Marie-George Buffet | Quai n°8
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 10 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:00OuverteRéponse directe
Vous êtes assise à quel endroit dans le stade à ce moment-là ?
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La légende veut qu'il ne connaissait pas le nom des joueurs. C'est vrai, ça, ou pas ?
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Soulagement. Et après vous êtes revenue aux tribunes officielles ?
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Ca vous avait inquiété, un manque d'engouement populaire avant la Coupe du Monde ?
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Et contre le Brésil, pas contre n'importe qui. Est-ce que c'était pour vous une grande chance, ministre des Sports ?
- 2:15OuverteRéponse directe
Vous aviez imaginé un jour que vous seriez ministre des Sports ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:15Marie-George BuffetFait
« Oui, je crois qu'on en rajoute un peu. Il y avait l'émotion, il y avait la joie, et bon, après, on peut des fois se tromper. »
- 2:45Marie-George BuffetFait
« Le sport, ce n'est pas simplement l'événement sportif, ce n'est pas simplement la victoire ou la défaite sportive. Le sport, c'est aussi des milliers de clubs qui fonctionnent grâce à des bénévoles, à des collectivités territoriales qui font des équipements, qui donnent des subventions. »
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« Oui, mais heureusement qu'il avait cette détermination, cette volonté, etc. Parce qu'organiser une Coupe du Monde, ça demande quand même un logiciel extrêmement important et des exigences par rapport au pouvoir public, tout ça. »
- 4:45Marie-George BuffetFait
« A l'époque, on en parle beaucoup moins aujourd'hui, et heureusement, nous avions le phénomène des hooligans. Notamment venus de certains pays du nord de l'Europe, etc. »
- 5:45Marie-George BuffetFait
« Non, ce serait... Non, non. J'ai revu M. Zidane parce qu'il a accepté de parrainer et d'être présent au Stade de France à une énorme initiative du Secours populaire qui avait rassemblé des milliers d'enfants. »
- 6:45Marie-George BuffetFait
« C'est un stade qui est mal aimé et qui n'est pas suffisamment utilisé, quelque part. Et on a eu tout ce... Moi, je n'ai pas bien suivi, je ne suis plus dans les affaires, mais tout ce problème entre le consortium avec Bouygues, puis les nouveaux qui ont voulu être les maîtres du consortium, les différends entre la Fédération française de foot et la Fédération française de rugby, etc. »
- 7:15Marie-George BuffetFait
« Je pense que le sport tient une place plus importante aujourd'hui dans l'entourage médiatique, que peut-être aujourd'hui les responsables politiques utilisent pas mal le sport pour valoriser leur action. »
- 7:45Marie-George BuffetFait
« Personnel ? Vous avez pleuré ce jour-là, pleuré de joie ? Je n'ai pas pleuré, mais j'avais la gorge serrée, c'est le moins qu'on puisse dire. »
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Musique --- --- Train Bonjour Marie-Georges Buffet. -Bonjour. -Nous sommes le 12 juillet 1998 date inscrite dans la mémoire des Français pour être la première fois où l'équipe de France de football gagne la Coupe du Monde.
A Paris. Plus exactement à Saint-Denis, une ville que vous connaissez bien. Et depuis un an, vous êtes ministre de la Jeunesse et des Sports donc vous assistez à la finale de la Coupe du Monde de football que la France va gagner, 3-0.
Vous êtes assise à quel endroit dans le stade à ce moment-là ? -Nous sommes dans la tribune officielle. Au centre, il y a bien sûr le président de la République, Jacques Chirac, qui va exprimer avec beaucoup de vigueur sa joie. -Alors, ôtez-moi d'un doute, la légende veut, qu'il ne connaissait pas le nom des joueurs.
C'est vrai, ça, ou pas ? -Oui, je crois qu'on en rajoute un peu. Il y avait l'émotion, il y avait la joie, et bon, après, on peut des fois se tromper.
