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interviewC à vous· 18 décembre 2025 11 min

Comparer Chirac et Bardella : impossible pour Jean-François Copé

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

- V.Blanchet: Une de nos invités a un souvenir d'enfance autour des champignons à la crème. On a pris des champignons et de la crème. - B.Chameroy: Ca donne des champignons à la crème? - V.Blanchet: Un peu retravaillés. - A.-E.Lemoine: "J.Bardella n'est vraiment pas J.Chirac." C'est le titre de votre chronique, J.-F.Copé.

Vous avez pris la plume pour réagir aux propos de N.Sarkozy, qui a comparé J.Bardella au RPR au temps de Chirac dans "Le Point".

Ca vous a fait bondir. On va revenir sur le fond. Que ça vienne de N.Sarkozy, ça vous a encore plus étonné? - J.-F.Copé: Ca m'a fait un peu de peine, mais pas qu'à moi.

A tous ceux de ma génération, en fait. On a été ce qu'on appelait à l'époque des bébés Chirac. On est plus du tout des bébés, mais il nous a appris le métier.

Il nous a appris que la politique, c'était un parcours, qu'on passait beaucoup de temps à devenir maire, député, ministre à être élu et puis battu, et puis, un jour, les Français peuvent considérer qu'on est prêt. - P.Cohen: C'était avant TikTok. - J.-F.Copé: Vous avez raison.

Le meilleur antidote à TikTok, c'est les podcasts. C'est 2 cultures différentes. TikTok, c'est comment Bardella vous annonce en 3 minutes qu'il est capable de faire 100 milliards de baisse de dépenses.

Quand vous regardez, c'est uniquement en supprimant les aides aux immigrés ou les subventions à l'Europe. C'est pas sérieux. L'antidote de ça, c'est le podcast, le temps qu'on passe pour décrypter.

Ca définit la différence entre un parti populiste et un parti de gouvernement. Notre ADN, c'est de dire que les choses sont difficiles, sérieuses. On peut les dire en souriant, mais il faut les dire aux Français. - A.-E.Lemoine: Cette comparaison, c'est tromper les électeurs de droite? - J.-F.Copé: Ce que je dis, c'est que c'est pas notre histoire.

C'est renier le gaullisme, le chiraquisme et même le sarkozysme que de faire cette comparaison. - A.-E.Lemoine: N.Sarkozy se nie lui-même? - J.-F.Copé: Je fais partie des gens qui ne céderont jamais là-dessus.

Bien sûr, les tentations sont fortes, surtout en ce moment d'effondrement de la droite de gouvernement, qui s'éternise depuis des années. On a une crise de leadership, d'insincérité. Il faut reconstruire tout ça.

Reconstruire, ça ne pourra jamais être avec le RN, parce que l'histoire de France, ce n'est pas une page blanche. Notre devoir, c'est de le rappeler. - A.-E.Lemoine: Tromperie sur le programme politique et aussi économique. - J.-F.Copé: Bien sûr.

On ne peut pas laisser dire des choses qui sont actuellement trompeuses. Quand vous voyez un Bardella qui se balade en disant qu'il est l'ami des entreprises...

Tout ça est très codé. Il dit qu'il est "business friendly". Il s'est mis un peu à l'anglais.

Dans la même semaine, M.Le Pen et la totalité des députés RN ont voté 40 milliards de hausses d'impôts, notamment sur les entreprises, avec LFI. La caractéristique du RN comme de LFI, c'est le double langage.

Il y a une marque très forte, une marque d'autorité. "On va régler les problèmes sans rentrer dans le détail." Ils aiment le bien-être animal, les enfants, ils prennent même position pour Israël...

Tout ça est faux. Notre rôle est de dire aux Français: "Bien sûr que vous êtes tentés, parce que tout est organisé pour ça, mais on doit vous dire que c'est un piège terrible." - P.Cohen: Pourquoi N.Sarkozy fait ça? - J.-F.Copé: Je ne sais pas. - P.Cohen: Il anticipe la victoire du RN en 2027? - J.-F.Copé: J'en sais rien.

Ma relation, historiquement, a toujours été très complexe avec lui, très tendue, même si on a voulu se revoir pour tourner la page du passé avant l'été. Sur le fond, je ne pourrais jamais cautionner un message d'alliance avec le RN quelle qu'en soit la forme. C'est pas l'union des droites.

Je combats ce concept. C'est pas "les" droites. C'est pas une droite molle avec une droite dure.

L'extrême droite, le RN, a une histoire parallèle à celle du gaullisme, du libéralisme. Imaginer qu'on les associe, c'est se tromper. Ca ne peut pas marcher.

Nous savons que les problèmes sont complexes. Réduire le déficit budgétaire et les dépenses publiques, c'est compliqué. Pour le RN, c'est très facile. "On vire les étrangers.

On ne paye plus l'Europe..." Tout ça ne peut pas marcher.

On ne peut pas s'allier avec des gens pour conquérir le pouvoir alors que ça ne peut pas se faire. - A.-E.Lemoine: Dans son livre, N.Sarkozy raconte le coup de téléphone passé à M.Le Pen pour la remercier de son soutien après sa condamnation.

