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interviewRenaissance (sur YouTube)· 12 avril 2017 9 minAutoproduit

Interview d'Emmanuel Macron en direct de Pau | BFM TV

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Bonsoir Emmanuel Macron. Bonsoir. Merci de nous accorder cette interview juste avant votre meeting qui va commencer, ici à Pau.

Comme tous les soirs, je ferai en direct un candidat. Demain, je serai avec François Fillon à Toulouse. François Fillon, il dit de vous justement que vous seriez une plante hors sol, mise en peau dans les grandes écoles, accrochée à un tuteur, puis arrosée à l'ombre des palais de la République.

Alors vous êtes venu aujourd'hui à Pau chez François Bayrou, un élu très implanté. Vous êtes allé à Bagnères-de-Bigorre, dans un village familial. Pour dire non, j'ai des racines, je n'y aime pas de nulle part ?

Je ne fais pas les choses pour répondre à toutes les critiques, sinon j'y passerai mes journées. Mais oui, j'ai des racines. Elles sont à la fois dans les Hauts-de-France et puis ici, dans les Pyrénées, où j'ai la moitié de ma famille qui, depuis plusieurs générations, a vécu et m'a fait grandir.

Donc Bagnères-de-Bigorre est une ville où j'étais heureux de retourner tout à l'heure, avec beaucoup d'émotion. J'ai revu une partie de ma famille, mais des visages amis également, le maire, les habitants. Et puis nous sommes montés au col du Tourmalet, où j'ai passé des temps heureux.

Ce sont là aussi mes racines. Et après, mon parcours, c'est un parcours républicain. C'est celui d'un enfant de la province qui a passé des concours, qui en a raté certains, qui en a réussi d'autres et qui s'est hissé ainsi.

Mais vous n'avez pas été élu à proprement parler. Est-ce qu'il vous manque pas une forme d'empathie avec les gens, de rapprochement avec les gens ? Étre élu, ça ne veut pas dire forcément avoir de l'empathie.

Moi, j'aime les gens et j'ai le sentiment que je les aime beaucoup plus que nombre de personnes qui sont parfois élues depuis des décennies. Je ne participe pas du système politique classique. Et je l'ai d'ailleurs dit dès le début, parce que je considère que pour accéder à la fonction présidentielle, il faut se présenter à l'élection présidentielle.

Il n'y a pas de cursus honorum. Par contre, si je n'aimais pas les gens, je ne ferais pas ce que je fais. Et l'empathie, je l'ai très profondément.

Alors, je veux vous citer quand même notre opinion en direct aujourd'hui et là pour BFM TV. Celui qui a l'air de comprendre le mieux les problèmes des gens comme nous, ce sont les Français qui s'expriment, c'est Jean-Luc Mélenchon. Vous arrivez ensuite, vous, vous avez l'image d'un présidentiable, mais pas celui peut-être de la proximité avec les gens.

Mais vous savez, on a toujours des travers qui sont les siens et des perceptions. On m'a pendant tellement longtemps présenté comme le banquier ou autre que ça ne rend pas proche. Mais j'ai mon parcours, j'ai ma vie, j'ai mon tempérament.

Et celui-ci est proche des gens. Puis après, ce qu'on demande à un président de la République, c'est de savoir résoudre les problèmes des gens. Et ça, j'espère savoir le faire.

Alors justement, venir ici chez François Bayrou à Pau aussi ce soir, est-ce que c'est une manière de dire que vous allez travailler avec François Bayrou, faire une majorité avec ceux qu'il représente ? Il s'est allié à vous. Est-ce qu'il peut être votre premier ministre ?

De quelle façon vous allez travailler ensemble ? D'abord, il est en effet, il y a eu cette alliance, cette entente. Il aura, et il a aujourd'hui un rôle important dans la campagne.

La famille politique qui est la sienne, le modem, fait partie de cette alliance et de la majorité présidentielle, si je suis élu, que je veux porter aux élections. Et il aura un rôle. Mais c'est la prérogative d'un président élu que de composer un gouvernement.

Donc je ne vais pas le faire aujourd'hui. Oui, effectivement, vous avez dit ce matin au Tourmalet, quand on a le maillot jaune, il faut le garder. Il faut garder le maillot jaune jusqu'au bout.