Moi, j'avoue que lorsque il y a eu le coup de sifflet final, ma première réaction a été de sortir à l'arrière de la tribune parce que pour moi, c'était le soulagement. La Coupe du Monde était terminée. Et à part ce qui s'était passé avec quelques hooligans et notamment... l'officier Nivel qui avait été blessé, la Coupe du Monde s'était déroulée de bonne façon, avec un public présent, etc. -Soulagement. -Soulagement, et après je suis revenue aux tribunes officielles pour bien sûr participer à la joie collective, et ensuite nous sommes rentrés chez nous en banlieue, et autant au début de la Coupe du Monde, je me rappelle la cérémonie qu'avait organisée Michel Platini. -Qui avait eu lieu au Stade de France aussi. -Dans les rues de Paris aussi.
Il n'y avait pas eu d'enthousiasme populaire. Et au fur et à mesure que l'équipe de France... -Ca vous avait inquiété ? -Un peu, parce que quand même, on ne sentait pas... -Un engouement. -Un engouement, une adhésion.
Et dès que l'équipe de France a commencé à marquer des points, des buts, l'enthousiasme est monté. Et là, quand on est rentré après la finale...
Plein de gens dehors, avec des drapeaux. -Alors on va en parler. Pendant la finale, est-ce que vous avez redouté que la France va perdre ?
Parce que si elle avait perdu, ça n'aurait pas été le même film. -On ne peut pas regarder un match comme ça. Moi, je ne peux pas regarder un match comme ça.
Un match, c'est toute une série de moments où vous espérez, vous êtes inquiet, vous marquez, vous dites : "Ca y est, c'est bon." Puis après, il y a eu le deuxième. -Le troisième. -Donc, on n'est pas à faire des supputations, on vit les instants.
Moi, j'ai un rapport au sport comme ça, on vit à l'instant même. -Et contre le Brésil, pas contre n'importe qui. -C'est une équipe... -Une affiche extraordinaire.
Oui. Et le Brésil, c'est l'histoire du foot aussi. Dans les imaginaires, etc. -Exactement.
Est-ce que c'était pour vous une grande chance, ministre des Sports ? Vous aviez imaginé un jour que vous seriez ministre des Sports ? -Non, je n'ai jamais imaginé. -Et d'avoir une finale de Coupe du Monde gagnée par la France en France ? -Je n'ai jamais imaginé être ministre des Sports avant que j'aie un coup de fil de Robert Hue qui me dise qu'il fallait que je revienne au siège du parti, et de Joël Jospin qui me dise que j'allais être ministre de la Jeunesse, des Sports et de l'Education populaire.
Jamais j'avais pensé avant, d'être ministre, ni de m'occuper de sport. Après, il y a l'organisation de la Coupe du Monde qui était déjà entamée, bien évidemment, que je prends en cours, qui va occuper beaucoup le ministère, mais surtout le comité d'organisation, avec à sa tête Michel Platini. Et puis, voilà, je commence aussi à m'occuper d'autres dossiers au sein du ministère.
Enfin, je veux dire...
On va peut-être y venir, mais le sport, ce n'est pas simplement l'événement sportif, ce n'est pas simplement la victoire ou la défaite sportive. Le sport, c'est aussi des milliers de clubs qui fonctionnent grâce à des bénévoles, à des collectivités territoriales qui font des équipements, qui donnent des subventions. Et puis le sport, c'est aussi une bataille contre la marchandisation, la financiarisation, pour l'éthique, etc.
Donc, il y a la Coupe du Monde, mais on commence aussi à se préoccuper de tous ces sujets-là. -Bien sûr. Et vous, vous n'étiez pas sportive, vous portez vers le sport particulièrement avant d'être nommée ministre ? -Non, et peut-être que ça a été un plus pour moi, parce que ça m'a forcé à beaucoup écouter, à beaucoup me concerter à la fois avec des hommes et des femmes qui ont composé mon cabinet, mais qui venaient la plupart de responsabilités du mouvement sportif, et puis à beaucoup débattre avec le mouvement sportif lui-même. -D'accord. -A l'époque, Henri Serrandour était président du comité national olympique et sportif français.
On n'était pas toujours d'accord, on s'est même des fois... mais ça m'a obligée à apprendre. -Michel Platini, vous dites que c'était lui qui était chargé de l'organisation de la Coupe du Monde.
