Trump évacué après des tirs à Washington : "On mesure la polarisation du débat politique aux États-Unis", analyse le général Christophe Gomart
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Bonjour Christophe Gomart, merci d'être avec nous ce matin sur France Info, bonjour Mathilde Ciro, notre consorte du point pour vous interroger, vous êtes ancien général de corps d'armée, ancien patron du renseignement militaire, ancien commandant des opérations spéciales, vous êtes actuellement député français au Parlement européen, membre des Républicains.
L'information de la nuit, ce sont donc ces tirs entendus et vus à Washington au cours d'un gala auquel participait Donald Trump, le président américain a été évacué cette nuit, c'était le gala des correspondants de la Maison Blanche, il est sain et sauf, le suspect a été interpellé, un loup solitaire dit Donald Trump, ce suspect sera entendu demain, qu'on paraîtra demain devant la justice américaine, votre première réaction Christophe Gomart après cet incident grave sur le sol américain ?
Avec Donald Trump il se passe toujours quelque chose finalement, chaque jour apporte son lot de surprises, c'est quand même la troisième fois qu'il est visé directement, on se souvient pendant la campagne où une balle l'avait légèrement blessée, on se souvient sur son terrain de golf une deuxième fois et puis la troisième fois, donc lors de ce dîner avec les correspondants de presse américains ou aux Etats-Unis, ça finira mal.
C'est vrai que la civilisation américaine ou la population américaine est une population assez violente, c'est quand même, il y a eu deux présidents américains assassinés, 4 même, pardon, Ronald Reagan lui-même avait été grièvement blessé devant cet hôtel il y a quelques années, dans les années 80, donc c'est à la fois étonnant, mais c'est finalement pas surprenant quand on regarde l'histoire américaine.
Selon vous, quand on voit le profil du tireur, les premiers éléments qui apparaissent, un instituteur d'une trentaine d'années qui vivait en Californie, qui avait manifestement fait un don modeste à 25 dollars pour la campagne de Kamala Harris qui était la candidate des démocrates à la dernière présidentielle, est-ce que vous pensez que c'était Donald Trump en personne qui était visé ?
Alors, j'imagine, oui, c'est-à-dire que c'est la personnalité reçue, il y avait aussi J.D. Evans et Marc Rubio qui étaient présents dans cette cérémonie, dans ce dîner de gala. Moi, ce qui me surprend vraiment, c'est que cet homme aurait loué une chambre dans cet hôtel et que le Secret Service, qui normalement est là pour assurer la sécurité du président des Etats-Unis, n'ait pas, j'allais dire, vérifié en amont quels étaient les locataires dans l'hôtel, et vérifié qu'effectivement, il n'avait pas amené les armes, même si les armes sont en circulation libre aux Etats-Unis.
C'est quand même surprenant qu'un homme, avec un fusil de chasse, semble-t-il, un pistolet et des couteaux, soit présent dans cet hôtel au même moment où le président des Etats-Unis y est.
Vous l'avez dit, Christophe Gomart, on sait qu'il y a évidemment, dans cette civilisation américaine, énormément de violence, beaucoup de circulation d'armes. Vous avez vu ces images et ces faits qui se sont déroulés cette nuit à l'hôtel Hilton de Washington, en présence donc, à ce dîner, de tout le gratin de la presse américaine, de tout le gouvernement aussi. Est-ce que ça vous semble normal, d'un point de vue du dispositif de sécurité, qu'un tel individu lourdement armé ait pu s'introduire dans l'enceinte de l'événement ?
Le côté surprenant, c'est qu'à la fois les Etats-Unis sont un pays très surveillé, avec des services d'enseignement très professionnels, avec une police très présente, un secret service, qui est là pour protéger le président lui-même. Il y a, si vous voulez, dans leur dispositif pour accéder à cette salle de balle, il y avait plusieurs checkpoints, j'allais dire, dans lesquels les gens se faisaient fouiller, pour être sûr que ceux qui rentraient dans la salle n'avaient pas d'armes, n'avaient pas de moyens, j'allais dire, d'armes contondantes, ou de moyens, j'allais dire, de blesser ou de tuer quelqu'un.
