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interviewC dans l'air· 23 novembre 2025 66 min

Trump taxe le pétrole : Poutine enfin touché ? - C dans l’air - 24.10.2025

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

-Nous le valons bien. ... - A.Casse: Bonsoir.

Bienvenue. D.Trump frappe fort contre la Russie.

Même J.Biden n'était pas allé aussi loin. Il place sur liste noire les 2 plus grosses compagnies de pétrole russes.

En face, on a rarement vu V.Poutine aussi affecté. Il reconnaît que ces sanctions auront des conséquences sur l'économie russe.

Il renoue avec la menace des missiles nucléaires. Paris alerte: la France doit se préparer à un choc d'ici 3 à 4 ans. Ce soir, D.Trinquand.

Vous êtes général, ancien chef de la mission militaire auprès de l'ONU. Bonsoir, A.Bellanger.

Vous êtes journaliste, éditorialiste et spécialiste des questions internationales à franceinfo TV. N.Bacharan, vous êtes historienne et politologue spécialiste des Etats-Unis.

M.Jégo, bonsoir. Vous êtes journaliste au "Monde" et ancienne correspondante à Moscou.

On va écouter la réaction de V.Poutine. - V.Poutine: Le dialogue est toujours préférable à la confrontation, aux disputes et à la guerre.

C'est pourquoi nous avons toujours soutenu la poursuite du dialogue et nous continuons à le faire aujourd'hui. - A.Casse: Il faut regarder la séquence en entier.

On l'a rarement vu aussi affecté. - A.Bellanger: Parce qu'il fallait qu'il réagisse à ce qui est un échec pour lui.

Depuis 8 mois, il balade D.Trump. Il achète du temps en profitant de l'admiration, d'une forme de bienveillance de D.Trump vis-à-vis de la Russie.

Ca a ses limites. La limite, c'est le sommet qu'ils pensaient organiser à 2 ou à 3, à Budapest. Trump a finalement compris que c'était une redite de ce qui s'était passé à Anchorage, c'est-à-dire rien.

V.Poutine passe sur le tapis rouge, salue D.Trump, Reste 10 minutes sur place et repart avec les mêmes intentions qu'en arrivant, sans vouloir négocier.

Ce type de manoeuvre ne marche plus. Visiblement, D.Trump a décidé de ne plus prendre ce que disait V.Poutine pour argent comptant. - A.Casse: D.Trump place sur liste noire les 2 plus grosses compagnies pétrolières russes, Rosneft et Lukoil. - M.Jégo: On tape la veine jugulaire de la Russie.

C'est grâce au pétrole, aux revenus du pétrole...

C'est à peu près un tiers du budget. En janvier, on n'a pas fait tellement attention, mais Biden avait déjà sanctionné 2 grosses pétrolières russes, mais moins grosses. Ce qui est assez savoureux, c'est que ces sanctions ont été prononcées en janvier, mais il n'y avait pas vraiment de suivi.

Depuis que D.Trump était à la Maison-Blanche, il n'avait pas tellement envie de faire du mal à V.Poutine.

Là, c'est la mesure la plus punitive. Les sanctions contre ces 2 pétrolières, c'est punitif. C'est aussi un signal politique. - A.Casse: Ca peut faire plier V.Poutine? - M.Jégo: Non.

Ca va compliquer singulièrement les transactions. Ca peut devenir plus compliqué pour les exportateurs. Encore que, il y a la grosse interrogation de la Chine.

Les sanctions, c'est sur le dollar. Le pétrole se vend normalement en dollars. Avec l'Inde, c'est ce qui se passe.

Ils avaient projeté, à un moment, De faire commerce avec leur propre monnaie, mais l'Inde n'a pas intérêt à avoir des roubles et la Russie n'a pas intérêt à avoir des roupies. Que vont faire les oligarques russes avec des roupies? Ils ne vont pas s'acheter des villas en Inde.

Ils préfèrent l'Europe. Pour la Chine, c'est compliqué, parce qu'ils commercent en yuans. Comme la Chine est un très gros exportateur, la Russie peut se servir des yuans pour les marchandises chinoises. - Gal D.Trinquand: Ca met en plus la Russie entre les mains de la Chine.

Elle est payée en yuans, donc elle achète à la Chine. Les marchés ont réagi très vite avec l'augmentation du pétrole. L'Inde a réagi tout de suite.

Elle a bloqué. Or, l'Inde, c'est une grosse part...

Pas très loin derrière la Chine, il y a l'Inde. Ca touche la capacité financière de la Russie à poursuivre la guerre. - A.Casse: Le cours du pétrole est en surchauffe.

On va regarder un graphique. On fait souvent le parallèle avec la guerre froide. La fin de la guerre froide, c'était aussi une question de pétrole. - N.Bacharan: Et aussi une question économique et de course aux armements.

Les Américains avaient réussi à persuader les Soviétiques qu'il fallait qu'ils se surarment parce qu'ils étaient en retard. Ca a abouti à une forme de ruine et à l'effondrement politique, à la dislocation de l'Union soviétique. Ce qui se passe aujourd'hui, c'est vraiment important, tout en mesurant que V.Zelensky, D.Trump et V.Poutine n'ont pas du tout les mêmes objectifs.

Ce que veut D.Trump, c'est un cessez-le-feu. Il veut que V.Poutine arrête de bombarder, que ça se voie, qu'il lui dise merci et qu'on signe un bout de papier, et que D.Trump puisse dire: "J'ai arrêté la guerre au Moyen-Orient et en Russie." Pour lui, ça passe par un cessez-le-feu immédiat.

Ensuite, les territoires ukrainiens, il est disposé à avaliser la perte d'une bonne partie de ces territoires. V.Poutine, lui, veut toute l'Ukraine.

D.Trump a fini par le comprendre. C'est pour ça qu'il se fâche aujourd'hui.

Quant à V.Zelensky, comme les Européens, ils ne veulent pas entendre parler d'abandon de territoires, mais ils sont OK pour le cessez-le-feu. Vous avez 3 parties.

Je mets les Européens avec les Ukrainiens. Aucune ne veut la même chose. - A.Casse: Expliquez-nous ce qu'on voit sur ce graphique.

Quelles conséquences ça va avoir dans nos vies et dans celles des Américains? - A.Bellanger: S'il y a bien une chose que D.Trump poursuit avec constance, c'est une politique pétrolière.

Il est fasciné par le prix du pétrole. Ca se traduit, pour les Américains, par l'augmentation ou non du prix de l'essence à la pompe. C'est une manière pour eux de mesurer l'inflation.

Depuis qu'il est arrivé au pouvoir, le pétrole a baissé. Il a réussi à convaincre l'Arabie saoudite de mettre plus de pétrole sur le marché. L'Arabie saoudite peut ouvrir un robinet et ajouter 1 million de barils.

La production totale est de 10 millions de barils. En mettant plus de pétrole sur le marché, le prix a baissé. On a pu le constater en Europe ou en France.