Vous vous êtes entendu ? Parce que fort caractère, Michel Platini. -Oui, mais heureusement qu'il avait cette détermination, cette volonté, etc.
Parce qu'organiser une Coupe du Monde, ça demande quand même un logiciel extrêmement important et des exigences par rapport au pouvoir public, tout ça. Donc non, je n'ai pas eu de problème avec Michel Platini. -Qu'est-ce que vous redoutiez le plus dans l'organisation de cette Coupe du Monde ? -A l'époque, on en parle beaucoup moins aujourd'hui, et heureusement, nous avions le phénomène des hooligans.
Notamment venus de certains pays du nord de l'Europe, etc. Et la crainte, c'était qu'il y ait des affrontements entre différents groupes. Ce qu'on a eu un peu dans certaines villes quand même. -Marseille, on l'a dit. -Marseille, etc.
Donc la crainte c'était cela, c'était des débordements liés à des manifestations de violence de la part de certains groupes, je ne les appelle pas des supporters, de certains groupes hooligans. Aujourd'hui ce phénomène a reculé, même s'il y a encore beaucoup de problèmes parfois dans certaines tribunes, mais à l'époque c'était d'actualité. -La France gagne la Coupe du Monde, ils montent à la tribune pour porter la Coupe.
Vous êtes là, vous êtes à côté de Jacques Chirac, vous saluez chacun des joueurs ? -C'est d'abord le président de la République, bien évidemment. Bien sûr, on a salué les joueurs, on les a...
Voilà, mais après, ils sont repartis vers leur public, parce que pour eux, quand même, l'essentiel, c'était ce rapport à ce public....
Aux Français. -Robert Pires, un des joueurs, dit : "Jacques Chirac est allé dans les vestiaires et il était heureux comme un enfant·, disait-il. -Oui, oui, je comprends, mais le président de la République, Jacques Chirac, avait un rapport au sport qui était un rapport très passionné.
Il n'était pas un spécialiste du sport ou de telle ou telle pratique, comme Lionel Jospin, qui lui, par contre, était plutôt assez fin connaisseur et toujours, sûrement. -Grand lecteur de l'équipe. -Voilà.
Ce n'est pas le cas de Jacques Chirac, mais il aimait cette ambiance. Et l'ambiance qu'il y avait au Stade de France et tout, il était rayonnant à l'époque. -Et alors ce qui vous a beaucoup marquée, une fois repartie chez vous, c'est de voir cette liesse dans les rues de Paris et de toute la région parisienne ? -Moi je n'ai pas traversé Paris ce soir-là, je suis rentrée dans ma banlieue et c'était émouvant parce que les gens descendaient de façon presque individuelle.
C'était des familles qui descendaient ou des familles qui se mettaient à leur balcon pour exprimer tout simplement qu'ils avaient vécu une soirée de bonheur, ce que peut apporter un événement sportif lorsqu'il se déroule dans de bonnes conditions. Et puis il y avait un peu ce... pas tous été un peu naïfs...
On a tous un peu rêvé. Il y avait aussi l'image de cette équipe de France. -"Black-Blanc-Beur". -"Black-Blanc-Beur". -C'est une expression qui a beaucoup été...
Ce qui était une réalité ? -Un réalité. -Sur le terrain ? -Oui.
Et on a...
Je dis "on" parce que j'ai certainement pendant un moment pensé aussi cela, on a pensé que ça allait peut-être permettre qu'il y ait des rapprochements, qu'il y ait du collectif qui se crée, de l'unité dans la société, etc. -Vous-même, vous avez pensé ça ? -Pas longtemps, parce que la réalité de terrain m'a vite ramenée aux difficultés.
Et puis, le ministère des Sports m'a très vite appris qu'on ne peut pas demander au sport de régler les problèmes qui sont dans la société. On ne peut pas demander au sport de régler les dérives de la société. Le sport peut contribuer.