On voit sur les images envoyées d'ailleurs par Donald Trump sur son réseau social, on voit un homme qui court et qui essaie de franchir un des barrages mis en place justement par le cycle de service. Il se fait arrêter tout de suite et on voit tous les hommes qui dégainent rapidement et l'homme a dû tirer. On entend les tirs quand on est à la place de Trump, on entend des tirs, des détonations assez sourdes. Donc on remarque en effet qu'il est bien protégé, mais à la fois toute protection présente un certain nombre de faiblesses, comme c'est le cas ici.
Mais justement, on peut se dire que le dispositif de sécurité finalement a fonctionné, puisqu'il y avait ces détecteurs de métaux, semble-t-il, voilà, ce contrôle qui était installé en amont de la salle, qui n'était pas dans la salle, dans le lobby de l'hôtel a priori. Donc on peut se dire que finalement, l'homme n'a pas réussi à pénétrer dans la salle.
Oui, l'homme n'a pas réussi à pénétrer dans la salle. Il tire avant et il est arrêté avant d'entrer dans la salle. Le détecteur de métaux, je dirais, n'a pas forcément fonctionné parce qu'on le voit, il passe à côté. Pas le détecteur, mais c'est là où il y avait du coup des agents, des membres de défense de sécurité qui ont pu intervenir. Oui, exactement. C'est-à-dire qu'il y avait un barrage qui l'a franchi, mais il s'est rapidement fait attraper ensuite, même si visiblement il a tiré sur un des agents de sécurité, qu'il n'a pas blessé parce que la balle ou la cartouche est arrivée dans le gilet pare-balle.
Le tireur était lourdement armé, au moins un fusil à pompe, plusieurs armes blanches en sa possession. Est-ce que vous diriez, Christophe Gomard, que cette nuit, on a évité une tuerie de masse telle qu'on en a déjà connue aux Etats-Unis, encore une fois dans un lieu où étaient réunis l'ensemble du gouvernement, des officiels américains et des journalistes accrédités à la Maison-Blanche ?
Alors si c'est un... Oui, on a évité un massacre, ça c'est évident. Est-ce que son objectif, c'était le président Trump ? Est-ce que c'était de tirer dans la masse au hasard pour, j'allais dire, parce qu'il accuse Trump de tous les mots ?
Et derrière une telle action, on mesure en effet la polarisation du débat politique aux Etats-Unis, qui est de plus en plus violent, où Donald Trump, j'allais dire, communique en permanence, mais finalement avec des mots assez durs, où il accuse ses prédécesseurs d'en avoir rien fait, il a des mots incroyables vis-à-vis de ses prédécesseurs, vis-à-vis d'une certaine partie de la population américaine, donc j'allais dire que ça exacerbe la violence, et lui-même, j'allais dire, est un homme non pas violent, mais en tous les cas, ses paroles, ses mots sont très violents, et donc effectivement, ça pousse à réagir.
Il contribue à la brutalisation de ses vues politiques. On sait que le président américain a pris très rapidement la parole, conférence de presse dans la foulée de ses événements et de l'arrestation du tireur. Le président américain qui a voulu avoir des propos plutôt rassurants, plutôt apaisants, est-ce qu'on peut y croire ?
Alors, c'est la troisième fois qu'on le vise. En tous les cas, la première fois, il a été directement impacté, si je peux dire. En Pennsylvanie.
Ça, c'était un meeting de campagne à l'époque où il était candidat absolument pour reprendre la présidence. Et puis, il y avait aussi un tireur dans sa propriété, dans le golf qui lui appartient en Floride, mais lui n'était pas présent sur place à ce moment-là.
Non, ce tireur a été arrêté alors qu'il était caché dans les buissons, visiblement relativement bien armé. Et là, c'est la troisième fois. Est-ce qu'il y aura une quatrième ? Je ne doute pas qu'il y ait une quatrième fois. Compte tenu, c'est quand même trois fois en moins de deux ans, finalement. C'est assez répétitif. Même si la violence est intrinsèque aux États-Unis d'Amérique, est-ce qu'un jour, ils arriveront à franchir ces barrages de sécurité ? Ce qui fait dire à Donald Trump, d'ailleurs, dans sa conférence de presse, « Oui, cet hôtel est mal sécurisé.