Le prix de l'essence a baissé. Depuis le début de la guerre en Ukraine, où le baril avait atteint des hauts historiques à 120 dollars, il est aujourd'hui à 60. On peut s'attaquer au pétrole russe sans craindre de beaucoup augmenter le prix du pétrole sur les marchés, à terme.

Là, il a pris 2 ou 3 dollars, mais il reste aux alentours de 65 dollars le baril, ce qui reste bas. Depuis le début, D.Trump a fait en sorte que le prix baisse.

Il a tenté de trouver des producteurs de pétrole qui puissent ajouter du pétrole sur le marché. Il en est arrivé à l'Arabie saoudite. Elle le fait aujourd'hui.

Elle accompagne cette politique américaine qui vise à faire baisser le prix du pétrole pour punir la Russie. Maintenant, il peut prendre des mesures contre les grands producteurs de pétrole russes parce qu'il n'y a pas de crainte que le prix du baril remonte en flèche. - A.Casse: A quel point ça gêne V.Poutine?

Le pétrole, c'est le nerf de la guerre. Ca lui permet de financer sa guerre. Quelles conséquences ça va avoir demain? - A.Bellanger: Le pétrole est un marché qui doit être fluide.

Il faut que le producteur soit sûr, que le distributeur puisse amener le pétrole auprès des raffineries et que l'acheteur final puisse fournir du cash. Si quoi que ce soit grippe cette trilogie entre producteurs, distributeurs et acheteurs, que ce soit en arrêtant la flotte fantôme au large de Saint-Nazaire et en demandant leurs papiers aux marins à bord, que ce soit en imposant des sanctions aux 2 compagnies pétrolières russes qui fournissent 50 % du pétrole exporté par la Russie ou que ce soit en menaçant les Indiens et les Chinois de sanctions secondaires, vous grippez le marché et vous obligez les Russes à vendre leur pétrole beaucoup moins cher, de manière à comptabiliser ces risques. Les Indiens comme les Chinois achètent le pétrole russe avec 15 à 20 % de décompte, histoire de compter le risque.

Demain, ils l'achèteront probablement 30 à 35 % moins cher, parce que le risque d'être mis sous sanctions secondaires est plus important. - A.Casse: Général, vous avez réagi.

C'est un tournant? - Gal D.Trinquand: Un tournant important.

L'Inde n'achetait pas beaucoup de pétrole à la Russie. Elle a profité de l'aubaine que présentait la guerre, où elle pouvait acheter à bas prix. Elle en a profité.

Aujourd'hui, elle se dit qu'elle va se griller, donc elle n'achète plus de pétrole. Donc ça fonctionne. La machine de guerre russe est financée essentiellement par le pétrole.

Sur le court terme, et même sur le long terme, certainement, ça va avoir un impact sur les finances russes, qui ont des difficultés. Ils ont des difficultés dans la production d'armement, mais aussi pour payer leurs soldats. Ils donnent des primes aux soldats.

Aujourd'hui, les soldats n'en veulent plus. Ils ont un problème de recrutement, en Russie. C'est une nouveauté, au passage. - A.Casse: On a envie de savoir pourquoi ce revirement de D.Trump.

On commence la semaine en se disant que D.Trump va rencontrer bientôt V.Poutine en Hongrie.

En même temps, les Européens étaient réunis hier et aujourd'hui. Ils essaient de sanctionner davantage la Russie. Peuvent-ils le faire? - Est-ce un tournant majeur dans la guerre de la Russie contre l'Ukraine?

Cette semaine, Washington a pris une décision inattendue. - Le président annonce de nouvelles sanctions sur le Kremlin ciblant ses exportations les plus précieuses: le pétrole. - C'est une chose de dire qu'on va sanctionner, une autre de les mettre en oeuvre. - Sa patience avec Poutine a des limites, pour le moment. - Mercredi, le président Trump reçoit le patron de l'Otan à la Maison-Blanche.

A ses côtés, il annonce des sanctions contre les groupes pétroliers russes Lukoil et Rosneft. - D.Trump: Aujourd'hui est une journée très importante.

Ce sont des sanctions énormes que nous prenons contre 2 grandes compagnies pétrolières russes. Nous espérons qu'elles ne dureront pas trop longtemps. Nous espérons que la guerre sera bientôt terminée. - Rosneft et Lukoil représentent l'essentiel des exportations de pétrole russe.

Les nouvelles sanctions impliquent un gel de tous leurs actifs aux Etats-Unis et une interdiction pour les entreprises américaines de faire des affaires avec ces 2 géants pétroliers russes. Une première depuis le retour au pouvoir de D.Trump. - Le président Poutine ne s'est pas vraiment assis à la table des négociations, pas aussi franchement et honnêtement que nous l'espérions.

Je crois que le président Trump est déçu que la situation n'avance pas. C'est pour ça qu'on a décidé d'annoncer ces sanctions contre les compagnies pétrolières russes. - A Moscou, ces sanctions sont accueillies froidement. - V.Poutine: Ces sanctions ne sont pas nouvelles.

Oui, elles sont graves pour nous et elles auront certaines conséquences, mais elle n'auront aucun impact significatif sur notre bien-être économique. Il s'agit d'un acte hostile envers la Russie. Ca ne contribue pas à renforcer les relations russo-américaines, qui commençaient à s'améliorer. - Quelques jours plus tôt, pourtant, une nouvelle rencontre entre Trump et Poutine a été annoncée comme imminente.

Elle devait se tenir à Budapest. La presse internationale évoquait déjà le plan de vol du président russe quand, soudain, le président américain annule tout. - D.Trump: Je n'ai pas envie de perdre encore mon temps pour ces rencontres qui ne servent à rien. - La rencontre entre ces 2 chefs d'Etat n'est pas complètement abandonnée.

Le président espère que ça arrivera un jour. - Au moment même où l'Amérique annonce sanctionner la Russie, D.Trump soigne ses relations avec New Delhi, l'un des principaux acheteurs de pétrole russe. - D.Trump: J'ai parlé avec le Premier ministre N.Modi.

Nous avons d'excellentes relations. Il n'achètera pas beaucoup de pétrole à la Russie. - Alors que l'autre principal consommateur de pétrole russe, la Chine, affiche son mécontentement et son opposition aux sanctions américaines, le Kremlin diffuse des images de V.Poutine supervisant à distance un exercice des forces nucléaires russes. - V.Poutine: Nous avons prévu aujourd'hui une formation sur la gestion de nos forces nucléaires. - V.Zelensky est une nouvelle fois en Europe de l'Ouest pour demander un peu de soutien.

Depuis hier, les alliés discutent d'un prêt de 140 milliards d'euros à Kiev en utilisant les actifs russes gelés. La Belgique s'y oppose. - V.Zelensky: J'espère qu'ils prendront une décision politique, une décision positive, pour aider l'Ukraine avec des fonds basés sur des actifs gelés russes. - Cet après-midi, à Londres, autour du président ukrainien, la Coalition des volontaires promet d'armer l'Ukraine, qui subit toujours des bombardements massifs, comme mercredi à Kiev. - A.Casse: L'image qui vous a fait le plus réagir, c'est V.Poutine qui supervise un nouvel exercice de lancement de missiles.