Parce qu'il apporte un bien-être physique, psychique aux individus, il crée du collectif, on fait des choses ensemble, on respecte des règles. Le sport a un rôle important à jouer pour le bien-être dans la société. Mais quand la société va mal, il ne faut pas demander au sport de le régler.
Le sport est traversé lui aussi de dérives. Quand vous avez du racisme dans la société, vous pouvez le retrouver dans des tribunes. L'homophobie dans la société, vous pouvez le retrouver dans les tribunes, du sexisme, etc.
Quand vous avez de la violence dans la société, voilà...
Je pense qu'il faut donner des moyens au sport de jouer son rôle, mais il ne faut surtout pas l'instrumentaliser au plan politique pour lui dire, "on a gagné la Coupe du Monde, tout va bien se passer dans les banlieues." Je rappelle qu'il y a eu après le match France-Algérie. -Qui s'est mal passé. -Oui. -2001. -2001, avec l'envahissement du terrain, mais je dirais, c'est pas ça le plus...
C'est les sifflements très forts, très massifs de l'hymne national, la Marseillaise. -Vous étiez là aussi, vous ? -Bien sûr, il y avait le Premier ministre, Lionel Jospin, qui était présent aussi.
C'est certainement un des plus pénibles souvenirs de... -De votre mandat ? -Oui.
Et puis ensuite, quelques années plus tard, mais je dirais le lendemain, il y a les émeutes des banlieues, il y a 2005. Et moi je me rappelle dans ma ville le gymnase qui brûle, tout cela. Donc le sport peut contribuer.
Mais laissons le sport à sa place et donnons-lui les moyens de fonctionner. -Ne pas lui prêter plus qu'il ne peut donner. -Moi, je suis très étonnée quand vous suivez une campagne électorale, que ce soit la présidentielle ou que ce soit des législatives et tout, personne ne parle de sport.
Il y a toujours quelques lignes dans le programme. Il faut quelques lignes. Mais ce n'est pas un objet politique, le sport.
Quand vous regardez l'Assemblée nationale, à part quand il y a des grosses lois, on y consacre une heure et demie pour le budget des sports. Bon, là, il a coulé, après les JOP. Mais c'est tout.
Comme si le sport, c'était l'affaire des bénévoles, et des professionnels, des financeurs, etc. Mais ce n'était pas un objet politique. Si, le sport, c'est un objet politique.
Comme l'éducation, moi je pense que l'accès à la pratique sportive devrait être un droit, comme le droit à l'éducation, à la santé. Mais pour ça, il faut donner aux bénévoles du mouvement sportif les moyens de fonctionner, il faut se battre pour qu'il y ait une préservation de l'éthique dans le sport, qui est malmenée aujourd'hui. Et puis, il faut de la démocratie dans la vie du mouvement sportif, etc., pour qu'il y ait du renouvellement.
Et tout ça, ça demande que les responsables politiques, ceux qui sont élus, ceux qui sont au gouvernement, etc., se mêlent de tout ça. Ca demande de la volonté politique.
Et pas simplement que le jour où la France gagne, on soit au premier rang dans la tribune présidentielle pour dire : "Vous avez vu, c'est nous." Non, ce n'est pas vous, c'est les joueurs. -Vous avez bu du champagne à la victoire des Bleus ? -Je crois, oui.
Je suis revenue à la tribune. Je pense qu'ils ont dû servir du champagne dans la loge présidentielle. Et puis après, non.
Après, je suis rentrée. -Pas de fête ? Vous êtes rentrée. -Non, non, on est rentré.
Vous savez, j'étais un peu tendue. Tant que ce n'était pas terminé, j'étais un peu tendue. J'avais plutôt envie de... -Oui, de savourer tranquillement.
D'accord. Est-ce que vous comprenez, deux jours après, le 14 juillet 1998, à l'Elysée, il y a encore la réception à l'époque, il y avait encore la partie offerte par le président de la République. Les joueurs et leurs compagnes viennent à l'Elysée et se voient remettre la Légion d'honneur.
C'est normal ? Remettre la Légion d'honneur ? -C'est une tradition, quand on regarde notre histoire, que les grands champions et championnes soient salués par la nation à travers la remise de la Légion d'honneur.