Au cours de cet appel, il lui annonce son intention de ne pas appeler à un front républicain aux prochaines élections. Hier, F.Fillon s'est élevé contre un barrage républicain contre le RN.

Il estimait que c'était un déni de démocratie. Il n'est pas tout seul. - J.-F.Copé: La réalité, c'est que je n'ai pas supporté ni accepté qu'E.Macron dise qu'on doit s'allier, y compris avec LFI, pour faire barrage au RN.

Pour moi, Mélenchon et Le Pen, c'est la même chose. Ce sont 2 ennemis qui, en réalité, avec les courants qu'ils défendent, veulent déstabiliser le pays, introduire la démagogie dans l'action publique, faire croire que tout est facile alors que tout est complexe. C'est un combat que je mène depuis des années et sur lequel je ne lâcherai rien. - P.Cohen: Il n'y a pas eu d'alliance. - J.-F.Copé: C'est-à-dire? - P.Cohen: Vous dites qu'E.Macron s'est allié avec la gauche, y compris avec LFI. - J.-F.Copé: Il a appelé les Français, au soir du 1er tour des législatives, à faire barrage et donc à voter, y compris pour des candidats LFI, contre le RN.

Je suis désolé, c'est la vérité. Je me suis indigné contre cela très tôt. - A.-E.Lemoine: Ca s'appelle un front républicain. - J.-F.Copé: Cette affaire de pacte, d'arc républicain n'a aucun sens.

Tout parti autorisé dans la République française est inclus dans l'arc républicain. C'est la différence avec des groupuscules néonazis... - A.-E.Lemoine: C'est un front républicain auquel appelait E.Macron. - J.-F.Copé: Bien sûr.

Je combats cette phrase, parce que ça sous-entendrait que LFI serait plus républicain que le RN. Non. Mélenchon a cet héritage d'extrême gauche comme Le Pen a l'héritage de l'extrême droite.

L'un et l'autre sont des partis populistes qui en appellent à la radicalisation du débat, l'un en stigmatisant, l'autre en victimisant. Il faut reconstituer un vrai clivage entre la droite et la gauche de gouvernement. On a d'énormes différences avec la gauche.

On a une singularité à droite. On aime le rétablissement de l'ordre, et on veut aussi du progrès dans tous les domaines. C'est ça qu'on doit reconquérir.

C'est le travail qu'on doit faire aujourd'hui. - A.-E.Lemoine: Quand N.Sarkozy dit qu'il ne veut plus de front républicain contre le RN, est-ce qu'il ne se fait pas le porte-parole d'une partie des électeurs de droite? - J.-F.Copé: Là-dessus, je partage ce point.

Je ne vais pas m'associer à LFI contre le RN. Je dis simplement que je les mets dans le même sac. Moi, je fais partie de ceux, et je suis loin d'être le seul, qui les combattront avec la même énergie.

Je n'ai jamais accepté qu'on puisse dire que LFI, ce serait mieux que le RN. C'est deux forces politiques qu'il faut combattre. Aujourd'hui, LR n'est plus ce que c'était.

Quand j'ai présidé l'UMP, c'était un grand parti. Aujourd'hui, ce n'est plus grand-chose. Il nous faut bien reconstituer la droite de demain.

Ce sera tout l'enjeu après les municipales entre gens qui considèrent que le salut de la France passe par du courage politique et certainement pas par dire "c'est foutu et il faut voter pour Bardella". La politique, c'est un métier. Il faut être passé par un certain nombre d'étapes.

J.Bardella ne les a pas du tout franchies. De manière générale, les observateurs médiatiques sont d'une indulgence à son égard qui commence un peu à me paraître anormale. - A.-E.Lemoine: Suspecte? - J.-F.Copé: En tout cas, anormale.

Quand je vois qu'il peut passer des soirées entières à la télé sur certaines chaînes et qu'on lui demande pourquoi il a utilisé la méthode de J.Chirac pour aller voir la France au fond des yeux et pour faire son livre...

Ils vont le comparer avec Chirac pendant combien de temps? Il dit qu'il est libéral et, la même semaine, Le Pen vote 40 milliards de hausses d'impôts. Il n'y a personne pour lui demander si ça lui pose problème.

Il est tout seul à défendre les entreprises. On ne les met jamais en porte-à-faux. Quand je vois ce que j'ai pris pour une affaire de pain au chocolat pendant 6 mois... - P.Cohen: Plus que 6 mois. - J.-F.Copé: C'est une vie!

Vous avez raison. - A.-E.Lemoine: Comment vous expliquez cette indulgence? - J.-F.Copé: Lorsque les hommes politiques ont des sondages très élevés, il y a des observateurs qui ont peur de toucher à la statue.

Une campagne présidentielle, c'est long, lourd. Ca demande de la densité. Quand vous demandez à J.Bardella ce qu'il pense de D.Trump et que là, il n'y a pas de fiche, rien n'est préparé, vous vous dites qu'il va avoir de la gravité et qu'il va donner 2 ou 3 réflexions sur la gravité de la situation provoquée