Anthony, vous avez dit que ça ne marchait plus. - A.Bellanger: "Même pas peur".

A force de crier au loup...

A chaque fois que V.Poutine est pas content...

A chaque fois qu'il y a quelque chose de grave, il dit qu'il a des gros missiles qui peuvent taper très loin. Il donne du Medvedev, son second criard et grimaçant, pour dire que demain, ils peuvent détruire Londres et Paris d'un seul coup. Sauf qu'ils font ça depuis 2022 quasiment tous les 3 mois, quasiment à chaque fois que les Européens envoient des nouvelles armes ou passent une nouvelle étape dans la livraison d'armes et la capacité d'atteindre la Russie en profondeur.

On a appris mardi que l'Ukraine avait utilisé des Storm Shadow, les missiles fournis par la Grande-Bretagne et la France, qui permettent d'atteindre des cibles en profondeur. C'est relativement nouveau, que les Ukrainiens le publicisent, mais ça montre que ce type de menace nucléaire ne marche plus. - A.Casse: Question. - M.Jégo: Oui, Parce que...

Ils sont tous pris dans une sorte de croyance. Toute la presse russe disait: "Finalement, Trump est instable, on le sait." Ils ne désespèrent pas de le convaincre à nouveau.

C'est Rubio qui a pris le lead. L'envoyé spécial de Trump auprès de Poutine, S.Witkoff, qui est un développeur... - A.Casse: Un promoteur immobilier. - M.Jégo: Eux pensent que ça peut revenir.

Ils sont tellement dans quelque chose d'irréel. Toute la brouille, c'est qu'au sommet d'Anchorage, en Alaska, le 15 août, les Russes ont compris que Trump était d'accord pour travailler sur la paix avant le cessez-le-feu. Heureusement, les Européens, qui ont été très habiles, ont réussi à remettre Trump dans le bon sens et à lui dire: "Avant les négociations de paix, on fait un cessez-le-feu." Mais les Russes veulent poursuivre la guerre.

C'est ce qu'a dit Lavrov à Rubio lundi par téléphone. C'est là où tout s'est cassé. Trump a annoncé ses sanctions et Poutine faisait ses exercices nucléaires stratégiques. - A.Casse: La plus grande crainte de V.Poutine, ce sont les missiles longue portée que les Etats-Unis livrent à l'Ukraine, les Tomahawk.

Il a dit ceci. Le pétrole et les missiles longue portée, ça peut changer le cours de la guerre? - Gal D.Trinquand: Les Tomahawk, c'était important dans le cadre de la négociation.

V.Poutine a réussi à faire changer d'avis D.Trump sur ce sujet.

C'est lui qui a fait appeler D.Trump avant l'entrevue avec V.Zelensky.

D'un seul coup, il y avait des problèmes de stock et d'équipage...

Vous pensez bien que si la proposition avait été faite avant, elle avait été étudiée. Là, D.Trump a été désarmé par V.Poutine.

C'est une preuve d'échec pour V.Poutine. Si, à chaque fois qu'il y a un problème, on est obligé de dire qu'on va vitrifier la terre entière, c'est une preuve d'échec.

C'est qu'il n'a pas d'autres arguments. Je pense que dans la négociation, D.Trump avait perdu un argument majeur pour faire pression sur V.Poutine avec l'affaire des Tomahawk.

Pour une fois, la réunion était bien préparée. Les ministre des Affaires étrangères se parlaient avant. C'est pas toujours le cas avec D.Trump.

Connaissant bien S.Lavrov, c'est un mur. M.Rubio s'est heurté à un mur.

Il a dit à D.Trump: "C'est même pas la peine d'y aller, on n'aura rien. On s'est déjà fait rouler dans la farine au moment d'Anchorage.

Ca sera pareil à Budapest." En revanche, la question sur l'environnement de V.Poutine est intéressante.

J'attends toujours 48 heures quand D.Trump dit quelque chose, pour savoir s'il va dire le contraire. Mais s'il ne dit pas le contraire, je pense que l'environnement de V.Poutine va commencer à se poser des questions.

Il y a beaucoup d'argent qui disparaît. Tous ces gens-là fonctionnent avec l'argent. - M.Jégo: Ca fait un moment qu'ils se posent des questions, mais ils sont tenus à la gorge.

La loyauté... - Gal D.Trinquand: La pression est de plus en plus importante.

Il y a des bruits au Kremlin sur le fait qu'un certain nombre de gens ont dit qu'ils allaient dans une impasse. Militairement, ils ne vont pas gagner. - A.Casse: Quand on parle de Rosneft, celui qui dirige cette compagnie, c'est Igor Setchine.

On le surnomme "le Dark Vador du Kremlin". - M.Jégo: C'est lui qui a monté la flotte fantôme.

C'était un ancien traducteur de portugais dans l'armée soviétique. C'était un très proche de Poutine. Ils ont travaillé ensemble à la mairie de Saint-Pétersbourg.

Il a été propulsé à la tête de cette énorme major pétrolière russe. C'est lui qui a capté les avoirs de la société Ioukos, de M.Khodorkovski, qui a fait 10 ans de camp en Sibérie.

C'est pas drôle. Il s'est fait piquer ses avoirs sous des prétextes fallacieux par Setchine, qui est un Dark Vador. - A.Casse: Pourquoi "Dark Vador"? - M.Jégo: Parce qu'il est sans scrupule.

Il est comme l'entourage de Poutine. C'est la loyauté à tout prix. Même s'il y a du mécontentement...

Le mécontentement va contre la gouverneure de la Banque centrale parce que les taux d'intérêt sont élevés, donc ça affecte les industriels. En plus, c'est une femme, donc on lui met tout sur la tête. Mais il n'y a jamais de remise en cause du chef Poutine. - A.Casse: Peut-être que celui qui est son ami et son bras droit lui dira quelque chose. - A.Bellanger: C'est quasi napoléonien.

Les gens qui viennent de nulle part et qui accèdent à des responsabilités énormes sont indestructibles, ...indestructiblement autour du chef.

Ils ne s'en écartent pas d'un demi-centimètre. Ces gens venus de nulle part qui dirigent des sociétés gigantesques et qui sont prêts à toutes les basses oeuvres restent "groupir" autour du chef. Au début de la guerre en Ukraine, on a abattu quelques petits oligarques... - M.Jégo: C'est un absolutisme modéré par l'assassinat, comme on disait pour Napoléon. - A.Bellanger: Non seulement ces gens sont tenus par une solidarité...

C'est l'homme qui leur a donné des milliards et qui a fait d'eux ce qu'ils sont. Deuxièmement, il y a la peur bleue. Ils sont capables d'aller vous chercher au fin fond de l'Espagne et de vous pendre à un croc de boucher si vous mouftez.