Si ces champions et ces championnes se conduisent bien, ce sont des hommes et des femmes qui ont certaines conceptions de l'éthique dans le sport, etc. Je ne vois pas pourquoi ça scandaliserait...
Je trouve que ça peut être en effet le signe de la reconnaissance de la nation vers ceux et celles qui ont passé des années à se préparer, à travailler, etc. C'est atteindre les niveaux qu'on demande aujourd'hui aux athlètes, très élevés. C'est aussi beaucoup de... j'emploie ce mot, de sacrifice, mais ne pensons pas qu'aux athlètes professionnels.
Quand on parle du foot, on parle de sommes énormes. Bon...
Mais vous avez eu les Jeux olympiques et paralympiques. Vous avez des athlètes qui se sont préparés pendant des années, qui ont fait ces Jeux olympiques, qui aujourd'hui sont dans la précarité. Parce que le sponsor arrêtait juste après les JOP, et je pense notamment au parasport, et puis qui n'a pas eu la relève ensuite, vu la baisse du budget des sports, etc.
Donc, qu'on puisse leur rendre hommage, ça ne me choque pas. -Est-ce que vous avez gardé des relations, même épisodiques, avec certains des joueurs de foot de l'équipe de France de l'époque ? -Non, ce serait...
Non, non. J'ai revu M. Zidane parce qu'il a accepté de parrainer et d'être présent au Stade de France à une énorme initiative du Secours populaire qui avait rassemblé des milliers d'enfants.
Et il est resté... -De milieu plutôt modeste, non ? -Ah oui, des enfants qui sont...
Les familles qui sont aidées par le Secours populaire. Et il a été présent...
Voilà. J'ai eu l'occasion de... parce que je m'étais rendue à Marseille pour d'autres raisons, d'aller dans le quartier et de croiser le papa de Zidane.
On s'est juste saluées avec beaucoup de respect. Après, je n'ai pas eu d'occasion pour le faire. -Quels enseignements vous avez tirés de cette journée, de cette soirée, de cet événement ? -Pour les Jeux olympiques et paralympiques, une expression a circulé, qui en fin de compte était très juste. -Oui ? -L'expression : "Cette parenthèse enchantée." -C'était pareil ? -C'était une parenthèse enchantée en 1998.
Le problème, c'est le mot "parenthèse". La parenthèse s'est refermée après, comme elle s'est refermée après les JOP. -Et vous avez cherché à la faire durer, cette parenthèse ? -Après, il y a eu tout le combat mené, budget après budget, il y a eu la taxe Buffet, c'est pas très populaire. -Rappelez. -On a prélevé sur l'argent que touche le sport professionnel à travers les droits de retransmission, on a prélevé une taxe qui allait au sport amateur.
Bercy, depuis quelques années, pique la moitié de cette taxe. Déjà, c'est une bataille pour que au moins toute la taxe aille au sport amateur. -C'est la Coupe du Monde qui vous a donné cette idée ? -C'est surtout après la Coupe du Monde, quand même, les enjeux financiers qui traversent le milieu du foot professionnel.
Il y aussi le tennis, mais le foot était quand même, à ce moment-là, le roi. Et... avec l'arrivée des grands groupes financiers qui se mêlent de tout ça.
Avant, on avait des clubs qui appartenaient à des grandes entreprises, mais plutôt des entreprises locales, régionales, etc. On a maintenant des groupes financiers qui arrivent, parfois de l'étranger, etc., qui commencent à... j'ai envie de dire, y compris lorsqu'on voit tout le feuilleton des transferts et tout, on a une marchandisation, y compris de l'athlète lui-même, du sportif lui-même, quoi...
Il fallait établir des règles de redistribution, de mutualisation de l'argent qui rentrait dans le sport. -D'où la taxe Buffet. -Voilà.
Mais ce n'est pas suffisant. Elle existe encore, même si Bercy en pique toujours une partie. Mais ce n'est pas suffisant, on n'a pas été assez loin dans la mutualisation. -Il se trouve que juste après la victoire de la France, des Bleus le 12 juillet 1998, Jacques Chirac prend 15 points dans les sondages de popularité.