C'est bien pour ça que je dépense de l'argent, pour avoir une salle de balle au sein de la Maison Blanche et qui sera super bien sécurisée grâce à moi, Donald Trump. »
Justement, comme le président américain a déjà été visé, vous l'avez rappelé, notamment quand il était en campagne, est-ce que vous diriez que ces événements de Pennsylvanie, on s'en souvient, assez spectaculaires, avec l'oreille qui avait été blessée, est-ce que cette attaque l'avait servi dans la campagne ? Est-ce que ça l'avait aidé, finalement, à un moment ? Ça pouvait être un peu compliqué pour lui.
Lui, il s'en est servi. On se souvient de cette image où il se relève en levant les bras et en montrant un signe de force en disant qu'il était là. Oui, ça l'a sans aucun doute servi, puisqu'il n'a eu non pas un effet drapeau, mais un effet Trump qui résiste à haut tir. Et il s'en est servi lui-même. Vous avez vu, je résiste à tout, même à des tentatives d'assassinat. C'est moi. Chez Trump, il y a une volonté un peu messianique, j'allais dire. Grâce à lui, les États-Unis retrouvent la grande puissance qui est la leur, alors que Joe Biden est tout fait pour réduire les États-Unis à ce qu'il n'aurait jamais dû être, une puissance moyenne.
Il veut redonner toute sa puissance à grandeur aux États-Unis d'Amérique.
Sur le climat qui règne aux États-Unis, est-ce que vous diriez que Donald Trump contribue à alimenter une forme de tension au sein du climat politique américain ? Le mot est peut-être même faible, d'ailleurs.
Ah, il contribue largement, j'allais dire. C'est-à-dire qu'il polarise vraiment la situation politique aux États-Unis. Les gens soient soit pour Trump, soit contre Trump. Et il joue là-dessus, sur cette opposition frontale avec ses opposants politiques.
Ces tirs, entendus cette nuit à Washington, pas très loin de la Maison-Blanche, interviennent dans un moment particulier, un moment géopolitique, mais aussi un moment où le président américain est affaibli sur la scène politique intérieure. Il y a des sondages qui sont en berne, des élections aussi, des mid-termes qui approchent en novembre prochain. Est-ce que vous diriez que ça peut finalement retourner la situation en sa faveur ?
Oui, ça peut retourner la situation en sa faveur au moment où, sur le plan géopolitique international, c'est-à-dire les États-Unis, on voit, sont non pas mal partis, mais en tout cas ont des difficultés en Iran. Il a des difficultés sur le plan de la politique intérieure, c'est évident. Et on voit qu'il n'est pas sûr du tout de gagner les mid-termes, si on en croit les projections des sondages. Donc ça lui sert parce qu'il se montre comme capable de résister à tout. C'est l'homme fort, c'est l'homme le plus puissant des États-Unis d'Amérique, c'est lui qui redonnera la grandeur aux États-Unis, alors que beaucoup de gens lui en veulent.
Non, il se présente comme le chevalier blanc et comme celui qui va redorer et donner la grandeur aux États-Unis d'Amérique.
Alors on ne connaît pas encore les motivations de ce tireur qui comparaîtra demain, qui sera entendu demain par la justice américaine. En tout cas, le président américain lui-même a fait le lien entre ce qui s'est passé et le climat au Moyen-Orient. On l'écoute.
Tout cela ne va pas me faire renoncer à gagner la guerre en Iran. Je ne sais pas s'il y a un lien, je ne pense pas, d'après ce que l'on sait, mais on va continuer de faire du très bon travail. C'est tout ce que je peux faire.
Donc ces tirs peuvent avoir aussi une incidence sur l'offensive américaine en Iran, sur ce qui se passe d'un point de vue diplomatique et géopolitique ?
Oui, ça le renforce dans ce qu'il pense et dans ce qu'il estime être son devoir. On se souvient de cette photo où il est entouré de tous les pasteurs, vous voyez, qui sont tous autour de lui. Il est à son bureau à la Maison Blanche, dans le salon Oval, et tous le tiennent par le bras comme s'ils le soutenaient. C'est lui le leader charismatique. C'est lui qui va sauver les États-Unis. C'est lui qui va apporter, amener les États-Unis à leur apogée de puissance. Et donc, il n'y a pas de lien sans doute entre cet événement et ce qui se passe en Iran. Mais tout est un peu lié.
Et lui va s'en servir.