La peur plus la loyauté, ça fait des gens solides. - A.Casse: D.Trump peut aller encore plus loin?

Les missiles longue portée, ça peut être la prochaine étape? - N.Bacharan: Il n'en a vraiment pas envie.

Ce que D.Trinquand décrivait sur la prise de décision à Budapest...

D.Trump avait évoqué la possibilité des Tomahawk. Ca, c'est vraiment grave.

Donc Poutine l'a appelé. Comme un chien fidèle, D.Trump est arrivé pour faire un sommet.

Mais là, l'entourage de Trump, notamment M.Rubio, ministre des Affaires étrangères, commence à peser pour lui rappeler qu'on a déjà eu un sommet vide à Anchorage et qu'il n'en faudrait pas un deuxième à Budapest. Donc annulation du sommet, mais tout en mettant ces sanctions...

Entre décider des sanctions et les appliquer, c'est pas la même chose. C'est un travail quotidien, les sanctions. Dès qu'il y a sanctions, il y a multitude d'entités qui se créent pour les détourner.

C'est du boulot fastidieux, administratif. Tout en les annonçant, D.Trump a dit qu'on pourrait les arrêter très vite.

Il a tellement envie d'avoir un cessez-le-feu, une poignée de main, et de s'entendre avec Poutine...

Je ne sais pas s'il va passer rapidement à la prochaine étape, qui a à voir avec des missiles à longue portée, qui ont besoin de renseignements américains. - A.Casse: Il y a aussi ce qu'on ne voit pas.

Un Storm Shadow a frappé une usine chimique russe. C'est un missile franco-britannique. En quoi les Américains ont-ils aidé les Ukrainiens dans cette opération? - Gal D.Trinquand: Le Storm Shadow, qui est franco-britannique, a besoin, en phase finale...

C'est un missile qui vole très bas. Pour voler très bas, vous avez besoin d'avoir l'imagerie de l'itinéraire sur lequel vous êtes. Cette imagerie, en particulier dans la phase finale...

L'arme identifie la cible d'après les photos qui lui sont fournies. Il y a des systèmes dans les Storm Shadow et les Scalp qui viennent des Etats-Unis. Donc on ne peut pas faire sans ça.

Le fait qu'un Storm Shadow, dans la région de Briansk, en Russie...

Il a été utilisé bien avant sur le territoire occupé par la Russie. Mais là, c'est sur tout le territoire russe. C'est une nouveauté.

La 2e nouveauté intéressante sur le plan du commandement, c'est que la décision n'est plus prise à Washington, au Pentagone. Elle a été déléguée au commandement des forces américaines en Europe. C'est un militaire américain entouré de tous les Européens en permanence.

C'est là que se fait la planification avec les Ukrainiens. - A.Casse: Ca montre à quel point les Américains aident les Ukrainiens. - Gal D.Trinquand: Ils les aident beaucoup.

Pendant le début de la présidence Trump, on a beaucoup parlé des difficultés qu'il y avait. Sur le renseignement, on avait dit qu'à Koursk, ça avait été coupé, et que c'est comme ça que les Russes avaient repris...

En fait, ça a duré à peine quelques jours. Le renseignement a très vite été fluidifié. Il y a toujours du renseignement.

Les Européens aussi ont passé des accords renseignement. On a quand même des satellites. On en a 2 ou 3.

On est capables de passer du renseignement aux Ukrainiens. - A.Casse: Question. - Gal D.Trinquand: Non.

Les missiles les plus longs...

Les missiles qui sont dans l'armée française sont des MLRS américains. On est en train de dire qu'il nous faut, en 2027, un missile qui tire à 150 km. Je parle des missiles sol-sol.

Les seuls qu'on dit aériens, c'est les Scalp ou les Storm Shadow. 2000 km, pour l'instant, on n'en a pas. - A.Casse: Et les Taurus allemands? - Gal D.Trinquand: Ils vont un peu plus loin, mais il y a une coalition en Allemagne.

F.Merz aimerait les donner, mais il y a une coalition. L'Allemagne est un pays très pacifiste. - A.Casse: On en revient au pétrole, le nerf de la guerre.

On verra comment sont appliquées les sanctions américaines. Il y a aussi la stratégie ukrainienne qui consiste à frapper très fortement les infrastructures russes. La Russie est prise en étau.

Les Ukrainiens, ils ont quoi à disposition? Les missiles Flamingo? - Gal D.Trinquand: Ils vont commencer l'industrialisation cette année.

Ils les auront peut-être dans un an. On dit qu'il va très loin et qu'il porte une grosse charge. Je ne connais pas du tout son système de guidage.

Si c'est un missile qui fait d'un point A à un point B, il a peu de chances de franchir les barrages antiaériens. Les Ukrainiens se débrouillent très bien avec les drones. Ils sont les champions en la matière.

Ils envoient les drones très loin. - A.Casse: Donc ils n'ont pas besoin de missiles? - Gal D.Trinquand: Si.

Le drone porte 50 kg. Ca fout le feu sur une raffinerie de pétrole et on est contents. Mais ce qu'a fait le Storm Shadow en tapant avec 450 kg sur une usine, c'est autre chose.

Ca détruit l'usine. Ils ont quand même besoin de ça. Pour l'instant, ils ne l'ont pas.

Ils sont très inventifs, mais si on leur donnait aujourd'hui, ça ferait gagner du temps. - A.Casse: Question. - A.Bellanger: La Chine a toujours été très attentive.

Elle a dit qu'elle n'avait aucun intérêt à voir perdre la Russie, mais elle a intérêt à la voir s'épuiser. De même qu'elle a intérêt à voir les Occidentaux s'épuiser à aider l'Ukraine. Pour dépenser les fameux yuans que la Chine a donnés à la Russie en échange du pétrole et du gaz...

La Chine est en train de manger toute crue la Russie, d'un point de vue commercial et économique. Les Russes se méfient de ça depuis toujours. C'est le fameux aphorisme...

Un jour, Mao regarde la carte et voit la Russie. Il voit la Sibérie et dit: "Que c'est vide!" Les Russes le racontent avec frayeur.

D'un côté de la frontière, vous avez 1,4 milliard d'habitants et de l'autre côté, vous avez rien, 1 habitant au kilomètre carré. Il y a Une nécessité russe de devenir le junior partner de la Chine. "Je te fournis du pétrole et du gaz, tu me fournis des biens de consommation et des biens transformés." En même temps, il y a une peur bleue vis-à-vis de la Chine, parce que la Russie est le dernier pays occidental à avoir mangé un bout de Russie, au milieu du XIXe siècle.

La péninsule de Sakhaline et le fin fond de la Mandchourie, ça a été pris par la Russie au moment où la Chine était très faible, au moment des traités inégaux. Depuis, la Grande-Bretagne a rendu Hong Kong...

La Russie n'a toujours pas rendu ces territoires. - A.Casse: Elle a toujours son bout de Chine.

Il y a une rencontre importante entre D.Trump et Xi Jinping. D.Trump espère s'en servir pour faire pression sur V.Poutine. - M.Jégo: Il place beaucoup d'espoirs en Xi.