Lionel Jospin prend 10 points. Vous-même, vous devenez aussi beaucoup plus connu, beaucoup plus...
Vous confirmez ? -Oui, évidemment. Quelque part, les gens vous associent.
Mais tout cela est très provisoire et très superficiel les gens sont intelligents. Et il font vite la différence entre la victoire d'une équipe, la victoire d'un athlète ou d'une athlète et le comportement d'un homme ou d'une femme politique, les décisions qu'il prend, etc. Donc on peut avoir une espèce d'effervescence qui suit l'événement sportif.
Mais j'ai envie de dire, l'actualité récente d'après les JOP montre que ça ne dure pas longtemps quand même. -Je l'ai dit, vous avez été élue longtemps de Seine-Saint-Denis. La construction du Stade de France a quand même changé la physionomie du département.
Est-ce que le Stade de France après, vous avez cherché à le valoriser, à en faire un joyau ? Parce qu'en fait aujourd'hui on s'aperçoit que c'est un stade qui est plutôt mal aimé. -C'est un stade qui est mal aimé et qui n'est pas suffisamment utilisé, quelque part.
Et on a eu tout ce...
Moi, je n'ai pas bien suivi, je ne suis plus dans les affaires, mais tout ce problème entre le consortium avec Bouygues, puis les nouveaux qui ont voulu être les maîtres du consortium, les différends entre la Fédération française de foot et la Fédération française de rugby, etc. Il y a même eu ce projet de vente. -Oui. -Moi, je m'étais élevée contre ce projet de vente.
Il faut que le Stade de France reste la propriété de l'Etat français et qu'il soit utilisé au maximum. Il faut revaloriser l'athlétisme à l'intérieur du Stade de France. On ne peut pas juste dire que ça va être le foot ou le rugby ou un peu des deux et point final.
C'est le cas déjà en ce moment. On peut créer aussi des gros événements culturels au sein du Stade de France. -C'est quand même le cas. -C'est le cas en ce moment.
Ils se prêtent à ça. Mais Saint-Denis, c'est aussi maintenant ce qu'a été le village olympique. Donc comment tout cela donne à voir que la ville de Saint-Denis, la Seine-Saint-Denis, c'est aussi des villes où il fait bon, il fait bon vivre, il fait bon habiter. -Le sport a changé ce département ? -Il n'a pas changé ce département.
Les difficultés de Seine-Saint-Denis demeurent et je dirais même qu'elles s'aggravent au niveau du pouvoir d'achat, au niveau de la scolarisation des enfants, y compris des clubs sportifs qui ne sont plus en capacité, malgré l'engagement des bénévoles, d'accueillir les enfants qui veulent s'inscrire parce qu'ils n'ont pas les moyens pour le faire. Donc non, les événements sportifs n'ont pas réglé les problèmes que connaît la Seine-Saint-Denis et d'autres départements. Ca a peut-être modifié l'image qu'avaient des gens extérieurs à la Seine-Saint-Denis de ce département.
Ou parfois, il y avait une image un peu caricaturale de la Seine-Saint-Denis. Là, on a vu que pouvait se dérouler un grand événement sportif, que ce département pouvait accueillir le monde tout en se passant bien. -Justement, quand en 1998, la France, les Bleus gagnent la Coupe du monde de football, c'est une première.
Depuis, les Bleus sont considérés comme une très bonne équipe de par le monde. Il y a eu l'épisode de 2002 en Asie, ça ne s'est pas bien passé. Il y a eu l'épisode de l'Afrique du Sud, ça ne s'est pas bien passé non plus, mais enfin, ils ont regagné la Coupe du Monde.
Il y a eu les Jeux Olympiques. Vous êtes restée cinq ans ministre de la Jeunesse et des Sports. Est-ce que le sport a pris une importance bien plus considérable qu'à votre époque, aujourd'hui, dans la société française et, je dirais, dans le rayonnement de la France dans le monde ? -Je pense que le sport tient une place plus importante aujourd'hui dans l'entourage médiatique, que peut-être aujourd'hui les responsables politiques utilisent pas mal le sport pour valoriser leur action.