Lui va s'en servir et il n'arrête pas de tout mélanger. J'allais dire, il prend la parole plusieurs fois par jour, il tweet plusieurs fois par jour. Là, il réagit immédiatement en faisant une conférence de presse. Donc la communication est son moyen de convaincre non seulement les Américains eux-mêmes, mais également le monde entier de sa toute puissance.
Merci d'écouter France Info ce matin.
Le général Christophe Gomart est avec nous. Eurodéputé, les Républicains, vous voulez évidemment revenir avec vous sur la situation au Moyen-Orient puisque ces dernières heures, Donald Trump a annulé le déplacement de ses émissaires au Pakistan en vue de nouvelles sessions de négociations avec l'Iran. L'Iran et les Etats-Unis qui se renvoient mutuellement la responsabilité de l'échec de ces pourparlers. Est-ce que vous comprenez ce qui est en train de se passer ? Est-ce que vous diriez que le président américain, Donald Trump, est en train de perdre la main ?
Je ne dirais pas ça. Je dirais simplement qu'aujourd'hui, on est dans une situation où les deux pensent avoir gagné. Les Américains disent qu'on a détruit le programme nucléaire iranien et les Iraniens disent qu'on a réussi à tenir tête face à la plus grande puissance militaire au monde. Aujourd'hui, on est dans un moment où finalement, c'est un peu comme entre la Russie et l'Ukraine, personne ne pense avoir perdu. Et quand personne ne pense avoir perdu, c'est difficile de négocier parce que chacun pense qu'il va pouvoir tirer les marrons du feu et être gagnant. Alors, c'est l'impasse.
Oui, aujourd'hui, on a l'impression, nous, que c'est dans une impasse, mais je reste persuadé que les négociations continuent. Ce n'est pas parce qu'on n'a pas envoyé les émissaires officiels américains qu'il n'y a pas des diplomates américains et des diplomates iraniens qui sont en train de discuter et de négocier. De manière informelle. De manière informelle, non. C'est-à-dire que chacun cherche à atteindre des points d'achoppement ou à réduire les points d'achoppement pour arriver à un début d'accord soit sur le nucléaire, sur le système balistique, sur le détroit d'Hormuz, etc. Donc, tout ça prend du temps. On a envie que ça s'arrête, évidemment, pour libérer l'économie mondiale.
Mais tout ça prend du temps parce que chacun est persuadé qu'il peut encore gagner face à son adversaire.
Donald Trump lui-même disait il y a quelques heures que juste après avoir annoncé l'annulation du voyage de ses émissaires à Islamabad au Pakistan, il avait reçu dans les dix minutes une nouvelle offre bien meilleure, dit-il, des Iraniens. Bon, tout cela est aussi l'affaire de communication. Est-ce que selon vous, on est plus proche d'une sortie de crise aujourd'hui ou non ?
C'est difficile de le dire parce qu'au même moment, on voit les Américains qui renforcent leur présence militaire dans le Golfe. Et on a vu un certain nombre d'avions de ravitaillement, vous savez, c'est KC-135 qui sont des citernes volantes, arriver en Israël. Donc, ils sont en train de renforcer grandement leur présence militaire.
Un troisième porte-avions qui est arrivé dans la région il y a 48 heures.
Exactement. C'est-à-dire qu'ils vont avoir presque 200 avions de combat présents dans le Golfe. Je ne sais pas combien de milliers de marins. Mais c'est bien la preuve que dans ces négociations en cours ou dans ces discussions en cours, ils veulent mettre la pression sur les Iraniens en disant, mais allez, si vous n'acceptez pas nos conditions, vous allez voir ce qu'on va vous faire. Et les Iraniens disent, allez-y, nous on continuera de bloquer l'économie mondiale. Mais en même temps, les Américains disent, nous on vous bloque également. Donc, on réduit les capacités, j'allais dire, pour les Iraniens de vendre leur pétrole et donc de gagner de l'argent.
Actuellement, en Iran, je crois que le régime iranien a demandé à la population d'éteindre les lumières, de moins consommer de l'électricité. C'est bien la preuve que le régime est quand même affaibli et sur le plan économique au moins.