Vous êtes au coude à coude avec Marine Le Pen. Mais vous êtes aussi attaqué, entre guillemets, je pense, à des sondages qui baissent un tout petit peu. Notamment, peut-être par Jean-Luc Mélenchon qui monte.

Est-ce que sur votre gauche, vous parlez suffisamment aux gens de gauche ? Écoutez, moi je parle de la même manière depuis le début. C'est-à-dire, je dis ce que je pense et j'ai un programme cohérent.

Je ne cherche pas à savoir s'il parle à la gauche ou à la droite. Je veux qu'il parle aux Françaises et aux Français. Et ensuite, il y a un resserrement, comme dans toute fin de campagne.

Donc il faut continuer à convaincre, expliquer. Ce soir, je parlerai de la réconciliation nécessaire pour présider un pays. Dans la ville d'Henri IV, ça n'est pas sans référence.

Justement, par exemple, un certain nombre de personnes vous reprochent de faire la loi El Khomri, puissance 1000. Benoît Hamon dit aujourd'hui que vous n'avez aucune mesure sociale pour les Français dans vos 100 premiers jours. C'est vrai ?

Non, c'est faux. D'abord, moi je pense que ce qui est efficace et juste, c'est ce qu'il faut faire. On ne peut pas promettre des mesures sociales si on ne sait pas les financer ou si derrière, on n'a pas d'efficacité économique.

Ça, je n'y crois pas. Et en même temps, je ne propose pas un programme de purge. Je propose des vrais éléments à travers l'école, la formation professionnelle, l'assurance chômage, de justice.

Mais en effet, je veux de l'efficacité. Je veux réformer dès le début, si je suis élu, dans le souffle de la présidentielle. C'est pour ça que je veux qu'on puisse, sur certains sujets, aller vite et avec détermination.

Sur d'autres, prendre le temps de la concertation. Quand vous voyez les scores additionnés de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen, vous voyez bien qu'en France souffle une colère sociale et aussi un neuroscepticisme très fort. Est-ce que vous n'êtes pas du coup, vous, le candidat des gagnants de la mondialisation, des gens heureux face aux oubliés ?

Ce serait vrai si je ne proposais pas, par exemple, la suppression de la taxe d'habitation pour 80% des Français, si je ne proposais pas les mesures que je propose pour l'école. C'est de l'émancipation sociale, c'est de la justice sociale pour les classes moyennes. Et tout ça, c'est aussi pour parler à la France qui va moins bien, à celle qui s'inquiète, aux territoires les plus ruraux pour lesquels j'ai un vrai projet.

Parce que je pense qu'on doit réconcilier ces territoires entre eux. Si je voulais parler uniquement à la France qui va bien, j'aurais le programme de François Fillon. Vous ne faites pas beaucoup d'images avec les gens, justement, tous les jours, non ?

Vous en faites assez ? Je ne sais pas, je suis avec les gens. Après, les images, ce n'est pas moi qui les fais, c'est vous, quelque part.

Faites aussi des images, car un candidat, il choisit les images qu'il fait. Aujourd'hui, François Hollande s'est exprimé, il a considéré qu'il y avait une forme de péril, parce qu'on ne faisait pas une campagne sur le fond. Et il a appelé au renouvellement.

Est-ce que c'est une forme de soutien à votre candidature ? Je ne sais pas vous dire, je ne peux pas en faire l'exégèse. Je pense que cette campagne, en effet, elle a été prise par les affaires, par beaucoup de tensions.

Moi, je me suis échiné, en tout cas, à d'abord préparer un projet, l'expliquer, le porter, et porter aussi cette espérance exigeante à laquelle je crois. Ce n'est pas une réponse, ça ? Vous ne voulez pas me répondre ?

Si, c'est une réponse sur le fond et la campagne. François Hollande, quand il dit le renouvellement, est-ce qu'il pense à vous, à votre avis ? Ça veut dire qu'il pense à quelqu'un d'autre que lui.

