendu que ça dans son parti.

16:37
Invité

On n'est plus dans la logique dans laquelle le président de parti est le candidat naturel à l'élection présidentielle. Ce n'est pas la même chose. Il ne faut pas penser comme avant. Avant, vous deveniez patron d'un parti. C'était vous le candidat. Aujourd'hui, c'est un petit peu terminé. Là où je reviens sur une stratégie à la Chirac, ça me rappelle quand Jacques Chirac avait refusé de redevenir premier ministre en 1993. Vous vous rappelez, il avait choisi plutôt Édouard Balladur. Alors attention, ça lui a coûté cher parce qu'Édouard Balladur avait fini par se présenter contre lui. D'ailleurs, c'est peut-être un message envoyé à Laurent Wauquiez.

Il faut faire peut-être attention à Éric Ciotti. S'il est désigné, peut-être qu'il va prendre goût aux Lumières. On sait qu'il aime bien ça. Tout va dépendre de ce qu'il va parvenir à faire dans les prochaines années. Mais la stratégie de Laurent Wauquiez, c'est de se dire l'élection présidentielle, elle est dans 4 ans et demi. Donc, on n'en est pas du tout là. 4 ans et demi en politique aujourd'hui, c'est comme 20 000 ans. C'est vraiment impossible de lire ce qui va se jouer ensuite.

17:21
Présentateur

Oui, mais c'est tout de même un chemin et des soutiens. De la même façon, Laurent Wauquiez, le couple Laurent Wauquiez, Éric Ciotti, de l'autre côté, pour le duel qui nous intéresse ce matin, Xavier Bertrand soutient la candidature de Bruno Retailleau. Est-ce que la victoire de Retailleau va, là aussi, remettre un peu en selle Xavier Bertrand ? Non, je pense que ça,

17:40
Invité

c'est beaucoup trop tôt pour le dire. Encore une fois, je crois même que les électeurs des Républicains ou les gens qui vont participer à ce scrutin sont assez loin de ça.

17:47
Présentateur

Mais Xavier Bertrand, droite sociale, il a encore un avenir chez les Républicains ?

17:50
Invité

Encore une fois, comment fonctionne l'hypothèse que formule Éric Ciotti d'une droitisation de la France. Qu'est-ce que c'est que l'hypothèse d'Éric Ciotti ? La France se droitise. Elle est très à droite sur la question d'immigration, d'insécurité, si l'on en croit les sondages, les enquêtes d'opinion. Donc, on va occuper ce créneau. Ce créneau, il n'est pas occupé par Emmanuel Macron. Et on a une crédibilité de droite de gouvernement qui fait que, par rapport au Rassemblement National, on peut fédérer un certain nombre de Français, notamment parmi les plus modestes qui sont, on le sait, très sensibles à ces questions. Bon. Cette stratégie, tout dépend si elle marche, si elle fonctionne.

A mon avis, c'est compliqué parce que je crois que c'est vraiment une tête d'épingle et que cet effet de droitisation, il est relatif. C'est-à-dire, en fait, il n'est pas aussi fort que ce qu'imagine Éric Ciotti. Mais en tous les cas de figure, si cette stratégie marche, pourquoi pas ? Si elle ne marche pas, il va falloir penser à autre chose et là, la droite sociale peut se remettre en salle.

18:34
Présentateur

Eh bien, merci Vincent Martigny d'être venu éclairer nos lanternes sur le duel Ciotti-Retailleau. On connaîtra le résultat vers les 18h, 18h30 aujourd'hui. Merci d'être venu ce matin sur l'antenne de France Inter.