Manon Aubry : "Les bénéfices des entreprises n'ont jamais été aussi mal partagés"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:28OuverteRéponse directe
Comment les grandes entreprises françaises alimentent la spirale des inégalités ?
- 0:38OuverteRéponse directe
À qui profitent ces milliards ?
- 1:28RelanceRéponse directe
Certains économistes disent que c'est très bon pour l'investissement, pour l'emploi. Qu'est-ce que vous répondez ?
- 2:07RelanceRéponse directe
Les entreprises, leur objectif, c'est de se tirer une balle dans le pied ?
- 3:00OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que vous demandez au gouvernement à partir du constat que vous venez de faire ?
- 4:35OuverteRéponse directe
Vous parlez aussi des paradis fiscaux et des niches fiscales. Le CAC 40 échappe allègrement à l'impôt.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« des entreprises du CAC 40 engrangent des bénéfices records de 93 milliards d'euros en 2017. »
- 1:01Invité politiqueChiffre
« plus de deux tiers de ces bénéfices ont été reversés aux actionnaires, laissant seulement 27% pour réinvestir dans l'entreprise, innover. »
- 1:11Invité politiqueChiffre
« il ne leur reste guère que 5%. Donc sur 100 euros de bénéfices que font les entreprises du CAC 40, à peine plus de 5 euros sont allées aux salariés. »
- 2:27Invité politiqueFait
« ArcelorMittal, pendant quatre années de suite, ils ont fait des pertes. Et bien, qu'a fait l'entreprise ? Ils ont augmenté les dividendes versés aux actionnaires. »
- 2:34Invité politiqueChiffre
« Engie, en 2016, l'entreprise a fait le choix de verser 16 fois le montant de ses bénéfices aux actionnaires. »
- 4:50Invité politiqueChiffre
« les PDG du CAC 40 gagnent en moyenne 257 fois le SMIC »
- 5:21Invité politiqueChiffre
« si les bénéfices et les impôts avaient augmenté à la même vitesse depuis 2011, les entreprises du CAC 40 auraient dû payer 13 milliards d'euros d'impôts en plus. »
- 5:42Invité politiqueFait
« Les premières en tête de classement, c'est LVMH, suivi de très peu par la BNP et la Société Générale. »
- 6:30Invité politiqueFait
« la liste française pour le moment ne comporte guère que 7 États, dont Neue, le Botswana, mais pas d'Irlande, pas d'Ile-Caïman pour le moment. »
Temps de parole
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France Inter, Pierre Veil, le 5-7.
L'invité du 5-7 à 6h21, c'est Manon Aubry, une des responsables de l'ONG Oxfam. ONG qui est toujours mobilisée pour lutter contre les inégalités. Bonjour Manon Aubry. Bonjour. Oxfam publie un rapport. Son titre, CAC 40, des profits sans partage. Comment les grandes entreprises françaises alimentent la spirale des inégalités. Alors dans ce rapport, vous révélez que des entreprises du CAC 40 engrangent des bénéfices records de 93 milliards d'euros en 2017. Alors à qui profitent ces milliards Manon Aubry ?
Pour le dire très rapidement et très simplement, essentiellement aux actionnaires. En fait, notre point de départ de l'analyse, on est remonté jusqu'à la crise, jusqu'à 2009, année où les bénéfices étaient les plus bas. Et puis en fait, depuis 2009, les bénéfices des entreprises du CAC 40 augmentaient de 60%. Les entreprises vont mieux. Et à qui ont profité ces bénéfices ? Essentiellement aux actionnaires, puisque plus de deux tiers de ces bénéfices ont été reversés aux actionnaires, laissant seulement 27% pour réinvestir dans l'entreprise, innover. Et encore moins pour les salariés qui sont les premiers sacrifiés, puisqu'il ne leur reste guère que 5%.
Donc sur 100 euros de bénéfices que font les entreprises du CAC 40, à peine plus de 5 euros sont allées aux salariés.
Mais de beaucoup d'argent dans les entreprises, de l'argent pour les actionnaires, certains économistes disent que c'est très bon pour l'investissement, pour l'emploi. Qu'est-ce que vous répondez ?
La preuve est, avec le chiffre que je venais de vous donner juste avant, que les entreprises font le choix de privilégier la rémunération des actionnaires sur l'investissement. Prenons une année. Par exemple, en 2011, les bénéfices sont en baisse. Que font les entreprises ? On pourrait penser qu'elles vont faire le choix de se renouveler, d'investir, d'innover. Et bien non. En fait, elles augmentent les dividendes des actionnaires de 15% et elles vont baisser leur capacité à investir de plus de 30%.
Mais vous croyez franchement que les entreprises, leur objectif, c'est de se tirer une balle dans le pied, de ne pas assurer l'avenir, de ne pas investir pour faire de futurs gros bénéfices ?
L'objectif des entreprises est tiré par ceux qui aujourd'hui les détiennent, à savoir les actionnaires qui sont à majorité des fonds d'investissement et à majorité des fonds d'investissement étrangers. Je vais vous donner un autre exemple, deux autres exemples très concrets. ArcelorMittal, pendant quatre années de suite, ils ont fait des pertes. Et bien, qu'a fait l'entreprise ? Ils ont augmenté les dividendes versés aux actionnaires. Un autre exemple, Engie, en 2016, l'entreprise a fait le choix de verser 16 fois le montant de ses bénéfices aux actionnaires. Imaginez, c'est comme si, à l'heure où on prend le café, un tenant de bar faisait un euro sur le café qu'il vendait au bar.