Et pourtant, Donald Trump n'a pas annoncé de nouveaux bombardements. Ça fait 19 jours maintenant qu'un cessez-le-feu est en vigueur en Iran. Il a de lui-même annoncé la prolongation du cessez-le-feu de manière unilatérale. D'ailleurs, le président américain. Et hier, il a dit, ce n'est pas parce que ces nouvelles négociations n'ont finalement pas eu lieu au Pakistan que je vais reprendre la guerre. Comment est-ce que vous interprétez ce choix ?
Oui, mais dans le même temps, il renforce la présence militaire américaine dans le Golfe et dans la région. Donc, il prend son temps. Ça lui permet de recompléter ses stocks qui ont été bien vidés par les 47 jours de bombardement préalable. Ça permet aussi aux Israéliens de recompléter leurs stocks. Mais ça permet aussi aux Iraniens de recompléter leurs. voire auprès des Russes, voire auprès des Nord-Coréens, voire auprès d'autres. Donc, aujourd'hui, on est dans une discussion qui se passe à un niveau plus subalterne, j'allais dire. Mais ce n'est pas parce que c'est plus subalterne que ce n'est pas de par là qu'on trouvera une solution.
D'un point de vue militaire, Christophe Gomart, vous êtes un ancien général. Est-ce que, depuis le début de cette opération au Moyen-Orient, vous avez été surpris par la capacité de résistance de l'armée iranienne ?
Oui, et je pense que tout le monde l'a été. C'était mal connaître un pays qui résiste à 47 ans de sanctions, qui, en dépit de ces 47 ans de sanctions, envoie des satellites dans l'espace, en dépit de ces 47 ans de sanctions, arrive à enrichir l'uranium jusqu'à 60%. C'est un pays qui continue à tenir malgré tout.
Avec des complices.
Exactement. Donc, c'est bien la preuve que cette capacité iranienne s'est oubliée. Je pense que Donald Trump a sans doute sous-estimé cette capacité iranienne. L'Iran forme 230 000 ingénieurs par an, c'est-à-dire autant qu'aux États-Unis d'Amérique, pour une population de 90 millions d'un côté et de 350 millions de l'autre. Donc, c'est un grand pays d'Iran, en réalité. Et qui s'est préparé, et qui a enterré toutes ces infrastructures de production, d'enrichissement, et qui était prête à faire la guerre. Le seul moyen, en fait, de faire tomber sur le régime des Molas, c'est grâce à la population.
C'est-à-dire que c'est un soulèvement de la population, aidé par la résistance, laquelle pourrait être armée, a peut-être été armée par les Américains ou les Israéliens. Mais il n'y aura pas de renversement du régime des Molas sans le soulèvement de la population elle-même.
On a vu ce qui s'est passé au mois de janvier, avec une répression sanglante aussi, en retour. C'est bien la preuve.
Et de mon point de vue, c'est bien pour ça que la population, aujourd'hui, hésite à redescendre dans la rue, parce qu'il y a plusieurs dizaines de millions de tués. Le régime continue à exécuter l'ensemble de ses opposants. Tous les jours, il y a des gens qui sont pendus. Donc oui, la population, et je la comprends, hésite. Mais s'il n'y a pas un soulèvement, aidé par l'extérieur, sans aucun doute, mais par le sol, ce régime ne sera pas renversé et ce régime ne pliera pas la tête.
Un soldat français a été tué cette semaine. Le troisième depuis le début du conflit. Le deuxième dans cette même embuscade au sud-Liban attribuée au Hezbollah. A vos yeux, est-ce que nous sommes, malgré nous, Européens, Français, entraînés dans ce conflit ?
Entraînés, les décisions qui ont été prises par nos dirigeants politiques étaient de ne pas y aller, de rester dans une posture défensive. Mais comment reste-t-on dans une posture défensive, alors que le détroit d'Hormuz est bloqué, que les économies mondiales sont directement touchées et impactées par ce blocage de ce détroit ? Je suis étonné qu'on ne participe pas, non pas à la guerre américaine, mais en tous les cas, qu'on ne prenne pas des initiatives côté français, côté européen.
Initiatives militaires pour débloquer le détroit d'Hormuz, c'est ce que vous dites ?