On peut difficilement imaginer le leader chinois rendant les armes à Trump. Les Chinois sont pour la paix, mais ça ne veut rien dire. Au fond, ils vassalisent la Russie.

C'est dans leur intérêt de voir cette guerre se poursuivre. Ce qu'ils veulent, c'est casser l'hégémonie des Etats-Unis et des Occidentaux. Ca les arrange.

D'autant qu'ils achètent le pétrole pas cher. Ils ont des vues sur le territoire, une usine de drones... - A.Casse: On en est où sur le terrain?

Est-ce que l'armée russe arrive à recruter? - Gal D.Trinquand: Si on avait fait notre émission il y a 15 jours ou un mois, on aurait dit la même chose: ça ne progresse pas beaucoup.

Je regarde attentivement Pokrovsk, qui est l'endroit enserré par les troupes russes. Elles n'arrivent pas à progresser. Ils font beaucoup de propagande en envoyant une équipe de 4 soldats qui hissent le drapeau russe.

En fait, ils n'ont rien conquis du tout. Les Ukrainiens combattent avec un courage incroyable. Des gens perdus dans un trou et qu'on ne ravitaille qu'avec des drones...

C'est très compliqué. Sur le terrain, ça n'avance pas beaucoup. On cherche plutôt à faire flancher d'un côté ou de l'autre.

Ce sont les frappes aériennes russes contre la population et les moyens énergétiques ukrainiens avant l'hiver. Ca fait 3 hivers que ça se passe comme ça et que les Ukrainiens vivent dans des conditions épouvantables. De l'autre côté, les Ukrainiens envoient beaucoup de drones en Russie et cherchent à affaiblir.

Il y a des pénuries d'essence dans certaines régions. Pas à Moscou et Saint-Pétersbourg. Sur le recrutement, il commence à y avoir un problème.

Les Russes ne veulent pas mobiliser. Poutine ne veut pas mobiliser. Il fait quoi?

Il y a l'incorporation en octobre et en avril. Dans cette incorporation, il fait signer à des bons petits Russes un contrat à coups de plusieurs zéros sur le chèque, en disant: "Tu vas combattre." Ca ne marche plus.

Ils savent ce qui s'est passé. Ils ont entendu dire qu'il y avait eu des morts. Donc il essaye les réservistes.

Pour l'instant, c'étaient des gens qui avaient un contrat et qui n'allaient pas à la guerre. Là, on veut changer les termes du contrat et les envoyer pour garder "les infrastructures critiques". Il commence à y avoir des problèmes dans le recrutement de l'armée russe parce qu'elle a perdu énormément de soldats. - N.Bacharan: Ca nous rappelle la différence de stratégie entre ces 2 armées, ces 2 pays.

La Russie frappe, avant toute chose, outre tout ce qui permet d'avoir chaud et d'avoir de la lumière en hiver...

Elle frappe les civils, les centres-villes, les immeubles. Elle joue vraiment la carte de la terreur. Les Ukrainiens frappent les infrastructures énergétiques pour affaiblir la machine industrielle et la machine de guerre russe.

Par ailleurs, et je poursuis ce que vous disiez sur le fait que ça ne bouge pas beaucoup...

Les Ukrainiens souffrent atrocement. D.Trump est en train d'enregistrer cela.

On l'a entendu dire: "Ca fait combien de temps, là?" 3 ans et demi! "Ils sont pas terribles, ces Russes", en gros.

Il aime bien être du côté des forts, des costauds. Il voit bien que ça ne bouge pas beaucoup. - A.Casse: L'armée la plus forte entre les deux? - A.Bellanger: C'est quand même l'armée russe. - Gal D.Trinquand: En puissance, c'est l'armée russe, mais ça fait 3 ans et demi qu'elle n'a...

Entre décembre 2022 et aujourd'hui, la Russie n'a conquis que 2 % du terrain en plus. 2 % en 3 ans! C'est rien du tout.

Elle avance un petit peu, mais je tire mon chapeau aux Ukrainiens, qui se défendent avec beaucoup moins de soldats, qui inventent et qui sont capables...

Je ne suis pas allé sur le front, mais j'ai rencontré des gens qui en revenaient. Ils m'ont dit qu'ils étaient incroyables, qu'ils ne voulaient pas lâcher. "C'est notre terrain.

On connaît les Russes. Si on les lâche maintenant, on les aura demain sur le dos." Ils ont un moral incroyable. - A.Casse: On voit que la paix est difficile à obtenir.

Ils ne lâcheront rien. - Gal D.Trinquand: Je reviens sur l'affaire du cessez-le-feu.

On a 2 positions diamétralement opposées. Pour les Européens, pour les Ukrainiens et pour Trump maintenant, on commence par un cessez-le-feu. Quand vous faites un cessez-le-feu, vous ne dites pas que le territoire a été annexé par la Russie.

Vous ne dites pas ce qui se passe. Vous vous arrêtez. C'est ce que veut D.Trump.

On arrête la guerre et on discute, et ça peut durer 10 ou 15 ans. De façon un peu différente, on a perdu l'Alsace-Lorraine pendant 50 ans. Du côté des Russes, c'est différent.

Il faut d'abord faire la paix et ensuite, on arrête les combats. - N.Bacharan: On négocie pendant 15 ans... - Gal D.Trinquand: On a une difficulté de processus. - A.Casse: Anthony, je vous donne la parole dans un instant.

Une alerte du chef d'état-major des armées dit que l'armée française doit être prête à un choc dans 3 à 4 face à la Russie. On a assisté à un exercice militaire de l'Otan grandeur nature. - Réveil mouvementé sur les côtes du Morbihan.

Débarquement amphibie grandeur nature. Des centaines de soldats posent pied à terre. Juste avant, le chemin vient d'être dégagé pour faire passer les véhicules blindés. - Depuis notre débarquement, ma mission avec mes 2 groupes de combat présents sur zone est de vérifier la non-pollution de l'itinéraire pour éviter la menace, notamment celle des mines. - Au large, 2 porte-hélicoptères amphibies, une quarantaine d'aéronefs et une vingtaine de navires en soutien.

Une démonstration de force baptisée Polaris 25, menée par les armées françaises dans le cadre de l'Otan. Objectif: se préparer à aider un membre de la coalition qui serait attaqué. - Ce type d'exercice, c'est du signalement stratégique.

C'est pour montrer la cohérence de l'Otan et sa cohésion. La France a l'ambition d'être une nation-cadre dans une opération majeure de l'Otan. L'objectif est de montrer que la France est un état-major qui peut commander une grosse opération qui mobiliserait plus de 3000 soldats de 10 pays différents. - Parmi eux, l'Espagne, les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou encore l'Italie.

Aussitôt débarqués, les militaires commencent à progresser sur la zone de conflit. - Allez, on est rapides. Il y a une rue à droite. - Ce matin, à 6h, on a touché terre.