Et sur cet euro de bénéfice qu'il se fait, il en renverse 16 aux actionnaires. Ça paraît assez incongru. Pourtant, c'est le choix que fait une entreprise comme Engie.
Et qu'est-ce que vous demandez au gouvernement à partir du constat que vous venez de faire ?
Alors, aujourd'hui, le constat que l'on fait, c'est en effet que les bénéfices des entreprises n'ont jamais été aussi mal partagés. Et d'ailleurs, nous ne sommes pas les seuls à faire ce constat. De plus en plus de fonds d'investissement, de plus en plus d'économistes s'alarment de cette course à la rémunération du court terme des actionnaires. Et en l'occurrence, il va y avoir des opportunités politiques dans les prochains mois qui pourraient permettre au gouvernement d'agir en la matière et finalement de reprendre la main sur cette économie qui semble un peu déboussolée. Il y a un projet de loi entreprise, dit Pacte, dans lequel est posé enfin le débat du partage de la valeur ajoutée.
Ce qu'on demande au gouvernement, c'est d'agir pour faire en sorte que les bénéfices soient partagés équitablement entre d'un côté les actionnaires et de l'autre les actionnaires et les salariés. Et puis, on demande aussi d'agir en matière de transparence parce que ce travail que l'on sort aujourd'hui, c'est six mois de recherche et nous n'avons pas encore de données exactes sur l'ensemble des écarts de salaire.
Il manque aussi de volonté politique pour faire en sorte qu'on n'arrive pas à ce fossé abyssal entre d'un côté les actionnaires et les PDG et de l'autre la majorité des salariés, qu'il faut-il le rappeler, sont ceux qui créent aujourd'hui les richesses au quotidien au sein de ces entreprises.
Manon Aubry, je rappelle, vous êtes une des responsables de l'ONG Oxfam. Dans ce rapport que vous publiez aujourd'hui, je rappelle son titre, CAC 40 des profits sans partage, comment les grandes entreprises françaises alimentent la spirale des inégalités. Dans ce rapport, vous parlez aussi des paradis fiscaux et des niches fiscales et vous écrivez que le CAC 40 échappe allègrement à l'impôt.
C'est dans cette spirale des inégalités, c'est le troisième élément. Le deuxième élément dont on n'a pas parlé, c'est la question des écarts de salaire puisque les PDG du CAC 40 gagnent en moyenne 257 fois le SMIC et dernier élément de cette spirale, c'est en effet les stratégies de contournement de l'impôt de ces entreprises du CAC 40 qui possèdent aujourd'hui plus de 1450 filiales dans les paradis fiscaux en Irlande, à Jersey, dans l'île de Man.
On voit bien aujourd'hui que derrière les beaux discours politiques en matière de lutte contre l'évasion fiscale, les entreprises du CAC 40 utilisent encore largement les paradis fiscaux pour contourner l'impôt et on a ainsi calculé que si les bénéfices et les impôts avaient augmenté à la même vitesse depuis 2011, les entreprises du CAC 40 auraient dû payer 13 milliards d'euros d'impôts en plus. C'est 13 milliards d'euros qui seraient allés dans les caisses de l'État et qui auraient pu permettre de financer les services publics par exemple.
Manon Ambry, quelles sont les entreprises françaises qui sont le plus implantées dans ces paradis fiscaux ?
Les premières en tête de classement, c'est LVMH, suivi de très peu par la BNP et la Société Générale. On voit bien que des secteurs d'activité se détachent. D'une part l'industrie du luxe et d'autre part les banques qui sont coutumières de l'utilisation des paradis fiscaux pour elles-mêmes mais aussi parce que souvent elles aident des riches particuliers qui cherchent à échapper à l'impôt et elles sont suivies par d'autres aussi grandes banques françaises donc il y a aussi une spécificité sectorielle.
Il nous reste 30 secondes pour lutter contre ces paradis fiscaux. On en parle depuis si longtemps. Qu'est-ce que vous proposez ?
Il y a une loi fraude fiscale qui va être présentée par le gouvernement et discutée dans les prochains mois. Pour le moment, elle manque très peu d'ambition. Deux propositions prioritaires que nous portons. D'une part une liste crédible de paradis fiscaux puisque la liste française pour le moment ne comporte guère que 7 États dont Neue, le Botswana, mais pas d'Irlande, pas d'Ile-Caïman pour le moment.
Et deuxième solution et proposition, c'est de lutter efficacement contre l'impunité des fraudeurs fiscaux en levant ce qu'on appelle le verrou de Bercy qui est le monopole du ministère des Finances en matière de poursuites judiciaires sur les questions fiscales et qui maintient dans l'impunité les délinquants en col blanc qui bénéficient d'une certaine protection puisque seul le ministère des Finances peut les poursuivre et en pratique, très peu de poursuites sont engagées à leur encontre.
Manon Aubry de l'ONG Oxfam et ce rapport donc publié aujourd'hui, CAC 40 des profits sans partage, comment les grandes entreprises françaises alimentent la spirale des inégalités avec plusieurs chapitres, les actionnaires qui ont la cote, le grand écart salarial, c'est l'autre spirale infernale, et puis les paradis fiscaux et niches fiscales, comment le CAC 40 échappe à l'impôt. Merci d'avoir accepté notre invitation.
Manon Aubry