En tous les cas, en termes de discussion. C'est-à-dire que la diplomatie, nos diplomates en France sont excellents et sont là pour ça, pour aller négocier. Et si jamais les négociations n'aboutissent pas, montrer notre capacité, notre force et notre puissance. C'est tout le problème de l'UE. Comment s'indique à la taille de négociations entre Iran et Américains ? C'est faire des propositions, j'allais dire, un peu différentes de celles des Américains. Mais dire, attendez, cette économie... Et d'ailleurs, les Américains eux-mêmes disent, mais le détroit d'Hormuz, c'est plus votre problème que le nôtre.
Si c'est le nôtre, eh bien prenons ça en compte et essayons d'aller discuter avec les Iraniens pour dire, mais qu'est-ce que vous voulez ? Comment est-ce qu'on peut faire pour intervenir ? Comment est-ce qu'on peut faire pour libérer ce détroit d'Hormuz ? Et en discutant avec les Américains, les Chinois, qui sont forcément partie prenante. Donc je trouve que, oui, il y a des grands mots. Il y a un peu une hyperbole des mots, mais une certaine inanité de l'action.
Alors justement, vous dites une hyperbole des mots des dirigeants européens. On voulait vous faire écouter le président français qui a pris la parole depuis la Grèce cette semaine.
Cet instant précis pourrait bien être le sursaut européen.
Premièrement, nous le savons, le monde est en plein désordre. Deuxièmement, nous voyons que la première puissance, les États-Unis,
peut être un allié pour certains pays. Mais ces alliés ne sont pas vraiment sûrs.
Vous le disiez, nous sommes plutôt marginalisés dans les discussions diplomatiques. Mais est-ce que vous êtes d'accord avec le président quand il dit que là, c'est le bon moment, encore une fois, pour un sursaut, pour une prise de conscience ? Est-ce que la volonté est là ? Est-ce que les moyens sont aussi là pour cette autonomie stratégique européenne ?
Je crois que l'Union européenne, elle s'est constituée du marché économique. Et l'Union européenne, elle croit dans l'établissement de la paix et dans le droit par le droit et le commerce. Malheureusement, le droit international, on voit, il en est réduit. Mais s'il n'y a pas d'arbitre pour faire respecter ce droit international, c'est plus compliqué. Et le commerce, visiblement, n'est pas suffisant parce qu'on est venu à une période où c'est la résurgence des empires.
Et cette Union européenne se retrouve coincée entre les États-Unis qui ne sont plus protecteurs mais prédateurs, entre une Russie qui veut redevenir ce qu'était l'Empire soviétique, entre une Turquie qui cherche à influer de plus en plus et une Chine sous laquelle on est sous son emprise économique. Donc c'est difficile pour l'Union européenne. Et c'est là, de mon point de vue, et en tout cas, c'est ce pourquoi je milite au Parlement européen, c'est d'avoir une véritable défense de l'Europe à travers la création, pourquoi pas, d'un Conseil de sécurité de l'Union européenne et pourquoi pas d'un État-major capable de planifier et de conduire des guerres.
Il y en a déjà un.
Il y a un petit État-major de l'Union européenne mais qui est un État-major de crise, capable de, avec une centaine d'officiers, ce qui est insuffisant pour planifier sur long terme et conduire des guerres et s'entraîner surtout pour s'habituer à travailler ensemble.
Dans ce contexte, on est en train aussi de revoir à la hausse nos moyens, nous, Français, pour nos armées, avec une actualisation de la loi de programmation militaire, 36 milliards d'euros, qui s'ajoute à une enveloppe de 413 milliards d'euros. Ça ne va toujours pas assez loin pour vous ?
Non, c'est surtout insuffisant parce qu'à la fin, alors c'est déjà bien, on ne va pas dire le contraire, mais à la fin de la programmation militaire, nous aurons moins de Charles Leclerc, nous aurons moins de frégates et moins de rafales qu'en début de la programmation militaire parce qu'avec, j'allais dire, l'inflation, avec le coût technique d'entretien de nos matériels, avec le coût des pensions des militaires qui sont pris en compte dans cette loi de programmation militaire, eh bien c'est de plus en plus cher et malheureusement, ça permet de compléter nos stops de munitions, ce qui est bien, ça permet d'avoir plus de camions logistiques, mais c'est sans doute insuffisant en termes de masse.
Merci beaucoup Général Christophe Gomart, eurodéputé de Les Républicains. Merci d'avoir été l'invité du 8.30 France Info ce matin. Bonne journée.
Christophe Gomart