On a embarqué directement dans les véhicules, qui nous ont amenés sur un 1er village. On cherche l'ennemi. On le chasse. - Ca nous apporte une petite expérience.

Un jour, peut-être, ce sera réel. Ce sera bien d'avoir cette expérience-là dans les bagages. - Un entraînement en pleine zone résidentielle, sous les yeux de quelques riverains. - Pour éviter les conflits, il faut montrer les forces.

C'est une nécessité. C'est rassurant dans ce sens-là. Plus on montre sa force...

Ca déclenche moins de conflits, a priori. Si on montre une faiblesse, on peut se faire manger par un autre pays. - Si la Russie n'est jamais citée par les soldats, des enseignements sont en tout cas bien tirés du contexte actuel. - Il faut que tu puisses me préciser le renseignement... - Près de ce poste de commandement, des canons antidrones disposés sur un VAB, un véhicule blindé.

Une nouveauté depuis la guerre en Ukraine. - Vous avez un canon de 20 sur un VAB, une pépite française des années 70 qui nous rend encore de bons et loyaux services. Vous avez dessus le canon de 20, qui a la capacité d'être très efficace en lutte antiaérienne. - Des simulations de combat fréquemment mises en oeuvre qui illustrent la préoccupation grandissante des membres de l'Otan: envisager tous les scénarios possibles. - Tous ces exercices montrent à la fois à nous-mêmes, à nos populations, à nos autorités politiques, à nos alliés, à des éventuels compétiteurs, que nous avons des capacités crédibles, que nous sommes des alliés fiables capables de s'engager, d'agréger des alliés autour de nous, de les commander ou de leur obéir si eux-mêmes prenaient la direction d'une force. - L'opération Polaris aura duré un peu plus d'un mois.

Un type d'exercice auquel la France participe chaque année depuis 2021. - A.Casse: Je vous soumets la question d'un téléspectateur. - Gal D.Trinquand: Tant qu'il est en train de faire la guerre en Ukraine, il a peu de chances d'attaquer ailleurs.

Il n'arrive pas à vaincre l'Ukraine, il aurait du mal à aller ailleurs. En revanche, la machine industrielle et de défense russe, s'il y a un arrêt des combats, va continuer à produire. Dans 3 ou 4 ans, elle aura produit le potentiel pour pouvoir attaquer ailleurs.

C'est l'estimation de tous les services de renseignement, allemand, polonais, britannique et français. 3 ou 4 ans, c'est à peu près la date. L'exercice qui était montré là, j'en suis le témoin...

Le nombre d'exercices auxquels on participe en ce moment, nos concitoyens ne se rendent pas compte du travail des armées pour arriver à monter en puissance. Il y avait un exercice il y a une semaine pour amener tout le matériel pour constituer une brigade en Roumanie. Par les voies terrestres, les voies maritimes...

Dans les années 90, on faisait ça, mais la frontière était entre l'Allemagne de l'Est et l'Allemagne de l'Ouest. Maintenant, c'est une brigade, puis ce sera une division, puis un corps d'armée en 2030...

La puissance monte. Ca ne veut pas dire qu'il va y avoir la guerre. Comme le dit le chef d'état-major, il faut être forts pour être craints.

A ce moment-là, V.Poutine y réfléchira à 2 fois avant de se coltiner des armées qui sont montées en puissance, alors que lui n'a pas été capable de vaincre l'Ukraine. - A.Casse: Quand le chef d'état-major des armées de ses propos, il s'adresse à qui? - A.Bellanger: A nous.

Grosso modo, On ne s'est pas encore bien mis dans l'idée que la Russie était un adversaire et qu'il fallait monter en puissance, même si on commence à le percevoir sur les budgets. Il y a eu un moment intéressant où ce soldat parle de "nation cadre", à propos de la France. Tout l'enjeu est là.

La France veut continuer à être une nation cadre. C'est de dire au reste de l'Europe que comme vraie armée, il n'y a guère que nous et la Grande-Bretagne. Comme on fait partie de l'UE et qu'on a rejoint le commandement de l'Otan il y a quelques années, c'est nous qui allons organiser cela.

Dans quelques années, la France ne sera plus le premier budget militaire de l'Europe. C'est l'Allemagne qui le devient. Avec ses équipementiers, ses industries de sidérurgie, elle peut construire des canons et être en position de devenir la nation cadre en Europe, la première armée conventionnelle.

Et ça, c'est très difficile à avaler pour l'armée française, que vous représentez dignement, général! Mais on entend ce petit discours, en ce moment, qui voudrait faire de l'Allemagne qui se réarmerait un danger...

Un danger pour qui? Pour une armée française qui s'est toujours considérée comme la première d'Europe et qui risque de se voir dépassée. - A.Casse: Le chef d'état-major des armées dit que les attaques de la Russie contre l'Otan peuvent prendre des formes différentes? - M.Jégo: On l'a vu, il y a beaucoup de provocation.

En Estonie, récemment, les Russes ont fait avancer un groupe de militaires masqués sur une portion du territoire estonien. Et puis, toutes les attaques de drones...

Ce ne sont pas des attaques, parce que ce sont des petits drones, mais ça nous a contraints à fermer les aéroports. - A.Casse: Ca nous a déstabilisés. - M.Jégo: Oui.

On a mis énormément de temps à dire que ça venait de la Russie. On était malaisés dans l'attribution de cette provocation. On voit que les Russes aiment bien monter un peu le ton.

Donc ils le font. Poutine, par exemple, fait très attention de ne pas parler en mal de D.Trump.

En revanche, la presse russe, Poutine, le Kremlin et les porte-parole, tout est de la faute de l'Europe. Si le sommet de Budapest a échoué, c'est l'Europe. Dernièrement, c'étaient les Britanniques et les Français.

Je pense que c'est à cause du Storm Shadow! - A.Bellanger: C'est aussi pour mettre un coin entre les Etats-Unis et l'Europe.

Trump pense aussi que les Européens sont des empêcheurs de faire la paix en rond. Il ne les aime pas. Il n'aime pas avoir rendez-vous avec le président albanais, puis le lendemain avec le Premier ministre...

Il ne sait pas avec qui il parle. Il déteste ça. Il n'aime pas avoir à faire à ces empêcheurs de négocier en rond que sont les Européens.

Donc V.Poutine appuie là... - A.Casse: Autre front qui s'est ouvert ces derniers jours, contre le Venezuela.

D.Trump accroît ses frappes militaires dans les Caraïbes, officiellement contre les trafiquants de drogue. Cherche-t-il à renverser N.Maduro?

Dans quel but? - Des explosions et des flammes dans les eaux du Pacifique. Sur ces images, des bateaux vénézuéliens soupçonnés de transporter de la drogue abattus par des frappes américaines.

Depuis septembre, les Etats-Unis mènent une lutte intensive contre le narcotrafic près des côtes vénézuéliennes. Bilan: 37 morts, et D.Trump ne compte pas s'arrêter là.

Il envisage désormais des frappes terrestres. - D.Trump: Je ne pense pas que nous allons nécessairement demander une déclaration de guerre.