Ce n'est pas nouveau. On a eu des régimes totalitaires qui ont utilisé à bon escient le sport pour valoriser leur régime, etc. Et ça dure dans certains pays, avec tout ce que ça entraîne sur le dopage, etc., et la maltraitance...
Mais oui, je pense que ça donne à voir de par le monde de la capacité de la France à avoir une pratique sportive et tout. On n'a toujours pas assez d'enseignement d'éducation physique et sportive dans nos collèges et nos lycées. On nous a inventé les trente minutes dans les cours d'école.
Enfin, voilà. -Voilà, parents pauvres. -J'ai parlé des clubs qui ont de grandes difficultés avec le coût d'arrêt sur les finances pour les collectivités territoriales.
Ca va être dur pour, par exemple, aménager les gymnases pour la pratique parasportive. D'ailleurs, beaucoup d'athlètes présents aux Jeux Olympiques se sont exprimés dans la dernière période pour dire leur colère de voir qu'on avait fermé le rideau et qu'il n'y avait pas les moyens pour...
Vous avez eu la baisse de passe-sport qui fait qu'on limite que le passe-sport ne sera plus attribué pour les enfants en bas âge, etc. Donc, on a un revers de la médaille, assez dur quand même. -Si vous deviez retenir un souvenir du 12 juillet 1998, lequel serait-il ?
Personnel, hein. -Personnel ? -Vous avez pleuré ce jour-là, pleuré de joie ? -Je n'ai pas pleuré, mais j'avais la gorge serrée, c'est le moins qu'on puisse dire.
Non, c'est vraiment ce retour et ces gens, ce bonheur, ce bonheur sur la figure des femmes et des hommes qui étaient dehors. Et d'un seul coup, au lieu de rester devant sa télé tous seuls, les gens sont descendus et se sont retrouvés ensemble. C'est pas souvent. -C'est un moment historique alors. -C'est pas souvent que les gens se retrouvent ensemble pour fêter quelque chose quand on sort de la famille.
Qu'entre voisins on fête quelque chose. Et là il y a eu ça quand même. Et ça, ça m'a plu. -Et c'était un peu votre victoire aussi ?
En tant que ministre des sports ? -Victoire, c'est beaucoup dire. La victoire, c'est les joueurs, c'est l'organisation, c'est les joueurs, c'est pas moi.
Mais ça vous fait mesurer ce que le sport pourrait apporter. Ce que le sport peut et pourrait encore plus apporter si on le développait. Je pense notamment au sport féminin.
Là, je suis les filles du rugby qui font un parcours intéressant. Le rugby féminin, on le voit depuis la retransmission maintenant du tournoi des Six Nations féminin. Et le rugby féminin prend sa place.
Et les clubs de rugby me disent que les fillettes, là, elles viennent. Voilà. Il y a d'autres sports où on ne voit pas les femmes.
Le foot, on voit très peu le foot féminin dans les médias. -Un peu plus maintenant. -Un peu plus, mais il y a deux ans, on voyait les retransmissions du sport féminin, c'était 16 % moins que le sport masculin.
Donc on est encore quand même, c'est mon côté féministe, des combats à mener pour ça. -Il vous arrive de re-regarder cette finale de la Coupe du Monde, des extraits ? -Non, non, non.
Autant j'ai plaisir à regarder un certain nombre de sports. -Mais vous n'êtes pas dans la nostalgie ? -Non, parce que je mène un combat d'actualité pour le sport et pour les clubs et tout ça, parce que je suis invitée à participer à des débats suite au rapport sur le comité pour la vie démocratique et l'éthique dans le sport.
Donc je suis en contact avec des acteurs et des actrices du mouvement sportif et qui me font part souvent de leur désarroi. Donc je suis plutôt dans une période encore de combat plus que de regard sur l'histoire. Donc je suis plutôt en bagarre. -Merci Marie-Georges Buffet.
Merci beaucoup. -Merci à vous.
Lionel Jospin