Mais c'est pour ça qu'il a décidé de ne pas y aller. Et je ne pense pas qu'il ait en tête des gens qui sont depuis longtemps dans la vie politique. Mais je suis incapable de vous le dire, et c'est à lui qu'il faut le demander.

Je n'ai pas de contact avec le président de la République. Vous ne lui parlez pas ? Non, je ne lui parle pas.

Il ne vous parle pas avec ses proches ? Non, je ne lui parle pas, donc je ne suis pas celui qui peut le mieux faire l'exégèse de ses propos. Il ne vous donne pas de conseils ?

Il ne vous dit pas ce qu'il pense de votre campagne ? Il y a eu une rupture. Elle est là.

J'ai du respect pour l'homme et la fonction, je l'ai toujours dit. Mais il y a eu une rupture quand j'ai quitté le gouvernement, quand j'ai monté le mouvement et j'ai décidé d'être candidat. Juste, vous avez évoqué Jean-Luc Mélenchon et vous avez dit qu'il était déjà sénateur quand j'étais collégien.

Donc c'est une critique sur l'âge ? Non, pas du tout. C'est une critique sur le non-renouvellement.

Je me suis dit que la critique sur l'âge, ça ne réussit pas tout le temps. Le Vietnam Jospin sur Jacques Chirac, ça ne marche pas. Je crois que c'est moi-même qui vous l'ai dit l'autre jour.

Donc c'est d'ailleurs pour ça que moi, je n'en ai jamais fait un argument. C'est un argument que la plupart de mes opposants font sur le mien. Vous l'aurez noté.

Moi, je n'en fais pas du tout un argument, mais je dis juste, ce n'est pas du renouvellement de la vie politique. Voilà. Ah, vous voyez, le renouvellement.

Le renouvellement de la vie politique, c'est proposer de nouveaux visages, une nouvelle offre, des idées nouvelles et une vraie recomposition. Justement, sa progression là, comment vous l'interprétez ? Parce qu'il grimpe, il a une dynamique qui est inattendue pour tous les candidats.

Il a eu une dynamique un peu comparable en 2012. Je pense qu'il parle aussi à une partie de l'électorat. Après, moi, je regarde aussi les solutions qu'il propose.

Parce que le jour d'après, c'est cela qui compte. Et ces solutions ne me paraissent pas réalistes ni souhaitables. Par exemple ?

En matière économique, c'est une hausse d'impôts massive de plus de 100 milliards d'euros. En matière économique, c'est une sortie de l'Europe et de l'euro. Là aussi, c'est la conséquence directe de ce qu'il propose.

Ce qui, à mon avis, est un affaiblissement de l'économie française. En matière internationale, ce qu'il propose comme étant la paix, c'est le désarmement face au terrorisme. Et c'est la paix de M.

Poutine. Ce n'est pas celle que je veux pour mon pays. Marine Le Pen, elle, continue à être assez stable dans les sondages, même si elle baisse légèrement.

Et c'est elle qui a le maillot jaune aujourd'hui. Dans un deuxième tour éventuel, vous seriez face à elle. Est-ce que, je reviens à cette question, est-ce que vous ne serez pas l'Européen d'une Europe trop ouverte, d'un monde trop naïf peut-être face à une candidate qui peut être plus dure, mais peut-être plus représentative de certains électeurs qui sont désespérés ?

Mais je vais vous dire, je suis le patriote qui croit dans une Europe plus forte, une Europe qui protège. Ce que propose Mme Le Pen, c'est le nationalisme, c'est-à-dire le repli sur les frontières nationales. Ça ne protège pas.

Face aux grands risques, c'est de l'affaiblissement. Et donc ça peut séduire quand on parle des problèmes, mais ça ne répond pas et ça n'apporte pas de solution. Moi, je veux une Europe qui protège sur le plan économique, sur le numérique, sur l'immigration, sur la défense.

Et c'est ce projet que je porterai. Et c'est en effet plus d'Europe, mieux d'Europe et une Europe qui protège vraiment et pas qui laisse faire. Merci beaucoup Emmanuel Macron.

Merci de nous avoir reçus. Et on va écouter votre meeting à peau maintenant, avec un certain nombre de centaines et de milliers de personnes. Merci à vous.

Bonne soirée.

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