Nous allons simplement tuer les personnes qui font entrer de la drogue dans notre pays. Nous allons les tuer. Ils vont être morts. - Faut-il y voir les prémices d'une intervention militaire au Venezuela?

N.Maduro s'insurge contre la déclaration de guerre de son homologue américain et se moque ouvertement de son style oratoire. - N.Maduro: Not war!

Not war! Just peace! Forever.

C'est ce qu'on appelle le "langage tarzanesque". Si on le traduisait en espagnol, à la manière de Tarzan, ça donnerait: "Pas de guerre! Moi pas vouloir la guerre!

Non à la guerre des fous! Non à la folie!" - La tension n'a cessé de monter entre les 2 pays depuis plusieurs semaines.

Les Américains ont déployé 7 navires de guerre dans les Caraïbes tandis que le Venezuela a multiplié les exercices militaires. D.Trump accusé par le président Maduro de vouloir renverser le régime. - N.Maduro: Jusqu'à quand la CIA continuera à fomenter des coups d'Etat?

L'Amérique latine les rejette! - Autre cible de D.Trump, le président colombien, qui fait face lui aussi au trafic de drogue dans son pays.

Les Etats-Unis ont annoncé mettre fin au versement d'aides financières à Bogota après que le président colombien a condamné les frappes américaines dans les Caraïbes. - G.Petro: C'est un usage de la force qui est puni par le droit international. - D.Trump toujours plus menaçant au nom de la lutte contre le trafic de drogue et contre l'immigration clandestine. - L'info vient de tomber.

Scènes chaotiques à New York. Les autorités fédérales ont mené une opération de répression dans la journée. - Des agents filmés en train d'agresser verbalement et physiquement les personnes qu'ils arrêtent. - Dans les villes américaines, des arrestations massives de migrants, interpellés jusque sur leur lieu de travail. - Je ne sais pas où est ma mère ni comment elle va.

Je suis en colère, parce qu'après son arrestation, ma petite soeur s'est retrouvée toute seule à la maison. Elle n'a que 6 ans. - Pour mener à bien sa promesse d'expulsions par millions, D.Trump a triplé le budget de la police de l'immigration. - A.Casse: Pourquoi D.Trump positionne-t-il autant de bateaux en mer des Caraïbes?

Que va-t-il chercher au Venezuela? - N.Bacharan: Plusieurs choses.

Il signale sa politique contre les immigrants, qui est vraiment son fonds de commerce électoral. Il y a effectivement des immigrants vénézuéliens. Il dit qu'il fait le job en les arrêtant et en les renvoyant au Salvador, dans des conditions épouvantables.

Il y a l'enjeu de la drogue. Il faut prendre ça au sérieux. Le narcotrafic est une calamité, pas simplement aux Etats-Unis et en Amérique latine.

On voit à quel point ça arrive en Europe. Le fentanyl fait des ravages aux Etats-Unis. Ce n'est pas une cause qu'il invente.

C'est bien réel. - A.Casse: Mais ça n'a rien de nouveau...

C'est les cartels mexicains. Pourquoi maintenant? - N.Bacharan: Il s'y met maintenant.

Le 3e enjeu, c'est quand même de remettre l'Amérique latine en coupe réglée derrière les Etats-Unis. Il y a un enjeu d'alignement idéologique. Il favorise ceux qui sont proches de lui sur le plan idéologique, donc une forme d'extrême droite, et il sanctionne ceux qui vont contre.

Il afflige le Brésil de 50 % de droits de douane. C'est parce que J.Bolsonaro n'a pas regagné le droit de se présenter à la prochaine présidentielle.

Il ne faut pas croire que D.Trump a perdu sa vision du monde où il y a le Groenland, le Panama et le Canada. L'Equateur demande l'installation d'une base américaine sur son territoire, pour calmer D.Trump.

J'en oublie, car ils sont très nombreux...

D.Trump soutient J.Milei en Argentine, avec des sommes d'argent considérables, pour qu'il reste au pouvoir et qu'il gagne les prochaines élections en disant que si ce n'est plus lui, les Etats-Unis s'en vont et qu'ils n'auront plus un sou.

Il y a une volonté de remettre l'Amérique latine idéologiquement dans le camp américain et dans le camp de Trump, pas dans le camp démocrate ou républicain traditionnel. - A.Casse: Question. - A.Bellanger: Oui, bien sûr.

Encore une fois, D.Trump est un contemporain de R.Reagan, qui avait fait la paix avec la Russie et mené une guerre sourde et sans concessions en Amérique latine et en Amérique du Sud.

Les années 80, ce sont les années des contre-guérillas en Amérique centrale, qui ont fait des dizaines de milliers de morts et renversé 2 ou 3 régimes, avant d'arriver à des régimes souvent militaires à la solde des Etats-Unis. A l'époque, il s'agissait de se battre contre des mouvements révolutionnaires prorusses, ou aidés par la Russie. Il n'y avait pas de merci.

L'Amérique latine en est sortie traumatisée, l'Amérique centrale en particulier. N.Maduro a beau faire des rodomontades à la télévision, en expliquant que Trump parle mal, il est bleu de peur!

Le "New York Times" nous apprenait il y a une dizaine de jours que les Vénézuéliens avaient envoyé aux Etats-Unis des équipes de négociation pour tout promettre aux Américains. "On vous donne le pétrole, on vous donne l'or et une grosse partie de ce que vous voulez, mais laissez-nous rester au pouvoir!" Je rappelle que le Venezuela est la première réserve de pétrole au monde.

Trump voudrait voir N.Maduro partir du pouvoir dans des délais raisonnables, ce que Maduro refuse expressément. Trump a mobilisé une flottille au large des côtes vénézuéliennes, mais il a aussi promis des coups tordus de la CIA.

Ca terrifie littéralement le pouvoir au Venezuela. Ils savent très bien ce que ça veut dire. C'est le retour aux années 80, quand la CIA avait les mains libres pour faire des contre-coups d'Etat ou du changement de régime à vue. - N.Bacharan: C'est quand même la première fois depuis la création de la CIA en 1945 qu'on annonce des opérations secrètes.

Ca, franchement, on ne l'a jamais vu! - A.Casse: Quand vous regardez ces manoeuvres, vous vous dites que D.Trump est sur le point d'attaquer? - Gal D.Trinquand: Il prépare tous les moyens.

Le commandement en Floride qui commande cette zone dit aujourd'hui qu'il a les moyens pour attaquer. Je vais remonter avant Reagan. La doctrine Monroe, c'était: les Etats-Unis s'occupent du continent américain, point.

Le 2e point, c'est que pour la population américaine, pour son électorat devrais-je dire, l'immigration et la drogue sont des vrais sujets. L'immigration, c'est vrai avec le Venezuela, mais pourquoi? Parce qu'il y a un gouvernement Maduro qui a probablement perdu les élections en juillet dernier.

Il a une opposition et beaucoup de gens ont quitté le pays. La drogue, c'est le transit, car c'est la Colombie qui fabrique la drogue. C'est un trafic triangulaire un peu compliqué avec l'Asie. - A.Casse: Si les Etats-Unis veulent remettre la main sur l'or noir du Venezuela, Pékin va se retrouver en difficulté dans les négociations commerciales avec Washington, dont les alliés contrôlent les hydrocarbures au Moyen-Orient.

Alors que les 2 géants pétroliers russes sont désormais sous sanctions américaines...

On voit le billard à 3 bandes. On voit toute la stratégie de D.Trump. - A.Bellanger: Tous ceux qui imaginaient le déclin de l'empire américain et de son influence se trompent depuis 40 ans.

On a l'habitude de dire que les Etats-Unis perdent un peu d'influence ici et là, mais grosso modo, les Etats-Unis sont une puissance commerciale. C'est eux qui ont les dollars et les canons. Viser le Venezuela, c'est viser un pays qui a des capacités pétrolières énormes.

Il suffirait qu'il y ait des investissements financiers massifs dans les années qui viennent pour tripler la production du pétrole au Venezuela et retrouver le niveau d'avant l'arrivée de Chavez. C'est dire le potentiel de mise sur le marché du Venezuela pour le pétrole. Trump est assez lisible.

Depuis le début de son 2e mandat, il n'a en tête qu'une politique pétrolière ferme: baisser le prix du baril de pétrole et en contrôler les tenants et aboutissants. - A.Casse: Son agenda, c'est le pétrole. - N.Bacharan: En tout cas, il ne le perd jamais de vue.

Je pense qu'il est fasciné. Outre l'influence réelle du pétrole sur l'électorat, sur le prix de l'essence de l'inflation, il est fasciné par ce que représente la puissance du pétrole. J'ai vécu beaucoup d'années à Houston, siège des grands pétroliers américains.

J'ai pu voir ça de près. Ce sont des Etats dans l'Etat. On ne mesure pas ce que c'est d'être à la tête d'une compagnie pétrolière.

D.Trump connaissait ça aux Etats-Unis et dans le Golfe. Ses meilleurs amis, ceux qui peuvent faire bouger le sort du monde en signant des chèques à tour de bras, c'est dans le Golfe.

Trump répète sans arrêt que le dérèglement climatique n'existe pas et que l'avenir, c'est le pétrole. Tout se rejoint. - A.Casse: On passe aux questions SMS.

Question. - M.Jégo: Les groupes pétroliers russes sont sanctionnés par les Etats-Unis.

Les Etats-Unis, c'est le dollar. Imaginons que je sois un raffineur chinois et que j'achète du pétrole à Rosneft. Je risque d'être sanctionné et de ne plus pouvoir acheter du dollar.

La Chine a quand même un panier de consommation assez diversifié. Elle n'achète pas qu'à la Russie. Elle utilise le dollar pour cette transaction.

Là, c'est la menace des sanctions secondaires. Les sanctions contre les 2 pétrolières russes ne touchent pas seulement des entreprises américaines. Ca touche aussi des entreprises tierces, des banques.

Si une banque chinoise ou indienne a réalisé une transaction avec les Russes en dollars sur du pétrole Rosneft, c'est fini pour elle. Comme c'est une affaire de réputation pour la banque, et que personne n'a envie d'être coupé du dollar, car c'est trop important commercialement et financièrement, c'est le moyen extraordinaire qu'ont les Américains et que nous avons moins. Des sanctions ont aussi été votées par la Commission européenne jeudi.

On prend les Russes un peu en étau. - Gal D.Trinquand: Plutôt par le Conseil. - M.Jégo: Oui.

Ces sanctions vont aux sociétés pétrolières, mais aussi à la cryptomonnaie, à des banques. Petit à petit, on serre la vis. - A.Casse: Question. - A.Bellanger: Oui, parce que l'Inde, c'est le maillon faible.

C'est un pays avec une consommation énorme de pétrole, mais qui a pour l'instant le PIB de la Grande-Bretagne, qui est devenu la 4e ou 5e puissance mondiale. Sa puissance économique est en devenir. Elle a besoin des Occidentaux.

Elle a pour adversaire la Chine. Elle pensait avoir, en Occident, des alliés naturels. C'est une démocratie, malgré tout, avec une presse libre et une liberté de parole, des syndicats, des mouvements syndicaux et des manifestations de paysans, par exemple, qui ne sont pas réprimées dans le sang.

La série de valeurs assez anglo-saxonnes que continue de partager l'Inde la rapproche plutôt de l'Occident. C'est le point faible. Pour le coup, elle paye et elle achète en dollars.

Quand D.Trump la sanctionne, elle est durement touchée. C'est vrai que la Chine est passée de 1 % de pétrole russe avant 2022 à 38 % aujourd'hui.

C'est énorme! Plus d'un tiers du pétrole importé est désormais russe. En frappant l'Inde, on frappe une cible facile.

Comme elle commerce en dollars, N.Modi a appelé D.Trump mardi pour lui dire que, finalement, il n'allait peut-être pas acheter du pétrole russe et trouver un moyen de faire autrement. - A.Casse: Question. - M.Jégo: Lui, sa mesure de rétorsion, c'est qu'il pourrait s'emparer des actifs étrangers qui sont restés en Russie.

Les grosses sociétés qui sont parties espéraient les récupérer. C'est peut-être une vue de l'esprit. Néanmoins, Renault, qui avait des parts dans le gros constructeur automobile russe AvtoVAZ, est parti...

Les grosses entreprises qui sont parties ont payé de grosses sommes de compensation. Il y avait ça dans le contrat de rupture. Le Kremlin promettait qu'elles pourraient revenir.

Evidemment, ce n'est pas possible. Les Russes agitent ça en disant qu'il y a énormément d'actifs. Ca représente un gros montant d'argent, plus que les 250 milliards qui sont dans les coffres en Europe. - A.Casse: Je vous sens sceptique. - Gal D.Trinquand: Très sceptique.

Les Russes ont beau faire miroiter aux sociétés qui sont parties qu'elles pourraient un jour revenir, pour elles, c'est passé. - A.Bellanger: Pas tout à fait.

Il y a Ariston, en Italie, qui a réussi à récupérer ses billes. Ca avait fait la une de la presse italienne. Je rappelle qu'Ariston produit des pompes à chaleur. - A.Casse: Question. - M.Jégo: Comme tout l'argent va à la guerre, il y en a moins qui va à l'entretien des infrastructures.

Il y a beaucoup de problèmes d'infrastructures, qui n'ont pas été rénovées depuis très longtemps et les pénuries d'essence, en raison des frappes ukrainiennes sur les raffineries russes. - A.Casse: Question. - Gal D.Trinquand: Oui, elle les utilise beaucoup.

D'ailleurs, pourquoi critique-t-elle ceux qui veulent les utiliser alors qu'eux les utilisent depuis le début de la guerre? - A.Bellanger: Ces missiles longue portée sont de moins en moins utilisés en ce moment.